‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 51 sur 63 · GRACES ACCORDÉES PAR SAINT LOUIS AUX JEUNES CENS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

GRACES ACCORDÉES PAR SAINT LOUIS AUX JEUNES CENS CHRÉTIENS

Le pape Benoît XIII a donné Louis pour patron spécial à la jeunesse et particulièrement à tous les étudiants. Il n'est donc pas étonnant que l'aimable Saint leur réserve la part la plus abondante de ses faveurs. Outre les prodiges que nous avons racontés, il nous reste bien des choses à dire qui apprendront aux jeunes gens les obligations qu'ils ont à ce bienveillant protecteur et la confiance qu'ils doivent placer en lui.

L'an 1605 vivait au Collège romain un enfant de noble famille, de mœurs angéliques, mais d'un esprit fermé à tout ce qu'il devait apprendre. D'où il arrivait que, malgré ses efforts, il ne comprenait rien aux lettres ni aux sciences, et devenait sous ce rapport la risée de ses camarades. Un jour qu'il sortait de classe, plus confus et plus désespéré que jamais, il court tout en larmes au tombeau de saint Louis, lui confie sa peine et lui demande de ne plus être comme un bois inutile qu'ar-

roserait son maître. Il fut si parfaitement exaucé qu'il put suspendre à Tau tel du saint l'ex-voto suivant :

« Ex-voto : Ma pesanteur d'esprit me plaçait au dernier rang de mes condisciples; j'ai eu recours à saint Louis, j'ai imploré son secours à son tombeau; dix jours ne s'étaient pas écoulés que j'ai senti comme une nouvelle lumière éclairer mon intelligence et j'ai pu, de l'avis de mon maître, poursuivre utilement mes études ».

En 1700, un petit élève du collège de la Compagnie, àlnnsbruck, eut la face et les yeux brûlés par une explosion de poudre. Les blessures furent ointes avec l'huile de la lampe qui brûle au tombeau de saint Louis, et l'enfant fut guéri en un quart d'heure.

A Rome, les confrères de la Congrégation des Apôtres avaient coutume de réunir, les jours de congé, bon nombre d'écoliers des classes élémentaires et de les conduire, après une visite aux hôpitaux, à quelque vaste emplacement dans la campagne pour s'amuser à des jeux innocents. Des prix étaient distribués aux vainqueurs et quelques exercices de piété alternaient avec les heures de récréation (1). Or, à l'automne de 1728, une bande de ces jeunes gens prenaient leurs ébats et jouaient à la piast relia (2), quand un tout petit élève du Collège romain , Ange Achille, traversant la place en courant, reçut l'énorme disque à la tête et tomba baigné dans son sang. La consternation fut générale. Un bon prêtre, don Girolamo, qui surveillait ces enfants et les avait conduits, avant le départ, prier à l'autel de

(1) Saint Philippe de Néri se dévoua à ce modeste ministère et plus tard le P. de Sanctis fonda le Giardino, œuvre qui consistait à réunir les enfants dans une maison de campagne les jours de congé et que rappellent bien nos Patronages.

(2) Sorte de jeu de palet; mais le palet est ici une pierre plate et large, pesant 3 ou 4 livres. — C'est celle qu'on voit dans la fameuse statue antique du Discobole.

saint Louis, fit transporter aussitôt le blessé à l'hôpital de la Consolation qui était proche; mais, en passant devant l'église

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Saint Louis patron des enfants.

du couvent de Saint-Bonaventure, il entra pour implorer le cher patron et, sa courte prière à peine achevée, l'enfant reprenait ses sens, se tenait debout et retournait sans peine à la mafson. Chose admirable et qui fut constatée par tous les té-

moins, le lendemain la plaie profonde de la veille ne laissait plus voir qu'une légère cicatrice.

Un gracieux miracle fut opéré par saint Louis à Ingolstadt en 1685. Un seigneur avait recueilli chez lui un petit enfant pauvre auquel il permettait de fréquenter les classes du collège de la Compagnie de Jésus, l'occupant au logis à de petits soins domestiques. C'est ainsi qu'il lui avait confié la garde d'un oiseau. Un jour, l'oiseau, trouvant ouverte la porte de la cage, s'envole et disparait. L'enfant se désole, craignant d'être chassé par son bienfaiteur pour sa négligence, mais un de ses camarades, fort dévot à saint Louis, lui dit : « Et pourquoi ne pas recourir «m saint jeune homme? » L'enfant était déjààgenoux; il prie Louis naïvement de ramener l'oiseau en cage. A l'heure même, le petit fugitif, envolé dès le matin, revient à tire d'aile et se laisse prendre sans peine par son jeune gardien. N'étaitce pas une de ces attentions délicates que le patron de la jeunesse témoigne si volontiers à ses pieux clients?

Mais passons au récit de faveurs incomparablement plus grandes. Si Louis a daigné si souvent prendre en mains les intérêts temporels de ceux qui l'invoquent, les défendre contre les dangers qui menaçaient leur santé ou leur vie, les protéger même dans les plus légers accidents, que ne devait-il pas faire pour le salut de leur âme et leur progrès dans la vertu? Et de fait, il est manifeste que Dieu a mis Louis au ciel pour être ici-bas le modèle et l'apôtre de la jeunesse chrétienne.

On ne saurait dire tout le bien qu'a produit, depuis bientôt trois siècles, la seule lecture de sa Vie. Le vénérable cardinal Robert Bellarmin disait à ce sujet : « Il a plu à Dieu d'exalter son jeune serviteur afin que tous les jeunes gens s'animent par

son exemple à la perfection et comprennent que l'âge n'est pas un obstacle à la maturité de la vertu ».

Que le Collège romain ait eu la plus large part aux faveurs spirituelles que saint Louis prodigue à pleines mains, qui pourrait s'en étonner? Durant sa vie, il en avait fréquenté les classes et après sa mort son tombeau s'y est changé en un trône de gloire. Le vénérable P. François-Marie Galuzzi qui, durant vingt ans, fut le directeur spirituel de la plupart des élèves de ce collège, s'est plu à consigner, année par année, les grâces qui signalaient chaque triduum préparatoire à la fête de saint Louis de Gonzague. Le vénérable P. Antoine Baldinucci appelait cet anniversaire la fête de la dévotion, à cause de la ferveur singulière qu'il admirait ce jour-là chez les jeunes communiants. Le P. de Benedictis disait qu'il était d'expérience que cette fête était toujours marquée par des grâces signalées de conversion ou de vocation.

En voici quelques exemples. Un élève du Collège romain menait une conduite criminelle et s'était entièrement éloigné des sacrements. Peu de jours avant la fête de saint Louis, il entre par hasard et contre sa coutume à l'église, fait une visite au tombeau du Bienheureux et sent tout à coup son cœur entièrement changé. Il court au saint tribunal, fait sa confession générale avec les sentiments d'une contrition parfaite et commence une vie toute de piété et de ferveur.

Un autre disait à son confesseur en se présentant devant lui : « Je ne voulais point venir, tant j'éprouvais de répugnance et de honte; mais Louis me le recommande et c'est lui qui m'amène comme de force ». Le dernier jour du triduum, un enfant fut abordé par un de ces criminels amis qui sont les apôtres du démon. Mais, sur le point d'être pris au piège :

« Va-t-en, dit-il, c'est demain la fête de l'angélique Louis; comment pourrais-je mépriser ses beaux exemples au point de commettre le péché mortel? »

Un enfant, en cela pieux imitateur de saint Louis, souffrait beaucoup des mauvais discours qu'il entendait en rentrant dans la maison paternelle. Le scandale venait précisément de ceux qui avaient le rigoureux devoir de lui donner le bon exemple. Le pauvre petit s'affligeait, risquait une observation modeste et ne recueillait que des injures : cagot, lui disait-on, cou mal tourné... Un matin, il eut recours à son bienheureux patron; le soir, à table, en entendant les mêmes propos indécents, il éclate en soupirs et en sanglots au point d'émouvoir tout le monde, et ceux qui jusque-là ne respectaient rien dans leurs paroles, se convertirent tout à fait à cette muette, mais très éloquente prédication.

Un écolier, enfermé dans une chambre et sollicité au mal par un compagnon corrompu , ne sachant par où s'échapper, voit la fenêtre ouverte, mesure de l'œil la hauteur de l'étage et s' écriant : « L'enfer est plus profond, où celui-là veut me précipiter », il s'élance dans le vide et atteint le sol sans se faire aucun mal.

Le père d'une très nombreuse famille avait un tout petit garçon, de complexion fort délicate, qui suivait les cours du Collège romain. L'enfant, ayant entendu lire, pendant le triduum, la vie de saint Louis, s'enflamma d'un tel désir de l'imiter qu'il abandonna ses jouets pour la prière et les friandises pour du pain et de l'eau. Son père et ses grands frères en furent si touchés qu'ils s'adonnèrent tous à la dévotion. La maison fut réglée comme un monastère; on y priait, on y méditait en commun, si bien que quatre des jeunes gens embras-

sèrent la vie religieuse, à la grande joie de leur père qui se voyait, non moins au spirituel qu'au temporel, béni dans sa famille.

Un jeune gentilhomme étranger, sentant sa vertu en grand péril, n'eut pas plutôt invoqué saint Louis, qu'il triompha des plus violentes tentations. En reconnaissance, il suspendit au tombeau de son céleste protecteur un bel ex-voto. Il y était représenté à genoux devant Louis qui lui offrait un lis, tandis qu'un ange mettait en fuite l'esprit impur. Au bas du tableau on lisait ces paroles de la sainte Écriture : « Dieu a ceint mes reins de sa force et a donné la vigueur à mon bras ».

A Lucerne, un jeune homme vivait dans la débauche; on lui conseilla de se confier à saint Louis et de pratiquer en son honneur la dévotion des six dimanches. Il obéit, puis se découragea et retomba dans ses désordres. Un jour qu'il était seul, un tableau du Saint se détache du mur avec un tel fracas que le malheureux, épouvanté, tombe sur le sol privé de connaissance. En revenant à lui, il se jette à genoux devant l'image, criant miséricorde, et dès cette heure il fut sincèrement converti.

(Cabinet des médailles.)

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