‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 52 sur 63 · SAINT LOUIS PATRON DE LA VIE PARFAITE · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS PATRON DE LA VIE PARFAITE

Dans le martyrologe romain, au 21e jour de juin, la fête de saint Louis est annoncée en ces termes : « A Rome, saint Louis de Gonzague, célèbre par l'innocence de sa vie et son mépris du monde ». Du haut du ciel, c'est surtout l'amour de ces deux vertus qu'il inspire aux plus fervents de ses serviteurs.

Parmi les âmes qui, sous ce rapport, ont plus parfaitement imité ce beau modèle, nous devons citer en première ligne les trois nièces du Bienheureux, fondatrices d'un fameux monastère à Castiglione, qui fut longtemps l'édification et la gloire de toute l'Italie.

Le prince Rodolphe, frère de saint Louis, eut quatre filles, dont la seconde, donna Elena, s'envola au ciel à l'âge de sept ans. Les trois autres furent donna Cinzia, donna Olimpia et donna Angelica ou Gridonia, comme se plaisait à l'appeler son père. Or, en 1G04, don François de Gonzague, frère et héritier du marquis Rodolphe, obligé par sa charge d'ambas-

sadeur de résider à Rome et ne pouvant emmener les trois orphelines avec lui , confia la jeune Olimpia à la veuve du duc Alphonse de Ferrare, Marguerite de Gonzague. Retirée dans son palais de Mantoue, cette pieuse dame songeait à le transformer en monastère de religieuses. Peu de temps après, Gridonia fut placée au couvent de Saint-Jean, dans la même ville et Cinzia, qui avait quinze ans, suivit son oncle à Rome où l'on songeait à la marier. Elle était toute à ce beau projet et aux vanités mondaines quand elle tomba malade en 1605 et faillit mourir. La maladie dura quatre mois et durant ce temps, assistée des conseils du P. Virgile Cepari, la jeune fille changea complètement d'idée et ne songea plus qu'à se donner à Dieu, disant qu'elle aurait bien voulu, si la chose avait été possible, entrer, comme son bienheureux oncle, dans la Compagnie de Jésus. Du moins elle eut le bonheur de faire les exercices spirituels de saint Ignace et dès lors elle dit adieu à la vanité, quitta ses parures, ses robes de velours et de soie pour se vêtir modestement de serge, à la grande édification de tous ceux qui la voyaient. Ses joyaux et ses diamants furent donnés, partie au tombeau de saint Louis, partie à ses cousines. Elle ne parlait plus que de choses édifiantes, elle ne lisait que des livres de piété et ses progrès dans l'oraison furent si grands, que les dames romaines s'émerveillaient de la voir quatre ou cinq heures de suite à l'église, immobile comme une statue. Elle résolut de consacrer à Dieu sa virginité; en conséquence, le 25 mai 1606, jour de la Fête-Dieu, dans la chapelle du palais au Monte-Citorio , où elle habitait, le P. Cepari dit la messe en présence de ses oncles et avant de la communier, reçut son vœu qu'elle fit avec une extrême consolation. Peu de temps après, le prince François, voyant sa nièce souffrante,

voulut qu'elle retournât à Castiglione; ce à quoi Cinzia consentit volontiers à condition que le marquis y fonderait un couvent pour les jeunes filles qui voudraient quitter le monde et, pas trop loin de celui-ci, un collège pour les Pères de la Compagnie de Jésus auxquels elle pourrait se confesser et confier le soin de son âme.

Don François agréa le projet et pria le P. Cepari d'écrire les constitutions de la nouvelle communauté. Le 7 octobre 1607, Cinzia partit pour Castiglione, avec une escorte de cent cavaliers, accompagnée assez loin par plusieurs cardinaux et par l'ambassadeur d'Espagne. Ses deux sœurs vinrent la rejoindre au château paternel. Olimpia, toute adonnée à la piété et à la pénitence à l'exemple de son saint oncle, avait voulu prendre à Mantoue l'habit de saint François, mais avait dû le quitter à cause de sa trop faible santé. Elle n'eut donc aucune peine à s'unir à sa sœur pour la fondation projetée. Mais il n'en fut pas de même pour Gridonia. D'un esprit éveillé, d'un caractère ardent, la jeune princesse ne lisait que des romans et rêvait de voir le monde, en particulier la cour d'Espagne. Elle s'y bâtissait des châteaux en l'air et ne savait parler d'autre chose. Toutes les prières et les industries de ses sœurs échouèrent auprès d'elle. Mais survint le P. Cepari, chargé de prendre possession du collège et de présider à l'établissement du futur monastère.

Grâce à ses sages conseils et surtout à l'intervention du bienheureux Louis, donna Gridonia changea si bien de sentiments que, le 5 juin 1608, qui était encore la Fête-Dieu, elle faisait à son tour vœu de virginité. Comme sa sœur aînée, elle lit elle-même deux parts de ses bijoux , envoyant au tombeau de son oncle ses pendants d'oreilles; dès ce moment, elle

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commença une vie si mortifiée qu'il fallut bientôt mettre un frein à ses rigueurs.

La 21 juin, fête du Bienheureux, les trois princesses avec sept autres filles nobles et trois oblates revêtirent l'habit religieux et donnèrent commencement au collège des Vierges de Jésus à Castiglione. En souvenir de cet événement, on transforma en chapelle la chambre qu'avait habitée saint Louis et l'on plaça sur l'autel un tableau où l'on voyait le jeune saint, devant la reine immaculée, tirer à elle avec deux chaînes d'or deux jeunes vierges, Cinzia et Olimpia, ses nièces (L).

Combien d'autres âmes généreuses furent entraînées dans les voies de la perfection évangélique sur les traces de saint Louis î La vocation religieuse qu'il estimait le plus grand des biens et pour laquelle il avait si vaillamment lutté sur la terre, il se plaît du haut du ciel à l'inspirer aux autres. C'est ce qu'il lit en 1723 pour un jeune gentilhomme romain qui ne rêvait que de combats et d'exploits guerriers. Ayant fait un triduum au tombeau du Bienheureux pour mieux connaître la volonté divine, il s'aperçut qu'il était appelé sous le drapeau de la croix au service de Jésus-Christ. Il obéit aussitôt; bien plus, rencontrant deux de ses amis qu'égarait la même ambition mondaine, il en fit la conquête et les enrôla avec lui dans l'armée monastique.

C'est une aimable aventure que celle de Veronica del Vecchio,

(1) Pourquoi ce tableau commémoratif ne met-il en scène que deux des nièces de saint Louis? Le P. Janning (Acta Sanctorum, t. IV junii, p. 8i8) suppose qu'on n'a représenté que les deux sœurs aînées, parce que seules elles avaient été d'abord et directement appelées à la vie religieuse par saint Louis, tandis que la troisième ne se rendit que plus tard et après une longue résistance. C'est possible; mais ne serait-ce pas que cet ex-voto fut exécuté par l'ordre et aux frais de Gridonia, qui, par humilité, n'aurait pas voulu y prendre place, ou bien n'est-ce pas tout simplement un caprice du peintre voulant mettre plus de symétrie dans son œuvre/

jeune romaine, d'humeur très mondaine et à qui le cloître faisait horreur. Un jour on la pria déjouer, dans une petite comédie de société intitulée : La vocation de saint Louis. le rôle de don Ferdinand qui convenait alors parfaitement à ses sentiments. Elle y entra si bien , qu'elle fit sérieusement tous ses efforts pour persuader à l'auditoire la folie qu'il y avait à se priver des joies du monde à la Heur de l'âge. Mais quand elle entendit le personnage qui représentait Louis exposer avec chaleur les beautés et les avantages de la vocation religieuse, toute troublée, convaincue de son erreur, elle balbutia et ne put tenir sdn rôle jusqu'au bout. Le changement fut si complet, qu'elle serait entrée sans retard au couvent, si elle avait eu la dot suffisante. Elle s'adressa donc à son aimable patron et lui dit : « Mon cher Saint , puisque vous me donnez de vouloir, donnez-moi de pouvoir ». Et bientôt elle se vit en mesure d'exécuter son pieux dessein.

D'autres, hélas! ne se montrèrent pas si fidèles. En 1725, à Rome, un jeune homme d'illustre naissance eut à faire le panégyrique de saint Louis au jour de sa fête et, pour s'y préparer, il étudia de si près ses admirables vertus qu'il se promit de les imiter jusqu'au bout et d'entrer en religion. Son père, soupçonnant ses projets, fit tout pour l'en détourner; et comme le jeune homme, pour ressembler davantage à son patron, avait résolu de se donner à la Compagnie de Jésus, on l'éloigna du Collège romain, par mesure de préservation, disait-on, et on lui donna au logis un maître de philosophie. Pour ne pas contrister son père, le jeune étudiant se laissa séduire et ne craignit pas de contrister Dieu en repoussant son appel. Qu'arriva-t-il? Un an s'écoula, et après trois mois de maladie, la veille de la fête de saint Louis, le malheureux jeune homme

expirait; le lendemain, quand tout retentissait des louanges du serviteur fidèle, vainqueur du monde et de ses vanités, un cadavre était là, dans l'église, couché dans le cercueil.

Toutefois, s'il acheminait les âmes vers la perfection évangélique, saint Louis ne se montrait pas moins généreux et compatissant envers celles que Dieu appelle à mener une vie chrétienne au milieu du monde. — L'an 1739, une pieuse jeune fille de Florence, de noble maison, mais dont la fortune ne répondait pas à la naissance, voulut, entre autres grâces, obtenir du Bienheureux un parti digne d'elle. Étant à la campagne, non loin du prieuré de Saint-Michel in Rosezano, elle demanda au prieur de célébrer dans son église, le jour de la fête du saint, une messe solennelle, avec vêpres chantées, panégyrique et procession. Elle invita un Père de la Compagnie à donner le sermon et se chargea de toute la dépense de cet office extraordinaire. La récompense ne se fit pas attendre; la fête terminée, elle fut demandée en mariage par un noble et riche gentilhomme, neveu d'un cardinal.

HONORABILIS

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