‹ La vie de Saint Thomas le Martir: poème historique du XIIe siècle composéChapitre 41 sur 59 · TROISIÈME DÉCLINAISON DES NOMS MASCULINS · texte numérisé non relu

TROISIÈME DÉCLINAISON DES NOMS MASCULINS

Sing. — nom — sire, 4202,

fol 51 b 27.

Sing. — ace — seignur, 2833,

fol 28 b 28.

Plur. — nom — proveire,

Plur. — ace — empereurs,

Ainsi se déclinent ceux des noms masculins qui, comme berbarurij huem-humme, sire-seignur, fel-felun, en f es-enfant, pechiere-pecheûr, prestre-proveire, traïlre-traïtur, cuens-cunte, emperere-empereûr, lerre-larnin, etc., n'avaient pas, en latin, l'accent tonique à la même place au cas sujet singulier et aux autres cas du singulier ou du pluriel.

La règle n'est pas toujours observée fidèlement : quelques-uns de ces mots, notamment siVe, prestre, traître, emperere admettent parfois Vs de flexion au nominatif singulier ; mais rien n'empêche de considérer ces particularités comme le résultat de l'inadvertance des copistes.

La mesure du vers n'est pas toujours une raison péremptoire. Nous lisons en effet dans l'édition I, Bekker : cum prestres envaï, 2891, fol 29 b 21 ; hémistiche dans lequel Vs de flexion est indispensable à la mesure du vers ; mais le manuscrit de Paris porte l'hémistiche ensement envaï, qui fait disparaître le mot prestre et par suite le besoin de Vs de flexion.

Auquel des deux manuscrits faut-il ici accorder le plus de créance? Trop souvent les scribes se permettaient des altérations aux textes qu'ils copiaient ; mais il n'est pas toujours impossible de rectifier leurs erreurs.

Garnier était trop versé dans la connaissance de la langue de son temps pour ne jias suivre fidèlement l'usage général et en particulier les règles de la déclinaison ; nous croyons que la rédaction du manuscrit de Paris est ici la plus exacte.

Nous n'avons pas parlé du vocatif : il se rencontre si rarement, qu'il n'est pas facile de formuler une règle quelconque. Citons : traîtres, 1879, fol 13 a 4 ; sire, 2138, fol 17 a 28. Le mot reis se trouve plusieurs fois au vocatif, et toujours il a l's de flexion.

3). — Adjectif. — Formation du féminin.

Les adjectifs romans provenant d'adjectifs latins en us, a, wm, ont e au féminin : en laie curt, 2483, fol 22 b 18 ; sainte obédience, 1730, fol 9 b 30 ; maie veie, 2782, fol 28 a 7, etc.

Les exceptions sont fort rares. Nous ne connaissons guère que saint devant un substantif féminin commençant par une voyelle : saint iglise, 2815, fol 28 b 10; saint escripture, 2806, fol 28 b 1, etc. Dans ce cas, saint ne prend généralement pas Ve du féminin, comme s'il formait avec le substantif suivant un seul et même mot. Cette notation a lieu particulièrement dans l'expression saint iglise ; et, comme on la trouve fréquemment dans les deux manuscrits de Paris et de Wolfenbiittel, il n'est pas téméraire de la faire remonter à Garnier même.

Les adjectifs romans provenant d'adjectifs latins de la troisième déclinaison n'ont, comme dans la langue mère, qu'une seule et même forme pour le masculin et le féminin : tels letres, 4531, loi 57 b 1 ; en tel poesté, 2216, fol 18 a 21 ; od grant humilité, 1722, fol 9 b 22; as leis eclesiaiis, 2911, fol 30 a 16; la verge tranchant, 2998, fol 31 b 13, etc.

Cependant on peut déjà constater dans quelques mots l'influence des adjectifs de la première série sur ceux de la seconde : les queles leis, 1207, fol 3 a 17 ; grieve, 3501, fol 40 a 6 ; verte place, 4376, fol 54 b 26 ; dulce parole, 2997, fol 31 b 12, etc.

Le nombre de ces derniers exemples est très restreint ; mais nul doute que la forme féminine ne soit due à Garnier lui-même, puisqu'elle est nécessaire à la mesure du vers . Le mot grieve est à la rime. Ces essais timides, dans les monuments écrits, indiquent, vers la fin du XIP siècle, une tendance plus accusée chez le peuple à l'assimilation des deux séries d'adjectifs.

4} — Pronoms et adjectifs-pronoms.

l'^ personne

Page 1