‹ La vie de Saint Thomas le Martir: poème historique du XIIe siècle composéChapitre 50 sur 59 · REMARQUES PARTICULIÈRES SUR CERTAINS VERBES · texte numérisé non relu

REMARQUES PARTICULIÈRES SUR CERTAINS VERBES

1). — Aveir, Dans Philippe de Thaon, le futur du verbe aveir est encore avrai, et le v ne se vocalise pas en u, excepté dans un seul manuscrit (1). En est-il de même chez Garnier? Nous lisons : avériez (conditionnel), fol 10 b 9 et 3915, fol 47 a 10. Or, dans ces deux vers, avériez compte pour trois syllabes : a-ve-riez. On objectera, il est vrai, que, dans plusieurs autres exemples du même genre, il faut, pour régulariser la mesure du vers, enlever Ve et lire auriez, avriez, et que l'on pourrait ici substituer av^i-ez, au-ri-ez à a-ve-riez; mais, outre que la rime est plus exacte aVec la diph-

(1) E.Mall,LiCumpoz Philippe de TAann, Strasbourg, J. Trûbner, 18T3.

thongue ie [anuiez : aisiez : enhauciez : enpeiriez : avériez), il est bon de remarquer que la deuxième personne plur. de l'imparf. de rindicatif, du conditionnel et de l'imparf. ou du plus-que-parfait du subjonctif forment ordinairement une diphthongue. Soliez (= solebatis), si nous ne nous trompons, est le seul qui fasse exception : cum estre soli-ez^ 4387, fol 55 a 7. JNous ne croyons donc pas que la résolution de la labiale en u soit complète dans la Vie de saint Thomas, et nous pensons qu'il faut lire, avec v déjà affaibli, mais se rapprochant plus de notre v que de notre u actuel : a-veriez, et, de plus : avrai, 3917, fol 47 a 12 ; avra, 2234, fol 19 a 9; avrunt, 4159, fol 51 a 14; avreies, 2873, îo\28h 8 ; avreient, 2282, fol 19 a 27, etc.

2). — Estre, Outre la forme ordinaire estre, on trouve ester (= stare), auquel Garnier donne souvent le sens de esse, notamment V. 2995, fol 30 b 30.

Concurremment avec esteit, esteient, on rencontre, à l'imparfait : ière, 3329, fol 37 a 14; ies (= eras), 5164, fol 68 a 4; ert {= erat), 1114, fol 1 b 14; erent (= erant), 1114, fol 1 b 13.

On lit au futur, en même temps que sera, les formes iert, 1285, fol 4 b 5 ; ert, 3350, fol 37 b 5 ; de plus serrez, 1661, fol 8 b 21.

Les composés de aveir et de estre avec re sont assez fréquents ; raveir, 4622, fol 59 a 2; il ra mustré, 4866, fol 63 a 6 ; il le ra chalengié, fol 53 b 11 ; il rest arrivez, 4611, fol 58 b 21 ; runt succuru, 2584, fol 24 a 29, etc.

3) Aler, — Indic. présent : jo vois, 1865, fol 18 b 20; il vaity 1874, fol 12 b 29 ; il veit, 2130, fol 17 a 20 ; — Subj . présent : que jo voise, 4518, fol 57 a 18 ; que vus algiez, 1569, fol 7 a 19 ; qfu'il aiigent, 2517, fol 23 a 22, etc. Mentionnons le composé rater, 4622, fol 59 a 2; s'en revunt, 1866, fol 12 b 21, etc.

4) Duner. — J'abandoins. 3923, fol 47 a 18; qu'il duinse, 1258, fol 4 a 8 ; qu'il duinst, 2685, fol 26 a 30 ; qu'il parduinst, 4204 fol 51 b 29 ; que vus duinsiez, 1596, fol 15 b 16. Le futur dunra, 3674, fol 42 b 29 ; durra, 3760, fol 44 a 25 n'est pas particulier à Garnier (1).

(1) Il s'explique par la chute de la protonique. Yoy . A. Darmesteter, Romania, V, p. 157-158.

5) Gésir (= jacere), 1521, fol 6 b 20. — Parf. défini : il jul, 3772, fol 44 b 7(1).

6) Issir (= exire). Les formes eissi (= exivit), 2868, fol 12 b 32; eissist (= exisset), 2562, fol 24 a 7, sont régulières. Notons le futur istrez, 5267, fol 68 b 17.

7) Haïr, — Le futur harra, 1200, fol 3 a 10 est analogue à durra,

8) Chaïr (=: cadere). — Garnier emploie chaïr^ 2819, fol 28 b 14; 3322, fol 37 a 7 ; 2897, fol 30 a 2, etc., et non chaeir, d'où devait venir cheeir, chcoir, choir. Ces infinitifs en ir au lieu de e^V, oir, peuvent être considérés comme un trait des dialectes normand et picard ; mais la forme française ne devait pas tarder à prévaloir. De chaïr viennent : il châtrent, 3622, fol 42 a 7 ; il chaïst, 5699, fol 74 a 4. L'impératif chie, 2949, fol 29 a 14, paraît se rapporter au type chaeir. On trouve môme une fois à la rime chaeir, 4899, fol 63 b 9.

9) Poeir. — Indic. présent : jo puis, 3352, fol 37 b 7; tu puez, 3413, fol 38 b 8 ; il puet, 1098, fol 1 a 20 ; nu.s poûm, 1970, fol 14 b 18; vus poez, 2830, fol 28 b 25; ilspoent, 2516, fol 23 a 21. — Parf. défini : jo poi, 4395, fol 55 a 15; ilpout, 1912, fol 13 b 12, etc. (2).

10) Estuveir. — Indic. présent : estuet, 4971, fol 64 b 21; — Imparfait : estuveit, 2637, fol 25 b 22; — Futur : estovra. 1716, fol 9 b 16 : estuvra, 4938, fol 49 b 12 s — Parf. défini : esturent, 2201, fol 18 b 6, etc, etc. Ce dernier exemple semble confirmer l'hypothèse de Diez, qui rattache à stare le verbe estuveir : Devant la pape esturent H messagier real, 2201, fol 18 b 6.

11). Voleir. — Indic. présent :jo voil, 1206, fol 3 a 16; ^u viuz, 5143-5144, fol 67 b 13-14; ils volent, 1203, fol 3 a 13; — Parf. défini : tu volsis, 3400, fol 38 a 25; ils volèrent, 19A3, fol 14 a 13 ; — Subj. présent : um voille^ 2739, fol 27 a 14; mtëvoillum,

(1) Sur ces sortes de parf., voy. /îomanio, VIII, p. 6*23.

(2J Pour l'explication des formes diverses du yeibe poeir, voy. Romaniaj VIlj p. 622,

— loi —

5287, fol *70 a 7; vus voilliez, 4297, fol 53 b 2; Imparf. du subj. : tuvolsisses, 2782, fol 28 a 7, etc.

12) Saveir. — Indic. présent : jo sai, 1607, fol 7 b 25; il sevent, 3166, fol 34 b 1 ; — Parf. défini : il sont, 1614, fol 8 a 4 ; il sorent, 4537 fol 57 b 7 ; — Impératif : saciez, 2162, fol 17 b 22 ; sachiez, 4188, fol 51 b 13, etc.

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