‹ La vie de Saint Thomas le Martir: poème historique du XIIe siècle composéChapitre 52 sur 59 · MODES DANS LES PROPORTIONS SUBORDONNÉES · texte numérisé non relu

MODES DANS LES PROPORTIONS SUBORDONNÉES

L'emploi des modes dans les propositions subordonnées est une question d'autant plus importante, que là Garnier est original et qull s'écarte dans une certaine mesure des contemporains et surtout de l'usage actuel. Ce qui, chez lui, détermine l'emploi du subjonctif, c'est, sans doute, comme aujourd'hui, l'expression plus ou moins marquée de doute, de condition, de but à atteindre, etc.; mais cette expression même peut être modifiée par des nuances si délicates, si multipliées, que cette partie de la syntaxe de Garnier mérite un sérieux examen.

1° Propositions explicati\res. — Ce sont toujours des prop. su-

bordonnées complétives^ et elles peuvent se construire soit avec un mode personnel précédé de la conjonction que^ soit avec Finûnitif, formant alors ce qu'on appelle des prop. infinitives.

Précédée de que, la prop. explicative ou déclarative se construit avec l'indicatif, lorsqu'il n'y a ni interrogation, ni négation, ni doute : pur co le di que mei. . . as essilliée fait hors del pais aler, éS198, fol 28 a 23,; mult lur pesa quant sorent qu'il deveit repairier, 4437, fol 57 b 7 ; tuit sevent qu'il vus ad durement honuré, 3166, fol 34 b 1, etc.

Mais si le verbe principal est accompagné d'une négation, s'il est interrogatif ou s'il existe le moindre doute dans la pensée, le subjonctif est de rigueur. Sous ce rapport, l'emploi en est bien plus fréquent que dans la langue moderne. Ex. : ne dium que H reis n'ait mesfait e mespris, 3211, fol 35 a 16; ne nus aperceûmes que fuissum rien grevé, 3643, fol 42 b 8 ; il ne veit pas qu'il deie, 4799, fol 61 b 21; quides tu que la pape te voille maintenir? 3281, fol 36 a 26 ; quida que hum H eiXst fait la cause fermer, 2309, fol 19 b 24; quida que pur co deiXst (= debuisset = aurait dû) perdre e croce e dignité, 1780, fol 11 a 30; qv£ H reis pensa bien qu'il fussent mer passé, 2027, fol 15 b 1. Dans ce dernier exemple, le doute provient surtout de ce que la prop. subordonnée dépend d'une autre prop. elle-même subordonnée. lien est de même dans les deux exemples suivants : quant d'ambes parz quidierent e clerc e chevalier^ — Qu^ H reis le volsit de bone pais baisier, 4247, fol 52 b 12 ; jo ne sai se H reis l'out fait apar ciller^ — Qu'il volsist, 1702, fol 9 b 2.

Le subjonctif est encore habituel après que et les verbes exprimant un ordre, une défense, un désir, une obligation. La raison en est que le résultat de l'action est à venir, et, par conséquent, présente peu de certitude : jo defent que de mei n'i faciez, 1853, fol 12 b 3; dune comanda H reis qu'un laissast, fol 13 a 30 ; que volez quejo face? 5276, fol 69 b 26; or vus requerum que vus H pardunez, 4345, fol 54 a 25, etc.

Parfois que n'est pas exprimé : ne defent pas, fait-il, ne seit par mun purchaz, 5196, fol 58 b 6.

Si pourtant l'action est passée, ou même présente, non à venir, comme alors il ne s'agit plus d'un but à atteindre, c'est l'indicatif qui est employé ; aussi le même verbe est-il, selon le sens, suivi

des deux modes : remanda qu'il alout à Seissuns^ à lui venissent, 2100, fol 16 b 20; mustreient qu'il ért kis, c'um te laissast ester,

Proposition infinitive. — Souvent les deux propositions ne sont pas unies par qu^, et le verbe de la prop. subordonnée se met à Tinûnitif. Comme en latin, le siget de la prop. infinitive est presque toujours exprimé : Rova le à curt aler, 1992, fol 15 a 2< dune fist li rets Henris Randulf del Broc crier, 2001, fol 15 a 11; Ut nef veiz tûtes parz en tempeste gésir, 3324, fol 37 a 9 ; Zâ fait Deus dus veeir, surz mr, muz parler, 4854, fol 62 b 24. Quand le sujet de la prop. subordonnée est le même que celui de la principale, le sujet ne s'exprime pas . Il est inutile de le prouver par des exemples.

Interrogation indirecte. — Les prop. d'interrogation indirecte sont des propositions explicatives. Le verbe y est presque invariablement à rindicatif, ou bien au conditionnel, si raffîrmation est restreinte et que le verbe principal ne soit pas au présent : veez cum hum le prie, quel dun um H présente, 3197, fol 35 a 2; sHl esteit de chanter none tens demandad, 1922, fol 13 b 22; (il sout) à quel chief la parole sereit le jur finée, 3940, fol 47 b 5. Parfois, mais rarement, on trouve le subjonctif : ala sainz Thomas, , , saveir sH entendist ce qu'en alout disant, 4360. fol 54 blO.

2** Propositions finales. — Ce sont celles qui marquent un but, une intention. Dans notre texte, elles sont ordinairement unies à la prop. principale par la conj. que ayant les sens divers de afin que, pour que, de telle sorte que, etc. Le but à atteindre ayant toujours quelque chose d'éventuel, d'aléatoire, les prop. finales se construisent ordinairement avec le subjonctif : e prist les armes Deu, que seûrs peûst estre, 1637, fol 8 a 17 ; H reis le voleit esmaier^ — Que il le peilst mielz par manaces plaissier, 1705, fo\ 9 h 5; fist estaindre les cirges, qu'um nel peûst veeir, 2090, fol 16 b 10 ; mais si deivent traitier co qu'il uni en baillie, — que saint iglise seit tut en pais aiXnie (lat. sic... ut), 3050, fol 32 b 5, etc.

C'est le plus ou moins de certitude qui règle l'emploi du subj. ; aussi le môme verbe gouverne-t-il l'indicatif ou le subjonctif

selon quMl s'agit d'un fait acquis ou d'un but à atteindre : mustrcient qu'il ert las, c'um le laissast ester, 1945, fol 14 a 15 ; car pur co out cest ban fait nuncierp — Que H clerc saint Thomas n'osouent repairier, 2658, fol 25 b 13; de tûtes parz li dient qu'il laist cel mot ester, 4040, fol 49 b. 15; Auvernaz m' uni mandé que lur voise aidier, 4518, fol 57 a 18.

Au^i, avec les expressions si que, issi que, einsi, . . que, etc., correspondant à la tournure latine sic ... ut, adeo ... ut, le mode diffère suivant le sens de la phrase : saluz e ovres si, — Qu'il guerpisse e ament tuz mais qu'il a fait ci, 2780, fol 22 a 5 ; sil het encore issi que il ne puet aveir, 2154, fol 17 b 14 ; einsi appareillié que ne fust pas veiie, 5707, fol 77 a 12.

Dans ces sortes de propositions, que est aussi parfois omis : Deus est si dreituriers, ne puet faire fors dreit, 4477, fol 56 b 7 ; ou bien c'est si, issi qui est sous entendu dans la principale : Deus l'en durra asez, que ja ne li faldra, 3760, fol 44 a 25.

A cette série se rattachent les verbes qui expriment l'idée de crainte, d'appréhension . Suivis de que, ils gouvernent le subjonctif : fu dutez e cremuz — Qu'il n'aportast, 4749, fol 61 a 9 ; car il cremi forment que li fiers reis Henris — Ne desist, 4682, fol 43 a 7 ; pur pour des Brokeis, que il ne fust trovez, 5729, fol 77 b 4, etc.

3° Propositions conditionnelles. — Elles se construisent avec la conj. se et son composé cum se,

a). — Si la condition proposée n'est pas discutée et implique certaines conséquences nécessaires, la prop. conditionnelle et la principale se mettent à l'indicatif : nis s'um le veit cum humme en grarit pechié chaïr — ne deit, 2819, fol 29 b 14 ; e se nuls bat Sun m,aistre, il se maine à beslei, 2839, fol 29 a 4.

P). — Si la condition est énoncée comme une hypothèse qui ne s'est pas réalisée, ou ne doit pas se réaliser, ou même qui peut ou aurait pu se réaliser, la prop. subordonnée se met au subjonctif ainsi que la principale ; et comme, dans ces divers cas, le verbe de la subordonnée est ordinairement au plus -que-parfait ou à rimparf. du subjonctif, celui de la principale se met à l'un ou à l'autre de ces deux temps : Se or vesquist Nerun, jà truvast

tost Symun, 1221, fol 3 b 1 ; car se il eûst quer, il se fust purpensez, 1284, fol 4 b 4 ; n'en i trovast pas siSj s'il en eûst mestier, 1929, fol 13 b 29 ; s'il alendist le jur^ il fust mis en prisun^ 1983, fol 14 b 23 ; e se um le desturbast, nel seust parfiner, 2310, fol 19 b 25; se jo seiisse m, jo alasse encontre lui, 2160, fol 17 b 20. Nous avons multiplié les exemples, parce qu*ici la langue de Garnier s*écarte sensiblement de la kngue moderne et se rapproche beaucoup du latin. 11 semble même que ces imparf. du subjonctif aient conservé en partie le sens du plus-queparfait d'où ils sont tirés. Du reste notre texte offre aussi des exemples du plus-que-parfait de Tindic. et même de Timparfisdt à la prop. subordonnée ; dans ce dernier cas, la subordonnée est aussi au condition. : se tut le mund aveies as povres départi^ — La cruiz eiissesprise, 2872, fol 29 b 7 ; del tut l'acordereit se returnout od lui, 2054, fol 16 a 4.

Si le verbe de la prop. principale est au présent ou au futur, on peut mettre le subj . quand il y a doute : ne truver nel purrunt s'a Senz ne l'augent guerre, 2517, fol 23 a 22 ; mais si le fait est positif, remploi de l'indic. est permis, la subordonnée fût-elle à un temps passé : altrement ne puet pas H reis aveir salu, — nis se tuit H règne erent par H sul maintenu,

La conjonction se ne se répète pas forcément devant chaque membre de phrase : mais se volez la terre e le règne laissier, — Pur le servise Deu, e vus voilliez cruisier, 4297, fol 53 b 2.

Aux propos, conditionnelles il sera peut-être permis de rattacher celles qui commencent par des expressions restrictives comme quel que, qui que, que que. L'incertitude dominant dans ces sortes de prop., on emploie le subjonctif: quel part que livenz turty 4720, fol 60 b. 10 ; qui ki i acure, 1588, fol 7 b. 8.

Cependant avec queque (= lat. quanquam), on trouve aussi rindicatif : queque H felun Vunt féru e detrenchié, 5521, fol 74 al.

4° Propositions relatives. — Elles peuvent exprimer soit la coordination, soit la subordination. Dans les deux cas, la prop. relative est indiquée par Tun des pron. relatifs qui, que^ dunt ou par Tadv. relatifs (= ubi).

La simple coordination s'exprime avec l'indicatif : H religius prince^ qui volt bonté amer, 2821, fol 29 b 16, etc.

La subordination entraine le subjonctif: nuls ne fust si hardi qui s*osast odeser, 2004, fol 15 a lA; ainz ne trova H reis qui plus fait corecié, 2624, fol 8 a 14 ; mai poi i ont des suens qu'il le volsist mustrer, 1952, fol 14 a 22 ; qu'il ne face tel plait dunt en^ vers Deu encure, 4030, fol 49 a 5; qu^il n'aportast tels bines u n'eiist pas saluz, — E par quei alchuns d'els ne fust dune suspenduz, 4750, fol 61 a 10.

La plupart de ces prop. relatives avec le subj. rappellent la tournure latine qui = ut ille, quem = ut illum, etc.; ou bien le subj. y est l'équivalent du conditionnel et marque ainsi le doute, l'incertitude. Dans la phrase moderne suivante : Cherchez-moi quelqu'un qui puisse se tirer de /à, le subj. signifie également bien : des hommes tels qu'ils puissent ou des hommes qui pourraient. Le sens conditionnel est particulièrement apparent dans les deux phrases que voici : se nul aportast brief e fust aperceûz^ — Qui de Rume venisty 2615, fol 24 b 30; Kese en tute terre eiXst clerc si hardi f — Qui à Rume apelast, 3602, fol 24 b 17.

En latin, la subordonnée relative, dépendant d'une prop. ellemême subordonnée se met ordinairement au subj., car cette série de dépendances contribue à jeter plus d'incertitude encore sur la pensée. Ainsi en est-il dans notre poème : se nul brief el pais de la pape aportast^ — E que H arcevesque Thomas i enveiast, 2632, fol 25 a 7. Ici, la propos, relative équivaut à [brief] envoyé' par l'archevêque, et le que j exprime beaucoup moins la subordination que la coordination, mais elle dépend d'une prop. déjà dépendante : de là le subjonctif.

Aux prop. relatives on peut rattacher celles qui sont précédées des expressions qui ki ou qui que, que que (= qui que ce soit qui, etc.) et qui (= lat. si quis). Dans le premier cas, le subj. est de rigueur : qui ki acure, 1588, fol 7 b 8. Dans le second, on n'emploie le subj. qu'autant que le doute domine, et il est toujours l'équivalent du conditionnel : qui veist le saint humme, de pitié Ven poUst trestut le vis muillier, 2025, fol 15 b 5.

5° Propositions temporelles. — Ce sont celles qui marquent le temps où une chose se fait. Comme toujours, c'est le plus ou moins

de doute qui règle remploi du subj. ou de Tindicatif ; mais alors les conjonctions diffèrent :

Avec rindicatif : quanty puisque (=. postquam, après que), desque (= depuis que), si tost cum, al plus tosl qfoe, Ex. : quant lijugemenz fu faiz e recordez^ 1826, toi 12 a 11 ; puis que li sainz reçu del sacrement li feSy 2882, fol 46 b 2 ; des qu^en la sainte cruiz par la mort dévia, 3279, fol 36 a 24 ; si tost cum li berftisursun cheval sailluz, 1901, fol 13 b 1; a/ plulost qu'il purra, 3605, fol 11 b 20. Avec le subjonctif : ainz que, anceis. . . que, des que (= deusque, jusqu'à ce que), devant co que^ tresque. Ex. : ainceis fu neire nuit que il eiist supé, 1936, fol 14 a 6 ; aiyiz qu'il s'en turt d'iluec, 4240, fol 52 b 5 ; ainz erra une liwe qu'il volsist arester, 4374, fol 52 b 24, etc.

6° Propositions causatives. — Ce sont celles qui expliquent un fait, en rendent raison. Elles sont unies à la principale par une des conjonctions pur co ^we, de co que, que (= de co que). Comme Texplication même annoncée par ces coi\j onctions est «destinée à éclaircir la pensée, et, par suite, à dissiper le doute, le mode employé est naturellement Tindicatif. Ex. : je l'ai mis en sufprance que net fis amender, 2800, fol 25 a 25, etc.

1^ Propositions comparatives. — Elles commencent par une des conjonctions cum, cumme, tant cum, si cum, itant cum, et s'emploient ordinairement avec l'indicatif : si cum dire Voï\ fol 46 b 13. On trouve aussi le subj. : si cum vus place (= placeat), 3466, fol 39 b 1.

Concordance des temps du subj. avec ceux de Tindic. — C'est déjà, à peu de chose près, la règle moderne. Si cependant Ton songe que celle-ci n'a été définitivement établie que vers la fin du XVIP siècle, on ne sera pas étonné de trouver chez Garnier quelques infi?actions : e pria qu'il le guart de maie destinée, 1545, fol 6 b 25 ; dieni que li reis li ad par els mandéj — Que il vienge à la curt, 1518, fol 6 a 28, etc. D'ailleurs ces constructions s'expli» quent sans trop de difficulté : dans le premier exemple, c'est l'idée de futur qui domine ; dans le second, li ad mandé indique, conformément au sens du parfait, un état présent résultant d'une action passée : c'est une chose mandée, ordonnée, qu'il vienne. . . Le parf. historique « manda » eût nécessité l'imparf. du subj.

6). — Du participe.

1® Participe présent. — L'accord du part, présent, chez Garnier, est un peu arbitraire. Par son origine, c'est un mot variable : il devrait donc suivre la règle des adjectifs et recevoir ou rejeter la flexion selon qu'il se rapporte au sujet ou au régime et qu'il est au sg. ou au pluriel. C'est ce qui a lieu souvent, mais les exceptions sont nombreuses : Reis, se tu es enuinz^ curune d'or portant, — Ne deiz estre en orgueil mais en bien reluisant, — Ne la portes ades, n'aovec ne fus naissant, 1231-1234, fol 3 b 11-14; ovrez, fait saint Thomas, quis ala atendant, 5387, fol 71 b 17 ; idunches s'en ala U clers se purpensant — Cornent il avendra, mais la vint chevalchant, fol 82 a 21-22. Tous ces participes ne sont pas employés comme gérondifs; quelques-uns, portant, reluisant, naissant, sont de véritables attributs, et tous qualifient le sujet, mais suivent le verbe estre ou le verbe intransitif de la prop. personnelle. N'y aurait-il pas, ici encore, un reste de cette influence anglonormande dont il a été question à propos de l'adj. attribut (1) ?

Ajoutons que la même restriction peut être apportée à l'accord de l'adj. verbal, qui ne difl'ère pas, pour la forme, du part, présent.

2^ Participe passé conjugué avec estre. — Conjugué avec estre ou sans auxiliaire, le participe passé est un véritable adjectif, et il suit exactement les règles de l'adjectif; cependant il y a quelques exceptions ; la plus importante, c'est lorsque le sujet est neutre : alors l'accord n'a pas lieu. Ex. : sur ces treis fu H fais e par els fu ovré, 2680, fol 26 a 25; car par tute la terre est proef manifesté, . . que Vapostolie avez, 3016, fol 31 a 1 ; car al rei Loewis fu pur 00 deshé — QuHl n'aveit el pais {=z cela fut déconseillé au roi Louis, parce qu'il n'avait. . .), 3743, fol 44 a 8, etc.

Les autres exceptions sont plus apparentes que réelles et sont dues sans doute à la négligence des copistes : puis qu'est dune à Deu (pour dunez), 1230, fol 3 b 10 ; mais pluisur i en a qui en sunt coreciez, 4765, fol 61 a 25. Coreciez étant à la rime, la correction est impossible, et la faute est due à l'auteur du poème.

(1) Voy. p. 152.

3° Participe passé conjugué avec aveir, — Sur cette question il règne, au moyen-âge, une grande incertitude. Aussi commencerons-nous par donner des -exemples; nous verrons ensuite quelle conclusion nous pourrons en tirer.

a. — Avec accord : Ex. : mtilt a poi ices brie f s e preisiez e amez^ 1085, fol 1 a 15; mais Varcevesques a celé lei destumée, 1100, toi 1 a 30 ; dons i a enveiez, 1287, fol 12 a 13 ; en grant devoiiun celé messe ad chantée, 1543, fol 6 b 23 ; vostre terre ad guastée, 2164, fol ITf b 24 ; e à Deu sim seigmtr ad sa cause mustrée, 1544, fol 6 b 24; quant rarceve^iques out sa raisun bel finée, 2321, fol 20 a 6; e (ont) destruites les leis, 2322, fol 20 a 7 ; as parenz saint Thomas ad prise si grant guerre, 2519, fol 23 a 24 ; une itel visiun H aveit Deus mustrée, 3938, fol 47 b 3 ; passessiun e rente que H reis en oui prise, 3992, fol 48 a 27 ; car l'arcevesques out faite sa volenté, 4105, fol 50 a 20 ; vus e le rei ad Deus par sa grâce acordez, 4343, fol 54 a 23; lur ures orent dites, 4497, fol 58 b 7 ; tenez, lisiez les letres qu'enveiées vus a, 4600, fol 58 b 10 ; e aveient jurée la mort al Deu ami, 4999, fol 65 a 19 ; il fist ses hriefs escrire, si lur aveit mustrez, 1183, fol 1 a 13; quant Varcevesques out.,, destruites les leis, 2321, fol 20 a 6 ; e Vapostolie Voul (la parole) par iuz lez puinz notée, 2325, fol 20 a 10 ; tute Varcevesquié aveit il nis saisie, 2526, fol 23 b 1 ; (iglise) que noslre sire Deus a par sun sanc conquise, 3297, fol 36 b 12; mal unt encontre Deu lur mestiers acumpliz, — Deus les ad à neent remis e apouriz, 2889, fol 29 b 24 ; pur nus ad la bataille vers nos enemis prise, 3485, fol 39 b 20 ; car Varcevesques out faite sa volenté, 4105, fol 50 a 20 ; mais H pius Deus aveit la povre gent veiie, fol 81 b 6, etc.

p. — Sans accord. Ex. : E quant trové les ont, 1439, fol 5 a 9; e Viglise de Rume (avez) nurri e alevé, 3078, fol 33 a 3 ; relaissié nus en ad, 4085, fol 49 b 30 ; qui nus a maiyitenu, 4902, fol 63 b 12 ; e quant il aveit bien solu ses questiuns, 2316, loi 20 a 1 ; qu'il la cremur de Deu a si ariere mis, 3253, fol 35 b 28 ; li reis vus ad porté grant amistié, 1079, fol 1 a 4; u la pape a trové, 2185, fol 18 a 20 ; que cil que eussiez de bori oit reguardéy 3169, fol 34 b 4; des dous que fai, co diz, des cristiens sevré, 3425, fol 38 b 27, etc.

Le nombre des exemples avec accord est de beaucoup le plus considérable, et Taccord a lieu, soit que le complément précède le participe, soit qu'il le suive. Il semble rationnel de ne pas faire accorder le participe avec le substantif qui le suit au cours de la phrase, c'est-à-dire avec un mot qui n'est pas exprimé, dont le genre ni le nombre ne sont par conséquent supposés connus. C'est ainsi que s'explique la règle moderne d'accord du participe conjugué avec avoir. Au moyen-âge, il y avait lutte entre l'origine latine, qui voulait l'accord dans tous les cas, et la logique : de là tant d'incertitude. Dans notre texte notamment, il règne une sorte de confusion qu'il n'est pas aisé de débrouiller pour formuler une règle quelconque.

4° Participe passé d'un verbe pronominal. — L'accord a lieu comme pour le part, passé conjugué avec est7'e. Il se fust purpensez, 1284, fol 4 b 4 ; H reis s'en est alez, 1466, fol 5 b 6 ; e se sunt comandéy 1985, fol 14 b 25 ; e mult se sunt pené, 3990, fol 48 a 25, etc.

Il y a quelques rares exceptions ; voici un exemple où le participe est à la rime, et où, par conséquent, la notation remonte à Garnier lui-même : ultre s'en est alé^ 1890, fol 13 a 15.

7). — Adverbe.

Négation. — Les seuls adverbes qui méritent une mention particulière sont ceux de négation, dont nous allons étudier sommairement l'emploi.

a). — Négation simple : ne, nen^ nenaV. La forme dénégation la plus universellement usitée est sans contredit ne, très rarement nen ou nenal. Citons immédiatement, pour n'y plus revenir, deux exemples où nen tient lieu de ne : ne ja purnule rien nen me verrez fléchir, 1140, fol 2 a 10 ; £" Adam e H clerc nen unt chief se Deu nun, 1296, fol 4 b 16. Quant à nenal (nenil), il est aussi rare que nen; c'est le non moderne.

Ne apparaît généralement seul :

1° Dans les prop. principales ou subordonnées où le français moderne emploie presque invariablement la négation composée.

La glorie de cest mund n'est lurigement durant, 1235, fol 3 b 15 ; H reis dit : n'i iri^a, 1243 ; car jo n'en voit mentir, 2339, fol 24 a 24 ; ne (/m'en/ de sa ciirt senz sun congié partir, 2390, fol 21 a 15 ; n'i trovisiez d'estor 7ïis le menur chapun, 2445, fol 22 a 10; sui jo dune pris'! Ne Testes, par saint Lazre, 1864, fol 12 b 19; li reis dit que d'ico n'i out un mot sond, 3750, fol 44 a 15 ; Deus est si dreituriers, ne poel faire fors dreit, 4477, fol 56 b 7, etc.

2^ Devant Timpératif ou le subj. pour exprimer une défense, un souhait : de part Deu vus de/fent . . . que de mei nH faciez ui mais nul jugement, 1853, fol 12 b 8; ne faites tort sur autre \ n'i ait travail greignur^ 3157, fol 34 a 22 ; ne perdez vostre pris, 3181, fol 34 b 16 ; prient le qu'il ne sue/fre que seient déserté, 3623, fol 42 a 8, etc.

3° Après les verbes ou les mots qui expriment la crainte : car il cremi forment que li fiers reis llenris ne desist, 4682, fol 43 a 7 ; pur pour des Drokeis, que il ne fust trovez, 5729, fol 77 b 4, etc.

4° Quand la négation est limitée par senz ou par un des mots rien, nid, aucun, autre, sul, plus, mais, jamais, unkes. Ex. : senz cornant delpriniat ne deit estre alevez, 4705, fol 60 a 35 ; de tut ico ne volt li reis rien graanter, 1121, fol 1 b 21 ; nuls d'els ne dist un mot, 1475, fol 5 b 15 ; à nului nel gehi, 1963, fol 14 b 3 ; par aucune raisun encontre Deu n'alez, 3083, fol 33 3i 8; autre legaliun n'i avrez, 1081, fol 1 a 11; mais n'i out un sul mot parlât de vérité, 2224, fol 18 b 29 ; quant li clers pert sun ordre, nel puet hum plus hunir, 1162, fol 2 b 2; cfe terriene honur mais ne m'entremetrai, 4294, fol 53 a 29 ; nHert jamais en concorde, 3143, fol 34 a 8 ; unkes puis n'en eissi, 2884,

5<* Après les conjonctions quant, se. Ex. : e quant à sun seignur sun acunte ne rent, 2146, fol 17 b 6 ; se Moyses ne fust soveraine juslise, 2395, fol 21 a 20 ; s'a Sanz ne Vaugent guerre, 2417, fol 23 a 22, etc.

Remarque. — Avec neent, nient (= nec entem), on emploie ne seul : Qu'il laist cel ire ester, nel desdie neent, 2070, fol 16

â 20 ; mais neent se trouve aussi comme négation simple : Ceste poesté unt H clerc e nient H lai^ 3045, fol 32 a 30 ; est dune adrescernent de neent restorer? 3406, fol 38 b 1.

b). — Négation composée. — Les dérogations aux règles que nous venons d'établir ne sont pas rares, sans être assez nombreuses pour qu'on dise qu'il y a incertitude, sous ce rapport, dans la langue de Garnier. Ainsi, dans les prop. principales ou subordonnées autres que celles qui sont visées par les n°® 2, 3, 4 et 5, on rencontre, il est vrai, ne. . . pas, ne. . . mie, ne. . . puint : Cel essoine ne vout H reis pas graanter, 1411; mais pas n'i sunt aie, 2688, fol 26 b 3 ; mes n*ert pas à siijiir, 3825, fol 45 a 30 ; mais à vos letres puis e veeir e sentir — Que ne puis pas, 3262, fol 36 a 7 ; pur père ne pur mère n'est esparnié mie, 1105, fol 1 b 5 ; H trei prélat qui n'orent Varcevesque point chier, 4536, fol 57 b 6, etc. Citons même, avec l'impératif : net faites pas einsi, 1756, fol 10 b 6.

Néanmoins ces exceptions ne suffisent pas pour infirmer la règle, qui est observée neuf fois sur dix. Des trois négations composées ne. . . pas, ne. . . mie, ne. , . puint, la première est de beaucoup la plus fréquente ; la seconde peu employée, et la troisième excessivement rare.

c). — Ne, , , pas avec une prop. relative. Il n'existe qu'un cas où ne. . . pas remplace invariablement la négation simple ne .• c'est celui où la prop. négative est accompagnée d'une prop. relative.

Ex. : ne cil n*aime pas Deu, qui n'aime leauté, 1724, fol 9 b 24; n'est pas sages qui chiet, 1731, fol 10 a 1; ne deivent pas tenir cil qui sunt Deu ami, 2495, fol 22 b 30 ; co que Deus ad planté ne larra pas périr, 3223, fol 37 a 8, etc.

d). — Ne, , , pas avec ne (= lat. nec). Souvent aussi avec ne (= lat. nec), on rencontre la négation composée, ce qui est entièrement contraire à l'usage moderne : Ne il ne voleit pas que il fust encusez, 2260 ; ne il ne se porent pas à tuz les puinz défendre, 2275, fol 19 a 20 ; co ne vus voit jo pas loer ne conseillier, 4290, fol 53 a 25 ; ne il ne sunt pas mielz apresté del ferir, 5284, fol 70 a 4, etc. Cependant si ne {= nec) est répété, on se sert de la négation simple : Cel capital ne deit ne clers ne lais suffrir, 2406, fol21bl, etc.

e). — Emploi de 7ie (= nec). L'emploi de cet adverbe conjonctif, qui équivaut à notre ni, est plus général chez Garnier qu'aujourd'hui : on le trouve souvent avec nul : Co que Detis a sacré ne puet nuls dessacrer, — Ne nul cristien humme descrislianer, 1262, fol 4 a 12 ; ne nuls de tuz ses clers n'i osa repairier, — Ne nuls des suens n'i oui à beivre n'a manc^ier, 2533-2534, fol 23 b 8-9 ; ne pur ses mandemenz nule rien ne fereient — Ne que nul de ses bries desor ne recevreient, 2592-2593, fol 24 b 7-8.

Ceci n'a lien d'étonnant, si l'on songe que nul a ordinairement le sens de quiconque, sans aucune idée de négation ; ainsi : Se nuls volsist lur dreii as prelaz esforcier, 2466, fol 22 b 1 ; 5e nul fust el forfait le rei Henri chaiiz, 24*76, fol 22 b 4 ; car H rets nel fait paspurnului déposer, 10*76, fol 1 a 6, etc.

Quant à la répétition de ne (= nec), elle n'est pas de rigueur; l'auteur paraît user, sous ce rapport, d'une grande liberté : Cet capital ne deit np. clers ne lais su/frir, 2406, fol 21 b 1 ; mais cil qui tuz H munz ne remue ne tente, 3199, fol 35 a 4 ; ne /a portes adeSj n'aovec ne fus naissant, 1234, fol 3 b 14; qu'il n'aveit el païs castel ne fermeté, 3744, fol 44 a 9, etc.

f). — Ne dans le sens deu {= aut). Signalons enfin une tournure très usitée durant tout le moyen-âge, et que le XVII° siècle n'avait pas encore abandonnée (1) : Ne (= u). Se nul brief el païs de la pape aporlast, — U que H arcevesques Thomas i enveiast. — Qui la crislienté defendist ne veast, 2633, fol 25 a 18 ; se repairier volsissent as rentes ne as maisuns, 2653, fol 25 b 28, etc.

8). — Préposition.

La préposition à, dans le poème de saint Thomas, a un emploi bien plus étendu qu'aujourd'hui; quelques exemples suffiront aie prouver : Funt H fil al Sathan, 5201, fol 68 b 11 ; /a m^ort al deu ami, 4999, fol 65 a 19 ; quant il oui Salemun sun fils à rei eslit, 1152, fol 2 a 22; quant à mei Vavez quis, 1481, fol 5 b 21; as esteiles s'un vunt e à la tenebrur, 1984, fol 14 b 24; à ses clers

(1) Chassang, Grammaire française, cours supérieur, p. 414.

prist conseil, 2278, fol 19 a 23; à duze hummes fereit la vérité pnwer, 2373, fol 20 b 28 ; à Willame de Cap se fist un seir gailier, 3553, fol 40 b 28; à vus voil conseillier (= je veux prendre conseil de vous), 4248, fol 51 b 13 ; mais à cel ure esieit à un grant loc fermée, 5358, fol 71 a 18, etc.

9). — Conjonction.

La conjonction la plus usitée est sans contredit que : celle-ci s'omet souvent dans les prop. subordonnées, soit en souvenir du latin, qui emploie souvent le subj. comme impératif, soit par une influence germanique :

1** Latinismes. — Pur amur Deu le sueffre (subj.), ki tut le mund cria, 1510, fol 6 a 20 ; or* /a baille à un altre, 1655, fol 8 b 15 : presist guarde de sei, 1699, fol 9 a 29. — 2° Germanismes. — // dit, n'i puet aler, 1503, fol 6 a 13 ; H quens H respundi, sun conseil en prendra, 2076, fol 16 a 26 ; Varcevesques respunt, ne volt pas returner, 2056, fol 16 a 6 ; quant out li reis Henris, Varcevesques s'enfuit, 2511, fol 23 a 16 ; Willaumes de Traci a dit e a fermé, — Johan de Salesbire aveit le bras colpé, 5510, fol 74 b 20, etc.

Que s'omet encore avec le subj. dans un grand nombre de cas où la conjonction est exprimée en latin : ne jamais nHert uns jurs saint iglise n'en plurt, 1575, fol 7 a 25 ; defent nés tiengiez mie, 1730, fcl 9 b 30 ; chascunjur prium Deu, . , par sa pieté te mete à dreit aveiement, 2795, fol 28 b 20.

Enfin que s'emploie avec une foule de sens qu'il n'a généralement plus aujourd'hui : 1° que {= pour que, afin que) : que seûrs peiXst estre, 1637, fol 8 a 27 ; 2** que ne [= pour que ne, de peur que ne) : pur co n'os mie bien entur vus demurer, — Que li reis ne m.' en hace, 5105, foi 67 a 5 ; 3° que (= sans que) : ne en pais ne purra ester — Que le péril de s'aneme ne puisse mult duter, 3305, fol 36 b 20 ; 4<* que (= parce que, de ce que) : je Vai mis en su/france que nel fis amender, 2800, fol 27 a 27; 5° que dans la locution si que (= comme) : si que bien le savez, 1803, fol 11 b 18, etc.

A propos de e (= et), citons seulement son emploi dans les nombres distributifs : dui c duiy irei e treiy 1697, fol 9 a 27.

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