‹ La vie de Saint Thomas le Martir: poème historique du XIIe siècle composéChapitre 54 sur 59 · ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION. - VERBE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION. - VERBE

6). — Sujet. •

Garnier est souvent conforme à l'ordre syntaxique du français moderne, dans lequel le verbe est précédé de son sujet et suivi de ses compléments, avec cette restriction toutefois que le sujet est souvent omis lorsqu'il est un pronom personnel (3) : Uarcevesque respunl, ne volt pas retumer : car il ne purreitpas. . ., 2056, fol 16 a 6 ; Ricliarz H respundi : mun humage vus rent. Jo nel prestai pas, 2066, fol 16 a 16, etc.

Mais souvent aussi, et c'est un des traits distinctifs de la langue de notre auteur, il s'affranchit de la construction dite régulière, qui, strictement appliquée, donnerait à la phrase une physionomie des plus monotones. A chaque instant, notamment, le siget est rejeté

(IJ Voy. plus haut négation composée.

(2) Voy. plus haut.

(3) Voy. plus loin pronoms personnels.

plus ou moins loin du verbe, et cela, avec une liberté qui, sans nuire beaucoup à la clarté, donne au style de la variété et du relief. Une règle à peu près générale, c'est que, si la proposition principale ne commence pas par le sujet, celui-ci, mais à la condition que ce soit un substantif ou le pronom substantif wm, hum^ se met après le verbe. Cette construction qui rappelle un usage de la langue allemande actuelle, n'est pas propre à Garnier seul ; on en trouve des exemples dans les chansons de Geste de l'époque ; mais elle est particulièrement fréquente dans la Vie de saint Thomas, aussi nous permettra-t-on de multiplier plus que de coutume les citations : Kar al tens sun aiol les (les coutumes) soleient tenir arcevesque e evesque, 882 ; de cel mot ne se volent H evesque partir, 885 ; car jamais ne serreit la medlée des faite, 15*70, fol 7 a 20 ; dune ad fait devant sei venir H reis Henris — Les evesques, 1*706, fol 9 b 6; ne /*w m^ais par les suens nuls hum avilliez, 1495, fol 6 a 5 ; quant ot H reis Henris, 2511, fol 23 a 16 ; muciée est la lumière, 2692, fol 26 b 7 ; e 05 baruns de France duna tant reis Henris, 3*726, fol 43 b 21 ; tun père honure : plus lung ert tis eez, 3350, fol 37 b 5, etc. Il en résulte parfois des inversions d'une grande hardiesse et d'une grande beauté : Mielz devreient asez li prélat guerreier — Tuz cels qui saint iglise volent contralier, 2761, fol 27 b 16 ; Tut lur aveir aveit très qu'à un sid denier — Li reis, 2656, fol 25 b 9. Notre langue moderne connaît sans doute ces sortes d'inversions, et nos grands auteurs en ont parfois tiré des effets pittoresques ; mais ce n'est qu'une exception, même en poésie : en général les écrivains français du moyen-âge comme ceux des temps modernes n'ont pas cette liberté d'allure qui est un des caractères de Garnior.

Quand il y a plusieurs sujets, ils peuvent être disjoints : Si cume li escrit mustrent e li dociur, 2831, fol 28 b 26 ; ne sai que li reis out e li suen atumé, 557, etc.

7). — Attribut.

L'attribut, soit substantif, soit adjectif, précède le verbe estre. Comme cette tournure est le contrepied de la construction moderne, il nous sera permis de la constater dans un certain nombre d'exem-

— ne —

pies : fieble erent si amiy 1620, fol 8 a 10 ; evesqties est, co dit, 165*7, fol 8 b 1*7 ; ses deiens est, 1659, fol 8 b- 19 ; maistre e père e paslur sunt H proveire, 2836, fol 29 a 1 ; se bon cristien es, 2841, fol 29 a 6 ; reis esteit e evesques voleit estre altresi, 2893, fol 29, b 28 ; mes sires estes, 2993, fol 31 b 8 ; mes fiz estes en Deu, 2995, fol 31 b 10; ferms est cume la piere, 3198, fol 35 a 3, etc.

Beaucoup plus rarement l'attribut suit le verbe : Tant es greindre lur fais e plus pesant asez, 2920, fol 30 & 2b ; de mei qui sui mendis, 2982, fol 31 a 2*7 ; teus ovres erent bones, 3126^ fol 33 b21, etc.

8). — Verbe.

Si la langue de Garnier ne peut être entièrement assimilée aux langues à construction libre qui, comme le latin et le grec, ont la faculté d'assigner au verbe la place qu'indique la marche des idées, néanmoins il est intéressant de rechercher, en dehors des cas ordinaires, comment l'auteur sait s'affranchir de l'ordre syntaxique.

11 est impossible d'établir aucune règle précise : tout ce que Ton peut dire, c'est que, comme nous l'avons vu plus haut, la construction est ascendante, et que très souvent les compléments et même des propositions entières s'énoncent avant le verbe dont elles dépendent ; d'ailleurs les exemples qui suivent et que nous avons multipliés à dessein, donneront, mieux que toute discussion, une idée de la facilité avec laquelle Garnier varie la structure de ses phrases et change l'ordonnance de la proposition :

Tuz ceus qui cest conseil li dunerent harra

(1200, fol 3 a 10.) E le rei e les clers voil ore demander,

(1206, fol 3 a 16.) Mult bien nus i guarder,

(1435, fol 5 b 25.) Purquant pur celé messe que il idunc chanta, Li evesques de Lundres, qui pur le rei parla, Par devant Taposlolie puis l'en acuisuna (?), Dist ke pur sorcerie celé messe chanta,

(1546-1549, fol 6 b 26-29.)

A l'eissir de la chambre durement se hasta,

(1881, fol 13 a 6.) Ne dunassent pas guage li escumenié,

(2361, fol 20 b 16.) Ne clerc ne lais ne nuls lai en plait ne mesist,

(2366, fol 20 b 21 .) La sainte mère iglise de sainte ternité, Sire, dunt receiistes corune e-poesté, Restablissiez del tut à celé dignité,

(3091-3093, fol 33 a 16-18.) Les buntez que li reis m'a fait me mez (= tu me mets) devant,

(3226, fol 37 a 11.)

Il est certains cas où le besoin du vers, les nécessités de la rime ont déterminé la place du verbe; mais, dans beaucoup d'autres, l'auteur a obéi à un autre mobile ; pour n'en citer que deux, n'est -il pas évident que le rejet du verbe harra à la fin du premier vers est très pittoresque et donne plus de force et de relief à la pensée ? De plus, ce subjonctif ou plutôt cet impératif restablissiez, que précèdent deux vers entiers composés de mots qui en dépendent, n'a pas été mis ici par hasard ; cela est si vrai qu'aujourd'hui encore, nous dirions pour insister plus vivement : cette Eglise, dQ qui vous reçûtes la couronne et la puissance . . . , rétablissez-la . . .

Après ces considérations générales, nous pouvons entrer plus avant dans le sujet et examiner successivement le cas où le verbe se compose d'un auxiliaire et d'un participe, celui où un verbe personnel régit un infinitif, et enfin la question si complexe des compléments du verbe, substantifs et pronoms.

9). — Auxiliaire et participe.

Le participe est souvent, comme aujourd'hui, rapproché et précédé de l'auxiliaire : E qui puet dessacrer co que Deus ad sacré? 1254, fol 4 a 4 ; en grant devotiun celé messe ad chantée, 1543, fol 6 b 23 ; dune fumult esperduz : — Pour ont qu'il nefust épris e retenuz, 1904, fol 13 b 4, etc.

Mais souvent aussi il en est séparé : Ne sai ke li reis out e li

suen aturné, 557 ; mull a poi ices bmefs e preisiez e amez^ 1085, fol 1 a 15; quant il oiU Salemun sun fil à rei eslit, 1152, fol 2 a 22 ; se pur co non qu'il ot aun service guerpi, 1617, fol 8 a 7 ; partut les a H reis tant cum pout traînez, 4435, fol 55 b 25 ; si tost cum H ber fu sur sun cheval sailluz, — Grant alure s'en est à la porte venuz, 1901-1902, fol 13 b 1-2; (se) en Vautrui terre esteit en nul liu coneiiz — Qwi il fust erramment e pris e retenuz, — E fust à sun seignur senz desturbier renduz, 2116-2119, fol 17 a 6-9, etc. On voit que l'auteur intercale entre l'auxiliaire et le participe non seulement le sujet et divers compléments, mais aussi des propositions entières ; et cela, avec une liberté que ne connaît plus notre langue. Néanmoins Garnier ne se distingue pas en cela des auteurs contemporains, qui presque tous usent de la même latitude.

10). — Infinitif.

Nous en dirons autant de l'infinitif; parfois il s'écarte considérablement de son verbe : einsi le purrum bien de sun sié déposer, fol 10 b 25; d'enfer puet saint iglise les portes depecier^ 3256, fol 36 a 1 ; honurer cels ne deit pas H reis desdeignier, 3441, fol 39 a 6 ; grant bien i porent tuit qui co virent noter, 4260, fol 52 b 25 ; mais se volez la terre e le règne laissier, 4296, fol 53 b 1, etc.

D'ailleurs, il suit ou précède indifféremment le verbe personnel dont il dépend : n'est pas sages qui chiet (juant ne volt relever, 1731, fol 10 a 1 ; mais Rogiers de Wincestre ne H voleit guenchir, 1675, fol 9 a 5 ; bien lur deit um laissier lur custumes tenir, 2712, fol 26 b 27 ; par sa legatiun défendre H fera, 1069 ; desdire les voleit H lers, 1431, fol 5 a 1 ; oïr voit vos assanz, 1474, fol 5 b 14 ; venir H estovra, 1506, fol 6 a 26 ; sovenir viés devreit de la professiun, 3086, fol 33 a 11, etc. Garnier pratique plus librement que ses contemporains mêmes la faculté de placer l'infinitif avant le verbe qui le régit; et, comme nous le verrons plus loin, quand nous discuterons la valeur du poème au point de vue littéraire, il a souvent en vue, dans Tagencement de la pbrase ou de la proposition, un effet déterminé.

— no —

Dépendant d'un substantif, Tinfinitif le précède ou le suit et s*en sépare sans difficulté : s'il esteit de chanter nones tens demandad^ 1922, fol 13 b 22. Ici la liberté de la construction est poussée un peu loin : à première vue, la phrase paraît étrange et même obscure.

Si l'infinitif est gouverné par la préposition pitr, le complément s'intercale ordinairement entre cette préposition et le verbe : pur sHglise franchir^ 2*735, fol 2*7 a 20; pur sa char refreidir, 3552, fol 40 b 27 ; maint engin pur mei nuire suvent avant mis uni, 3381, fol 38 a 6. Nous disons aujourd'hui : pour me nuire; mais on chercherait en vain, dans nos auteurs classiques et même dans la plupart des anciens monuments de notre langue, un exemple de construction aussi libre que le dernier exemple que nous venons de citer .

11). — Ablatif absolu.

Un mot seulement sur ce genre de proposition : le verbe, c'est-àdire le participe présent s'énonce invariablement au commencement: oiant tut le tropel, 996 ; e veiant sun barnage, 1004 ; veant ses clers, 1079, fol 1 a 9, etc.

12). — Compléments du verbe.

C'est dans la manière de placer et de grouper les compléments que la construction, chez Garnier, est surtout ascendante et particulièrement originale. Le plus souvent, en effet, ils précèdent le verbe ; le mouvement de la pensée l'emporte sur l'ordre syntaxique. C'est elle qui presque toujours guide l'auteur dans la place qu'il assigne à chaque mot. Veut-il insister sur une idée, les mots qui la représentent, qui jouent le rôle principal viendront en tête de la phrase ou du vers. Nous ne voulons pas prétendre qu'il en soit toujours ainsi : un tel système, pratiqué sans discontinuité, ne serait pas moins monotone qu'une construction toujours descendante. Dans toute langue, quel que soit le procédé généralement admis, les bons auteurs usent de l'un et de Tautre; mais, chaque fois que Garnier

veut attirer rattention sur une idée, il donne à sa phrase, comme la plupart des auteurs grecs et latins, une disposition artistique et qui frappe aussitôt le lecteur.

Nous pourrions apporter à Tappui de très nombreux exemples ; nous nous contenterons de citer les suivants, qui n'exigent pas d'explications préliminaires :

Par sajetes le ôst que il ne fust nafrez, (355).

Ce vers est un de ceux où la construction est le plus forcée :

En effet, sajetes est le régime de nafrez;

E jol vi sor Franceis plusur feiz chevauchier, (359).

Dune l'unt à arcevesque à grant joie levé, (515).

Ki Deu ne volt amer, Deus nel veut pas nurir, (725).

Vapostolie Alissandre unt ensi araisnié,

(10*74, fol 1 a 4).

Se à sa volenté nel peûst aturner,

(1078, fol 1 a 8).

A la pape Alissandre les letres renveia,

(1092, fol 1 a 22).

En peine e en tristur fu tant cum il fii vis,

(1294, fol la 24).

h'arcefvesque ne puet fléchir li reis Henris,

(1172, fol 2 b 12).

Tuz les porz funt guaitier e de jur e de nuit,

(2513, fol 23 a 18), etc.

Il est difficile de déterminer quelle est la place respective des compléments directs, indirects ou circonstanciels ; quand le complément indirect n'est pas plus court que le complément direct, il semble que Garnier le mette de préférence au premier rang :

Mais ainceis que venist à Sanz li Deu amis, Out li reis à la pape ses messagiers tramis,

(2187, fol 18 a 22).

Dune enveia li bers al cunte dous abez^

(2071, fol 16 a 21).

Al rei de France ad um cel a f air emastré,

(36*71, fol 42 b 26).

E os baruns de France duna tant reis Henris,

(3*731, fol 43 b 26), etc.

Peut-être même pourrait-on établir que le régime le plus long s'énonce généralement avant les autres ; mais il ce faut pas oublier ce principe plus général encore, que la structure de la phrase est avant tout subordonnée à la marche de la pensée, parfois au besoin du vers, et qu'enfin, pour la msgorité des cas, la construction est ascendante.

Après ces observations sur la place que peuvent occuper les diverses formes grammaticales et les éléments de la proposition, il nous reste à examiner les pronoms personnels, que nous avons à dessein laissés de côté jusqu'ici ; en effet, courts et souvent inaccentués, il semble qu'ils soient naturellement plus instables encore que les autres parties du discours. 11 n'en est rien cependant, et si leur place n'est pas invariablement marquée dans la proposition, elle ne dépend pas non plus uniquement du caprice.

Voyons s'il est possible de déterminer quelques règles.

13). — Pronoms personnels.

Comme aujourd'hui, les pronoms personnels faisant fonction de sujet se mettent avant le verbe, excepté dans les interrogations, les phrases exclamatives et dans certaines tournures qui, comme fait-il (1817, fol 12 a 2), indiquent que l'on cite les paroles prononcées par une autre personne ; mais, pour les pronoms personnels employés comme compl. direct ou indirect, il y a une distinction à faire, selon que la proposition est ou n'est pas impérative.

1^ Dans les propositions non impératives, avec ou sans négation, le pronom personnel compl. direct ou indirect se met généralement avant le verbe, que ce soient les formes me, te, se, la les, li, lur ou les formes mei, tei, sei, els. Ex. : quant vus li devez fei, 1839, fol 12 a 24 ; e quant en barunie de li granz fius tenez, 1841, fol 12 a 26 ; n'a lui ne volt il pas einsi sun cors livrer, 2058, fol 16 a 8 ; Reis, mun voil te voldreie, 2811, fol 28 b 6 ; se tost ne te repenz, envers

tei ad tesé, 2850, fol 29 a 15 ; les acusa^ tuz les laissa ester, 2828, fol 28 b 23 ; qui vus heit e mei het e contre mei révèle ; — qui vus fiert e mei fiert, 2868, fol 29 b 3 ; mais de mei n'i avrunt ne aide ne solaz, 5197, fol 68 b 7, etc.

Cette règle n'est pas toujours strictement observée. L'auteur use d'une certaine liberté qui contribue à donner plus de souplesse encore à la langue : Ne tieng, . , de lui fius ne eritez, 1843, fol 12 a 28 ; que il n'aveit od sei, 2022, fol 15, b 2, ensiwre les VestVLet, 2845, fol 29 a 10. C'est surtout avec les prépositions que le pronom se met volontiers après le verbe : e dit bien e pramet qu'il li fera aveir — e à lui e à suens, , . , 4157, fol 51 a 12 ; pais e amur avrunt de lui e de sun eir, 4159, fol 51 a 14.

2® Dans les prop. impératives, le pronom se place toigours avant le verbe s'il y a une négation : ne te tume à viltéy 2852, fol 74 a 2 ; ne vus demesurez, 3227, fol 35 b 2; qu^ nés escu/mengiez à tort e à beslei, 3238, fol 35 b 13; ne vus mêlez en ire, 3243, fol 35 b 18, etc.

S'il n'y a pas de négation, le pronom se place avant ou après le verbe : pur Deu me conseilliez, 1555, fol 7 a 5 ; un autre la livrez (= livrez-la à un autre), 1666, fol 8 b 26 ; unpoi, se vus plaist, m'entendez, 5100, fol 66 b 30 ; faites les enz entrer, 5115, fol 67 a 15 ; mais fai me tost cha enz tuz mes clers rapeler, 5153, fol 67 b 23. Cette faculté de mettre le pronom presque indifféremment avant ou après le verbe s'est conservée jusqu'au siècle dernier (1).

Quand deux pronoms se suivent, l'un compl. direct, l'autre compl. indirect, ils se mettent avant le verbe, et, contrairement à ce qui a lieu aujourd'hui, le pronom régime direct peut se mettre le premier: li plus privé de lui le m'unt mustré en fei, 1563, fol 7 a 13 ; ne le m'unt pas nummé, 3756, fol 41 a 21.

Quand le pronom est complément d'un infinitif dépendant d'un autre verbe, il se place toujours avant le premier des deux verbes : bien le poez veeir, 3496, fol 41 a 1 ; ne t'en volt pas oïr, 3283, fol 36 a 28 ; tu me roves dormir, 3325, fol 37 a 10 ; ne s'um les poeit tuz en cent multiplier, 3357, fol 37 b 12 ; se la mère le rei le voleit desturber, 3371, fol 37 b 26 ; eme volent vers tms mes-

il) Cf. CUassang, Grcmm, française, cours supérieur, p. 267,

1er, 4766, fol 61 a 26 ; le vus ai fait escrire. 4760, fol 61 a 20 ; dient que je vus voil la corune tolir, 4768, fol 61 a 28 ; nés en voil pas sevrer, 5054, fol 67 b 24 ; ne deussiez, fait-il, tel message aporter, 5211, fol 68 b 21, etc.

En résumé, si la place qu'occupent les pronoms personnels diffère notablement de celle que leur assigne la langue moderne, Garnier n'a rien innové sous ce rapport, et la syntaxe à laquelle il se conforme a été en vigueur jusqu'à la fin du XVIP siècle.

14). — Enchaînement des propositions.

Il serait superflu de rechercher dans quel ordre s'enchaînent les propositions. A vrai dire, il n'existe pas d'ordre déterminé ; là, plus que partout ailleurs, c'est la pensée qui guide l'écrivain. S'agit-il de faits peu saillants, la phrase se déroule simplement, régulièrement, c'est-à-dire qu'après la prop. principale s'énoncent successivement les prop. relatives qui peuvent se rapporter au sujet, puis les prop. subordonnées proprement dites ; c'est l'ordre analytique ou descendant :

Li quens de Leicester, qui si oï crier, Dist al rei cum l'um fist l'arcevesque escrier ; Grant hunte fu k'um fist si haut humme huer; Nel devreit pas suffrir ; hum l'en voldreit blasmer. Dune comanda li reis k'um le laissast ester.

(1916-1920 foll3b 16 — 20).

S'agit-il au contraire d'une circonstance émouvante, pathétique, les propositions s'alignent dans l'ordre indiqué par le mouvement des idées ; les subordonnées précèdent ou suivent la principale selon qu'elles expriment ou n'expriment pas la pensée sur laquelle doit se concentrer l'attention ; c'est Tordre ascendant :

Quant vi que il n'avra Vamur al rei Henri, As piez lui est chaû, si li cria merci.

Fait Va e eshaucié, co conut e gehi ; E co qu'il li ad fait, qu'il ne deface ensi.

Par les oils Deu, fait-il, or m'avez vus huni.

(1461-1465, fol 5 b 1 — 5).

Que Ton substitue au texte la construction analytique proprement dite :

a Becket tomba aux pieds du roi et lui demanda merci quand il vit a qu'il n'obtiendrait pas son aÔection : il reconnaît et avoue que le a roi Ta fait ce qu'il est, qu'il Ta grandi ; qu'il ne défasse donc pas ce a qu'il a fait » :

Tout l'intérêt disparaît, et la phrase devient d'une banalité insipide.

Ces quelques mots suf&sent. Une étude plus approfondie de la question nous entraînerait trop loin ; elle reviendra en temps utile quand nous analyserons les qualités littéraires du poème.

Page 1