V. - LEXIQUE
1). — Dérivation.
DÉRIVATION NOMINALE IMPROPRE (saus l'aide de suffixes),
A cette catégorie appartiennent les noms dérivés des verbes et empruntés soit à l'infinitif, soit aux participes, soit au gérondif, soit même à d'autres temps du verbe, comme le présent de Tindic. ou l'impératif. Il faut y ajouter les adjectifs employés substantivement.
1® Substantifs tirés de l'infinitif. — Ils sont tous neutres, ou plutôt masculins, puisque, bien avant l'époque de Garnier, le neutre avait presque complètement disparu de la langue française. Le nombre en est plus considérable qu'aujourd'hui. Ex. : à Veissir de la chambre durement se hasta, 1881, fol 13 a6; tute la nuit erreient entresqu'à Vajumer^ — Et le jur se mucowent d'ici qu'à l'aves--
prer, 1986-1987, fol 14 b 26 — 27 ; e poesté de pape n'avra par mon voleir, 2235, fol 19 a 10 ; car de l'errer ert las, 2277, fol 19 a 22 ; sovent le merda de sun bel acuilleir, 2232, fol 20 a 17 ; par nul enconbrier, 2814, fol 28 b 9 ; par surquidier en prist Vofice as ordenez, 2880, fol 29 b 15, etc. Nous n'avons cité que des mots disparus de la langue moderne ; mais nous aurions pu en multiplier le nombre, car on sait que la faculté, due sans doute à une influence germanique, de substantiver les infinitifs est un des traits de notre ancienne langue.
2° Substantife participiaux. (Participes passés.) — Par contre, le nombre des substantifs participiaux est plus restreint ; mais le principe était fécond. Laissant de côté des mots qui, comme partie, rente, escriz, mesfaiz, venue, surse, perte, sumunses, etc., sont d'un usage courant aujourd'hui, citons : celée, dans la locution à celée : eVeire l'arcevesque à celée atumerent,2018,iol 15 a 28 ; car mult cremi de sei quant le respuns oï, 2081, fol 16 b 1 ; par le régné, 3333, fol 37 a 18 ; à tort as meû le pensé, 3427, fol 38 b 22 ; 6^ vostre acorde n'avrai jamais fiance, 3917, fol 47 a 12, etc.
Les substantifs tirés de part, présents sont rares : par semblant e par diz là se sunt acordé, 4400, fol 55 a 20 .
3® Substantifs verbaux provenant de divers temps du verbe. — Les exemples que présente Garnier sont ordinairement empruntés au présent de l'indicatif : tms en avrez le cri, 1757, fol 10 b 7 ; se ne faites del tut le voit le rei Henri, 1824, fol 12 a 9 ; desque li reis Henris sun voit en commandait, 2635, fol 25 a 20 ; nuls d'els ne la volt dire pur cornant ne pur has, 2280, fol 19 a 25 ; dist li que il alast à Thomas senz demur, 3084, fol 41 a 29, etc.
4P Adjectifs employés substantivement. — A Torigine des langues, les substantifs n'étaient que des adjectifs. Les langues une fois formées, la même transformation se reproduit, mais beaucoup plus lentement. Ainsi, à l'époque de Garnier, le nombre des adjectifs employés substantivement est relativement très restreint : li malvais, 1896, fol 13 a 21 ; les povres, 1931, fol 14 a 1, etc. Lalangue moderne devait développer considérablement cette tendance. Nous n'avons pas trouvé d'exemples correspondant à nos substantifs neutres le bon^ l'honnête, l'utile, etc.
2) Composition.
Les diverses sortes de composition en français se ramènent toutes à trois types fondamentaux : la composition apparente ou juixiaposition (clin d'œil, chef-d'œuvre, bonheur, malappris, etc.); la composition par particules (permettre, désapprendre, injustice, etc.) ; et la composition elliptique ou proprement dite (maintenir, portefeuille, etc.). De ces trois genres de composition, le second seul mérite, dans notre texte, une étude sérieuse. La juxtaposition se rencontre bien dans quelques mots, comme honeuré^ 3170, fol 34 b 5 ; damnedeu, 3260, fol 36 a 5 ; mais ce procédé est rare, et la juxtaposition de deux substantifs au moyen d'une préposition est encore inconnue. Il en est à peu près de même de la composition proprement dite, dont on ne peut citer qu'un fort petit nombre d'exemples : maintenir y 1139, fol 2 a 9.