‹ La vie de Saint Thomas le Martir: poème historique du XIIe siècle composéChapitre 56 sur 59 · COMPOSITION PAR PARTICULES · texte numérisé non relu

COMPOSITION PAR PARTICULES

1). — Composition avec des prépositions. — 1° Ad. Le d decette préposition s'assimile souvent avec la consonne initiale du mot suivant et disparaît ensuite ; dans d'autres cas, il se supprime simplement, même devant une voyelle, de sorte que ad se réduit presque invariablement à a : acheminé, 2028, fol 15 b 8 ; aûnie, 3038, fol 32 a 23.; arester, 4374, fol 54 b 24, etc.

2** An, ainz (= lat. ante, antius). Ante se réduit à an dans les composés : ancesur, 1846, fol 12 b 1 ; de ante dérive encore le préfixe ainz (= antius) : ainzné, 4424, fol 57 a 24.

3° Contre (= lat. contra) : contredire, 2497, fol 23 a 2 ; contrester, 3969, fol 48 a 4, etc.

4® CoN, co (= lat. cum) : confermer, 1849, fol 12 b 4; consentir, 2295, fol 19 b 10 ; covient, 3032, fol 32 a 17, etc. La plus grande partie de ces dérivés sont tiréç direçtemeiit de mots latins.

5® De (= lat. de) : denuntier^ 3142, fol 39 a T ; démener^ 1250, fol 3 b 30. Ces mots ne sont pas, à vrai dire, des dérivés français : ils proviennent de composés latins.

6» Des (= lat. de-ex, dis) : desdiseit, 1778, fol 11 a 23 ; desferma, 1910, fol 13 b 10 ; desaperceveir, 2089, fol 16 b 9 ; dessai" sis, 3976, fol 48 a 11 ; deshonur, 4745, fol 61 a 5, etc.

7« Es (= lat. ex) : esperduz, 1903, fol 13 b 3 ; estaindre, 2090, fol 16 b 10, etc.

8<* Fors (^ lat. foris). Cette particule a un sens péjoratif : /brsené, 5131, fol 67 b 1.

9<»Em, en (= lat. in). Quelquefois en devient em devant les labiales ; mais il s'en faut beaucoup que em soit la règle, comme aujourd'hui. Ce préfixe se retrouve dans des mots latins passés au roman et dans quelques composés verbaux de formation nouvelle : enpuignier, 1912, fol 13 b 12; enuindre, 3001, fol 31 b 16; enpris, 1147, fol 2 a 17 ; ensiwre, 2845, fol 29 a 10 ; emmi (= in medio), 1176, foUbl6.

10® Ent, en (=: lat. inde). La forme la plus ordinaire est déjà en : enveia, 1791, fol 11 b 6 ; s'enfuit, 2511, fol 23 a 16.

11<> Entre (= lat. inter) : entresait, 1129, fol 1 b 29; entrede- S2\s«^, 2646, fol 25 b 1.

12° Par (= lat. per). Ce préfixe a une signification augmentative et indique, comme per en latin, que l'action a été menée jusqu'à complet achèvement : parcon fermez, 1714, fol 9 b 14; parmenorhleté, 1850, fol 12 b 5 ; parfiner, 2310, fol 19 b 25 ; partraitië, fol 80 a 26.

13® Pur (= lat. pro) : purpenser, 3146, fol 34 a 11 ; purpris, 3309, fol 36 b 25, etc.

14® So, su, suz (= lat. sub, subtus). On ne trouve les suffixes so, su que dans des mots latins passés au roman : suduit, 4100, fol 51 a 15; sovint, 2566, fol 24 a 11; sujumer, 5202, fol 67 a 2; suzmis, 1483, fol 5 b 23.

15® Sur (= lat. super) : surquidier, 2880, fol 29 b 15 ; surpliz, 5688, fol 76 b 23.

16<> Très, tra (= lat. trans) : trespassé, 2221, fol 18 b 26; tresira, 1504, fol 6 b 14 ; traverser, 2308, fol 19 b 23.

2). — Composition avec des particules non prépositives. — 1® Mal, mau (= lat. maie). Les composés de cette sorte sont fréquents, et le sens est conforme à Tétymologie : malvais, 4732, fol 60 b 22 ; oei maudit, 4873, fol 63 a 13 ; maldit, 4876, fol 63 a 16; maleuré, 121.

2° Mes (= lat. minus), avec un sens péjoratif : m^prisun, fol 75 b 29 ; mesprendre, 1810, fol 11 b 25 ; mesmené, 2270, fol 19 a 15; mesaise, 3890, fol 46 b 10.

3® Bes (= lat. bis). Cette particule n'indique pas seulement un redoublement ; parfois aussi eUe a une valeur dépréciative, comme dans beslei, 2608, fol 24 b 23. Dans le mot besaguë, 5319, fol 70 b 9, elle a simplement conservé son sens étymologique.

4° Main (== lat. manu) : maintenir, 1139, fol 2 a 9.

5° Rb (= lat. re). Cette particule, dans le texte de Gamier, est loin d'avoir toutes les significations qu'elle possède aigourd'hui (1) ; elle marque simplement la répétition : renovela, 1500, fol 6 a 5; reserunt, 4225, fol 52 a 20 ; raveir, 4622, fol 59 a 2 ; revunt, 1866, fol 12 b 21.

6<> Ves(=: lat. vice) : vescunte, 2623, fol 25 a 8.

3) Formation savante.

Dès les premiers temps de la langue écrite, alors que la formation populaire était déjà entièrement achevée, on sentit le besoin de mots nouveaux, parce que ceux qui existaient ne suf&saient plus à rendre toutes les idées qui avaient cours dans la société laïque et dans la société cléricale.

Dès lors commence une nouvelle période, appelée avec raison période de formation savante. Embarrassés pour rendre certaines

(1) Voy. A. Darmesteter : Formation des mots ooinpo96$ dcm$ la langue fkrançaUe, p. 79 et ss. (Paris, F. Wieweg),

idées inconnues à la langue populaire, les clercs, les lettrés tirent du latin des mots qu'ils transportent tels quels dans la langue, en se contentant de leur donner une terminaison française.

Timide jusqu'au XP siècle inclusivement, et borné à quelques mots, ce procédé artiûciel prend une extension plus considérable dès le XIP siècle. Il apparaît d'abord dans les livres ecclésiastiques, puis dans les chansons de Geste, et particulièrement dans les ouvrages qui, comme celui de Garnier, traitent de matières plus ou moins religieuses. Aussi n'est-il pas sans intérêt de rechercher quelle est, dans la Vie de saint Thomas, l'importance de l'élément savant.

Garnier innove non seulement par la liberté avec laquelle il admet ces formes, que ne connaissait pas la langue populaire, mais aussi et surtout par Torthographe qu'il donne à un certain nombre de mots. Plusieurs, comme ascensiun^ confessiun, dampnatiun^ devotiurij escripturCy etc., sont en réalité des expressions populaires. Mais, sous sa plume, ils prennent un aspect tout latin et savant.

Voici la liste des mots savants que nous avons relevés dans le poème. Nous notons à part les termes religieux :

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