VIII. — Becket en exil
La détermination de Tarchevéque était grave, quoique justifiée cette fois par Tacharnement du roi. Les provocations dont il avait été l'objet à Northampton décelaient clairement l'intention de le pousser à quelque acte de violence afin de se débarrasser de lui. La fuite était donc le seul moyen d'échapper à la mort ou à la prison ; mais, une fois hors de l'Angleterre, où allait-il diriger ses pas ? Chercher un refuge à la cour de France, c'était se donner toutes les apparences de la trahison ; de plus, quel accueil lui réservait le pape encore mal affermi et qui ne pouvait oublier l'appui que lui avait prêté le roi d'Angleterre ? Sa perplexité dut être grande ; mais il ne pouvait
hésiter longtemps : « A la nouvelle que sa proie lui avait échappé, Henri s'était empressé de mettre la main sur les biens du fugitif; tous les diocèses de l'Angleterre et du continent avaient reçu l'ordre de ne donner asile ni conseil à Becket ou aux siens; les grands avaient été invités à se saisir de sa personne » (2).
Il n'y avait donc pas un moment à perdre, et l'archevêque fut bien avisé de ne se fier ni à Richard de Lucy, qui était venu à sa rencontre à Saint-Omer, ni au comte de Flandre, parent de Henri. Sur les conseils de l'évêque de Térouane, il s'enfuit secrètement à Soissons, près du roi de France, Louis VII, où l'avait déjà précédé
(l)Cf. pour tout ce qui précède : Aug. Thierry, II, p. 408 ss ; Garnier, v. 1025-1180, 1345-1310, 1370-2030; — Ed. Grim, p. 22 ss. ; — Roger de Pontigny, p. 84-90; — Herbert de Boseham, p. 1147-1151.
(2) Aug. Thierry.
Gilbert Foliot (1), venant, au nom du roi d'Angleterre, demander l'extradition du « ci-devant archevêque de Canterbury ». Mais Louis VII était trop heureux de l'embarras où cette affaire mettait son rival, pour ne pas accueillir Becket à bras ouverts. C'était du reste un prince singulièrement doux et pieux. L'évêque persécuté pour la défense de l'Église était un martyr à ses yeux ; aussi fut-il choqué de l'expression « ci- devant archevêque » appliquée au primat : a Je suis roi aussi, dit-il, mais dans ma terre je ne pourrais déposer le moindre des clercs » (2) ; et il accorda à Thomas et à ses compagnons d'infortune un secours journalier en pain et' autres vivres.
Pour les raisons que l'on connaît, cette hospitalité pesait à Becket. Il s'empressa d'envoyer à Sens, près du pape, quelques-uns de ceux qui lui étaient restés fidèles. Par malheur, les ambassadeurs de Henri l'avaient devancé : Alexandre refusa positivement d'admettre Becket à sa cour. Toutefois, le libre asile que celui-ci recevait de Louis VII lui permit de se rendre à Sens sans y être invité. Reçu avec froideur par les cardinaux, qui l'accusent de susciter des embarras à la cour de Rome dans un moment critique, il parvient néanmoins à se faire écouter d'Alexandre et lui met sous les yeux les articles de Qarendon.
Jadis le pape avait signifié à Becket de ne pas résister au roi d'Angleterre et de se soumettre aux anciennes coutumes du roi Henri l^^. Plus tard il avait refusé de donner sa sanction aux Constitutions de Clarendon, mais sans les condamner ouvertement. Cette fois Alexandre prit résolument parti pour l'archevêque. Soit qu'il eût prêté plus d'attention à l'œuvre du grand conseil normand et du roi, soit qui Becket, habile diplomate, on le sait déjà, eût fait entrevoir des aperçus nouveaux et con^incu le pape du danger qu'il y avait pour le Saint-Siège même à livrer l'Eglise anglicane à la discrétion du roi d'Angleterre, un revirement soudain et complet eut lieu dans l'esprit du pontife (3).
Jugeant les Constitutions de Clarendon contraires à l'honneur de Dieu et de Sainte Eglise, il les traite d'usurpation tyrannique et menace d'anathème quiconque les observera (4). Bien plus, il reproche
(1) Garnier, v. 2070-2100.
(2) Herbert de Boseham, p. 1169.
(3) Garnier, v. 2311-2325: —Roger de Pontigny, p. 94.
(4) Garnier, v. 2333-2335.
durement à Tarchevêque d'avoir momentanément adhéré à une œuvre aussi impie, mais finit par l'absoudre. De son côté, Becket s'accuse d'avoir été, au mépris des libertés de l'Eglise, intrus dans son siège par l'autorité royale, et, entre les mains du pape, se démet de sa dignité épiscopale. Alexandre l'en revêt de nouveau et le congédie en lui disant : « Maintenant allez apprendre à être, dans la pauvreté, le consolateur des pauvres » (1).
On ne peut s'empêcher de remarquer que les scrupules de Becket étaient un peu tardifs. Suivie immédiatement d'une nouvelle investiture, cette abdication volontaire n'était pas sérieuse ; c'était plutôt un outrage à l'adresse du roi qu'un acte de soumission au pontife. Henri le sentit et se vengea d'une manière cruelle.
Sur l'ordre du pape, Becket s'était retiré à l'abbaye de Pontigny, sur les confins de la Bourgogne et de la Champagne, et avait commencé à y pratiquer, dans toute sa rigueur, la discipline de la vie monastique. Mais il n'y fut pas longtemps en repos : Henri venait de bannir tous les parents du primat, en ligne ascendante et descendante, jusqu'aux vieillards, aux femmes enceintes et aux enfants en bas âge, et il exigeait d'eux, au départ, le serment d'aller se montrer dans leur exil à celui qui en était, la cause. « Ils vinrent en effet au nombre de 400, les uns après les autres, pauvres et affamés, saluer l'auteur de leur misère » (2). Becket en gémit, mais sa fermeté n'en fut pas ébranlée. Il accepte son malheur comme une pénitence ; il redouble d'austérités, consacre son temps à la lecture, à la prière et à la méditation ; il rejette la nourriture délicate qu'on lui offre et n'accepte que la maigre pitance des moines ; en secret il se fait donner la discipline (3j .
Alors son esprit s'exalte; les macérations qu'il s'impose, les songes effrayants qu'il fait (4) , tout concourt à le familiariser avec la pensée du martyre. Identifiant complètement sa cause avec celle de Dieu et de l'Eglise, il envoie de nombreuses lettres aux clercs de Canterbury, aux évéques d'Angleterre, aux cardinaux, au pape même, dont il stimule le zèle un peu chancelant. La cour de
(1) Voy. Aug. Thierry.
(2) Aug. Thierry.
(3) Herbert de Boseham, p. 1196.
(4) Ed. Grim, p. îfô-36.
Rome, en effet, était perplexe : les amis de Henri y étaient nombreux et puissants et faisaient tous leurs efforts pour perdre Becket dans Tesprit d'Alexandre. L'archevêque n'était pas sans s'en apercevoir. « Si la malice de mes adversaires ne m'avait dénigré près de vous, écrivait-il, le roi d'Angleterre n'abuserait pas ainsi de votre patience ; » (1) et, dans une auti^ lettre : « Chaque fois que ses envoyés reviennent d'auprès de vous, le roi est plus insolent » (2).
Cependant la conduite du pontife ne manquait pas d'habileté. Dans une lutte qui n'intéressait, il est vrai, qu'indirectement le Saint-Siège, mais dont le résultat pouvait être nuisible à l'influence <le la papauté, il se gardait de soutenir ouvertement Becket, ce qui lui eût aliéné sans retour le roi d'Angleterre. Mais céder à Henri et tiestituer Becket, c'était livrer l'Eglise anglicane pieds et poings liés, et c'en était fait de l'influence romaine en Angleterre. Il était plus prudent de tenir la balance à peu près égale entre les deux adversaires, qui tiraient ainsi successivement toute leur force de la papauté et ne pouvaient concevoir la pensée d'une rupture. De là ces atermoiements, ces concessions accordées d'une main et reprises de l'autre ; de là aussi les défaillances momentanées dont l'indomptable Becket n'était pas exempt. Bientôt, il est vrai, il reprenait courage, gourmandait le pape, le réveillait, l'excitait au nom de Dieu (3).
Il recevait aussi, en réponse aux siennes, de nombreuses lettres d'Angleterre. Elles étaient pleines d'amertume et d'ironie. Les évêques « le félicitaient de la pauvreté évangélique où il était réduit et espéraient que ses abstinences proflteraient à son salut ; » ou bien, prenant un autre ton, ils lui reprochaient « son ingratitude envers le roi, qui l'avait tiré de l'obscurité. Becket a déserté son poste : de quel front ose-t-il aujourd'hui inviter les évêques à le suivre, lui qui, par sa faute, a exposé l'Eglise tout entière au ressentiment du roi » (4) ?
Thomas ne se laisse pas abattre et répond avec hauteur que a l'on
(1) Migne, 190« vol. : Epistolœ S. Thomœ, Lettre XVII, p. 463.
(2) — Ibid. — Lettre XVIII, p. 464.
(3) — Ibid. — Lettre IX, p. 452.
(4) Migne, 190» vol.: Epist, Gilbert Foliot, Lettre 194, p. 892-905.
doit obéir à Dieu plutôt qu'aux rois. Les prêtres sont des dieux sur lesquels les roisn*ont aucune autorité. » (1).
Dans une lettre au roi d'Angleterre (2), il rappelle qu'une nation se compose du clergé et du peuple. Comme les rois reçoivent de l'Église leur puissance, les clercs ne leur sont pas soumis. Ainsi les serviteurs de Dieu ne relèvent que du Christ, et les rois ne sont pas fondés à les traîner devant les tribunaux séculiers. Ailleurs encore (3), il soutient que les prêtres sont les pères et les instituteurs des rois, des grands, des fidèles ; or n'est-il pas étrange que le fils veuille dominer son père, et le disciple son maitre?
De telles prétentions nous ramènent au principe de la théocratie pure. Elles sont insoutenables et justifieraient presque la persécution dont Becket fut l'objet. Jamais les pontifes les plus ardents ne s'étaient expliqués d'une manière aussi brutale. On est étonné de l'audace de cet homme qui, du fond de l'exil, tient à son roi un langage si fier, si menaçant. Sous l'empire de Texaltation et du fanatisme, il ne voit plus en lui-même que le représentant de Dieu qui juge les rois et se rit de leurs efforts sacrilèges ; tant il est vrai que Becket, impuissant à se contenir, allait, en toute chose, à l'extrême limite. D le fit bien voir en 1166. A la nouvelle du débarquement de Henri en Normandie, il se rendit à Vezelai, et, le jour de l'Ascension, au milieu d'un appareil solennel, au son des cloches, à la lueur des cierges, il excommunia les partisans des Constitutions de Clarendon^ les détenteurs des biens de l'église de Canterbury et ceux qui tenaient des clercs ou des laïques emprisonnés pour sa cause. Il prononça en outre nominativement la même sentence contre six favoris du roi.
Il faut se rappeler les conséquences d'une excommunication au XIP siècle, pour comprendre quelle dut être la stupéfaction de Henri II. Tombé dans une sorte de rage, il se roulait par terre, arrachant la soie qui couvrait son lit, mordant le matelas et déchirant avec ses dents la laine et le crin (4).
Revenu à lui, il envoya à l'empereur des ambassadeurs pour reconnaître l'anti-pape ; il alla jusqu'à menacer de se faire musulman.
(1) Migne, 190« vol. : Epist.S. Thomœ, Lettre 130, p. 60^-607.
(2) — Ibid. — Lettre de Becket à Henrill, T^, eSQ-effI,
(3) Ibid. — Le«re y «0, de Becfte< à /?enrt, p. 651-653.
(4) Aug. Thierry, II, p. 407.
Ces exagérations n'avaient au fond rien de sérieux ; mais, en présence des embarras que créaient au pape les froides et inutiles vengeances de Becket, on conçoit les amères récriminations des partisans du roi à la cour de Rome. Heureusement la colère de Henri ne dura pas : il s'excusa auprès d'Alexandre, affirmant que ses envoyés avaient parlé sans mission. Le pape lui promit en secret de lever l'excommunication et envoya deux légats, dont l'un était vendu au roi, et l'autre mal disposé pour Becket ; en même temps, il recommandait à l'archevêque de s'en remettre à la décision des légats. Averti du peu de confiance qu'il devait avoir en eux, Thomas se plaignit au pontife, et la mission resta sans effet (1).
Mais Alexandre était enfin vainqueur de son concurrent Victor. De retour en Italie, il annonce que Thomas sera suspendu de toute autorité comme archevêquejusqu'aujourde sa réconciliation pleine et entière avec le roi. Enhardi par cette concession, Henri menace les moines de Citeaux, de qui dépendait l'abbaye de Pontigny, de les expulser de ses possessions, s'ils continuent de garder chez eux son plus grand ennemi. Il y eut alors grand émoi dans tout le chapitre; mais Becket, à la nouvelle de cette menace, quitte le monastère en novembre 1168, et accepte du roi de France un asile au couvent de Sainte-Colombe, près de Sens (2).
Dès lors les fluctuations de la politique vont exercer une influence directe sur le sort de Becket : selon que la mésintelligence s'accentuera ou s'apaisera entre le roi d'Angleterre et le roi de France, Becket sera considéré ou humilié. Le prélat est une arme entre les mains de Louis VII, qui est toutefois assez embarrassé de son protégé : aussi, quand il est en paix avec Henri, ne néglige-t-il aucune occasion de ménager une réconciliation entre les deux adversaires. Bien des tentatives eurent lieu ; nous ne nous arrêterons qu'aux principales. -
En 1169, Henri s'était reconnu vassal de Louis, dont il avait demandé la fllle pour son fils. Les deux souverains eurent une entrevue à Montmirail, en Perche, et, sur les instances de Louis, Becket s'y rendit, mais par lassitude, peu confiant dans le résultat de cette démarche. Il remit le jugement du difllérend entre les mains du roi,
(1) Aug. Thierry, II. p. 428 ss.
(2) Ed. Grim, p. 36; Garnier, v. 8600-3890.
mais avec la restriction ironique qui avait déjà exaspéré Henri II : a sauf rhonneur de Dieu et de Sainte Eglise ». Aussi, après un échange de récriminations, les négociations furent-elles rompues. Les seigneurs français qui accompagnaient Louis Vil, et le roi lui-même jugèrent que l'archevêque était trop exigeant, et partirent sans le saluer (1).
Ainsi Becket était privé de la seule protection qui lui restât. Abandonné de tous, il vécut des aumônes du peuple, à Sens, dans une pauvre hôtellerie. Toutefois son dénûment ne fut pas de longue durée : bientôt il fut question d'une nouvelle guerre entre les deux rois, et Louis VII, appelant Becket près de lui, le reçut avec des marques extraordinaires d'affection.
Alors l'archevêque reprend l'offensive et lance de nouveaux arrêts d'excommunication ; mais Henri avait pris ses précautions : un second décret défendait aux évêques de sortir d'Angleterre sans la permission du roi, et édictait des peines sévères contre quiconque apporterait des brefs de Rome ou des lettres de Becket (2). Les sentences d'excommunication ne parvinrent pas en Angleterre, et le pape lui-même ordonna à l'archevêque de les révoquer.
Enhardi de nouveau par l'attitude de la cour romaine, Henri jugea que le moment était venu de répondre aux attaques de Becket, et, pour lui porter le dernier coup, essaya de transférer à l'archevêque d'York les droits du primat en lui faisant sacrer son fils.
Atteint dans une de ses prérogatives les plus importantes, Thomas fulmine ; il écrit aux cardinaux et au pape des lettres terribles, condamne hautement la duplicité de la chancellerie romaine, qui autorise secrètement Henri à faire sacrer son fils par qui il voudra, et afiârme à l'archevêque que le couronnement du jeune roi par l'archevêque d'York s'est fait sans son aveu (3).
L'intervention directe du roi de France, alorg brouillé avec Henri, mit fin aux hésitations d'Alexandre. Il fit parvenir à Becket un bref de suspension pour l'archevêque d'York et pour les prélats qui avaient coopéré au couronnement. Henri fut menacé de la censure
(1) Guinaume de Canterb., p. 150; — Anonyme de Lambeth, p. 298; Herbert de Boseham, p. 1223.
(2) Garnier, V. 2585-26^70; — Ed. Grim, p. 33-34.
(3) Aug. Thierry, II, p. 454.
ecclésiastique s*il ne faisait droit au primat, et dut consentir à une nouvelle entrevue. Elle eut lieu entre Fretteval et La Ferté Bernard, le 22 juillet 1170. «On allait y tenter la double réconciliation du roi d'Angleterre avec Louis VII et avec Becket » (1).
L*archevéque 8*y rendit et eut avec Henri une conférence à part et en plein champ. Après une discussion sans aigreur sur le couronnement du jeune Henri par Tarchevôque d'York, le roi promit satisfaction sur tous les points, mais écarta poliment la question du baiser de paix, sous prétexte que, dans la colère, il avait juré de ne pas embrasser l'archevêque : « Sur mes terres, dit-il, je vousf donnerai le baiser de paix » (2).
Le jour suivant, l'entrevue fut amicale: on crut surprendre entre eux quelque retour de leur ancienne familiarité. Henri se montra fort courtois envers Thomas, et voulut même lui tenir l'étrier au départ (3).
Deux messagers royaux annoncèrent au jeune roi que la réconciliation était un fait accompli ; ordre était donné de restituer à Becket toutes ses possessions (4).
Mais plusieurs mois s'écoulèrent, et les détenteurs des biens de l'église de Canterbury n'avaient rien restitué. Personne ne croyait à la paix ; tous conseillaient à Becket de se méfier. Une nouvelle entrevue eut lieu à Chaumont, près d'Amboise. Henri fut d'une froideur glaciale, et, pour éluder le baiser de paix, fit dire une messe des morts. Evidemment il ne pardonnait pas à Becket sa longue résistance, et son refus persistant d'accorder au primat la seule marque qui pût faire croire à une réconciliation complète et sincère n'était nullement rassurant. Avant de se quitter, Henri et l'archevêque se chargèrent de mutuelles invectives. Thomas, fixant les yeux sur son souverain : « Je crois bien, dit-il, que je ne vous reverrai plus. — Me prenez-vous donc pour un traître? ^ répliqua vivement le roi. L'archevêque s'inclina et partit (5).
Néanmoins, malgré les conseils du roi de France, qui le jugeait bien imprudent de repasser le détroit sans avoir obtenu le baiser de
(1) Aug. Thierry, II, p. 459.
(2) Guill. de Canterbury, p. 168.
(3) Garnier, v. 4271-4350.
(4) EpistS, Thomœ, Lettre XXV, p. 474-481; —Garnier, v. 4351-4435.
(5) Guillaume de Canterbury, p. 169.
paix, il se disposa à retourner en Angleterre. Il était fatigué, obsédé des plaintes de sa famille, qui chaque jour lui reprochait sa misère. La mort lui semblait préférable à cette vie errante et incertaine. Il s'était depuis longtemps fait à l'idée d'une fin tragique ; aussi le mauvais vouloir du roi ne l'arrêta pas. Henri avait promis d'aller au-devant de lui jusqu'à Rouen, de payer toutes les dettes qu'il avait contractées en exil et de l'accompagner ou de le foire accompagner en Angleterre. Aucune de ces promesses ne se trouva réalisée ; Becket dut emprunter 300 livres à l'archevêque de Rouen (1).