CHAPITRE V SAINTE ANNE DEVIENT ORPHELINE
EMERENTIENNE, avertie par une révélation que sa fin était prochaine, fit venir aupres d'elle sa fille Anne, afin que celle-ci entendiît ses suprêmes adieux, recueillit son
dernier soupir et exécutât fidèlement son
pieux testament.
Il y a trop de traits de ressemblance entre la mort de Moïse, législateur d'Israël, et la mort d'Emérentienne pour les 'aisser passer sous silence.
Nous lisons donc, au dernier chapitre du Deutérornome, que Moïse venait d'’atteindre sa cent et vingtième année, quand le Seigneur lui dit: ‘Votre mort approche, vous allez vous reposer avec vos pères :
vous n'entrerez pas dans la terre promise :
vous la verrez seulement de loin. Faites venir Josué. C'est lui qui est chargé de conduire mon peuple dans la terre de Chanaan. Ecrivez donc un cantique d'adieu:
apprenez-le aux enfants d'Israël afin qu'ils le sachent par cœur, qu'ils l’aient sur leurs lèvres et qu'ils le chantent.’ Moïse obéit.
Il composa et chanta son cantique. Ensuite après avoir béni les douze tribus d'Israël.
il gravit la montagne de Nébo. De là Jéhovah lui montra touté la terre promise.
Un instant après Moïse mourait sur l’ordre du Seigneur et le peuple le pleura durant trente jours.
Comme Moïse, Emérentienne étant avancée en âge, avait un vif pressentiment de sa mort prochaine. Comme à Moïse, le Seigneur a pu lui dire en toute vérité:
"Vos derniers instants approchent, vous allez descendre à la demeure de vos pères, à savoir dans les limbes, séjour d'exil. Com-
me vos pères, vous n'’entrerez point dans ce royaume de salut que le Messie va prècher et dont la terre de Chanaan est le ++ bole; vous le verrez seulement de loin.
\ous ne le verrez pas de près. C'est votre lle Anne qui aura le bonheur de le contempler de ses yeux. Elle est inème destinée à y faire entrer tous les peuples de la terre en donnant au monde l’auguste princesse que toutes les nations vénéreront comme leur reine durant l'éternité. De ses deux yeux elle verra le commencement de ce règne fameux tant de fois promis depuis l'origine des siècles. lle contemplera le srand roi d'Israël, le pressera sur son cœur, l’entourera de ses caresses. Elle se réjouira à la vue de ses premiers adorateurs.”
Tout comme Moïse devant Josué, Emérentienne dut alors chanter devant sa chère fille Anne, le cantique du départ qu’elle connaissait par cœur et que les Israélites chantaient toujours aux heures solennelles :
‘Cieux, écoutez. ma voix! Que la terre écoute les paroles de ma bouche! Que la doctrine que j'enseigne soit reçue de vous comme la pluie est reçue de la terre desséchée ! Que mes paroles se répandent dans votre cœur comme la rosée et comme les gouttes d’eau du ciel sur l'herbe qui ne commence qu'à pousser! Car je ne parlerai que pour invoquer le nom du Seigneur.
— Hé …
Rendez donc l'honneur qui est dû à la grandeur de notre Dieu. Les œuvres de Dieu sont parfaites et toutes ses voies sont l'équité même. Dieu est fidèle dans ses promesses ; il est éloigné de toute iniquité. Il est juste et droit...
‘Souvenez-vous des jours anciens. Pensez à ce qui s’est passé dans la suite des générations. Interrogez vos pères et vos aïeux et ils vous diront ce que le Seigneur a fait pour nous quand il divisait les peuples, quand il séparait les enfants d'Adam, quand il marquait les limites du pays de Chanaan selon le nombre des enfants d’Isruël.
“Le Seigneur nous a choisis pour son peuple et pour partage; il prit Jacob pour son héritage particulier. 11 trouva ce peuple dans une terre déserte, dans un lieu affreux, dans une vaste solitude ; il le conduisit par divers chemins, l'instruisit de sa loi sainte et le conserva comme la prunelle de ses yeux.
‘Comme un aigle qui excite ses petits à voler étend ses ailes, voltig® sur eux, les prend et les porte sur ses épauies, ainsi le Seigneur a fait à l'égard de son peuple.
Le Seigneur fut seul son conducteur. Aucun dieu étranger ne partagea ce soin avec lui. Il l’établit sur une terre très élevée afin qu'il mangeât les fruits de la campagne,
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qu'il suçât le miel déposé par les abeilles duns le creux de la pierre et goûtàt l’huile des oliviers sur les plus durs rochers; qu'il se nourrit du beurre des troupeaux et du lait des brebis, de la graisse des agneaux, des moutons du pays de Bäsan, des ehevreaux avec la fleur du froment et qu'il y büt le vin le plus pur...
‘Notre Dieu n'est pas comme les dieux des idolätres. Nos nnemis eux-mêmes en sont juges....”
Se tournant ensuite vers sa chère fille Aune et levant la main, elle dit d’une voix douce comme celle du zéphyr ‘qui caresse la fleur. ‘‘O chère enfant de mon cœur, je vous bénis et que le Dieu de notre père Abraham vous bénisse avec moi. Chère Anne, vous le voyez, le temps est venu pour moi d’aller me reposer chez mes parenis auxquels je dois la vie. Je désire étre ensevelie près de Stollan, votre père.
O chère fille! Souvenez-vous de la miséricorde infinit dont Dieu a usé envers nous et qu'il continue de nous témoigner. Attendez avec patience le temps de la grâce qu'il nous a promise. Le règne du Messie est proche. N'’en doutez pas, quoiqu'il ait attendu si longtemps d'’exécuier ses desseins mystérieux. Observez les commandements du Tout-Puissant; $cyez charitable envers les pauvres, consolez les affli-
ges, demandez conseil aux vieillards et aux sages et soyez reconnaissante envers votre Créateur pour tous les dons qu'il vous « départis ainsi qu'à tous les hommes. Soyez humble, et n'oubliez jamais le dernier jour de votre vice; mais préparez-vous-y avec soin. ”?
Lorsque Emérentienne eut ainsi fait ses tristes adieux, l’Ange de la mort survint et lui paralysa la langue de telle sorte qu'elle ne pouvait plus articuler une seule parole. La petite Anne, constatant ce changement subit, éclata en sanglots ct s’écria: ‘‘Q mon Dieu, ma mère se meurt :
6 mon Dieu, bénissez ma mère mourante l’’ C'était vraiment le signal de la séparation.
Emérentienne, le visage tout joyeux d'’espérance, regarda sa petite Anne une dernière fois, et le sourire sur les lèvres, elle s’endormit paisiblement comme Moïse dans les bras du Seigneur.
Puissions-nous mourir ainsi de la mort des justes! Pour que pareil bonheur nous soit donné, vivons comme les justes dans l’amour et la crainte du Seigneur.
Rappelons-nous souvent le serment solennel, que Dieu a fait par son ange d’une voix rugissante et renforcée de sept formidables coups de tonnerre: Je jure qu'uprès la vie présente, il n’y à plus de temps pour me servir et obtenir miséricorde,