‹ La vie de sainte Anne, pouvant servir de mois de juillet aux âmes pieuses [microforme]Chapitre 19 sur 52 · EDUCATION QUE SAINTE ANNE DONNA A SA FILLE MARIE · texte numérisé non relu

EDUCATION QUE SAINTE ANNE DONNA A SA FILLE MARIE

COMME le soleil ne garde pas pour lui seul sa lumière et sa chaleur, mais les répand et les communique à la terre et aux ètres qui la couvrent, de même une mère véritablement chrétienne répand autour d'elle le feu intérieur du saint amour et l’éclat de ses nobles vertus. Elle communique cet éclat, ce feu surtout à ses chers enfants. Une mère qui mérite réellement le nom de mère sait qu’elle ne doit pas aller seule au ciel, mais qu’elle doit y faire entrer aussi tous ses enfants. C’est pourquoi elle regarde la vertu et la piété comme leur plus bel ornement et ne se lasse jamais dans la rude tâche de les porter à la pratique de la vertu et à la crainte de Dieu tant par la prière que par la parole et l’exemple.

Sainte Anne était une mè’. d'une trempe pareille. Sans doute sa fille sien-aimée, la bienheureuse Vierge Marie, était depuis le premier instant de sa conception toute pure et toute sainte et douée du plein et entier

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usage de la raison. Peut-on refuser à la future Reine des anges un privilège dont fut gratifié saint Jean-Baptiste trois mois avant sa naissance? Sans doute elle était exempte de la mauvaise concupiscence et pour cela même on n'avait pas à punir et à réprimer en elle de funestes tendances et bien moins encore des fautes tant soit peu légères. Sans doute elle était pleine de grâce en ce sens qu’elle possédait toute la yrâce qui convient à une enfant destinée à être la Mère de Dieu. Mais elle ne possédait pas toute la grâce et toutes les vertus qu’elle devait avoir au moment où elle serait réellement élevée à cette sublime dignité. D'ailleurs les fleurs pour ravissantes qu’elles soient, réclament quand méme l'œil et la main d’une vigilante jardinière qui les arrose abondamment, leur ménage plus de lumière, les abrite contre les rigueurs du cruel aquilon et les dispose ainsi à un parfait épanouissement. C’est bien cette fonction délicate entre toutes qui fut providentiellement dévolue à la sagesse de sainte Anne à l’égard des fleurs de vertus écloses sous le souffle du Saint-Esprit dans le cœur immaculé de Mawie.

On peut donc dire de Marie ce qu'on dira plus tard du Fils de Dieu, savoir:

qu'Il ernissait en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Les

vertus qui, par une grâce de Dieu, étaient pour ainsi dire innées dans l'âme de ja Vierge, prenaient chaque jour un nouvel accroissement. À chaque instant sa sainteté devenait plus éminente et sainte Anne, sa mère, était loin d’être étrangère à ces merveilleux progrès.

Le Seigneur qui voulait conduire cett:

âme sur des sommets inaccessibles même à ses plus parfaits serviteurs ne dédaigna pas pour atteindre ce but sublime de se servir à côté du secours surnaturei de la grâce, du moyen naturel d’une éducation soignée tout imprégnée de foi, d'amour ct de dévouement.

Aussi sainte Anne se montra-t-elle mère excellente, avant même d’avoir été bénie.

Déjà quand elle priait avec tant d'instance pour obtenir les joies de la maternité, elle promit solennellement de consacrer au service de Dieu dans le temple le riche trésor que la Providence lui enverrait. Cel- ‘ le-là est une mère excellente qui désire des enfants pour les consacrer au service du Créateur. C’est une mère excellemment supérieure celle qui se préoccupe de la sainteté de ses enfants, au point d'en faire le sacrifice. Nous verrons bientôt que sainte Anne a eu l’occasion d'accomplir sa promesse héroïque. En attendant le moment d'une navrante séparation, la tendre Vierge

resta à la maison paternelle, fréquentant l'école de sa mère. Ce premier apprentissage de la vertu ne devait durer que trois ans, mais qu'il était digne d’admiration devant les anges et les hommes!

Oh! s’il nous eût été donné d'observer la sage sainte Anne instruisant. la future Mère de Dieu, et celle-ci, le front respectueusement incliné, recueillant des lèvres de sa mère des paroles d’éternelle vie qu'elle repassait dans son cœur; si nous avions eu l’heureuse fortune de voir de nos yeux avec quel soin la bonne sainte Arne surveillait les moindres gestes et chacun des accents de sa fille chérie; comment elle lui parlait de Dieu, de sa bonté et de son amour; avec quel air sérieux elle l’avertissait de craindre le Seigneur et de lui plaire souverainement par une vie angélique; avec quels sentiments de sainte fierté elle lui relatait l’histoire merveilleuse du peuple hébreu, toute parsemée de promesses divines et de bienfaits éclatants; enfin avec quels élans de reconnaissance elle lui rapportait en détail ses propres espérances et ses longues veillées, ses généreuses aumônes ainsi que ses jeûnes multipliés, ses célestes visions comme ses prières contipuelles, que dis-je, vingt longues années de honte couronnées par la plus glorieuse bénédiction, ah! vraiment à ce spectacle

nous oussions été ravis d'enthousiasme et nous nous serions abîmés dans un océan d'inénarrables consolations !

Qui donc pourra nous dépeindre la joie que sainte Anne et saint Joachim éprouvaient eux-mêmes en contemplant cette fille du ciel? -Parfois, dit la légende, les deux époux, en déposant : …. le front de leur fille de tendres baisers «1 ex la pressant sur leur cœur, tombait. | ans des extases d'amour qui duraien es semaines entières, leur faisaient oublier le boire et le manger et les enivraient d’un tel bonheur qu'elles ne leur paraissaient que comme des doux rèves de quelques heures. Il était entendu dans la parenté que personne ne pouvait se permettre d'interrompre leurs transports extatiques et que, sauf la sœur de sainte Anne, Hismarian, personne n'était autorisé à prendre dans ses bras la Vierge d'Israël. On la respectait comme les vases sacrés destinés au service du culte dans le Temple de Jéhovah! Qui ne se rappelle ici les paroles du Cantique des cantiques :

‘Ma sœur, mon épouse, est comme un jardin fermé et une fontaine scellée. Retirezvous, Âquilon; venez, vent du midi, soufflez seul sur mon délicieux jardin et que la bonne odeur s’en répande par tout l’univers !”’

Les traditions nous disent: Marie avait

un air doux, affable, empr-int d'une certaine gravité. Sa nourriture et son sommeil étuient sobres. ÆElle se montrait en tout “tonvamment parfaite. Son silence fut chez lle l'effet d'une vertu héroïque. Elle le gardait pour contempler les choses célestes. Elle pleurait souvent à la pensée des péchés du monde. Dans tous ses mouvements, elle étuit dirigée pur l’Esprit- Saint lui-méme.

Devant lu luxuriante floraison des vertus de Marie, ses parents émerveillés devuient redire avec mille fois plus de raison qu'isanc: ‘‘Ecce odor fil mei sicut odor agri pleni cui benedirit Deus (Gen., 27, 27): Voici que les parfums des vertus de notre enfant sont semblables aux parfums d’un champ plein de fleurs que le Seiuneur à béni.”

Pour ce qui est des prières ferventes que sainte Anne faisait monter chaque jour jusqu’au trône de l'Eternel pour son incomparable fille, nous ne pouvons les estimer à leur juste valeur. Si la prière d’une sainte Monique a tant contribué à la conversion d'Augustin, comment admettre que la prire de sainte Anne n'aurait pas plus puissamment encore favorisé l'élévation de Ma-

ie au plus haut faiie de la perfection? Se souvenant de cette vérité que ‘out bien vient de Dieu seul, Anne ne laissa passer

aucun jour sans supplier le Seigneur de prendre sa chère enfant sous 89 divine protection et de faire de son cœur docile un jurdin de plus en plus délicieux où les plus aimables vertus rivaliseraient de coloris ct de parfum. Le Tout-Puissent à exaucé la pritre de cette mère si aimante. Il a élevt Marie, cette jeune princesse, à un tel degré de sainteté que jamais une pure créature n'en à possédé ni n'en possédera de pareil.

Mais une vérité très pratique que nous ne pouvons nous résoudre à laisser dans l'ombre, c’est que les exemples de solid:

‘piété et de vraie sainteté que Marie a tcujours eus sous les yeux, exercèrent la plus graude influence sur son cœur immaculé et impressionnable. Si la Vierge d'Israël fut humble au point de se déclarer la servante du Seigneur; si elle fut assez patiente et résignée pour mériter le titre de Reine des martyrs ; si elle brüla de l’amour divin avec une ardeur que n’ont jamais connue les Séraphins ; en un mot, si elle pratiqua toutes les vertus avec la perfection qu’on devait #ttendre de la Mère d’un Dieu, elle est redevable de tous ces heureux succès (abstraction faite de la grâce divine) aux magnifiques exemples que sainte Anne n’a cessé de lui donner. Les prières attirent les secours du ciel, les belles paroles émeu-

vent; ce sont les exemples qui entruinent.

Terminons ce chapitre par ure pensée de saint Jean Damascène : “‘L’arbre, dit-il, se connaît par ses fruits; sainte Anne done été un arbre d'une prédilection maerquée, puisqu'il a produit un fruit aussi exceHent. Je n’ai donc pas besoin d’exposer de nouvelles preuves pour montrer sa sublime supériorité. Que dit et que prouve cette fille dont la sainteté a ravi le sceptre de l'univers? Un fruit aussi saint rend un solennel hommage à la sainteté de la tige qui l’a produit.” Puissent toutes :es mères de famille demander à sainte Anne la luiière, la force, le dévouement qui font des mères chrétiennes et vraiment dignes de leur sublime vocation !

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