‹ La vie de sainte Anne, pouvant servir de mois de juillet aux âmes pieuses [microforme]Chapitre 36 sur 52 · CHAPITRE XXII GINTE ANNE ET LES SAINTS INNOCENTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII GINTE ANNE ET LES SAINTS INNOCENTS

BIENVEILLLANTS lecteurs, permetteznous de revenir un peu sur nos pas et de nous reporter à l’époque du massacre des Innocents. Sainte Anne, ne sachant ce qu'étaient devenus Joseph, Marie et Jésus, s’ennuyait à mourir et ne faisait que soupirer après leur retour. Souvent elle se tenait sur la porte de sa demeure eb plongeait un regard attentif dans le iointuin pour interroger l'horizon. Comme :ls tarduient trop à ses ardents désirs et qu’elle se sentait défaillir de mélancolie, elle s’en alla à Jérusalem, croyant les retrouver là.

Après avoir fait un bout de chemin, elle demanda de maison en maison si personne n'avait vu telles personnes dont elle donnait le signalement. Mais on ne put la renseigner. C’est pourquoi elle parcourut en pleurant Jérusalem, Béthanie et plusieurs autres villes, cherchant avec anxiété. Hélas!

elle n’apprit aucune nouvelle consolante, car personne ne les avait vus. Alors elle c'écria: ‘‘Malheur à moi, mère désolée!

Qu-l précieux trésor j'ai perdul Ah si la serre s’entr'ouvrait et m'engloutissait, car j'ai peut-être mérité ce châtiment !” Dans cette. profonde tristesse, e’le prit le parti de

retourner de nouveau à Bethléem, afin de revoir encore une fois l’étable si riche en souvenirs et la pauvre crèche où Jésus avait reposé. |

Lorsque sainte Anne arriva tout affligée aux environs de cette ville, elle entendit les lamentations déchirantes des petits enfants innocents et de leurs mères. Les cris que poussaient ces malheureuses brebis dont on égorgeait les agneaux étaient si épouvantables, que non seulement les hommes mais même les animaux s’enfuyaient dans le désort. Ainsi dit la légesde.

Qu'’était-il donc arrivé? Hérode avait fait massacrer les enfants de deux ans et au-dessous. Plus sainte Anne s’approchait de la ville, plus les cris et les gémissements devenaient stridents. Mais elle faillit tomber sans connaissance, quand de ses deux yeux elle vit un nombre incalculable de petits enfants étendus morts ; ils avaient été cruellement massacrés et leur sang rougissait les pavés et les rues. Elle vit des enfants tués dans les bras de leur mère; elle vit des parents, s'arrachant la chevelure, suivre les bourreaux en pleurant et offrir inutilement pour le rachat de leurs enfants tout ce qu'ils possédaient d'or, d'argent, de bijoux, d'objets précieux. Ici elle vit des enfants se crispant aux mains de leur mère:

là elle vit des bourreaux perçant d'un même

coup d'épée et l’enfant et la mère. Aussi la consternation était-elle à son comble.

Ecoutons les tendres accents avec lesquels saint Augustin nous la décrit: ‘Les brebis, dit-il, jettent de ‘longs cris de douleur, en perdant leurs agneaux qui ne poussent encore que d'inintelligibles vagissements. Miracle insigne et déchirant spectacle. Le glaive est levé, sans aucun motif, dirigé par la seule envie, puisque celui qui est né n’a fait violence à personne. Et nous voyons les mères se lamentant sur leurs agneaux immolés. La mère sacrifiant l'ornement de son front, arrachsit sa flottante chevelure. De combien de manières ne cherchait-elle pas à cacher son fils?

et le petit enfant se dévoilait lui-même. Il ne savait pas se taire, parce qu'il n’avait pas encore appris à connaître le danger. La mère le disputait au bourreau, le retenant, quand il le lui ravissait. La mère criait au bourreau : Pourquoi sépares-tu de moi nelui que j'ai engendré de ma propre substances ?

11 ne dema‘dait pas à vivre; je le portais avec tant de précautions, et ta main cruelle le déchire sans pitié. Une autre mère, pressée par les sicaires d’Hérode, s’écriait: Imimole la mère avec l'enfant; pourquoi me renvoyer dépouillée? S'il y a faute, c’est moi qui l'ai commise; s’il n’en existe pas, que notre mort soit commune. Une autre

disait : Que cherchez-vous? Vous cherchez un enfant, et vous en tuez un grand nombre; mais celui que vous cherchez, vous nc pouvez l’atteindre. Une autre encore 8'écriait : Viens enfin, viens Sauveur du monde, depuis si longtemps attendu. Tu n’as personne à redouter. Plaise au ciel que ces soldats te voient et ne massacrent plus nos enfants! Oh! quel triste sort attend Hérode au jour du jugement! Le démon qui tenta l’Agneau, s’est servi d’'Hérode pour mettre à mort les petits agneaux. Le supplice infligé par un tel ministère attend ce- Rai qui l’a rempli; le jugement des maudits attend Hérode, au jour de la résurrection de ses victimes. Que répondras-tu, Hérode, quand les voix innombrables de ces enfants t’accuseront devant le tribunal suprème ?

Ils auront alors une langue sans liens, une grande voix, et tous, vêtus de ble:ne, seront doués de l'age de l’homme parfait et de la plénitude de Jésus-Christ. Tu les verras debout devant celui que tu voulais atteindre, et pour qui ils ont répandu leur saug précieux. Tu le verras lui-même assis sur un trône de feu; ils entoureront le tribunal de leur Seigneur, resplendissants de l'éclat du lis et de la rose, pour rappeler l'innocence de leur âge et le sang de leur martyre. Que feras-tu, que diras-tu? Tu garderas le silence sous le poids de ton

crime, pendant que cette phalange de saints chanter : Vengez, Seigneur, le sang de vos serviteurs, qui a été répandu. Que la plainte des persécutés soit admise en votre présence; secourez-nous, vous qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.”

A la vue d’une si lamentable boucherie, sainte Anne pleurait amèrement, disant :

‘‘Q Dieu éternell Voilà le triste commencement des contradictions prédites par Siméon. J'éprouve à présent la plus grande douleur de toute ma vie. O Dieu de miséricorde! Abaissez votre regard du haut de votre trône céleste; consolez ces parents désolés qui voient leurs enfants inanimés, meurtris, mutilés, nageant dans leur sang, et ne savent mème pour quelle raison. Pouvait-on comprendre que ceux qui ne peuvent point encore parler ou qui dcrment dans leur berceau soient un danger épouvantable pour un monstre couronné? Je vous en prie, Seigneur très clément, ne vengez point la mort cruelle de ces petits innocents, comme le méritent leurs bourreaux, car tous les tourments du monde entier ne suffiraient point pour châtier un crime aussi énorme: c’est pourquoi, je vous en supplie, Seigneur, épargnez-les dans votre longanimité; ils ne savent point ce qu'ils ont fait.”

Le massacre des Innocents émeut donc à l'excès le cœur si tendre de la bonne sainte Anne. Mais sa foi, qui voit en eux les prémices des martyrs; qui les voit mourant les premiers pour Jésus-Christ; qui les voit à la tête de ces âmes vierges suivant l’Agneau dans la céleste Sion, et chantant le cantique ineffable; sa foi, dis-je, en éprouve une joie amoureuse et d'autant plus réconfortante que cet événement avait été figuré dix-sept siècles auparavant. En effet, Rachel mourut sur le chemin de Bethléem en donnant la vie à son dernier fils.

Près d’expirer, elle l’appela Benoni, ou fils de ma douleur, mais Jacob, jugeant le malheur à un autre point de vue, l’appela Benjamin, ou fils de ma droite. Il en est de même des saints Innocents. Leurs mères sont inconsolables de les perdre, et elles les appellent, en plus d’un sens, enfants de ma douleur; mais Abraham qui les reçoit dans son sein, avec Isaac et Jacob, ainsi que les autres Patriarches, les appelle enfants de ma droite, enfants de ma gloire.

Rachel était la plus compatissante des mères. Déjà elle avait pleuré avec des larmes inconsolables la captivité des tribus de Benjamin et d’Ephraïm, ses fils, lorsqu'elles furent expatriées par Salmanasar.

Ici, elle semble se lever de son sépulere sur le chemin de Bethléem, pour mêler ses

cris aux cris des mères éplorées: on entend sa voix lamentable jusqu’à Rama, dans la tribu voisine de Benjamin, et jusque sur les hauteurs. Quant à nous, après avoir pleuré avec les mères, réjouissons-nous avec les enfants. Suivons de nos cris de joie cette bienheureuse troupe jusque dans le sein d'Abraham. Allons la bénir, la glorifier, la célébrer jusque dans le ciel; saluons avec toute l’Église ces premières fleurs, et écoutons la voix innocente de ces bienheureuses prémices des martyrs. Pendant que nous les voyons comme se jouant avec leurs palmes et leurs couronnes, joignons-nous à cette troupe innocente par

notre simplicité et l'innocence de notre vie, et soyons sans malice, de vrais enfants, pour honorer la sainte enfance de Jésus- Christ.

Sainte Anne se rappelait sans doute ces paroles prophétiques de Jérémie. Elle considérait le sort de ces Innocents comme digme de pitié. Aussi, quand elle vit que les serviteurs de l'impie Hérode avaient exécuté ses ordres cruels, et que les mères elles-mêmes quittaient Bethléem par désespoir, elle fut touchée de miséricorde envers ces enfants nageant partout dans leur sang. On la vit la bonne sainte Anne recueillir les enfants abandonnés, les purifier de son mieux, soigner les plaies de ceux qui

PAR EREREN ER EEE

respiraient encore, et transporter les morts avec grand respect au lieu de leur sépulture.

Les mauvais jours étant passés, le peuple qui s'était enfui de la ville y retourna. Témoins de la charité que sainte Anne avait déployée envers leurs enfants, les habitants de Bethléem se disaient: ‘Voyez, nous savons quels grands bienfaits cette femme nous a procurés en rendant la santé aux malades, aux aveugles, aux boiteux et aux paralytiques. Rappelons-nous à notre grande confusion que sa fille Marie a dù se loger la nuit dans une établie abandonnée, où elle a mis au monde son Fils, sans que personne de nous vint à son secours.” — ‘‘O miséricordieuse matrone, disaient-ils encore à sainte Anne, vous êtes étrangère à tout sentiment de rancune ou de vengeance; vraiment vous n’avez pas votre pareille parmi les filles d'Israël. Comment pourrons-nous convenablement vous récompenser pour tous les biens dont vous nous avez comblés? Nous savons que cela n’est point en notre pouvoir! Le ciel avec ses joies infinies et éternelles peut seul payer dignement vos inestimables services !”’

Examinons ici notre cœur. La rancune et la vengeance n’y sont-elles pas logées dans quelque recoin? Ce sont là deux infimes vipères qui sont filles de l'orgueil. Il

jaut de suite leur écraser la tête. La noblesse de caractère passe l'éponge sur les injures et rend le bien pour le mal. La dureté de cœur n’est-elle pas chez nous nn défaut habituel? A l'exemple de sainte Anne, montrons-nous compatissants à l’égard de tous ceux qui sont abreuvés de peines. La charité envers le prochain est la sœur de l'amour de Dieu; c'est le lien de la perfection.

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