SA SAINTE MORT
PLUSIEURS années s'étaient écoulées depuis que sainte Anne menait une vie si austère dans le désert: elle avait quatrevingt et un ans. Saint Joseph était mort.
Jésus demeurait avec sa mère à Nazareth.
Rien ne lui était caché. Il connaissait done l'endroit où résidait sa chère aïeulc et ce qu'elle y faisait. Il savait aussi que bientôt elle devait quitter ce monde et qu’elles s'était diligemment préparée à la “imort par ure austère pénitence et beaucoup de bonnes œuvres.
Marie a révélé à une de ses servantes, qu'elle entendit les anges lui dire : ‘Marie, le terme de la vie de votre sainte mère Anne approche. Le Très-Haut a déterminé de la tirer de son corps mortel et de donner une heureuse fin à ses travaux.””
Alors se prosternant en la présence du Très-Haut, elle fit une fervente prière pour la bonne mort de sa sainte Mère et lui dit:
Roi des siècles, invisible et éternel, bien que je ne sois que cendre et poussière, je ne laisserai pas de parler à mon Seigneur et de répandre mon cœur en sa présence, en
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faveur de ma chère mère, qui a désiré avec une foi invincible, d'accomplir votre sainte volonté. Faites qu'elle sorte de ce monde, victorieuse de ses ennemis! Que votre bras puissent la fortifie, afin qu'elle repose, à mon divin Père, en la paix de votre grâce et de votre amitié! . .
Jésus dit alors à sa mère : ‘Anne, le miroir de tout le Testament, le modèie de toutes les vertus, ma bénie grand’mère et votre très dcuce mère, choisie. entre toutek les femmes par mon Père céleste, et consumée des flammes du divin amour, va bientôt recevoir la récompense de sa très sainte vie : allous donc ensemble la consoler à son départ de cette terra d’exil.”’ A ces mots, le cœur de Marie surabonda de joie: elle aspirait après le moment, .où elle pourrait encore une fois revoir sainte Anne et s’entretenir avec celle qui lui avait donné le jour. Aussitôt elle assembla ses connaissances et se rendit au désert en leur compagnie. Jésus était avec eux ainsi que sainte Elisabeth. C’est dans ce désert que saint Jean-Baptiste faisait alors pénitence, près du Jourdain; c’est ce désert aussi que les enfants d'Israël, sous la conduite de Moïse, avaient traversé pour gagner la teie promise.
Au mo. ent du départ, Jésus dit à ea
mère eb à toute la pieuse caravane : ‘‘Par-
tons promptement; allons trouver cette sainte femme dans le désert, où elle a, pendant de longues années, mené une vie angélique. Allons saluer la mère de ma véritable Mère, elle est digne de toutes les marques de respect.’ Lorsque saint Jeau- Baptiste, le préeurseur du Christ, fut averti du projet, il vint à la rencontre des illustres visiteurs. 11 alla se prosterner aux pieds de Jésus et l’adora, dit une légende; puis se joignit à cette société de proches parents qui allaient voir la plus vénérable femme que le monde eût jamais portée jusqu'alors.
Lorsque la pieuse caravane arriva près de sainte Anne dans le désert, celle-ci se leva, alla toute joyeuse à leur rencontre et les accueillit avec les marques du plus profond respect. Alors el! ac prosterna aux pieds de Jésus, les cou . 3e8 baisers, et chanta avec beaucou. ‘mes le Psaume de David : ‘En vou eigns ir, j'ai mis mon espérance; je ne serai point confondue en l'éternité. Rendez votre oreille attentive à ma prière, hâtez-vous de me retirer des dangers. Que je trouve en vous un Dieu qui soit mon protecteur et mon asile assuré! Vous êtes toute ma force et men unique refuge. Je vous recommande mon àämeé-et la remets entre vos mains. Vous avez regardé mon état si humilié et vous avez sauvé mon âmo des nécessités fâcheu-
ses où elle se trouvait. Quelle est grande, Seigneur, l'abondance de votre douceur que vous avez cachée et réservée pour ceux qui vous craignent. Que le Seigneur soit béni parce qu'il a fait paraître envers moi sa miséricorde. Aimez donc le Seigneur vous tous qui êtes ses saints, parce qu'il recherchera la vérité et la justice de votre cause. Agissez avec un grand courage et affermissez Votre cœur, vous qui espérez dans le Seigneur.”” (Ps. 80.) Ayant continué ce psaume jusqu'à la fin, elle embrassa Jésus et Marie en pleurant de joie; ensuite elle en fit de même pour tous ses autres parents qui étaient présents. Alors tous s’assirent, Jésus et Varie ainsi que le Précursœur étant placés . u milieu de ces illustres visiteurs. S'il faut en croire une pieuse tradition, Marie baisa alors la main de sa mère et lui dit: Ma douce et vénérée mère, que le Seigneur soit votre lumière et votre force, qu'il soit béni de ce que, par un effet de son infinie bonté, il n’a pas voulu que je fusse privée du bonheur de votre dernière bénédiction. Accordez-la-moi, je vous en prie. Sainte Anne lui donna sa bénédiction et rendit grâces au Seigneur d’un tel bienfait. Entre plusieurs exhortations consolantes qu'elle lui adressa, Marie lui dit: Ma très chère mère, il faut que nous passions par la porte de la mort pour arriver à la
— 192 - = vie éternelle que nous espérons. Ce passage est difficile et pénible, mais utile, quand on l’accepte avec résignatior au bon plaisir divin.
Sainte Anne répondit: Marie, ne m'oubliez pas devant Dieu. Demandez-lui qu'il m'accorde sa bénédiction en cette heure de ma mort. Toute ma confiance n’a été qu'en son saint Nom. Marchez par la voie des justifications du Séigneur, et demandez à sa divine Majesté, qu'elle soit la maîtresse qui vous enseigne la sainte loi.
Puis s'adressant à tous, elle s’écria : ‘Mes très chers enfants, je vous en prie, aimezvous toujours les uns les autres, de manière qu'aucune adversité ci douleur ne puisse interrompre votre union. Souve* nez-vous que vous être tous sortis d’une même. souche. Marche ans les commandements et la justice de Dieu; soyez miséricordieux et ne méprisez personne. Soyez charitables envers les pauvres, passez votre vie dans la pauvreté; à ce prix vous vivrez en sûreté et en repos. N'’aspirez jamais aux biens temporels pour acquérir des honneurs; Car cette convoitise est un glaivé qui tue l’âme et rnène à la dan. ation éternelle, et c’est pourquoi j'ai mépriré ces choses. ””
Se tournant alors vers Jésus, elle dit:
‘Celui-ci est le Fils de Dieu qui a créé le
pasitile, bon
\'ouqu'il e de u'en
des ez à resse
Mes mezmar ne uver ’une nanniséoyez yotre vrez mais honlaive* éter-
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dit :
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ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment. Il est la fontaine ?t l’auteur de tout bien. Je vous le dis en vérité: il n'est pas seulement tel que vous le voyez ici, mais il tient caché en lui la puissance divine, comme le rayon renferme le miel. Ceux qui le servent et observent sa doctrine, jouiront de la vie éternelle, car il est la clef du royaume des cieux, et il est le même qui, dans la Sainte Ecriture est promis à nos ancêtres. Je vous conjure, mes enfants bien-aimés, de ne point l’abandonner au temps de s4 passion; car, après sa passion, vous verrez et vous connaîtrez qu'il est votre Seigneur et Dieu et il le restera éternellement.’ Après ces paroles, sainte Anne, se sentant indisposée, comprit que sa mort était proche et recommanda son âme à Jésus.
‘“O chère grand’mère, sécria ': Sauveur, soyez bénie. Tous ceux qui vous honore ront sur la terre, réussiront en toutes choses tant pour le corps que pour l'âme. Tous ceux qui m'invoqueront en votre nom, je les exaucerai à cause de vous. Le Marüi jour où vous êtes née, et où vous allez mourir, doit être spécialement béni à cause de vous. Et tous ceux qui vous invoqueront dévotement en ce jour, je les exaucerai, en récompense de la vaillance que vous avez éployée à combattre les bons combats, et
en retour de l'amour brûlant que vous avez montré à mon Père céleste durant tant d'années. En vue de Marie, ce digne fruit que vous avez donné au monde, vous serez assise éternellement sur un des trônes les plus élevés de mon Père céleste, afin que là vous puissiez protéger toutes les générations et tous ceux qui vous ont pieusement servie et serviront encore jusqu'à la fin du temps.’"
Alors sainte Anne posa sa tête sur la poitrine de Jésus, pendant que celui-ci la consolait par les plus suaves paroles d'espérance, et que Marie baisait affectueusement les mains de sa tendre mère et les arrosait de ses larmes. Soudain une grande clarté venue du ciel environna sainte Anne. Les anges firent retentir des concerts ravissants pour célébrer son entrée dans une vie meilleure et l'on entendit l'illustre aïeule du Christ réciter le psaume de la délivrance:
‘Comme le cerf altéré soupire après ‘:
fontaine des eaux vives, ainsi mon âme «x soif de vous, qui êtes mon Seigneur ct mon Dieu! Quand verrai-je à jamais votre visage ?’’ — Ce verset était à peine terminé, qu'elle s’endormit dans le baiser du Sauveur. Tous ceux qui se tenaient autour d'elle éclatèrent en bénédictions : ils chantèrent sur la terre de pieux cantiques que les anges à l’envi répéterent dans les cieux
en les accompagnant des joyen. aceor ‘s de, leurs harpes harmonieuses. Le -ps8 de sainte Anne fut embaumé avec des onguz2nts précieux, et enterré près de celui de son sint époux Joachim.
L'Eglise a nomm' 2: mort de sainte Anne un doux sommeil ;n1: faire entendre avec quelle douce tranqu1té elle rendit son âme à son Créateur.
Maintenant je vous laisse à penser, pieux lecteur, combien fut précieuse aux yeux du Seigraur la mort de cette illustre sainte ; quelles consolantes pensées réjouirent alors son esprit et son cœur, quels secouts lui .
obtint, en ce dernier passage, l'infaillible prière de Marie!
O sainte Anne! bénie entre +utes les femr ‘1, ô la plus heureuse des mères, allez ‘tendre dans le sein d'Abraham, la visite du Sauveur promis, dont votre sainte “ie eb vos bonnes œuvres ont hâté la venue ici-bas. Vous avez donné au monde Celle de qui il est sorti, comme le lis blanc sort de sa tige verdoyante. En méritant la Mère, vous avez en quelque sorte mérité le Fils. Ah! si le Père des croyants a tressailli de joie en apprenant l’Incarnation du Fils de Dieu, quels ont été ses transports quand il a vu dans les Li bes, l’Aieule du Messie attendu depuis Quatre mille ans! Allez donc, ô glorieuse Aïeule du
Dieu-Sauveur : le soir est venu pour vous; allez vous reposer de vos travaux; bientôt se lèvera l’Aurore du jour parfait qui n'aura pas de déclin!
L'heure de la mort sonnera aussi un jour pour nous. Imitons sainte Anne. Passons chaque jour de notre existence comme nous voudrons l’avoir fait quand nous paraitrons au tribunal du Souverain Juge.