‹ La vie de sainte Anne, pouvant servir de mois de juillet aux âmes pieuses [microforme]Chapitre 41 sur 52 · CHAPITRE XXV SAINTE ANNE EST GLORIFIÉE APRÈS SA MORT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV SAINTE ANNE EST GLORIFIÉE APRÈS SA MORT

APRES la mort de sainte Anne, son âme descendit dans les Limbes, lieu souterrain où demeuraient les âmes de tous les justes, morts avant Jésus-Christ, et qui ne pouvaient entrer au ciel, parce que la porte en avait été fermée par le péché de nos premiers parents. Elles étaient donc là provisoirement dans la paix et dans le repos, exemptes de douleurs, mais loin de Dieu, attendant la rédemption promise, et la solicitant par la ferveur de leurs désirs et de leurs prières. Ce lieu s’appelle aussi dans l’Ecriture le sein d'Abraham, parce que ce bienheureux Patriarche, surnommé le Père des croyants, était comme le centre de la société sainte qui s’y trouvait réunie.

Comprenne qui pourra le bonheur, l’admiration, les ravissements de la chère sainte Anne, quand elle revit son digne Epoux saint Joachim, et le juste époux de Marie saint Joseph; quand elle entendit les félicitations dont la comblèrent à l’envi tous ses aïeux. Avec quel amour l’accueillirent ses pieux parents Stollan et Emérentienne! Le privilège de la divine maternité que l’Esprit-Saint avait conféré à la Fille de sainte Anne assurait pour l'éternité à cette dernière une des plus glorieuses et des plus heureuses destinées dont une pure créature soit capable.

Quelques années plus tard, l’âme adorable du Sauveur crucifié descendit aussi dans les Limbes. En attendant le moment de la résurrection, elle demeura trois jours avec les prisonniers des Limbes, leur parlant de tous les mystères qui venaient d'étre prêchés au monde et leur annonçant leur rédemption ainsi que leur prochaine entrée dans le ciel. Il est à supposer que Jésus eut un entretien particulier avec son Père nourricier saint Joseph et avec ses chers aïieux saint Joachim et sainte Anne. Qui redira les sentiments de ces derniers en recevant ses visites! Qui redira leur émotion et leur tendre compassion, lorsque le Rédempteur léur raconta en détail les-douloureuses scènes de sa passion! Quelle fut

tendre la pitié de sainte Anne, quand Jésus lui dépeignit les douleurs et les angoisses que Marie avait éprouvées en sa qualité de co-rédemptrice. Quelle espérance inonda le cœur de ces prisonniers quand Jésus leur apprit que le querantième jour après sa résurrection, il les amènerait avec lui triomphants dans le ciel! Oh! comme ils soupiraient après le beau jour de l’Ascension |

Ce beau jour arriva enfin: la prison des justes s’ouvrit au moment indiqué et leurs âmes s’échappèrent comme une multitude de colombes qui prennent leur vol, quand se rompt le filet où elles étaient retenues.

Quelle joie pour elles! Quelle joie surtout pour saint Joachim et sainte Anne, de pouvoir admirer la beauté de Jésus ressuscité et les rayons lumineux jaillissant de ses plaies! Les portes éternelles s’ouvrirent pour donner libre passage aux patriarches, aux prophètes, aux pontifes, aux juges, aux rois, aux guerriers et aux guerrières d'Israël, et le Roi de gloire fit son entrée dans son royaume.

Alors s’offrit aux yeux ravis de Joachim et d'Anne, un spectacle que l'éternité ellemême ne pourra effacer de leur souvenir.

Sur un trône élevé était assis, au milieu d’une gloire immense, l’Ancien des jours, l'Eternel, le Père de tout ce qui existe.

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Debout autour de lui, les Dominations, les Puissances, les Vertus, les Chérubins et les Séraphins se voilaient la face de leurs ailes, et puis chantaient saisis d’une religieuse terreur: ‘Saint! Saint! Saint est le Seigneur, le Dieu des armées: la terre et les cieux sont pleins de sa gloire!’ Or, dès que le Fils de l’homme, le Fils de Marie, le divin Rejeton de Joachim et d'Anne fut arrivé en présence du trône, l'Eternel lui ouvrit ses bras, le pressa sur son sein en lui disant : ‘‘Asseyez-vous à ma droite jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied. J'ai fait sortir de Sion le sceptre de votre puissance et vous régnerez en maître souverain de vos ennemis. La principauté sera avec vous au temps où vous montrerez votre puissance au milieu de l'éclat de vos saints. Je vous ai engendré de mon sein avant l'étoile du matin. Je l'ai juré et je ne m'en repentirai pas, vous êtes non pas simplement le maître de mon royaume, mais encore mon prêtre éternel, non comme Aaron qui m’immolait des animaux, mais comme Melchisédech qui offrit du pain et du v'n et qui était en même temps roi et prôtre. Placé à ma droite, vous briserez les rois au jour de votre colère. Vous exercerez votre jugement au milieu des nations, vous remplirez tout l’univers de ruines, vous écraserez sur

906 la terre les têtes d’un grand nombre de superbes. Vous avez bu d’abord de l'eau bourbeuse au torrent de l’affliction; c'es!

pour cela que vous élèverez bien ‘haut votre tête glorieuse.”’ Ainsi parla Jéhovah.

Puis, sur un signe donné par son sceptre, tous ies anges, archanges, trônes, vertus, principautés, dominations, puissances, chérubins et séraphins vinrent, chœur par chœur, se prosterner devant Jésus, le reconnaître pour leur Roi et leur Dieu, er s’écriant : ‘‘L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir louange, honneur, gloire dans les siècles sans fin!” On se figure difficilement quelle dut être l’sllégresse des deux saints Epoux Anne et J: chim, en voyant leur petit-fils reconnu par le Très- Haut, comme son Fils unique, proclamé Roi des rois, et adoré par les mille miiiions de princes de la cour céleste! Après la vision béatifique de l’auguste Trinité, leur plus grande jouissance désormais sera de voir leur Jésus, d’aimer leur Jésus, de contempler la gloire de leur Jésus durant les siècles éternels. :

Cependant il manquait au ciel une reine, une souveraine. Les portes éternelles s’ouvrirent donc de nouveau. Voici Marie qui s'élève brillante comme j’aurore et belle comme la lune. Oh! quelle joie pour la bienheureuse Anne et son glorieux Epoux!

Leur Fille, incomparablement plus char-

manfte que les séraphins, effaçait par sa.

splendeur l'éclat de notre soleil,‘ car elle

était toute revêtue de la gloire du Soleil de

justice. Tout le ciel vient à sa rccontre

en chantant ses louanges comme autrefois’ le peuple Hébreu vint au-devant de Ju-

dith: ‘Vous êtes bénie par 1: Seigneur

entre toutes les femmes de la terre, disaient

les anges dans leurs refrains enthousiastes.

Le Très-Haut vor: glorifie en ce jour à tel

point.que jamais les louanges n’expireront

sur les lèvres des hommes. Vous êtes la

gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l’hon-

neur de notre peuple. Vous vous êtes vail-

lamment comportée; votre cœur s’est fortifié, vous avez aimé la chasteté, vous serez

éternellement bénie !l’’ ;

Quand toute l'assemblée des Saints eut répondu Amen, Marie salua son divin Fils au milieu d’un universel applaudissement.

Un immense cortège fut bientôt formé.

Marie, appuyée rur le bras de son Fils, ouvrait ja marche Quelques instants après, elle péné‘rai ans la Jérusalem céleste. Jésus la présuata fièrement au Très- Haut en lui demandant de la récompenser dignement pour son héroïque vaillance.

L'Eternel en ce moment solennel se leva de son trône et déposa sur le front de Marie la couronne de Reine de l'univers. Les

- harmonies des cieux entonnèrent alors leurs plus joyeux refrains pendant que tous les chœurs des anges vinrent tour à tour lui offrir leurs hommages et leur obéissance.

Puis ce furent les saints de tous les rangs

* qui la proclamaient leur co-rédemptrice, leur mère, leur souveraine.

Quand approcha le moment, où sainte Anne et saint Joachim devaient se présenter pour payer à la Reine du ciel leur tribut d'hommage, un graiid silence se fit aux parvis célestes et sainte Anne d’une voix attendrie s’écria : ‘‘O notre Dame! béni soit le Seigneur de vous avoir £nnée à la terre ; béni soit-il d’avoir voulu naître de vous pour nous délivrer du péché et de la mort!

Béni soit-il de nous avoir choisis, quoique indignes, pour vous donner la vie! Heureux jour que celui où vous naquîtes dans notre modeste maison de Nazareth. Et maintenant, ô Marie! nous ne serons plus séparés de vous; toujours nous vous verrons, toujours votre félicité assurera la nôtre, Ol! loué soit à jamais le Seigneur qui, en abaissant sur vous ses regards, a fait de nous les plus heureux parents qui furent jamais.” — ‘Et vous aussi, répondit Marie père vénéré, mère bien-simée, soyez béris!

Soyez bénis à jamais de m’ voir obtenu par vos ‘prières cette sublime dignité, la plus:

haute à laquelle une créature pût aspirer,

et d’avoir attiré sur mon front tant de grâces de choix! Soyez bénis pour les soins si pleins de tendresse dont vous m'avez entourée; soyez bénis d’avoir, en dépit de votre tendresse même, consenti à me consacrer cu Seigneur. Après lui, vous serez éternellement les plus chers objets de mon amour reconnaissant. ”’

Ainsi désormais saiste Anne possède Dieu et Marie, le roi t la reine de l'univers, sans crainte de perdre leur confiance illimitée, ni leur singulière estime. Elle mérite donc nos profonds respects, notre ardent amour et nos pieux hommages. Personne parmi tous les saints ne mérite un plus grand tribut de reconnaissance de notre part que la bonne et glorieuse sainte Anna, Aïeule de Jésus-Christ selon la chair et Mère de la très sainte Vierge Marie. Quelle haute place n'occupe-t-elle pas dans la Jérusalem céleste, et quel crédit n’a-t-elle pas auprès du Sauveur du monde, son petit-fils, auprès de l’Esprit consolateur et auprès du Père des miséricordes! La présence de dix hommes justes seulement aurait désarmé la colèrs de Dieu, dans les cinq plus abominables villes du inonde. Combien de fois Dieu a-t-il pardonné à un peuple rebelle et ingrat, à la prière de Moïse son serviteur ? Combien de fois a-t-il été touché de compassion, combien de fois a-t-il pardonné à

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des princes et à des sujets en révolte, par considération pour David? Et pourrionsnous croire que ce Dieu, dont les bontés sont infinies, n’ait pas une extrême considération pour l’aïeule de son Fils bienaimé, pour la mère de sa Mère si privilégiée, si chérie? On peut dire en quelque manière que le sang de sainte Anne, ayant coulé dans les veines de Marie, a coulé jusque dans les veines de Jésus-Christ : quel droit conséquemment cette grande sainte n’a-t-elle pas à tous les mérites de la rédemption? On peut dire que son crédit est tout-puissant et que son amour est sans bornes. Ayons donc confiance en suinte Anne. Fut-il jamais une confiance mieux fondée? Fut:il jamais une dévotion plus juste? Certes non! mille fois non!

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