CHAPITRE XXVI SAINTE ANNE, LA FEMME FORTE
SAINTE Anne est maintenant assise sur un des plus glorieux trônes du paradis. Des milliers d’anges l’acclament! Tous les Saints sont ravis de l'éclat de sa couronne.
1l est temps de rechercher quel a été le principe d’une si merveilleuse élévation.
Disons-le de suite. Le vrai secret des grandeurs de sainte Anne auprès de Dieu, n'est
205 pas précisément d'avoir mis au moude la Mère du Sauveur, mais d’avoir été trouvée digne de cette glorieuse qualité. De même que Marie a été la digne Mère de Dieu, ainsi sainte Anne a été sa digne Aïeule. Une femme s'est un jour écriée en parlant à Jésus: ‘‘Heureuse celle qui vous a porté dans son sein et nourri de son lait!” Il lui répondit de manière à nous faire entendre que le vrai bonheur et le vrai mérite de sa Mère consistaient dans la sainteté, qui l’avait fait choisir pour cette dignité, la plus haute à laquelle une créature pût aspirer : ‘‘Bienheureux surtout, réplique le Sauveur, ceux qui écoutent la parole de Dieu
et la mettent en pratique.” Il disait donc en d'’aucres termes, c’est à cause de sa conduite qu’elle a été jugée digne de devenir ma Mère.
Il faut raisonner ainsi à propos de sainte Anne et conclure de là que sa sainteté était bien grande, puisque parmi toutes les femmes de l'univers, elle a été choisie pour donner une Mère au Créateur du monde.
Elle a évidemment excellé dans la perfection spirituelle. Nous ne pouvons mieux décrire sa sainteté qu’en lui approprianti ce que dit l’Esprit-Saint de la Femme forte au livre des Proverbes, où il dépeint son prix, sa rareté, son mérite, ses vertus et ses bonnes qualités.
O heureux Joachim d'avoir trouvé un si riche trésor: On eût dit qu'il avait entendu le conseil de l’Esprit-Saint: ‘‘J’ai, mon fils, un avis important à vous donner:
c'est que vous choisissiez pour votre épouse une personne remplie de sagesse et de vertu, une Femme forte. Celle-ci est plus rare et plus précieuse que les perles qu’on apporte des extrémités du monde, avec tant de dépense et de travail. On ne doit rien épargner pour le rencontrer : elle donne le comble du bonheur, et l'on jouit avec elle d'une joie parfaite et d’une grande paix.”’
La femme forte par excellence, c’est bien sainte Anne. Saint Joachim n’a rien épargné pour obtenir sa main: il a surtout prié.
Il l’a cherchée parmi les filles d'Israël: son regard s’est arrêté sur celle qui lui paraissait la plus vertueuse. Et la Providence a ménagé toutes les circonstances pour diriger son choix et le bénir.
L'Esprit-Sairt continue le portrait de la femme forte; c’est bien le portrait de sainte Anne. Le cœur de son mari, dit-il, pouvait mettre sa confiance en elle; il était sûr de son affection et de sa fidélité. Se reposant sur elle des soins de sa maison, il ne manqua de rien et ne se vit point obligé de faire subsister sa famille des dépouilles de ses ennemis. Elle répondit toujours parfaitement à cette confiance de son époux. Elle
lui apporta le bien, et non le mal, pendant toute sa vie.
Elle a cherché avec soin la laine et le lin nér essaires pour l'entretien de sa maison, et les a travaillés elle-même avec des mains sages et ingénieuses. De sorte qu'elle était,
«. par son adresse et par sa prévoyance, com-
me le vaisseau d’un marchand qui porte le fruit de ses travaux chez ses clients, et qui rapporte de loin son pain et tout ce qui est nécessaire pour sa famille.
Sa vigilance n’est pas moins admirable que son travail. Elle se levait lorsqu'il était e:core nuit; et avant le jour, elle avait partagé le butin ou les vivres nécessaires à ses domestiques, et la nourriture à ses servantes, afin que rien ne retardàt son travail.
Elle était attentive à tout ce qui pouvait être avantageux à son Epoux: et elle se conduisait en tout avec une extrême prudence. Elle a considéré un champ qui lui a paru fertile, et elle l’a acheté: elle y a planté une vigne, fruit du travail de ses mains. Elle ne s’est point découragée dans ses travaux, mais elle a ceint ses reins de force et elle a affermi son bras. Elle a goûté, et elle a vu, par sa propre expérience, que son trafic était bon. Sa lampe ne s’est point éteinte pendant la nuit: elle
la tenait allumée, afin de continuer ses ouvrages.
Tantôt elle a porté sa main à des choses fortes, et tantôt ses doigts ont pris le fuseau; se trouvant également propre pour les grandes et les petites choses, et profitant de tout pour s'enrichir, non par amour de l'argent, mais par le désir de faire du bien. Car au lieu de retenir ses richesses dans sa maison, elle a ouvert sa main à l’indigent ; elle a étendu ses bras vers les pauvres et ieur 8 donzé des aumônes abondantes,
Ehe ne craignait pour sa demeure ni le
froid ni la neige, parce que tous ses domertiques avaient un double vêtement capable de les en garantir. Elle s'était fait des meubles et des tours de lit de tapisserie; elle pouvait se revêtir elle-même de lin et de pourpre.
Son mari était illustre dans l'assemblée des juges: la prudence, la sagesse et l’habilité de sa femme le firent regardrr avec respect lorsqu'il était assis avec les sénateurs de la terre.
Elle a fait un linceul d’une toile fine; et après l’avoir orné de petits ouvrages de sa main, elle l’a vendu: et elle a passé de même une ceinture enrichie de broderie au marchand chananéen, pour la vendre en soi pays.
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Elle a fait voir dans tous ses ouvrager qu'elle était revêt:.c de force et de beauté. Se conduisant en tout avec beaucoup de sagesse et de prudence, elle a pu rire au dernier jour, et elle a joui d'une constante prospérité.
Elle a ouvert la bouche à la sagesse. Elle s'était fait une loi à elle-même de nv parler qu'avec douceur et avec bonté.
Elle a considéré les sentiers de sa maison pour en éloigner tous les dangers; elle a examiné avec soin tout ce qui se passait sous son toit; et elle n’a point mangé son pain dans l'oisiveté.
Ses enfants se sont levés au milieu de l'assemblée des peuples et ont publié que leur mère était bienheureuse et que toutes ‘+8 générations l’appelleraient ainsi. Son mari s’est levé de même, et l’a louée hautement. Beaucoup de filles ont amassé des richesses, et se sont rendues recommaridables par leur sagesse et par leur vertu:
mais la femme forte les a toutes surpassées.
Telle était la femme que saint Joachim s'était choisie pour son épouse. Il avait eu dans ce choix, plus d'égard à la vertu qu'à la beauté: car il savait que la grâce est trompeuse et que la beauté est vaine. La femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée, et qui méritera véritablement
de l'être. Il pouvait donc lui donner des louanges, non tant à cause de sa beauté, qu'à cause du fruit de ses mains; sainte Anne était telle que ses propres œuvres la louaient par elles-mêmes dans l'assemblée des juges. Ceux-ci savaient distinguer le vrai mérite et lui rendre justice.
Sainte Anne est donc une sainte qui, plus éminemment que ses sœurs du paradis, a passé sur la terre en faisant le bien. Elle a reçu la récompense éternelle de ses vertus. Elle a vu, après sa mort, son sépulcre devenir glorieux ; des miracles nombreux s’accomplir à la seule invocation de son nom; des temples et des chapelles se bâtir en son honneur; des congrégations se former sous son vocable ; des Pères de l'Eglise et des orateurs célébrer sa mémoire: des poètes et des écrivains chanter ses louanges; des peintres et des sculpteurs faire revivre ses traits; des multitudes émues s'empresser autour de ses images et vénérer ses reliques. Elle a possédé une gloire que nulle autre n’a eue, et elle jouit aujourd'hui d’un pouvoir incomparable. C’est donc par la force de sa sainteté que sainte Anne s’est rendue glorieuse et puissante et qu'elle a mérité de devenir l’Aïeule du Messie. L'illustre racine de Jessé a poussé une tige gracieuse, sur laquelle s’est épanouie une fleur de laquelle devait naître
un doux fruit. Cette tige, c’est sainte Anne; la mère de Dieu, c’est la fleur; le fruit c’est Jésus-Christ à qui tout pouvoir a été : donné au ciel, sur la terre et aux enfers.
Terminons ce chapitre par une bien consolante réflexion. Si la très sainte Vierge Marie participe à la toute-puissance de Jésus en vertu de sa maternité, ne faut-il pas admettre que sainte Anne, étant la véritable mère de la Reine des cieux, peut tout obtenir de son auguste Fille. Nous serions donc bien insensés, si nous ne mettions point notre confiance dans son infaillible intercession.