‹ La vie de StendhalChapitre 15 sur 40 · LA GRANDE TENTATIVE · texte numérisé non relu

LA GRANDE TENTATIVE

Ce Français qui flâne sur la place du Dôme, épais et lourd, nez gros, front couvert, visage ovale, comme dit son passeport, sans rien de remarquable, sauf l'éclat de ses petits yeux vifs; ce Français à la cravate trois fois enroulée, au gilet qui chatoie, au pantalon collant ; ce Français qui s’occupe à réussir les moulinets de sa canne à pomme d’or : regardez le bien, pour l’aimer ou pour le haïr ; mais regardez-le bien, pour le connaître : il n’est pas d'homme au monde qui, avec une volonté plus décidée et une plus claire conscience, veuille faire de l’égoïsme l’art suprême de la vie.

La liberté sans conditions.

Altéré de bonheur humain, il brise ses chaînes, jette ses entraves ; et courant d’un trait vers ce qu’il croit être les sources vives, il demande d’abord

la liberté, la liberté absolue, la liberté sans conditions. Il dit que s’il a un chef, un métier, une fonction, un; horaire, une obligation même légère, il éprouve une constante gêne ; et que, s’il se sent lié, fût-ce par un seul fil, son malheur est certain. Beyle le Milanais sort de sa chambre à l’heure qui lui plaît, rôde sur le Corso quand bon lui semble, entre à la Brera si le cœur lui en dit, va dans le monde ou s’enferme chez lui, et jouit à tout instant du jour de son indépendance plénière.

Il établit son budget : c’est une opération à laquelle il s’est souvent livré, au cours de sa vie. Point n’est besoin d’être riche ; mais encore faut-il qu’on n'ait pas à gagner son pain quotidien à la sueur de son front.

« Passif, ci, 37.000 francs ; des créanciers qui font le diable. Je vends mon mobilier parisien, mon cabriolet ; j'aurai quelques milliers de francs à leur jeter, mais sans éteindre ma dette. Actif : ma pension de demi-solde, ci, 900 francs. Le revenu de la dot de ma mère, en viager, ci, 1.800 francs ; soit 2.700 francs de revenu. La pension que mon père voudra bien me verser, ci... la somme est difficile à préciser ; plus l’avaricieux vieillit, plus il se fait tirer l'oreille. Mais même en supposant des versements réguliers, je ne saurais vivre en France, à ce prix-là. On me mépriserait.

« En Italie, puisque la lire est à 76 centimes, on augmente son revenu d’un quart. En Italie, la vie n’est pas chère. Combien faut-il pour faire figure à Venise, par exemple ?

Appartement garni

Gondole

Théâtre (loge trois fois la semaine). ...

Nourriture et café (120 francs par

Mais à Milan, on dépense moins encore, surtout si on se passe de voitures. Un excellent dîner, pour deux personnes, chez le restaurateur noble, coûte à peine six lires ; six lires, une loge à la Scala. Bon an mal an, et sans parler des dettes, | qui attendront, je dois pouvoir vivre ici en liberté. »

Lo sono di Cosmopoli.

Cette phrase, qu'il a cueillie dans un opéra, devient sa devise, et il la proclame souvent. « Moi, je suis de Cosmopolis.. »

Ne parlons pas de sa famille : nous savons ce qu’il en pense. Mais il répudie même sa patrie : son souvenir lui pèse, et il le chasse tant qu’il peut.

Pauvre pays que la France, dit-il ; sans force et sans virilité ; pays d’eunuques ! Là se sont donné rendez-vous tous les vaniteux, tous les niais de la création. Les Français sont puants : aucune simplicité, aucun naturel. Et pas le moindre goût pour les arts : comment ces gens à l’eau de rose compren- draient-ils Michel Ange ? Donnez-leur de la musique banale, édulcorée, elle convient à ces pauvres têtes. Donnez-leur des tableaux conventionnels et léchés,

ils n’en demandent pas davantage. En Italie, tout est

grandiose ; en France tout est mesquin : et par exem-:

ple à Milan : « Il pleut à verse ; depuis trois jours, il n’y a pas eu dix minutes de relâche ; à Paris, cette eau-là mettrait deux mois à tomber. » Misérable Paris! Les Françaises sont incapables d’aimer : ce sont de pauvres poupées, remplies de son. Les Français ne savent même pas haïr : jamais une bonne vengeance, un bon coup de poignard. Au moment où Napoléon quitte l’île d’Elbe et revient en France, lorsque s’engage la dernière lutte entre la France et l’Europe, l’ex-commissaire des guerres reste en Italie et ne se dérange pas. Au moment . de Waterloo, il prend des glaces sur la place Saint- Marc, à Venise. L’émotion que lui donne la nouvelle de la défaite de l'Empereur se traduit en mépris. Le dernier mérite que la France possédait — une certaine bravoure, une certaine réputation de gloire — s’est évanoui du coup : désormais, elle prendra pour armes un éteignoir.

Pour vivre intensément.

Le Moi cultivé, plante fragile, ne se développe que dans un milieu choisi. Peu d'étrangers s’attachent à Milan pour leur plaisir ; c’est une ville trop commerciale, trop plantureuse, disent les dégoûtés ; trop de riz, trop de maïs ; et pas d’orangers. Au contraire, Henri Beyle aime Milan : parce qu'il l'aime, et cela suffit sans doute ; parce que les

autres ne l’aiment pas ; parce qu’elle est une forte

et fière ville, accueillante et fidèle ; pour ses spectacles, pour son café à la crème, pour ses femmes, pour la propreté de ses rues, pour son odeur ; pour cent motifs, et pour cette raison majeure qu’on y vit simplement, bonnement, et sans cérémonie. Une grande chanteuse, qui est aussi une jolie femme, Elena Vigand, reçoit tous les soirs, après le théâtre ; vous arrivez chez elle en habit du matin, en bottes ; et tout botté que vous êtes, vous vous étendez sur un canapé, dans son salon : personne ne vous remarque. Voilà Milan! Un ami vous invite à jouer au billard : comme vous vous sentez ce jour-là d'humeur chagrine, vous jouez deux, quatre, huit parties sans desserrer les dents : l’ami vous laisse tranquille, ne vous assassine pas en vous demandant si vous êtes triste, et pourquoi. Voilà la Lombardie. Peut-on trouver, dans tout l'univers, un seul endroit, un seul, où l’on respecte davantage les caprices et les humeurs d’un Moi fantasque et ombrageux ?

Encore celui-ci ne se contente-t-il pas d’être enfermé dans une île heureuse ; il veut se recueillir, quand il lui plaît ; et quand il lui plaît, s’étendre : il s’annexe tout un pays. Avec quelques traits véritables, et profondément observés ; avec d’autres aussi, inventés de toutes pièces, il construit une Italie de luxe, conforme à son désir. On n’y rencontre que gens de noblesse, comtes, marquis, ducs, ou princes ; les banquiers y sont admis à la rigueur, pourvu qu'ils soient fort riches ; les commerçants, les industriels, les bourgeois, les manants

en sont exclus. On n’y voit pas de magasins, encore moins de maisons pauvres : les villes se composent de théâtres, de musées de galeries, d'ateliers de peintres, de cafés, de salons. De salons surtout : des femmes y papillonnent ; des oisifs y bavardent sans fin ; des cardinaux, bons princes, y font briller négligemment leur pourpre. Dans les rues, sous les portiques, des gens vous arrêtent pour vous raconter en pleurant leurs peines d'amour. Car l’amour y est la grande occupation : aimer, souffrir, aimer, voilà la vie. Les matinées sont rayées de l’ordre du temps ; l'après-midi se passe à contempler les tableaux des grands maîtres, jusqu’à ce que l'émotion fasse jaillir les larmes ; le soir, on se rend au théâtre pour bavarder dans les loges : on ne se tait que pour écouter les plus doux airs. Les nuits y sont exquises, non point à cause des clairs de lune bleus, ou des étoiles : mais c’est le temps où gens d’esprit et femmes aimables, chez la princesse, chez l’ambassadeur, font assaut de finesse, ou se paissent aller doucement aux tendres rêveries. Mais s’il faut dire ici l’essentiel, l'Italie est tout autre chose que le pays où l’on vient chercher le repos, après les tracas et les alarmes ; et tout autre chose encore que le pays où les Barbares du Nord viennent chercher la lumière et le soleil. L'Italie, sachez-le bien, est le pays de la vie intense. En Italie, on se sent à l’aise ; on ne vit pas dans la crainte du ridicule, comme en France; au contraire, on affirme sa personnalité, bonne ou mauvaise, et on ose être soi-même, effrontément. Loin d’avoir peur

des sensations fortes, on aime les passions exaspé-

rées, les haines, les beaux crimes, piment de la vie. L'énergie, force spontanée de l'être, valeur en soi, valeur suprême, s’y déploie au naturel. En France, il n’est de gens tant soit peu énergiques qu’au bagne ; en Italie, les gens énergiques courent les rues, et les femmes elles-mêmes sont d’une admirable férocité, à l’occasion. Bref, en France, la plante

| humaine est étiolée ; en Italie, elle n’a rien perdu

| de sa vigueur primitive; et voilà pourquoi celui qui veut vivre intensément sa vie, doit s’y transporter, et s’y fixer pour toujours.

Pour savourer la vie.

Tout étant ainsi préparé, reste à choisir entre les voluptés de la vie.

Il en est une qui ne trompe jamais ; inaccessible aux imbéciles ; inépuisable, et si forte, qu’elle rémédie même à l'ennui, ennemi des hommes. Divertissez-vous à observer les caractères, à suivre les petits manèges individuels, à disséquer les âmes, à étudier les habitudes et les mœurs : et vous me direz s’il est lanterne magique qui vaille ce spectacle-là. Beyle se met dans l’ombre ; de l'ombre où il se tient tout exprès, il examine les acteurs placés en pleine lumière. Comme les Milanais sont amusants à voir ! comme ils sont naturels ! quelle vivacité ! quel emportement ! Suivez une de leurs parties de cartes, par exemple ; ils se passionnent dès le début, se livrent sans retenue à leur plaisir ;

s’ils se brouillent pour un coup douteux, aussitôt ils s’invectivent, et crient : Cojone ! en frappant de grands coups de poing sur la table : c’est délicieux. Encore sont-ils parmi les plus calmes des Italiens, qui, avec une vivacité, une sincérité, une ardeur sans égale,‘ se livrent du matin au soir à leurs caprices, à Îleurs passions. Comme intermède, on assiste au manège des étrangers qui pässent : Madame de Staël, venant de Coppet et conduisant à Pise son jeune mari, pour qu'il rétablisse sa santé dans l’air pur de Toscane, s’arrête à Milan et y mène grand tapage ; Byron fréquente la loge que l’abbé de Brême, riche, libéral, ami des arts, tient ouverte à la Scala. Byron est froid, méprisant ; il sait que sa beauté, sa pâleur, sa réputation scandaleuse, font que tout le théâtre le regarde : il n’en devient que plus dédaigneux. Pourtant il remarque Beyle ; et ces deux Égoïstes éprouvent l’un pour l’autre une fraternelle estime.

Autre plaisir des raffinés : la volupté du beau. Pour goûter la musique, si vous n'êtes pas un barbare, vous prendrez des précautions aussi minutieuses qu'un fumeur d’opium, quand il prépare son illusion. Vous laisserez à la porte du théâtre vos préoccupations pour arriver en pleine liberté d'esprit ; vous n’aurez ni trop dîné ni trop peu ; vous choisirez la bonne place; vous aurez soin d'empêcher que votre voisin ne vienne, s’appuyant au dossier de votre fauteuil et le balançant par manie, sottement vous agacer; bref, vous agencerez savamment votre bonheur. Qu’est-ce que la

musique ? Une combinaison mathématique, écho de l’harmonie des sphères ? Une haute et difficile science ? — Pas du tout. C’est un plaisir physique, une sensation voluptueuse, un appel à l’imagination et au cœur, une invitation à l’amour. Le Moi, arraché aux réalités vulgaires, se met à rêver, sourit à ses espérances, et gémit sur ses malheurs.

De même, en quoi consiste l’agrément que donne la peinture ? À connaître les époques, les écoles, la

vie des auteurs ? à disserter sur la ligne ou sur le

coloris ? A relever les fautes de dessin ou de perspective ? Pas du tout. Devant la Vierge du Corrège, devant la Cène de Léonard de Vinci, on pense à la grâce idéale de ces nobles figures ; on pense à la beauté ; aux beautés charnelles qu’on adore; on pense à soi. On est incapable d’exprimer ses sentiments, car ils vivent à des profondeurs où personne ne peut atteindre ; analysés, expliqués, ils perdraient leur charme : ils sont incommunicables, et, par essence, personnels. La peinture, et tous les arts, en somme, ont pour unique fonction de charmer le Moi.

Ce Moi qui arrive ainsi, de degré en degré, à des jouissances toujours plus délicates, toujours plus rares, n’est pas encore satisfait. Il demande une excitation qui avive en lui la conscience de l’être ; il appelle la passion. Alors ses sentiments et ses sensations mêmes prennent une acuité nouvelle ; il est transporté dans un autre monde, si plein de tourments et de délices, qu'il prend en pitié les pâles créatures qui se traînent sur laterre,sans aimer.

L'Egotisme.

A ce degré, le mot ÆEgoïste ne convient plus ; c’est Egotiste qu’il faut dire. L’'Égoïste est le lourdaud qui se pousse dans le nid des autres, brutalement : l'Égotiste construit avec amour son propre nid. L'Égoiste est un glouton, qui mange à grand bruit de mâchoires ; l’Égotiste veut des mets choisis, des cristaux, et des nappes de dentelle. Le premier est un inconscient, embarrassé de tous les préjugés, soumis à toutes les conventions, quitte à tricher chaque fois qu’il peut : le second a raisonné sur la vie; et croyant que rien n’est supérieur à la vie elle-même, 1l a cherché une méthode qui lui fît rendre cent pour cent. Le premier est un balourd, le second un virtuose. De l’un à l’autre, il y a toute la différence de la grosse caisse au violon. Le premier se cache, et le second se vante. L'Égoïste ne pense jamais qu'à lui-même; l’Égotiste sait qu’il y a de par le monde, à Paris, à Londres, ou à Berlin, quelques esprits qui ont compris comme lui le secret d'utiliser l'existence, quelques délicats qu'unit une secrète complicité, une élite dont l’approbation console de la vulgarité, de l’imbécillité des hommes : les happy few, comme il dit. L’Égoïste

est férocement heureux ; je ne serais pas étonné qu'il y eût quelque chose de douloureux dans le! cas de l’Égotiste, qui essaye de saisir tout l'Océan

dans les mailles de son filet.

nm arrete

L'Egotiste.

Il allait, sautillant et frétillant ; le plus oisif et le plus occupé des hommes ; chaque fois qu'il s’agissait d’un nouvel opéra, d’une comédie amusante, d’une compagnie agréable, d’une conversation spirituelle, on voyait apparaître ses favoris, qu’il laissait pousser, à l'italienne, et son toupet. Il allait, remâchant les mêmes idées, toujours les mêmes, sur la France détestable et l’Italie adorée, sur l’énergie, sur la passion ; les ruminant tout au long du jour, sans qu'elle le fatiguassent, pas plus que la phrase aimée du Matrimonio Segreto, cent fois entendue, n’arrivait à lasser son plaisir. Du plus loin qu’il apercevait un ennuyeux, il se sauvait. Son logis lui importait peu ; qu’il demeurât dans quelque hôtel, à l’Albergo del Pozzo, à l’AIbergo Bella Venezia ; ou dans quelque chambre meublée, fût-ce dans une rue suintante et malpropre, comme la via San Pietro all’ Orto, pourvu qu’il eût assez d’espace pour abriter son lit, ses habits, et ses livres, il était content. Au contraire sur le choix des cafés ou des restaurants, il ne transigeait pas. Maniaque comme tous les bohèmes, il avait, entre autres accès réguliers, la maladie d'écrire : non seulement il écrivait sur de beaux cahiers reliés, couleur vert pomme ; mais sur des chiffons de papier ; sur des cartes à jouer ; sur les marges des livres ; partout où lon peut placer du noir sur du blanc ; bien plus! snr

ses manchettes, sur ses gilets, sur ses bretelles ; il gravait même des phrases sur son verre de montre, comment faisait-il ? Les inconséquences des autres étaient par lui sévèrement jugées ; et les siennes, sereinement admises, car 1l était si mobile que ses impressions n’avaient pas le temps de se mettre d’accord, et les états les plus contradictoires se succédaient en lui avec une violence égale. Fanfaron de grossièreté et de cynisme, 1l n’en était pas moins l’amant le plus éthéré. Admirant Napoléon, après que celui-ci fut tombé du pouvoir ; libéral, détestant les nobles, il était plus aristocrate qu'un marquis à talon rouge ou qu’une douairière du faubourg. Avec des allures de vieux militaire et des mots de corps de garde, il avait des scrupules, des méfiances, des timidités de provincial : tant vibraient encore, dans la force de son âge, les impulsions données à sa jeunesse, et reconnaissables au bout de trente ans. Sceptique et crédule ; enthousiaste et blasé ; sincère et cachottier ; excité et paresseux, opiniâtre et fantasque, vaniteux, orgueilleux, et modeste, il apportait dans la passion une volonté d’abdication totale et un vif désir de conquête ; captif qui arrivait

pieds et poings liés, pour commander ; suppliant :

qui venait présenter humblement ses offrandes, destinées à devenir les gages de sa victoire ; ingénu

comme le plus naïf des amoureux, et jouant un rôle

comme au théâtre. Avec cela, toujours double :

tandis qu’une partie de lui-même agissait, l’autre ! regardait et critiquait ; il ne pouvait s'empêcher :

ni de faire le beau sur la scène du monde ni de s’épier, comédien sincère et toujours anxieux. Dans un seul de ses jours, dans une seule de ses heures, quelle fantasmagorie d'images, quelle mêlée d’émotions, quel fourmillement de pensées ! Il n’est pas jusqu’à sa passion d’idéologue qui ne vienne enrichir encore ce Moi tumultueux. Curieux de science, c’est la science des hommes qu'il choisit entre toutes ; 1l consacre à l’étude des sentiments d’au-

- trui le temps qu’il ne passe pas à s’observer : comme s’il voulait saisir, même hors de lui, tous les frémissements de la vie.

En France ses amis, même ceux qui avaient juré de consacrer leur vie à la poésie, se mariaient, prenaient rang dans l’ordre établi, faisaient des économies, devenaient chefs de bureau, directeurs de banque, ou quincailliers ; ses anciens camarades, les commissaires des guerres, les capitaines, les colonels, vidaient leur demi-tasse en racontant leurs campagnes, ou trinquaient au prochain retour de l'Empereur. À Milan, Beyle l’évadé, le transfuge, s’occupait à faire triompher l’Individu. Il disait : « Je ne suis pas de ceux qui, en voyant venir une pluie d’orage par un jour d'été, pensent aux moissons ravagées, aux paysans ruinés, et se désolent. Je suis de ceux qui pensent : tant mieux ; le temps sera rafraîchi, et il fera bon respirer ; j'aime l’air balayé par la pluie. Je ne compte que sur mon plaisir ; j'accepte mon être ; je suis l’Égoïste ; je suis Moi. »

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