‹ La vie de StendhalChapitre 3 sur 40 · AU · texte numérisé non relu

AU

Le vieux cousin Daru a déniché l’enfant perdu ; et maintenant, il l'emporte chez lui, pour le soigner.

Il habite rue de Lälle, au coin de la rue Bellechasse ; il se contente de l’appartement au dessus de la porte cochère, et loue les autres à bon prix, mais toute la maison lui appartient : il est riche. La famille se compose de Madame Daru la mère, comme elle paraît vieille ! comme elle est ratatinée! et de deux fils : Pierre Daru, dont on ne parle qu'avec respect, parce qu'il est chef de bureau au département de la guerre, parce qu’il a traduit Horace et composé la Cléopédie, et parce qu’il a un caractère détestable : ayez mauvais caractère, tout le monde vous saluera chapeau bas. L’autre fils, Martial, n’est bon à rien, mais on l’aime, parce qu’il est aimable. Ajoutez plusieurs filles, les unes mariées, les autres en quête de mari.

Grand Dieu! vivre en compagnie de tout ce monde ! Se surveiller au long du jour ! Manger de tous les plats, même de ceux qu’on déteste, en déclarant qu’ils sont forts bons ! Se cogner à tous

les meubles de cet appartement parisien, minuscule et encombré! Paraître au salon ! accompagner les dames en visite ; ou suivre dans les sociétés littéraires Pierre Daru le grand homme, Pierre Daru le renfrogné ! Le cousin de Grenoble a l’air malheureux d’un chien fou auquel on veut apprendre à faire des tours. |

M. Daru le père fait des allusions, de plus en plus transparentes, à un jeune homme qui ne peut cependant passer sa vie à ne rien faire, même chez les meilleurs des cousins. Tant et tant qu’un matin, Pierre Daru emmène le dit jeune homme au ministère de la guerre. Point n’est besoin d’une vocation décidée pour faire un bon commis.

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