‹ La vie de StendhalChapitre 30 sur 40 · DR TT · texte numérisé non relu

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amusante le type italien, qu’il ne pouvait souffrir et envers lequel il était fort injuste. Il me prédit surtout une souffrance que je ne devais nullement éprouver, la privation de causerie agréable et de tout ee qui, selon lui, faisait la vie intellectuelle, les livres, les journaux, les nouvelles, l'actualité, en un mot. Je compris bien ce qui devait manquer à un esprit si charmant, si original et si poseur, loin des relations qui pouvaient l’apprécier et l’exciter. Il posait surtout le dédain de toute vanité et cherchait à découvrir dans chaque interlocuteur quelque prétention à rabattre sous le feu roulant de sa moquerie. Mais je ne crois pas qu’il fût méchant : il se donnait'trop de peine pour le paraître.

Tout ce qu'il me prédit d’ennui et'de vide intellectuel m’alléchait au lieu de m’effrayer, puisque j'allais là, comme partout, pour fuir le bel esprit dont il me croyait friande.

Nous soupâmes avec quelques autres voyageurs de choix dans une mauvaise auberge de village, le pilote du bateau à vapeur n’osant franchir le pont Saint Esprit avant le jour. Il fut là d’une gaîté folle, se grisa raisonnablement, et, dansant autour de la table avec ses grosses bottes fourrées, devint quelque peu grotesque et pas du tout joli.

Pour moi, je ne vis pas avec regret Beyle prendre le'chemin de terre pour gagner Gênes. Il craignait la mer, et son but était d'arriver vite à Rome. Nous nous séparâmes donc après quelques jours de liaison enjouée ; mais, comme le fond de son esprit trahissait le goût, l'habitude ou le rêve de l’obscénité, je confesse que j'avais assez de lui, et que s’il eût pris la mer, j'aurais peut-être pris la montagne...

C'est ainsi que Stendhal prit congé de cette femme pudique, et pour regagner Civita Vecchia, partit seul.

Voici donc les lourdes bâtisses, les rues sans perspective, la place Saint-François, solitaire ; les agents de la douane, qui rôdent ; Romanelli, ce coquin, le commissaire du port. Voici le consulat. et le logis : c’est en vain que le consul de France pour la première fois de sa vie s’est mis dans ses meubles, ses meubles ont l’air de provenir d’un garni ; rien n’est plus banal ou plus laid que ses trois bibliothèques, ses deux commodes, ses deux bureaux. Le mur s’orne d’un médaillon de la Pasta, en bronze; et d’un portrait de Madame Lafarge : laquelle doit cet honneur insigne à ce qu’elle a empoisonné son mari.

Le retour d'un congé est un moment bien triste. Je pourrais faire trois pages, pas trop mauvaises, sur ce thème. On se dit : vais-je vieillir loin de ma patrie (ou: loin de la patrie, ceci est plus à la mode.)

Vieilhr. — Le jour où il s’est aperçu qu'il allait avoir la cinquantaine, il a fait la grimace ; il se répétait : « Je vais avoir la cinquantaine ; je vais avoir la cinquantaine... » Cela devenait une obsession ; pour s’en débarrasser, il a écrit la phrase sur la ceinture de son pantalon blanc. Elle ne le tourmenterait plus, maintenant qu’elle se trouvait fixée. Au reste, de peur d’être compris de la blan-

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