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CHAPITRE III

« LES DEUX ANNÉES DE SOUPIRS, DE LARMES, D'ÉLANS D'AMOUR ET DE MÉLANCOLIE, QUE J'AI PASSÉES EN ITALIE.

Comme :l l’aimera plus tard, son Italie! Il l’aimera tant et tant, qu'il croira l’avoir chérie du premier coup. Aussitôt franchies les portes de Milan, par un gai matin de Prairial, il sent qu’il a trouvé sa vraie patrie; une joie l’envahit, délicate et profonde ; il est pénétré d’une inexprimable tendresse et s’abandonne sans résistance aux lois de l’harmonie qui se révèle à lui, C’en est fait ; l'Italie opère par tous ses charmes ; et rien ne prévaudra contre la douceur de ce premier enchantement...

Mais non; ce ne fut pas ainsi que les choses se passèrent ; ; son âme encore incertaine ne fut pas si prompte à se fixer pour toujours. Son grand amour pour l'Italie va commencer par la surprise, par de lents essais, par de multiples expériences, et par une souffrance que nuance à peine un vague

espoir.

Le sort de la Lombardie s’est décidé à Marengo ; Bonaparte a fait son entrée dans la capitale enfiévrée ; c’est à peine si les cloches ont cessé de vibrer, et les drapeaux flottent encore au vent.

Passent les Milanais, qui courent à leur travail ; et les Milanaises opulentes ; et les soldats français qui font le beau ; et Beyle qui flâne au long des rues. Il s’arrête devant le Dôme, le nez au vent. Si Pauline était ici, elle serait bien étonnée :

Tu sais que je suis à Milan, c’est une ville grande comme Grenoble, assez bien bâtie. Il y a une église d’un style gothique, c’est-à-dire toute en filigranes disposées en voûte plus que de plein cintre, qui est étonnante à la seconde réflexion, mais qui ne saisit pas d’abord comme le sublime du Panthéon. Pour t’en donner une idée, il faut te figurer une galerie circulaire longue de cinquante à soixante pieds et haute comme quatre clochers de Saint-André les uns sur les autres. L'église n’est point finie et ne le sera probablement jamais ; elle n’est point belle en dedans en général, elle n’est qu’étonnante par la patience infinie qu’elle suppose dans les divers ouvriers qui ont contribué à sa construction : il y a peut-être mille statues, depuis quarante pieds de proportion jusqu’à six pouces.

(De Milan, le 10 Messidor an VIII.)

Encore le Dôme est-il peu de chose, en comparaison de la Scala. Le théâtre, la scène, la musique, les chanteurs. l’orchestre, les costumes, tout est admirable : la Scala est une des merveilles du monde.

Et Pauline n’en sait rien; pauvre Pauline, qui végète à Grenoble, et ne voyage pas à travers le vaste monde :

Malgré un gros rhume que les brouillards épais de la Lombardie m’ort donné, je suis allé hier au spectacle, qui était le premier du Carnaval. Tu ne peux te former l’idée de la beauté des décorations et du luxe des costumes : l'illusion est complète dans une salle comme celle de Milan. Imagine-toi la place Grenette couverte, et tous les balcons avec des jalousies de taffetas de toutes couleurs, les plus petites loges sont comme le cabinet dans lequel je couchais à Grenoble. Chacun a, dans la sienne, des bougies allumées, une table, des cartes, et ordinairement l’on fait venir des rafraîchissements pour les dames...

(De Milan, le 6 Nivôse an IX.)

Mais songeons aux affaires sérieuses. Nous voilà le pied à l’étrier, comme aurait dit le capitaine Burelviller : mettons-nous bien en selle ; et puisque tout le monde parle d’arriver, arrivons, nous aussi. À quoi ? D’abord à quitter les services de l’armée, qui sont toujours un peu méprisés, pour entrer dans les armes combattantes. En un tour-

nemain, voilà qui est fait : Pierre Daru, secrétaire

général au département de la guerre, n’a qu’un mot à dire, et le petit cousin Beyle est nommé souslieutenant au 6M€ dragons : casque à crinière noire, et vaste manteau vert.

Le nouvel officier a une façon toute à lui de comprendre son métier. Milan, son air de fête, ses rues affairées, la promenade rituelle des car-

rosses au Corso di Porta Orientale, les illuminations, les bals, lui plaisaient fort : mais non pas les cantonnements de guerre. Il resta dans les bureaux, et ne fit que deux apparitions à son régiment, qui bataillait contre les Autrichiens, quelque part en Vénétie : la première fois il vint, montra son nez, resta trois semaines, et disparut pour neuf mois. La seconde fois, 1l arriva quelques jours à peine avant l’armistice que Français et Autrichiens signèrent le 16 avril 1801 : il faillit ne se présenter que les chandelles éteintes et la fête terminée. Par bonheur, il eut le temps de prendre part à un combat, en avant de Castel Franco, de charger, d’enlever des canons, et de montrer sa naturelle bravoure : au moins c’est ce que dit un beau certificat qu’il se fit délivrer plus tard. Le fait est qu'il n'avait pas peur de risquer sa vie, mais il avait peur de s’ennuyer.

Sa manière d’arriver, c'était de prendre son plaisir. L'occasion s’étant offerte de devenir aide de camp du général Michaud, que son ton tranchant amusait, 1l ne se fit pas prier, quitta les bureaux, faussa compagnie à son protecteur Pierre Daru et galopa sur les routes de Lombardie, de Vénétie et de Toscane, en suivant son général comme son ombre, crinière au vent. On le rappelait, on le relançait, on invoquait le réglement, qui défendait aux simples sous-lieutenants d’exercer les fonctions d’officier d’ordonnance. — Il galopait toujours, ne voulant rien entendre.

Mais il n’est si beau jeu qui ne se termine ;

force lui fut de regagner le sixième dragons, dans une petite garnison piémontaise : alors le métier militaire le dégoûta.

Vous en avez dix mille, vous en avez cent mille qui, ayant séjourné au delà des Alpes autant que Beyle ou davantage, n’ont voulu rien apprendre et n’ont rien appris. Pour son compte, poussant partout sa pointe, promenant à droite, à gauche, le regard de son œil vif, trop curieux pour rien négliger, trop intelligent pour se prendre aux apparences, trop méfiant pour se donner sans retour, il essaya l'Italie.

Il pratiqua la langue italienne, et aussi la clarinette. Mais ses progrès furent lents dans ces deux arts presque également dignes d'intérêt. « J’aurais bien désiré prendre encore deux ou trois mois de clarinette et autant d'italien, pour être ferme ; mais je n'ai pas assez de temps pour que cela me puisse être profitable ». Ce n’est pas qu’il manque d’audace ; il orne sa correspondance de mots exotiques, et Pauline reçoit, admirative, une lettre tout entière en italien. Mais il manque d’expérience ; et comme 1l a une fâcheuse tendance à croire qu'il suffit de terminer les mots français par des a, des o, et de préférence des z pour passer de l’une à l’autre langue, il est puni de sa témérité ; autant de mots, autant de fautes, ou à peu près. La clarinette ne lui réserva guère moins de déboires : de sorte qu’il congédia le maître de musi-

que du 91m régiment d'infanterie, qu'il avait admis à l’honneur de lui enseigner les secrets de cet instrument redoutable ; et qu'il dut renoncer à ce double idéal : le maniement dégagé de la clarinette, et la connaissance ferme de l'italien.

Ayant longtemps balancé entre la gloire des grands capitaines, comme Turenne, et la gloire des grands écrivains, comme Molière, ce fut vers celle-ci qu’il pencha. Alors il prit intérêt au théâtre italien : car enfin, pourquoi des auteurs comme Gozzi, Goldoni, ou autres, ne fourniraient-ils pas des idées et des caractères à un jeune Français qui éprouve quelque difficulté sous le rapport de l’invention ? Quel mal ferait-on, si on les utilisait dextrement ? Le public ne s’en apercevrait même pas. Seulement, il n’y a qu’un pays au monde où un homme de génie peut se révéler, et produire des pièces qui feront ensuite l’admiration de l’univers : la France. On ne devient le successeur de Voltaire qu’à Paris.

Il essaya les paysages. On le vit content de la plaine lombarde, luxuriante, et grasse ; heureux devant le panorama de Bergame, que les montagnes ceinturent à l'horizon ; et aux îles Borromées. transporté au point qu'il rougit de son plaisir. Car comment avouer aux âmes froides au milieu desquelles on vit qu’on pleure de délices, à la vue des lieux mélancoliques et doux que les Français sont impuissants à désigner, et que les Anglais appellent romantiques, en leur langage? Il faut admirer, rêver, s’attendrir — se taire, et

garder pour soi les sentiments profonds du cœur.

Il étudia les habitants, avec prudence. Laissons les imbéciles ou les fous mépriser tous ceux qui ne sont pas de leur nation, évoquer à tout propos la grande Rome, et écraser l'Italie sous la comparaison ! Accueillons, bien plutôt, les témoignages d’où qu'ils viennent ; et s’ils sont contradictoires, ne nous prononçons pas, réservons-nous, oscillons. À Milan, les Italiens sont incomparablement supérieurs à l’idée que les Français se font d’eux : certains Milanais possèdent au plus haut degré une sagesse tranquille, et le sentiment de l’honneur. Par contre, le bas peuple, tel que les soldats l’ont connu pendant la guerre, est abruti. Il joint à l'ignorance qu’on rencontre aussi chez les paysans français un cœur faux et traître, la plus sale lâcheté, et le fanatisme le plus détestable. Rien d’étonnant à ce que l’impiété soit née en Italie : la meilleure religion se ferait détester avec de pareils adeptes : en Vénétie, le grand vicaire a lancé contre les impies de Français une instruction d’une violence inouïe : que les vaches dont les Français boiraient le lait, tomberaient mortes; que les vignes dont ils boiraient le vin, sécheraient ; que les maisons où on les logerait, seraient consumées par la foudre. On se consolerait de ces absurdités, si elles demeuraient sans effet : mais dès qu’un soldat s’éloigne dans les terres, les balles pleuvent, on l’assassine ; les houzards du 108 ont trouvé le curé du village en train de mettre le feu

aux fermés où ils sont cantonnés, de ses propres mains. Tantôt l'Italie est un pays délicieux, où il férait bon vivre; et tantôt un pays abominable, fuyons-le au plus vite, Grenoble vaudrait encore mieux.

Un seul trait est certain aux yeux de Beyle : les Italiéns sont des gens violents. Que de colères ! que dé haines ! ét que de sang versé ! Ici, on planté un poignard dans le dos de son voisin sans la moindre cérémonie. Le nombre des meurtres qui se commettent au long d’une année dans une petite ville comme Brescia est incroyablement élevé : toutes proportions gardées, il est deux fois plus considérable qu'à Paris, centre de toutes les corruptions, comme chacun sait. Et notez qu'il ne s’agit mn de duels, ni de suicides, mais d’assassinats beaux et bons. Bref, les Français sont bien pâles, à côté des Italiens ; et qui l'aurait cru ?

Ses camarades, adjoints aux commissaires des guerres, lieutenants ét capitaines, n'étaient pas des soldats pour rire : en campagne, des braves ; au repos, de joyeux drilles, aimant les plaisanteries grassés ét lés propos salés, buvant sec, courant les aventures, troussant les jupes, fiers de leurs conquêtes faciles et les criant sur les toits. Le petit Beyle se hâta de prendre leur ton, fit du bruit comme quatre, piaffa, eut toutes les insolences, affecta toutes les grossièretés, et pour cacher son

inexpérience, qui lui pesait, mena le jeu. Il figura dans leurs expéditions nocturnes, joua son rôle dans leurs farces, chanta leurs exploits dans des vers dignes d’un franc polisson, se battit en duel, enfin ! il y avait longtemps que la main lui démangeait. Bref, à le voir et à l’entendre, vous l’auriez pris pour un débauché, pour un eynique ; et vous auriez eu raison, s’il n’avait été tout le contraire, en même temps.

Car lorsqu'il cesse de parader et qu’il est seul, c'en est fait de sa jactance. Il se met à rêver : bientôt 1l soupire ; 1l se désespère, et laisse couler des larmes. Son cœur est sans amour, et souffre de ne pas aimer. Qui voudra prendre ce cœur souffrant ? Il s’offre avec humilité à tous les anges. Ce prétendu roué n’est qu’un pauvre honteux, qui rêve abandons, sacrifices, dévouements éternels. Plus un souci lui est cher, et plus jalousement il le cache : imaginons à quelle profondeur se dissimule cette sensibilité ingénue. D’être ainsi refoulée, elle s’exaspère ; et elle s’échappe, dès que la surveillance se relâche, en visions romanesques et en songes, que suivent des crises de noir chagrin. Ne se produira-t-il pas quelque belle aventure ? Une voiture passera ; les chevaux s’emporteront, la voiture sera brisée ; à point nommé paraîtra Henri Beyle ; 1l arrachera à la mort une jeune fille éblouissante de beauté, qui adorera son sauveur... \

Ah ! si ses camarades le devinaient, que de plaisanteries ! que de gorges chaudes ! Il en mourrait

de honte. Ne devraient-ils pas, au contraire, com-

patir à sa misère ? Les égoïstes ! les misérables ! Puisqu’ils connaissent la vie, puisqu'ils savent l’art de conquérir les belles et possèdent plus de femmes qu’ils n’en peuvent désirer, c’est ce qu'ils disent — pourquoi ne le jettent-ils pas dans les bras de quelque créature supérieure, comme :l en est tant de par le monde? A cette Angélique, à cette Armide, il révèlerait le véritable état de son âme ; et tous deux passeraient à se plaire une vie qui ne serait plus qu’une tendre exaltation. Aimé, comme il serait brillant! Les ressources de son esprit seraient multiplhiées ; et pour continuer à mériter l'estime après l’avoir conquise, il montrerait tant de vivacité et tant de profondeur, que tous ses rivaux seraient éclipsés. Comme il serait bon, s’il était aimé ! — Mais rien ne vient ; la vie suit son cours banal, sans nobles aventures ; les mois passent, et cet étrange état devient une habitude ; il ne cesse plus de nourrir secrètement les songes les plus doux, les plus vains. Gémissant devant sa propre image, Henri Beyle pense à Henri Beyle « avec un attendrissement extrême » ; Henri Beyle - éprouve pour Henri Beyle « une tendre pitié ». Il se les rappellera, ces tristes temps puérils, lorsqu'il reviendra dix ans plus tard en Lombardie, et qu'il marquera lui-même le caractère de son premier séjour : « Les deux années de soupirs, de larmes, d’élans d’amour et de mélancolie, que j'ai passées en Italie... »

À Milan vivait une femme sublime, capable de faire cesser son tourment, si elle l’eût voulu; si

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elle l’eût voulu... Parmi tant d’ombres vainement appelées, celle-ci prenait corps. Telle que les autres la voyaient, Angela Pietragrua était une agréable personne, plaisante et facile ; fille de drapiers qui servaient eux-mêmes la clientèle derrière leur comptoir ; femme d’un employé que les scrupules conjugaux ne tourmentaient pas ; bien en chair, opulente, gaie; ne dédaignant pas la compagnie des officiers de l’armée d’Italie, et même accordant ses faveurs au moins à l’un d’entre eux, qui s'appelait Joinville, était commissaire des guerres, et avait l’air d’un paysan râblé. Telle que Beyle la voyait, Angela Pietragrua était une déesse : elle l’éblouissait. Majestueuse, noble, et fière, sa démarche avait une grâce que n’égalait aucune mortelle. Des cheveux noirs : diadème. Des yeux brillants : indice d’un cœur fougueux, et d’une grande âme qui attend la passion.

La difficulté commençait lorsqu'il s’agissait de rendre directement hommage à cette divinité.

Pour bien faire, elle aurait dû l’encourager : or c'était le moindre de ses soucis. Angela Pietragrua considérait Beyle comme un camarade parmi d’autres, et rien de plus. Trop gauche, trop lourd, il ne faisait pas figure de séducteur : elle l’appelait — était-ce à cause de ses pommettes saillantes ? de ses yeux bridés ? — elle l’appelait le Chinois. Elle le tenait pour un figurant, non pour un grand premier rôle. Autour d’elle existaient Joinville, d’abord; puis Mazeau, Auguste Petiet, le Chinois, et quelques autres du même genre : un peu bizarres, un peu

fous, comme tous les Français ; d’ailleurs agréables à vivre, et généreux.

Angela Pietragrua, la divine, ignorait donc son très humble soupirant, dont la vie profonde n’était que mélancolie, angoisse, exaspération, désespoir.

Le premier complémentaire de l’an neuvième de la République, le sous-lieutenant Beyle, du 6® dragons, avait décidément quitté son général et sa sinécure, et gagné Bra, dans le Piémont. Il s'était attardé quelques jours à Milan, comme de juste ; puis il avait traversé Pavie, Voghera, Tortone ; le champ de bataille de Marengo ; Alessandri, Asti : toutes villes, tous endroits moroses, puisqu'il les regardait tristement. À Bra, comment employer son temps ? Chasser quelquefois, le matin ; déjeuner au mess avec les officiers de l’escadron ; parler avancement, service, écouter les histoires du président de table ; faire cent points au billard, et cent autres points pour la revanche ; se retirer dans sa mauvaise chambre, jusqu’à l’heure du dîner : ce n’est pas une vie possible. L’escadron quitte Bra pour Saluces : peut-être la nouvelle garnison serat-elle plus agréable ? Peut-être les officiers trouveront-ils, au lieu d’un seul billard disponible, plusieurs billards ?

I se sauva, quand Nivôse vint blanchir les grandes Alpes ses voisines. Plus de calculs d’intérêt; plus de carrière; plus d’ambition. Plus de manteau vert, plus de casque à crinière noire. Il

demande et il obtient un congé qui est une libération. Pierre Daru, déjà fâché de ses incartades, se refâchera : qu’il reste avec sa colère. Henri Beyle plante là sa lieutenance, et Saluces, et le Piémont, et l’Italie ; 1l s’en va, il est parti.

Sur la route qui le ramène en France, il n’est pas le voyageur qui, abandonnant avec désespoir un pays trop aimé, se retourne pour le contempler encore. Il se hâte vers Grenoble, où sa famille l’attend. Désemparé, malade, depuis des mois la fièvre le tourmente sans qu'il arrive à la chasser : elle réapparaît à la moindre imprudence. Encore la fièvre ne serait-elle rien ; il est allé trouver le chirurgien de l’armée :

« Cela se soigne avec du mercure », lui a dit celuici. « Prenez des pilules. Et ne vous désolez pas trop : vous n'êtes pas le seul... »

D’Italie, il emporte des impressions qui ne font pas corps ; et non seulement dispersées, mais heurtées, mais contradictoires. L'Italie est une région dont beaucoup de terres lui demeurent inconnues, et qu’en conséquence il s’abstient de juger. L'Italie, c’est le souvenir de ses rêves, de ses appels dans le vide, et de ses plaintes sans écho. C'est sa souffrance. Quelques livres, abandonnés avec un signet au milieu des pages. Quelques caractères, surprenants et mal définis. Le bercement voluptueux d’une musique chantante ; la grâce passionnée du Mairimonio segreto de Cimarosa. Milan, cette oasis. La Scala, ce théâtre sublime. Et la Pietragrua, qu’il n’ose pas aimer,

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