‹ La vie de Victor Hugo (volume 3)Chapitre 2 sur 6 · LES ANNÉES DE VICTOIRE · texte numérisé non relu

LES ANNÉES DE VICTOIRE

senlail plus d'oryniMl de son rùle en iKiH (|iic de toiilc son iiiniiciicc siii' les àmcs.

Vicloi- lliii^d n'cùl pas oplô si raciicmeiil. Il n'cùl pas voulu opier; mais il est constaiil, au moins pour uKti, (pic l'auteur dramalicpie le disputait avec avanlafj;e parfois, dans sa conscience, à l'auteur lyri(jue.

N'est-ce pas excusable? Ou veut loucher aux IVuits dises idées et participer à la recolle, a|)rcs avoii- lait les soniailles.

Pourtant, si Lamartine n'avait pas réveillé le senlimenl de son siècle, si Victor Hugo n'avait pas chanté nos douleurs, nos joies, nos souvenirs, nos espérances, Lamartine ii'eM pas mis une auréole au Iront de la Répuhlicjue, Victor Hugo n'eût pas obtenu si facilement (jue le théâtre lui fût ouvert, et après le théâtre, la ti'ibune. Mais, encore une fois, la passion de laetioii liiiil par amoindrir le charme et l'égoïsme sublime de l'élégie.

Faut-il conclure (jue les génies se trompent souvent dans la eriti(|ue d'eux-mêmes? Peut-être! Ils ne sont infaillibles que (|uand ils créent. En tout cas, il est certain que si Victor Hugo eût osé choisir dans le sens que j'ai indi- (\\n'\ il eût méconnu ce qu'il y a d'éternel dans son œuvre; ce (jui ne peut subir île diminidiou |»ar la mode, par les systèmes dilïérents. Les Feuilles d'iiiitonnu' resteront aussi actuelles que l'amour du lovei\ de la nature, que l'amoui' de l'amour et des larmes.

Dans ce volume, Victor Hugo ne cède guère à la fantaisie; l'ai'lisle laisse déborder son cieur |)alei-n(d et patriotique.

Théophile Gautier a écrit avec une justesse admirable : <( Si l'on disait à de certaines gens que le poète qui ressemble le plus à Virgile, c'est Victor Hugo, dans les Feuilles d'Automne, on passerait pour un fou ou pour un enragé. Rien n'est plus vrai pourtant. Tous les génies sont frères et forment à travers l'espace et les siècles une famille rayonnante et sacrée. »

Sainte-Beuve, dans un des meilleurs articles, c'està-dire dans un des plus profonds qu'il ait écrits, après avoir loué de la façon la plus entraînante ce volume de poésie, dit fortement :

« Exquis pour les gens du métier, original et essentiel entre les autres productions de l'auteur, qu'il doit servir à expliquer, le recueil des Feuilles d' Automne est aussi en parfaite harmonie avec ce siècle de rénovation confuse. Cette tristesse du ciel et de l'horizon, cette piété du poète réduite à la famille, est un attrait, une convenance, une vérité de plus en nos jours de ruine, au milieu d'une société dissoute qui se trouve provisoirement retombée à l'état élémentaire de famille, au défaut de patrie et de Dieu. Ce que le poète fait planer là-dessus d'inquiet, d'interminable, d'éperdu en rêverie, ne sied pas moins à nos agitations insensées. Ce livre, avec les oppositions qu'il renferme, est un miroir sincère; c'est l'hymne d'une âme en plénitude qui a su refuser une sorte de bonheur à une époque déchirée et douloureuse, et qui le chante! »

Ce jugement n'est-il pas parfait, et n'est-ce pas une action qu'une pareille intervention du poète? En regard de ces témoignages, Victor Hugo ne met que ses préfaces.

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et miMitioniie à peine cette séduction sans combat exercée par les Feuilles d' Uitonine.

Ce fut pourtant l'hymne vainqueur cl le troisième triomphe de cette grande année IH.'U.

On ne se lasse pas de remettre la bouche à cette coupe toujours pleine, toujours débordante et c'est au nom des Feuilles d'Automne (jue Victor Huijfo jjrcnd possession de ce domaine infini où les âmes blessées vont errer désormais, non plus avec le mal du poitrinaire de Millevoye, mais en souriant à l'espérance, à la vie, en cherchant le regard de l'enlaut (jui joue à travers les arbres jaunis.

Je suis obligé de me citer, de répéter ce que j'ai dit dans des articles, dans des conférences, dans des biographies précédentes, mais je ne suis pas rassasié de mon admiration.

Aujourd'hui, la poésie en France est devenue un exercice presque universel. Elle est pratiquée avec succès par des écrivains ingénieux, habiles dans le maniement de l'outil, mais elle me paraît pourtant méconnaître ses véritables destinées, son véritable rôle, quand elle s'éloigne des hauteurs sur lesquelles Victor Hugo s'est toujours maintenu : la nature. Dieu, ïamour, le devoir, et par conséquent la famille et la patrie.

C'est un lieu commun d'aimer son pays et ses enfants; mais c'est avec ces lieux communs là qu'on entretient le génie des peuples et sa propre conscience.

.le voudrais aussi que ces larges sources ouvertes par Victor Hugo, dans ses odes, dans ses poèmes, fussent préférées à ces quintessences délicieuses qui charment

pendant une minute et qui n'émeuvent pas pendant une heure. On met la poésie dans des flacons très bien ciselés : je voudrais qu'elle débordât, comme au temps des Feuilles d'Automne, dans une vasque assez large, pour suffire à la soif de toutes les douleurs, à la mélancolie de toutes les amours.

Le ilôt pur de ces larges expansions qui nous ont si souvent entraînés, ces tendresses réitérées, cette poésie s'adi"essant au père, à la mère, à l'enfant, sublime pour le penseur, simple pour l'ignorant, mais aimante et faisant germer l'amour, voilà la véritable poésie nationale ; puisque la mission de la France est d'enseigner la paix, l'union, l'amour.

Ce qui fait l'incomparable gloire de Victor Hugo, c'est cette dilatation infinie du cœur qui dispute sans relâche les exilés à l'exil, les misérables à la misère, les peuples à la guerre, et qui ne se repent jamais d'être dupe, même quand les amnistiés, aigris ou imbéciles, ne l'amnistient pas de sa bonté.

On peut dire de lui ce qu'il a dit du cœur de la mère :

Chacun en a m part et tous font tout entier.

Voilà pourquoi nous avons vu le '27 février 1881 ce cortège qui ne pouvait être égalé et dépassé que par celui des funérailles, de la marche vers le Panthéon, cette fête qui n'a sa pareille dans l'histoire d'aucun peuple. Voilà pourquoi il v eut, ce jour-là, une si universelle communion de tendresse devant ce vieillard souriant et pleurant entre ses deux petits-enfants.

. LKS ANNl'J-S DE VICTOIIU:. Ki'.i

Les fciiillcs (le son iiiiloiiiiic cliiii'iil cnvolccs |ii)iii' loii- )()iir>. Il ii\;iil liicii lu'igv sur celle lèle aiii^iisle, mais elle avait la jeunesse du souvenir et le prinkMups de rinuiiorlalilé.

il niui'iMuiail en icj^ardanl ces eidaiils (|u Un lui lendail comme les (leurs vivantes, éeloses au ravoii de sa |)oésie:

.Mui, i|iicl (|iic soil le iiioiulc; et l'Iioiunic et ra\<'air Soil (ju'il faille mililier ou se ressouvenir,

Que Dieu m"afnij;e ou me console, Je ne veux habiter la cité îles vivants Que dans une maison (|u'nne i-umcur ilViilanls

Fasse toujours \i\ aille ou fol le 1

On applaudissait à ce murmure ([u'on voyait sans l'eiilendre, et chacun, pour lui répondre, se rappelait ces autres strophes qui devaient être si douleureuses pour lui :

Il e>t si beau reiiriiiil, avec son doux sourire. Sa (louée Immu' loi. sa voix i|ui v<'iil loiit dire.

Ses pleurs vite apaisés; Laissant errer sa vue étonui-e et ravie, (UTrant de toutes paris sa jeune Aine h la \ le

Et sa bouclie aux bifisers.

Seigneiu', prési'rve/.-moi. jiriiservez ceux (pic j aime, Fri'i'es, parents, amis et mes ennemis iiii''iiic

Dans le mal Iriomphants De jamais voir, Seigneur, 1 "été sans tleurs veriiHilles, La caL'e sans oiseaux, la rucIie sans abeilles,

La maison sans enl'aiils.

Hélas! il a vu la cage vide, la maison muetle; mais le destin qui l'a si eruellement frappé, lui a rendu du moins,

pour endormir sa vie mortelle, le gazouillement qu'il souhaitait à tous et qu'il a si doucement célébré dans les Feuilles d'à utomne.

Les chefs-d'œuvre sont si nombreux dans l'œuvre de Victor Hugo,(|u"il n'est guère possible de choisir. Je redirai, après ses Chants du crépuscule et ses Voix intérieures ce que je dis à propos des Feuilles d' automne ; mais il faut constater que ce recueil a été la rosée précieuse qui s'est communiquée à toutes les gerbes, et depuis ce volume le poète pittoresque, l'artiste des Odes et Ballades, des Orientales est le poète par excellence de l'humanité.

En 1832, pendant les répétitions du Roi s'amuse, Victor Hugo vint s'installer au numéro (3 de la place Royale. Ce fut, véritablement, dans la simplicité de sa vie, comme une intronisation de sa gloire.

J'en veux à ceux qui ont changé le nom de cette place historique. Henri IV, Louis XIII, Corneille, Molière, toutes les belles dames du long siècle, tous les souvenirs de la littérature, de la galanterie, tous les duels du xvii' siècle défendaient cette place contre la cocarde qu'on lui a mise.

On pouvait donner ce nom de place des Vosges à une autre place, et pour reprendre un souvenir de la Révolution que l'on croyait utile à conserver, créer une place.

LKS ANNTJ'S de VICTOiUi:. 171

Mais (It-ll^nircr un iikmuiiiiimiI, halalVcr 1 liisldiic, par (•i\ism(', pour iciKnicr la ilerni(M'e et éplu'iiu rc Iradilioii, aux dopons de I ancienne cl de la [)liis universelle, c'est absurde.

.ICu appelle à la eoniuiission municipale des monuments liislori(|ues. Qu'on icmetle l'étiquette réclamée par le f^ont, lai'l, le l)on sens! Je ne conçois rien qui prouve mieux la force sereine et l'esprit de la Républicpic ([uede saluer les ancêtres d'une autre opinion. On n'oserail plus travestir le l'alais-Royal en palais Kyalité; on laisse l'inscription de la rue Royale. Poui'([uoi ne pas restituer à celte place consacrée par tant de souvenirs (jui n'otrusquent personne et (jui glorifient le i>énie français, de Corneille à Vicloi- Hugo, son nom nécessaire?

Victor Hu^H), au lendemain de Marion de Larme, était lier de s'installer j)lacc Royale ; depuis, malgré son répuhlicanisme intransigeant, eùt-il été aussi heureux dliahiler place des Vosges?

Sans doute, il est fort intéressant de savoir qu un décret de l'an Vil avait décidé (|u'on donnerait à la principale place de Paris le nom du département qui ac(|uitlerait le premier ses contributions. Le département des Vosges eut cet honneur. C'est fort bien; mais j'aimerais mieux qu'on allât planter ce nom, comme un drapeau patrioti(|ue. à un endroit quelconfjue du boulevard de Strasbourg, devant la gare où l'on prend le chemin des Vosges, notre frontière actuelle !

Qu'on rende à la statue de Louis XIII les ombres qui l'ont désertée, et qu'on ne soit plus obligé de mettre une

note au récit de l'installation de Victor Hugo qui, après avoir rencontré Richelieu et Mariori, alla habiter au numéro 6 de la place Royale en leur compagnie.

L"a])partement du poète, au deuxième étage de l'hôtel Guéménée avec un balcon, a été souvent décrit. Je trouve même des descriptions si pompeuses, qu'elles diminuent la pompe réelle de cet appartement, vaste assurément, mais plus grand par les hôtes qu'il recevait que par ses dimensions mêmes.

Les doubles salons, les installations de fleurs dont parle l'un, l'antichambre énorme dont parle l'autre n'ont jamais existé. La salle à manger et le salon occupaient toute la façade; les chambres à coucher, dans un couloir intérieur, prenaient jour sur la cour.

Je le vois encore, ce salon harmonieux, avec des tapisseries au mur, au plafond, au parquet, aux portes. Victor Hugo détestait les portes et les faisait toujours recouvrir d'étoffe, quand il ne pouvait pas les supprimer. La porte de la salle à manger, très triviale, était soigneusement drapée.

Je revois la cheminée du salon, très haute, avec un chambranle supposé, tendu de vieille tapisserie, surmonté de deux gros vases japonais. A côté, le portrait peint par Chàtillon, qui est maintenant à Guernesey, reproduisant ^ ictor Hugo, avec son fils François-Victor en blouse bleue, entre les jambes. Sur le mur, faisant face au balcon, était accroché le tableau donné par le duc d'Orléans et représentant le couronnement d'Inès de Castro. Dans un angle se trouvait le fameux dais dont on a si souvent et si niai-

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sciiH'iil |>ailc, loriiu' d'iiii élondard j)ris, l-ii IHoO, à la Cashah du dey d'Alger, et sous Ie(|uel personne ne s'asseyait. Un dessin encadré élail la plupai'l du lenips posé sur les ('((ussins pour i-uipèeber l'amusemenl ridicule de faire un Irôue de ce canapé.

Je me sens encore lanii des (ils, leur ami aîné, nuiis bien jeune, avide de regarder, palpitant d'admiration, laulilé à travers ces visiteurs dont les noms vibraient en moi, contemplaul un jour avec une sorte de terreur un liomme à large tète, au regard gris doré, qui parlait peu. ipii écoulai! fout, ipii ne devait rien oublier, un bomme qui a été le Sbakespeare du Roman, Balzac enfin, cet autre immortel, parli trop tôt pour l'immortalité.

Toute la littérature, toute l'éloquence, toute la politique a défilé là; tout ce (jui a été une lumière, une étincelle, un ver luisant, tout le gouvernement de Juillet a jeté son éclat ou perdu son pbospbore dans ce salon. Victor Hugo sortait peu ou sortait très tard. Il avait l'bospitalité comme il l'a toujours pratiquée, francbe et gaie. On riait, on causait avec abandon; on ne faisait rien que rire et causer et cette abondance suffisait. Ceux qui voulaient danser allaient à l'Arsenal. Si ma mémoire ne me trompe pas, c'était surtout le dimancbe que ces réceptions avaient lieu. Ai-je gardé le souvenir du dimancbe parce (|ue ce jour-là étant mon jour de sortie du collège, j'en faisais le jour de fête de tout le monde?

Victor Hugo a occupé depuis un hôtel rue de la Tourd'Auvergne; mais ce ne fut qu'un campement, interrompu par le "2 Décembre.

L'appartement de la place Royale et la maison de Guernesey restent les deux grands foyers delà vie du poète, les deux pôles de son boniieur et de son épreuve. Sans doute un souvenir pieux s'attache à la petite maison de l'avenue d'Eylau, et du vivant même du poète, devenue l'avenue Victor-Hugo. Mais c'est à la place Royale que les années de victoire se sont épanouies; c'est à Guernesey que les années de devoir stoïque ont achevé la gloire du poète, en y mêlant le bronze du patriote.

Victor Hugo .s'installa donc à la place Royale pendant les répétitions du Roi s'amuse.

Je touche à ce grand événement dramatique qui fut une des maladresses du gouvernement de Juillet et qui peut sembler comme un digne précurseur de la révolution future.

Refaire le lendemain de la représentation du Uol s'amuse ce que le gouvernement de Charles X avait fait la veille de Ma l'ion Delorme, c'était s'engager dans la même ornière, pour arriver à la même catastrophe.

L'interdiction du Roi s'amuse, sur la scène de la rue Richelieu, n'empêcha pas les vers admirables de cette œuvre si profondément tendre ou si superbement allière de s'envoler partout, et c'est dans mon vieux collège de Troyes, dans la maison fondée par les frères Pithou, dans

LES ANNFtES DE MCTOIHE.

la [(ifiiiicrc leçon de lillfialiiri" (jiii iiir lui iloiinéo, (jiic j'ciiltMidis rrriU'i- pai' mon professeur rimpréealioii de Saiul-Vallier. (]\'s[ depuis ee temps-là (pic je la sais par (•(l'ur.

Quelques années plus tard, an collèjre Charlemagne, notre excelleni professeur de philosophie, M. A Franck, à propos de la délinition du hi-au, nous permit do disserter entre élèves sur les moralités dans Ijirl, et une bataille philosophiipic (pii devint ai'dente s'engagea entre les classiques et les romantiques. J'étais le chef du clan romanlicpie. Je me fis le champion de Marion de Lorme, de Lucrèce Borgia, du Roi s'amuse, contre les défenseurs de Racine. Phèdre était surtout le sujet de comparaison. Son effronterie était mon argument pour préférer Marion. Je ne sais oonihien de temps eût duré ce tournoi dans lequel les blessés à mort refusaient de mourir, si M. Poirson, notre proviseur, l'historien de Henri IV, l'avant appris, ne fût intervenu, pour défendre qu'on discutât la moralité des œuvres de Victor Hugo dans un collège où ses fils faisaient leurs études.

Je ne sais pas si mes adversaires avaient emj)loyé ce procédé de Jarnac; mais je jure bien que je n'avais pas appelé l'autorité à mon aide, et je vécus quelques semaines avec la pensée qu'il ne serait rien resté de Racine, si on ne m'eût pas interrompu. Depuis, j ai i-éconcilié Phèdre et Marion. et trouvant que Racine était un homme de grand talent, (|ui avait souvent du génie, je l'ai rangé parmi les plus grands analvstes du cœur féminin, à côté de .Marivaux, au-dessous de Shakespeare. Je ne le mesure

plus à Viclor Hugo, qui ne peut lui être comparé d'aucune façon.

L'interdiction du Roi s'amuse fut, pour Victor Hugo, la première occasion de revendiquer publiquement les droits imprescriptibles, mais à peine soupçonnés alors, de la propriété littéraire.

Dans la préface du drame publié, il dit que les Français ayant le droit de publier leurs œuvres, sans que la censure puisse être rétablie, sans que la confiscation puisse être appliquée, on n'a pas le droit d'interdire une pièce par ordre ministériel. On sait que le tribunal de commerce, malgré un très éloquent discours de Victor Hugo, malgré le plaidoyer d'Odilon Barrot, n'osa pas donner raison au poète contre la Comédie française, représentée par Léon Duval, ni contre le ministère défendu par Cliaix d'Est-Ange.

L'arrêté du comte d'Argout, interdisant la pièce, était grotesque; il portait en substance que les mœurs étaient outragées dans la pièce. Où donc?

Alphonse Royer, en 1871, écrivait les réflexions suivantes dans son histoire universelle du théâtre :

Les ministres du roi, assemblés en conseil pour ce grave sujet, déclarèrent que le gouvernement ne pouvait plus laisser jouer un ouvrage qui prêchait la débauche et le régicide. Et pourtant, on représente aujourd'hui, sur tous les théâtres lyriques de l'Europe, le Rigoletto de Verdi, (|ui n'estautre chose que la traduction exacte du Bois'mnuse, où le non: du iluc de Ferrare remplace celui du roi de l'^rance, le cinquième acte (jui fut le plus sifflé, est celui que nous ap|daudissons le plus au théâtre ilalien. Ainsiva le monde. Je voudrais bieii(|ueron reprît le lioi s'amuse, rien que pour voir si ceux qui l'applaudissaient en italien, le siffleraient en français!

LKs A.NM-:i':s i)K VI CTO lin:. itt

Il a fallu ciiKiiiaiilc aii.s pour (|n AI|tliiniM' liovci' lui salisl'ail; mais les bravos rie iHH-l uOiil rien ajoiitt' à la rcvaiiclic (|iii' \ icior lliiyo avait oNlcmic par le livre.

Il a paru, en IHS!2, à propos de celle seconde représculalioii, un II vrc inléressaiil, plein de docutneiils curieux, ci pour la plupart inédits, sur l'Iiistoire de la première représentation. Ce livre de M. .lelian Waller ne laissi' |)lus de découvertes à faire (h. Je lui emprunterai les traits essentiels et délinitifs de cette crise, si glorieuse pour Victor Hugo.

L'année IH8:2 fut une année éclatante entre tontes de cette période d'éclosion, de floraison, et, en comptant le Roi s'annifH', on va voir à (|uelle distance nous sommes maintenant de celle agitation littéraire, et combien d'œuvres sont restées, qui sont datées de celte époque.

Le 9 février, on avait donné au Théâtre-Français la première représentation du Louis XI de Casimir Delavigne. Taglioni donnait la SijlphidL'-A l'Opéra, et l'orchestre de rOpéra-Comi<|ue accordait les violons et surtout les contrebasses pour le Pré-au.r-Cli'VS. L'Odéon affichait Jeanne Vauhernier, drame en cinq actes et en prose de MM. Rougemont, Laffile et Lagrange. La Touv de Nesle venait d'être jouée et la pudeur ministéricdle ne s'était pas cluxpiée de cette prostitution rovale conîj)Ii(piée d'inceste.

Il est viai ipie les méfaits de Marguerite de Bourgogne étaient plus anciens que les amourettes de François V'.

Ce fui donc dans ce milieu bruyant, passionné, où les

^1) L'n volume, Ciiliiianii-Lr'vy.

tableaux de mœurs ne pouvaient passer pour moraux, que Victor Hugo introduisit le Roi s'amuse, sur la demande du baron Taylor, commissaire royal, qui n'était pas alors l'ensevelisseur touchant et régulier des écrivains de son temps.

On était au mois d'août. Victor Hugo, le 7 septembre, écrit qu'il est prêt, en indiquant l'heure de la lecture et la distribution qu'il désire.

11 désignait Bocage pour le rôle de François P'. Le Théâtre-Français lui fit accepter Périer. Ligier était le seul Triboulet possible. Joanny eut en partagé le rôle épisodique, mais tout-puissant, de Saint-Vallier.

Beauvallet joua Saltabadil; mais Victor Hugo eut accepté Monrose. Samson joua Clément Marot. Gefîroy, M. de Pienne. Le rôle de Blanche échut à Anaïs, l'ingénue (jui resta jeune aussi longtemps que M.. Delaunay.

Le lo novembre, la pièce était prête à passer, quand le ministre des travaux publics, qui avait alors la direction des théâtres, fit demander à l'auteur la communication de son manuscrit.

Victor Hugo refusa la communication, mais consentit à causer de la pièce. Le bruit courait que Louis-Philippe était peint dans François P'. Le bruit était absurde de loutes façons. Victor Hugo était incapable d'une allusion semblable, et il eût dû travestir étrangement le personnage pour en faire le prototype du roi de 1830. Une simple protestation du poète suffit pour rassurer le ministre.

On a calculé que la pièce se compose de seize cent

LES ANiNÉES DE VICTOIRE. I7ii

Iroiile-deux vers el que les v'\m\ actes (nient laiis eu seize jours.

Le livre de .M. .Iclian Waller donne le délai! cl la dépense des déeors, ainsi (jue eelle des costumes.

Le Tliéàlre-Franyais ne se mil pas en frais.

Pour représenter les salles magnifujucs du Louvre on se passe la lete de imil du premier acte, on groupa dans un seul décor des fragments de la eliamlne g<>llii(iuc de VOti'Uo d'Alfred de Vigny, joué deu\ ans auparavant, des fragments de Vllcnvi lU d'Alexandre Dumas el des fragmenls du Charles IX de Joseph Chénier.

Un dramejoué l'année précédente, Dondnitiue possédé, de MM. Dépagny el Dupin, fournil les principaux éléments du décor du deuxième acte. L'Otello d'AIffcd de Vigny lui mis une seconde fois à contribution pour le décor du troisième acte et la chambre de Desdémone devint l'anlichambre du roi au Louvre.

Pour les quatrième et cinquième actes, on prit une place (|uelconque du répertoire. On planta à droite une maison tombant en ruines; à gauche, un châssis bas formant parapet. Ciceri brassa à la hâte, sur une toile de fond, (pielques tours, (luelques dômes, quelques rochers, el le l(»iil fut censé représenter une berge déserte, avec le vieux Paris lointain.

Quant aux costumes, ils furent empruntés, eu partie, à lli'vnanL et, pour monter cette pièce à personnages nombreux et à décors pittoresques, la Comédie française ne dépensa pas 7,^200 francs.

On traitait Victor Hugo comme Shakespeare se traitait

lui-même. M. Sardoii ne se contenterait pas aujourd'hui de cette parcimonie, que compensait l'illusion de la poésie.

La salle, le soir de la premièx'e , était tumultueuse. On avait introduit, avant l'ouverture des bureaux, comme pouv H ernani, les jeunes amis dévoués; mais il n'y a pas d'amis, si dévoués qu'ils soient, quand ils sont jeunes, qui puissent résister à quelques heures d'attente et qui ne se mettent trop en gaieté quand ils viennent applaudir une œuvre sentimentale. JJousinyots et Jeunes-France étaient en ébullition et chantaient la Marseillaise, avant le lever du rideau. La Marseillaise est un excellent chant de guerre et de marche, ce n'est pas une méditation.

La loge royale eût été vide sans la présence de Mustapha, Sidi-Omar, Beylic de Titteri, accompagné du baron Athalin.

Aux stalles d'orchestre, tout ce qui avail un nom dans la littérature brillait et se prélassait. Combien sont morts depuis! Sur la liste, je ne vois guère qu'un survivant, puisqu'Auguste Maquet, (jui signait alors Augustus Mdckeat, vient de mourir, c'est M. Camille Doucet; encore celui-ci n'était-il que d'intention dans la salle. Il avait obtenu un billet; mais, appelé à limproviste, en province, par sa famille, et ne pouvant assister à la première représentation, il fut tout heureux d'avoir fait reporter son billet ])our la seconde représentation, qui eut lieu cinquante ans après.

Balzac était au fauteuil de balcon, avec une foule d autres moins illustres, tous morts comme lui, et plus oubliés.

LES ANNIÎES DE VICTOIKE. i.si

Aii\ piomièrcs lo<fes la «liiehesse (rAI)raiilè,s, amie |M r>()iiiielle de Vi<!l(»r Hugo, mais donl le salon était le rciiilez-vousdes eiiiieiiiis du romaulisiue, était aceoiii[»a<rriéc de M. Aneelot, et de Boiiilly, l'auteur de Fanchon lu Vielleuse. Emile de (iirardin, avec sa jeune iemme, étalait sou bonheur. Le eomte d'Ar^rout partageait sa loge avec son ('lier (le cabinet, M. Mérimée.

Aux secondes loges, Charles Nodier, les lîertin, Ud- (jueplan et la Guimond, le docteur Véron, M""' Dorval, Miiioz s'entassaient avec des billets achetés par l'auteur.

•le renonce à énumérer les occupants des troisièmes loges et de ramphilhéàtre, qui, tous, appartenaient au monde des arts et des lettres. La famille de Victor llu^-o était dans une loge sur le Ihéàtre.

Le commencement du premier acte fui écouté avec calme. On ne commença à s'cHonner im|)(>liin('nl <ju'à ces deux vers :

Je vois que vous aimez d'un anionr ('■ipuii' Quoique auguste Toiiioii inaîtresse d'iin cun'".

Mais plus lard, l'admirable tirade de Sainl-Vailier, adniirablementdite par Joanny, produisit un ell'el immense. A ce nu)ment, la soirée s'annonçait comme un très grand succès.

Le second acte avait ému. Par malheur, Samson, (pii jouait (élément Marot, par malice ou par inadvertance, banda malles yeux de Triboulel, ipii, iiflanl pas aveugle, ne pouvait èliv non plus assez sourd. El lenlèvemenl de Blanche se lil ^i maladroitement. (pi(> M"" Anaïs fui em-

portée la tête en bas et les jambes en l'air. Comment ne pas rire?

La déroute commença au troisième acte. Les siffleurs ne voulaient pas écouter, ni laisser écouter, et quand Triboulet lança l'imprécation :

... Au luilicii Jl'S huées Vos mères aux laquais se sont prostituées; Vous êtes tous bâtards!...

le parterre et l'ampbitliéàtre applaudirent trop. Les loges s'indignèrent et l'on se tourna niaisement du côté de la loge royale, pour prendre à témoin Mustapha que ces vers étaient attentatoires à la dynastie. Au quatrième acte, on se mit à rire de ce qui devait faire frissonner, et le cinquième acte parut d'une gaieté exorbitante.

Victor Hugo, impassible et souriant, tint à être nommé, (juand on lui conseillait de se cacher sous l'anonyme. Il fut nommé dans un vacarme étourdissant et son nom ne fut pas entendu.

La Comédie française comptait, sinon sur un succès long et fructueux, du moins sur une série de représentations motivées par la curiosité. Avant que Victor Hugo ne rentrât chez lui par une pluie battante, on l'avait supplié de faire des corrections, auxquelles il consentit, mais qui ne servirent à rien, puisqu'on n'en tint pas compte à la seconde représentation, cinquante ans après.

Quelques-unes de ces corrections ont une importance réelle, dépassent la mesure des concessions faites aux supplications des artistes et semblent faire supposer que

LKS ANNh^ES ])K VICTOIUE. ih;!

Victor Hugo avait (H»' IVappr de certaines loiiguciirs, de certaines hardiesses mal avisées.

C'est ainsi (ju an second acte il consentit à la suppression de toute une scène; il raya réclielle (jui servait à l'escalade; on n'cul plus à bander les yeux du père, à le rendre le complice inconscient de l'enlèvement de sa (illc Trente vers turent impitoyablement bifTés.

Au troisième acte Victor Hugo resserra l'action. La conversation des seigneurs (jui précède la scène entre Triboulet et sa tille était supprimée. Blanche, en sortant de la chambre du roi, se précipitait aux genoux de son père, en criant :

... Oh {:;ri\ce!

<n-Aco !

Triboulet, la relevant, dit tout de suite:

Jt" te cniiiiii'ciuls. O (Idiilciir! il ;i iiris...

Un vers élait changé aussi dans la malédiction de Saint-Vallier (pii termine l'acte. Au lieu de dire que, puis(|u'il n'y avait pas de vengeur...

l'as une foudre au ciel, pas uu liras (riidumie au inondo, il disait :

l'as une fondre au ciel, |)ar un poi-iuird ,iii monde.

Au ipiatrième acte, les explications étaient simplifiées. \a\ lin de l'acte arrivait plus brusquement, et le cinciuième iU'\o n'avait plus que deux scènes. Ginquante-liiiil vers

étaient biffés et toute la lamentation du père sur le corps de sa fille agonisante n'existait plus.

A peine Victor Hugo avait-il indiqué ces changements en vue de la deuxième représentation, que l'ordre de M. d'Argout interdisant la pièce arrivait au théâtre. Ces corrections ne furent pas maintenues, et on n'en trouve pas trace dans l'édition définitive.

Victor Hugo s'était ému de la situation du Théàlre- Français, alors en fort piteux état, et voulait lui venir en aide. Mais il reprit toute sa fierté et maintint son œuvre irréprochable devant l'incroyable violence du ministère.

L'indignation fut grande parmi les lettrés ; elle fut nulle parmi les bourgeois, qui deviennent révolutionnaires sans s'apercevoir qu'on les avertissait depuis longtemps des attentats contre la liberté, mais qui ne sentent l'injustice que quand elle les frappe directemefit.

La jeunesse des écoles voulait faire une démonstration. Victor Hugo l'apprit et s'y opposa par la lettre suivante qu'il adressa au Constitutionnel :

Paris, 2G novembre 1832.

Monsieur le rédacicui'.

Je suis averti inriine partie de la généreuse jeunesse des écoles et des ateliers a le projet de se rendre, ce soir ou demain, au Théâtre-Français, pour y réclamer le Roi s'amitse et pour protester hautement contre l'acte d'arbitraire inouï dont ce drame est frappé. Je crois, monsieur, qu'il est d'autres moyens d'arriver au châtiment de cette mesure illégale, je les emploierai. Permettez-moi d'emprunter, pour cette occasion, l'organe de votre journal pour supplier les amis de la liberté, de Fart et de la pensée de s'abstenir d'ime démonstration violente qui abou-

LES ANNÉES DE VICTOIRE. I8i

liiMil iiciil-T'Iri' à rrinciili' (jiie le j,'(iii\i'riiL'im'iil cliLTciic à su |irociiri'r ilc|)iii> ^i l(iiiulciii|is.

Agréez, monsieur, rasstiiMiici' de mes considr'ralionsdislinguées,

\. IIIU'.O.

Il |)araîl que vers 18ii ou IHi.N le gouvernement, devenu moins dévot à l'égard de François V' , permit à M. Buloz, alors directeur du Tliéàtre-Français, de reprendre la pièce. Ligier conservait son rôle. Frederick Leniaître le réclama.

Il est certain qu'il eût été un Triboulet sublime et que cette création eût mis dans sa vie un éclat incomparable. Victor Hugo ne demandait pas mieux que de contenter Frederick, mais celui-ci appartenait à la Porte-Sainl- Martin, et la Porte-Saint-Martin, sous les frères Cogniard, appartenait à la féerie. On mit tant de lenteur à commencer les répétitions, qu'on ne les commença jamais. Bocage, l'année suivante, essaya de même sans succès de trouver les éléments d'une reprise.

En 1873, il semblait que rien ne pouvait s'opposer adminisfrativement à cette seconde représentation. La Porte-Saint-Marlin fit faire des décors. Quand ils furent achevés, le gouverneur militaire de Paris, sous la présidence du maréchal Mac-Mahon, interdit la pièce.

En 1879, il fut question de la reprise à l'Odéon, mais il l'allail choisir pour le rôle de Triboulet entre Dumaine et Lafontaine.

On eut peur de la taille de Dumaine, pour ce boufïon qui joue comme un chien sur le lit de la reine, et La-

fontaine eut peur du rôle, un des plus écrasants, sinon le plus écrasant qui soit au théâtre.

On sait avec quelle vaillance Got le soutint et le fil applaudir en 4882.

M"" Emile de Girardin, dans ses lettres parisiennes, a écrit sur le rôle de ïriboulet une page spirituelle et profonde, dans laquelle elle fait intervenir Victor Hugo, et qui me paraît dire toute la vérité humaine et toute la vérité artistique sur ce drame de combat.

Cette étude de l'âme humaine, dit-elle, diwis les monslruositcis les plus hideuses, cette découverte de la beauté dans la laideur, cette recherche de la perle divine dans tous les fumiers humains, est un généreux et sublime travail. C'est réfuter victorieusement l'opinion de ce philosophe à qui l'on demandait s'il croyait à l'immortalité de l'àme et qui répondit : « C'est selon ! » Comme on s'étonnait de cette réponse spirituellement imjiie : << J'avoue franchement, continua-t-il, que je ne crois pas à l'immortalité de toutes les âmes. Il y a beaucoup d'êtres dans le monde qui n'ont pas besoin d'être immortels, qui n'y tiennent pas. Les polichinelles, par exemple ! Pensez-vous qu'un homme ijui toute sa vie a parlé comme cela (et il imitait l'accent du personnage), pensez-vous que cet homme tienne beaucoup à son immortalité? — Oui, oui, sans doute, répond Victor Hugo, il y tient peut-être plus (|ue vous. Souvent de grands éclats de rire ont caché de tragiques douleurs. Un paillasse qui nourrU quatre enfants en faisant des gambades sur un théâtre de boulevard, est plus noble que vous, monsieur, qui le regardez peut-être de votre loge entre un ami que vous avez ruiné et ime malheureuse fille que vous avez perdue. L'âme de Marion de Lorme, de Quasiniodo est de la même essence que la vôtre. Triboulet, dégradé par le rire, s'ennoblit une heure à l'aspect de sa fille déshonorée. Le rayon divin jaillit de l'être abject. Le bouffon se transforme. L'amour paternel lui révèle toutes les délicatesses du cœur; quelques degrés de plus, il serait Virginius.

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Le Roi s'umiisi' mis dans le sae et élranj^lé coiiiiiie la (ille (le Trihoiilel, Victor Hugo se tourna vers un drame en prose, Lucrèce Boryia, (jui fut écrit six mois auparavant, en ({uelques jours.

Théophile Gautier a raconté comment le cénacle romanli([ue, ce qui en restait du moins, plus divin que son Dieu, manifesta l'intention de « ne pardonner « à la première représentation d'un drame, où Victor Hugo profanait la Muse en abandonnant le vers pour la prose.

Victor Hugo, avec la gravité douce et souriante qui était la fleur de son ironie, expliqua comment la nécessité de certains noms, impossibles à faire tenir dans un vers, l'avait obligé à la prose. On lui pardonna; mais qu'il n'y revînt plus! H y revint avec Marie Tudor et A /i//<?^o; personne ne s'en est plaint.

Lucrèce Borgia est le drame le mieux fait pour plaire au plus grand nombre, tant l'intrigue est poignante et tant l'angoisse est rapide. 11 eut un grand succès. On détela la voiture du poète, le soir de la première représentation, ce qui obligea le poète à revenir à pied.

J'ai cité sur le Mois' amuse V article de M"" de Girardin. Voici, à propos de Lucrèce Boryia, l'article d'une autre femme. Lors d'une reprise, en 1870, George Sand écrivit

à Victor Hugo, encore exilé, une lettre qui n'est pas inédite, mais qui doit trouver sa place, son encadrement dans l'édition définitive des œuvres de Victor Hugo. Elle a une double valeur : celle du style et de la solidarité que cette excellente femme, bonne comme si elle n'avait pas eu du génie, voulait établir entre toutes les âmes agitées du sentiment moderne et des pitiés sociales.

Voici donc ce document, j'allais dire ce monument :

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