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LA VIE
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fort laid, lorfqu’il le vit au College des Jéfuites, de l'avoir vu à Bruxelles affilier à la melfé avec une grande indévotion , et de l’avoir entendu réciter un poème très impie. Tout cela pouvait être très- vrai, et était très-peu utile à dire.
St. Hyacinthe qu'il avait aumône en Angleterre , fit imprimer la Déification, dt Ariflarcus Majfo , où fe trouvent des anecdotes dont la plapart font fauffés. Jore , libraire de Rouen, à l’infligation de fes ennemis, figna un mémoire contre lui, et ce mémoire était encore plus abfurde que ridicule. Guiot de Merville , pouffé par Roujjfcau , l’attaqua par un recueil de fatyres. Piron le fît jouer fur le théâtre de Paris fous le nom de M. de V Empirée, L'abbé Desfontaines qu’il avait autrefois forti de Bicêtre et fauvé du bûcher, fit imprimer contre lui la Volteromanie , libelle auffi dégoûtant qu’atroce.
La défenfe de Voltaire contre Roujfeau fut une récrimination très-vive , et le duc à'Aremberg , que celui-ci avait mal-adroitement mêlé dans fa querelle , lui ôta le logement qu’il lui donnait dans fon palais. Jore demanda pardon , et Voltaire , par une petite penfion , le tira de la mifere où il était plongé. Merville écrivit auffi pour rentrer en grâce; mais Voltaire qui avait dédaigné fes fatyres groifieres , dédaigna auffi fes aveux , tout humilians qu’ils fuffént.
Quant à Desfontaines , Voltaire voulut aller à Paris pour le mettre entre les mains de la juftice; mais on le retint à Cirey , où il ne voulut entendre parler ni de littérature , ni d’aucune affaire temporelle , qu’il ne fût vengé. Pendant fix mois, il fe tourmenta pour faire
punir ce Desfontaines , contre lequel s’élevait un cri public d’indignation et d'horreur.
Le procureur du Roi commença contre lui une procédure criminelle; mais M. Héraut , lieutenant de police , arrêta cette procédure , en forçant le coupable à un défàveu public de fon libelle : et Voltaire fut prié de s’en contenter. Il fut mal vengé; mais il retrouva un repos dont il était privé depuis fix mois, et infiniment préférable à toute forte de .vengeance. Une maladie violente fut la fuite de cet état d’agitation.
Les pertes qu’en ce tems-là fit Voltaire, lui furent moins pénibles à fupporter que les calomnies de fes contemporains. Lorfque ces pertes arrivaient , il prenait toujours fon parti en philofophe, et finilfait par en plaifanter»
Du Moulin , chargé de fts affaires , lui diffipa plus de vingt- mille francs, et il s’en confola bientôt. Michel , Receveur-général des finances , lui en fit perdre par fa banqueroute quarante mille, et une plaifanterie fut la fuite de cette perte. L’abbé Mouffmot qui lui avait fait placer fon argent chez Michel , fut plus difficile à la réfignation. Voltaire alla au-devant de fa douleur et lui écrivit : Confo/e^ vous , mon ami , de la déroute de Michel ; votre amitié me confole de ma perte.
Lefevre d’Amfterdam lui emporta deux mille francs , et il fe borna à écrire à fon tréforier : Cette année cjl malheur eufe pour moi , il faut favoir fouffrir , nous fommes nés pour cela.
Un abbé Macarty, qui fe difait des Macarty d’Irlande , et qui n’était que le fils d’un chirurgien de Nantes, lui
en eferoqua encore près de deux mille , et Voltaire ne fe montra fenfible qu’aux procédés et aux menfonges de cet aventurier , qui alla fe faire circoncire à Conftantinople.
Un nommé Collens , (ous prétexte d'acheter des tableaux pour l’abbé Moufftnot , qui s'amufait de ce commerce , lui diflïpa feize cents florins ; cela occalïonna à l’abbé un voyage inutile à Bruxelles. Il faut regarder, lui mande Voltaire, votre voyage en Flandres comme une partie de plaijir qui ne ma pas trop coûté . Le mal ejl médiocre , 6’ le plaijir de vous avoir vu , ne faurait être trop payé. A cette lettre confolante , Voltaire joignit un petit contrat de cent francs de rente viagère pour l’une des nieces de cet abbé.
On doit ajouter que c’eft pendant ces années d’étude, de gloire, de perfécutions & de pertes confidérables qu’il vint au fecours de plusieurs hommes de lettres, d'un Lefevre , d’un le Maire , d’un Linant , d’un chevalier de Mou/ii , de M. Pitot , de M. Darnaud de Baculard, et de p’ufieurs autres; ils éprouvèrent tous fes bienfaits. L’ejfentiel , difait-il, ejl de jouir : & faire du bien , cejl jouir.
Voilà pourtant l’homme généreux , le philofophe humain, et réfigné à la néceflïté, que de crafleux libelliftes ont pendant foixante ans accufé d’une avarice fordide.