‹ La vie de Voltaire [Texto impreso]Chapitre 14 sur 38 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Voltaire courtifan. Faveur de Louis XV , àfon égard: il eft reçu â l* Académie Françaife. Dégoûts quil ejfuie,

ANNÉES

V o 1 c 1 encore un tems de mort pour le génie de Voltaire : de plulieurs années nous ne verrons en lui le philofophe : nous ne verrons qu’un bel efprît attaché au char de la fortune , et juftifiant cette maxime de Moliere ,

*i Qui le donne à la Cour fe dérobe à fon art.

Le goût de Louis XV pour madame à’ Etioles , qui ne tarda pas à être marquife de Pompadour , s’était déjà manifefté. Cette dame , née dans une condition ordinaire, mariée au fous-fermier le Normand , était une des plus belles femmes qu’il y eut en France. ( 14) Madame la Marquife du Châtelet fut priée d'aller palier l’été avec elle à Etiole. Voltaire y fut aulfi invité} et c’eft en grande

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partie dans fes converfations , ainfi que par la lecture de fes écrits , que la nouvelle favorite puifa ce goût fur et févere , qui , en matière d'art et de littérature , en ht un bon juge , qui étonna fouvent louis XV, et qui contribua beaucoup à lui donner fur l'efprit de ce Monarque , un afcendant qu'elle conferva pendant plus de vingt ans , c’eft- à- dire, jufqu'à fa mort.

Malgré la nombreufe. compagnie , qui chaque jour fe rendait à Etiole , Voltaire en fut faire une mailon de retraite. C’eft là qu'il efquiffa les premières campagnes de laguerre qui fe fefait alors. Toutes les rdîources lui furent ouvertes. Dans les bureaux de la guerre et des affaires étrangères , on eut des ordres pour lui donner tous les renfeignemens qu'il délirait. A mefure qu'il travaillait , fes manuferits étaient dépofés à la bibliothèque du Roi. Sur la 6n de l’année, il fe rendit au camp de Fry bourg , où était Louis XV. C’eft là qu’il lui préfenta une épître que ce Roi méritait alors.

Le Roi à fon retour lui donna un brevet d’Hiftoriographe de France. De tous ceux qui jufqu’alors avaient eu cet emploi j on n’avait vu que leur nom au tréfor royal pour toucher leurs penfions. C'eft ce qu'on avait dit de Rac;m et de Boileau : c’eft aufli ce qu'on était en droit de dire de leurs fucceffeurs.

Le mariage du Dauphin avec l’Infante d’Efpagne était arrêté. On fefait des préparatifs pour recevoir cette Princefle. On voulut, pour les fêtes de Verfailles , un fpectaclc avec des ballets. Voltaire fut chargé de cette tâche difficile. Molière eut fouvent fous Louis XIV de pareilles corvées à remplir , et il ne fut jamais moins grand

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que dans ces ouvrages de commande. Le Mifanthrope , Y Avare, le Tartufe , les Femmes favorites, ne lui furent point ordonnés , et font des chef-d’œuvres.

La Princejfe de Navarre que fit Voltaire , était un fpectacle à machine et à décorations qui tenait de tous les genres; Tout y rt fpirait la magnificence françaife. Les courtifans applaudiient au fpectacle; mais les gens de goût le jugèrent avec févérité.

Une place de gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, fut la récompenfe de cette médiocrité que Voltaire lui- même dans fes plaifanteries, traitait de farce de la foire.

Les fonctions de gentilhomme de la chambre ne convenaient guère à un homme entièrement confacré aux lettres et à la philolophie. Le roi lui permit de la vendre , lui en conferva le titre , les privilèges , et lui laiflà la liberté d’en faire le fer vice à (on gré.

On conte que le premier jour qu’il entra en fonction, Ü fe préfenta à la table que les gentilshommes de la chambre avaient à la Cour pendant leur fervice , et ne fut point reconnu. En fortant de table, on parlait du mariage d’un jeune Seigneur avec la fille d’un Fermier-général. Les uns difaient que lacérémonie de la bénédiction nuptiale devait fe faire à l’hôtel des fermes : les aurres a duraient le contraire, attendu, difaient- ils, que dans cet hôtel, il n'y a point de chapelle. Pardonne £ moi , Mejfeurs , leur dit Voltaire, r/y a la chapelle du mauvaislarrcn. On rit,on fe regarde , et l'on ne fait que c’eft Vohaire qui a fait cette plaifanterie, qu’aprèsqu’ils’eftdérobéàlacuriofitédes ordinaires.

Madame du Châtelet fut obligée d’aller à Châlons, où

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fon fils avait la petite- vérole. Voltaire n’abandonna pas fon amie afflig e. Leur fociété était un befoin mutuel de leur ame. A fon retour, il ne put voirM. d ’ Argenfi n , le Mmiftre des affaires étrangères , ni paraître à Verfiilles. C’eft à ce fujet qu’il difait : ,, il faut que je m’immole au ,, préjugé qui m’exclut quarante jours de Verfailles , parce „ qu’à quarante lieues de là j’ai vu un malade. Ce rieft pas

le feul mal que m’aient fait les préjugés. ,,

Pendant que tous nos Seigneurs étaient en Flandres avec Louis XV , Voltaire était à Champ , à trois lieues de Paris , où M. le duc de la Valliere réunifiait, avec plu fieu rs beaux-efprits , un grand nombre de femmes aimables , inftruites , et prefque toutes belles. Ce Seigneur avait une très-riche bibliothèque. C'était un avantage pour Voltaire; il y trouvait encore celui d’une grande liberté pour fes études.

C’était un tems de victoires et de Te Deum. Chaque femaine on apprenait la nouvelle de quelque ville prifer enfin arriva la mémorable journée de Fontenoi , où l’impétuofité françaifc força le flegme des alliés à lui abandonner le champ de bataille au moment où ces alliés fè croyaient victorieux.

Le marquis d’Argenfon , ce Miniftre citoyen , dont les vues étaient grandes et juftes , les intentions toujours droites et pures, et que de frivoles courtifans avaient furnommé d’Argenfon Labette , écrivit à Voltaire du champ même de Fontenoi , pour lui annoncer la bataille gagnée, Plufieurs officiers- généraux lui envoyerenr des détails précieux fur cette victoire , et en deux jours il eut compofé le poème de Fontenoi. Le principal mérite de cet

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ouvrage eft celui de la circonftance. Aucun officier de marque n'y fut oublié. En peu de jours , on en diftribua vingt mide exemplaires.

Après avoir célébré les héros de Fontenoi , Voltaire fut encore chargé d’un ouvrage dramatique pour les fêtes, qu'au fujet de cette campagne on devait donner à Ver failles. le Temple de la Gloire qu'il fit , eft dans le goût des poèmes de Métaftafe. On y voit un but moral et philofophique , but qu'on ne trouva dans aucun des poèmes repréfentés aux fetes données fous louis XIV. On n'y voit qu'un poëce occupé de flatter un Roi qui aimait à l’être , et de fcire crier à chaque refrain : célébrons le plus grand Roi du monde , vivons pour le plus grand Roi du monde , combattons pour le plus grand Roi du monde , mourons pour le plus grand Roi du monde. Ce qui , comme on l’a déjà obfervé , n’était guere poli pour les Rois d’Angleterre , d'Efpagne , de Pologne , de Suede , et autres camarades et coufins de Sa Majefté très - Chrétienne.

Je Temple de la Gloire , applaudi à Verfailles , fut beaucoup critiqué à Paris. Piron fut auffi courroucé des éloges qu’à la Cour on prodigua à ce drame, que fi c’eût été un chef-d’œuvre $ il s’en vengea par une chanfon affez plaifante.

Une révolution fe tramait alors en Angleterre. Le prince Charles Edouard , fils du prétendant et petit - fils de l’infortuné Jacques II, réclamait , les armes à la main , le trône de fes peres. Il était defcendu en Écofle, s’était emparé d’Edimbourg , avait gagné trois combats. Plufieurs Seigneurs Anglais s’étaient déclarés pour lui , et beaucoup d’autres n’attendaient pour prendre les armés , qu’un événement déçifif,

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