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MontlaiUi devant le public , qu'il eft toujours important d’éclairer ; et la méprife d’ Arras eft un des meilleurs factum que nous ayons pour des matières criminelles. La veuve Montbailli , qui s'attendait à mourir , fut déclarée innocente y et la mémoire de fon mari rétablie. Il n’y eut , fuivant l'ufage , aucune punition contre les Juges qui l’avaient fait rouer. O le bon !ô le beau métier î s’écriait à ce fujet M. Guillaume , que celui d'un homme qui peut impunément , avec le glaive de la loi , en affaffiner uu autre , et qui enfuite , avec le même glaive , peut vous alTafliner vous-même , Ci vous lui reprochez fon injuftice ou fa méprife.
Après avoir opéré le rétabliflement de l’honneur d'ur» citoyen obfcur , après avoir fauvé la vie d’une veuve deftinée à la potence. Voltaire combattait enfuite pour un Lieutenant-général , pour cet infortuné comte de Lally , que le Parlement de Paris avait fait mourir de la main du bourreau, et conduire à laGreveavec un bâillon à la bouche , genre de fupplice que la loi n a point établi , et que fes Juges , Amples exécuteurs d'une loi promulguée, ne pouvaient ordonner ; et qu’en l’ordonnant , ils fè rendirent coupables envers la nation qui ne connaît que le Roi pour fon feul et unique législateur.
M. le comte de Lally , n’étant encore que Ample officier , fe diftingua par fa bravoure à la journée de Fontenoi ; et Louis XV qui le vit manœuvrer , le fit brigadier fur le champ de bataille.
L’année fuivante ( 1746) , Lally donna un plan de defcente en Angleterre ; et fi le Prince Edouard n’eût point été battu à Culoden, on devait lui confier, fous le comman-
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dementde M. le duc de Richelieu, une partie de l’armée de débarquement.
Dans la guerre de 17; y , on l’envoya aux Indes, pour y rétablir les affaires des Français , qui femblaient défefpérées. On ne le nomma général , que parce qu'on le connaiffàit pour un homme brave, actif et intelligent. Ses premières expéditions furent fi fupérieures à tout ce qu’on avait fait jufqu’alors , que Louis XV lui fit paflèr un plein -pouvoir.
La valeur du comte de Lally ne fut point fécondée. Le Miniftere Français l’abandonna long-tems aux feules reflources de fon propre génie. Les membres marchands du Confeil-Souverain de Pondichéry , occupés de leur propre fortune , le contrariaient fouvent dans fes opérations. Pour un Montmorenci et un Crillon , qui fèrvaient fous lui , il avait dans fon armée cent officiers ineptes et indifciplinés. On doit mettre au nombre des malheurs de Lally , la perte de ce brave ÜEJlaing , rigide obfervateur de la difcipline , et qui depuis a été le vainqueur de la Grenade et de l’amiral Biron , joignant toujours l’intelligence et le fang froid d’un grand général à l’intrépide audace d'un grenadier Français. Il fut fait prifonnier au fiege de Madras , et la fortune ne tarda pas à tourner. Les Anglais battus jufqu’alors par Lally , ayant reçus des troupes et de l’argent , reprirent le deflus ; et les deux demieres années des Français dans l'Inde , ne furent qu'un enchaînement de calamités.
Le Parlement de Paris, chargé de juger M. de Lally , qui demandait lui-même à être jugé , mais qui aurait voulu l’être par fes Pairs , par une Chambre martiale ; le
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Parlement , dis-je , le rendit refponfable de tous nos malheurs , fur-tout de la perte de Pondichéry , et lui fit couper la tête.
Voltaire qui l’avait beaucoup connu , ne pouvait fe perfuader qu’un officier-général , plein d’honneur , dont aucune action n'avait fait foupçonner la probité, qui haïflàit les Anglais , leur eût vendu Pondichéry , ainfi que le peuple animé par fes ennemis , l’en accufait ; qu’il fut un traître , ainfi que M. Pafquier , fon rapporteur , l'avait fait entendre à fes J uges,ni qu’il eût trahi les intérêts du Roi , ainfi que le portait fon arrêt de mort.
Ce fut dans le filence et la retraite , que Voltaire pendant près defix ans , examina la conduite de M. de Lally , fes mémoires , les mémoires de fesaccufateurs , et une partie des pièces , fur lefquelles étaient appuyées les preuves des crimes dont on le chargeait. Il ne vit que des fautes , la plupart inévitables , mais aucun crime qui pût mériter la mort d’un général.
Deux chofes fefaient préjuger Voltaire en faveur de Lally : la première , l’efpece de témoins appellés contre lui , témoins tous fes ennemis déclarés , tous attachés à là partie adverfe , prefque tous fans nulle confidération , et la plupart fans nom et fans aveu.
La fécondé efi: le mémoire dont le Procureur-général du Parlement de Paris fe fervit pour dénoncer M. de Lally ; mémoire qui était l’ouvrage d’un moine indigne de toute créance , d’un véritable fcélérat. Quel autre nom donner au jéfuite Laveur , envoyé chez les Infidèles pour exercer le miniftere des Apôtres , et qui parmi les Chrétiens ne joua que le rôle d’uu intrigant ; qui , de
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retour en France, follicitait une petite penfion de fix cent francs pour aller, difait-il, vivre & mourir dans le fond du Périgord , & auquel, après fa mort , arrivée dans ce même rems ; on trouva plus d’un million en argent, en billets & en diamans ? Ce tréfor dépofait contre la probité & la religion de ce moine : ce fut dans la même cadette où était ce tréfor, que fut trouvé le mémoire contre Lally. Cela feul devait le faire rejetter.
Ce qui fur- tout aux yeux du Parlement devait ôter toute confiance en cet écrit , c'eft que fon auteur , le pere Laveur, était d’une fociété que le Parlement anéantirait alors, comme coupable d’enfeigner, parmi vingt maximes dangereufes à l’Etat , celle qu'un théologien , fuivant la doctrine du probabilifme , peut en confcience foutcnir le pour et le contre.
Voltaire, dans Phiftoire de cette malheureufe guerre de l’Inde, expofa le» faits avec une impartialité rare dans un hiftorien , ne déguifant , ni le caractère de M. d z Lally , ni les torts, ni les ennemis qu'il pouvait s’être faits par la violence de ce caractère. Il ne dit pas en faveur de Lally tout ce qu’il penfâit , ni tout ce qu’il aurait dit, s’il avait lu le rapport de M. Pafquier j rapport que nous avons en ce moment fous les yeux -, mais le peu qu’il dit , prépara le public , dont les efprits étaient alors calmes , à le trouver mal jugé : et lorfqu’il eût répandu quelques lumières dans ce public, fi facile à prévenir , et quelquefois fi difficile à détromper , il laifTa à M. le comte de Lally Tolendal , le foin d'obtenir de nouveaux Juges pour fon pere , et de faire éclater fon innocence dans tdute l'Europe, (zf)
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Les magiftrats étaient peu contens que Voltaire citât au tribunal du public la plupart de leurs arrêts de mort. De quoi , difaient-ils fouvent , fe mêle-t-il ? et tout ce qui tient au Parlement était l’écho de ce reproche.
Répondons pour lui : il fe mêlait de ce dont tout citoyen eft en droit de Ce mêler , quand on fait mourir injuftement un de fes femblables. Quel homme en effet en doit pas craindre pour fa vie , lorfque ceux qui font chargés de la défendre , ont attenté à celle de fon voilin ? Quel citoyen , quel homme de bien peut fe flatter de mourir dans fon lit, quand il a vu rompre fur un échafaud le vertueux Calas à Touloufe et toute fa famille prolcrite ; quand il a vu Sirven , condamné à mort injuftement, déferter fes foyers, errer en terre étrangère , vivre d aumônes , et raflalié d'opprobres ; quand il a vu expirer dans les flammes l’innocent Montbailii, et fa femme fur le point d’être çtranglée des mains du bourreau : quand il a vu périr fous la barre l’innocent Martin et toute la famille de ce laboureur fugitive et perdue pour la France ? Quoi ! l'incendie eft dans mon quartier , et pour crier au feu , il faudra que j'attende que les flammes enveloppent ma maifon ?
Pour le bonheur des hommes , Voltaire exerçait un miniftere public : on doit lui en rendre grâce , puifqu’il réulïit à rendre l’honneur à des infortunés mal jugés. Son miniftere était d’autant plus honorable qu’il ne 1 avait point acheté , qu’en le rempliffant , il n’avait ni épices à recevoir ni penlion à efpérer ; et peut-être feraitil à délirer que dans le reflort de chaque juftice , il y eût un philofophe aulli éclairé , aulïi courageux que
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lui pour montrer au public les fautes des Juges. Plus on les furveillerait , plus on les rendrait attentifs.
La mort d’un innocent , égorgé par ceux qui ont en main le glaive de la loi, eft un crime de Iefe-lociété; et ce crime , foit qu’il foit commis par légéreté , foie qu’il foit commis par prévention , ou par furprife , ou par ignorance , ou même par vengeance , n’eft jamais fuivi d’aucune peine. En donnant la mort in juif ment, un Magiftrat n’a rien à craindre pour fâ vie. Il conferve fon honneur , en déshonorant toute une famille vertueufe. La préfomprion doit, à la vérité , toujours être pour les Juges , et ils feraient malheureux , fi à chaque garnement dont ils purgent la fbciété , on leur intentaic un procès par devant le public. On en ferait pourtant en droit , s’ils ne motivaient pas les arrêts.
Il eft fur-tout affreux de penfer que la vie d’un citoyen dépend prefque toujours de l’opinion e:de ta volonté d'un feul homme , du feul rapporteur, qui interroge toujours en fecret.
En Angleterre , un homme défend fa vie en préfence de routlepeuple : chaque nation a fesloix. Voltaire penfaic qu’en matière criminelle , celles de la France n’étaient pas les meilleures : tout ce qu’il a écrit là-deftus , fait défiret à chaque citoyen un nouveau code criminel.
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