DE VOIT A -I R
plus que fous le nom de Nition avait toujours été amie de. madame Arouet , mere de. Voltaire. Elle lui demande à voir cet enfant dont on lui racontait des merveilles. L'abbé de Chateauneuf le lui mene. Tout plaît en lui , fonton décidé , fes reparties , et fur-tout fon inftruction. Elle l’interroge fur ce qu’on appellait alors les affaires du tems , c’était les fottifes ou querelles du janfénifme. Ninon le juge très-bien. Elle voit enelui le germe d’un grand homme ; . et c’eft pour nourrir et échauffer ce germe qu’elle lui légué , par fon teftament , deux mille francs pour avoir des livres. Ce don était le plus flatteur qu'on pût faire à un jeune homme dont toute la paflion était de s’inftruire. •
En terminant fa rhétorique. Voltaire eut occafion de voir le poëte Rouffeau . Ce fut un jour de la diftribution folemnelledes prix.Voltaireobcintplufieurscôuronnes.iîoi/^W, fur les appiaudillemens réitérés, qu’à chaque couronne recevait le jeune homme , et fur ce qu'il avait entendu dire de fon talent pour la poéfïe , demande à le voir. Le jeune vainqueur fut au comble de fa joie ; et il ferait difficile de dire , fi les couronnes qu'il reçut lui firent autant de plaifir que l’accueil que lui fit l'auteur de \aMoifaJe et des Cantates. Il était déjà dans cet âge où la vue d’un homme célébré donne envie de le devenir.
L’époque n’était point heureufe pour faire connaiflànce avec Rouffeau , qui avait alors un procès criminel avec Saur in, de l’académie frânçaife, pour des Couplets où plus de quarante perfonnes étaient cruellement outragées. Un amour-propre indomptable avait rendu Rouffeau l’ennemi de tous les gens de lettres, et fon caractère lui avait donné
four ennemis , tous les grands feigneurs chez Iefquels il avait demeuré. On le regardait à jufte titre comme un très-grand poète , mais en même tertis il paflàic pour un
homme dangereux. • l '