‹ La vie de Voltaire [Texto impreso]Chapitre 34 sur 38 · ÉPITAPHE · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE

Ci git qui fprtit du fumier ;

Qui pour faire fortune entière ,

Vendit fon honneur au fermier.

Et fa fille au propriétaire.

Ch a P. id. pag. 107. (19 ) Delafociété de Ninon.

On fait que cette fille célébré logeait rue des Tournelle* , près la Baflille. On fait que les hommes aimables qui compofaient fa fociété , s’appellaiçnt les Oifcaux des Townelles ; mais on ignore les vers que fit M* de Chai levai- faucon-dc-

Ris , le jour qu’il Fut admis dan* cette fociété; ils méritent d’étre confervés.

Je ne fuis plus oifeau d#r champs ,

Mais de ces oifcaux des Tournelles ,

• Qui fans choix des faifons nouvelle* , .

Se parlent d’amour en tout tems •,

Et qui plaignent les tourterelles De ne fe baifer qu’au printems.

Chap. XV. pag. 124.. (16) Des détracteurs du fïecle de Louis XIV , & de madame la comtefle de Genlis.

Nous ne parlerons point des anciens détracteurs de cet ouvrage , ils font oubliés: nous parlerons de eeux de nos i jours , qui ne le font pas tout-à-fait, & malheureufement pour

nous , nous trouvons dans le nombre madame de Genlis. C’eft en nous mettant à fes genoux , en lui demandant pardon de ce que nous allons dire , que nous invitons le public à nous juger. i Sur V Hifioire de Charles XII , elle n’eft point, ainfi que

nous l’avons vu , de l’avis du Roi Stanislas , furnommé le , Philofophc bicnfaifant. Sur le ficelé de Louis XIV , elle n’eft

u pas non plus du fentiment du Roi Frédéric, furnommé le

Philofophc de Sans-Souci.

j Si toutes les hijioires , dit ce Roi philofophe, étaient écrites

comme celle que vous m'avez confiée , nous ferions plus infiruifs des mœurs de tous les ficelés , £•? moins trompés par les hifioriens. Je n’ai jamais vu de plus beau fiyle que celui de Fhifioire de Louis XIV. Je lis chaque paragraphe deux cutrois fois. Toutes les lignes portent coup , tout (fi nourri . Je réflexions excellentes , aucune faujfe penfée , avec pela une impartialité parfaite.

Ecoutons actuellement madame de : Genlis. Le ficelé de Louis XIV eft un ouvrage brillant ; mais y trouve-t-on le fiyle qui convient à Fhjloircr Les deux réputations. Conte , pag. 18.

Oui, Madame, on l'y trouve ï nous croyons même qu’il

NOTES

n’y en « pas d’autre. Ceci eft une affaire de goût. Je ne puii être du vôtre. Je m’en tiens à celui du Roi de Prude. Ce qui eft vrai , Madame , c’eft que vous ne penfez pas comme les philofophes , même quand ils fontRois , & que vous ne voulez Jes en croire , quelque éclairés qu’ils foient , ni fur ce qu’ils difent fentir , ni fur ce qu’ils difent avoir vu. Tout cela prouve , Madame , que vous êtes difficile , & nous en fomraes fâchés.

Ch A P. id. pag. jï 8 - (17) De l’abbé de Prades.

C’eft ce même abbé , qui voulant prendre le titre de do&eur en théologie, foutint intrépidement , en pleine Sorbonne, d’après les anciens Peres , que notre ame ejl ignée ; d’après beaucoup de favans, que Àloïfe eft le plus hardi des hijloriens: & d’après lui-ménie , que les miracles de Jéfus-ChriJl rejj'cmb 'aient à ceux dEjculape.

Cette hardiede valut à l’abbé de Prades une grande renommée dans toute l’Europe, & une petite fortune à Berlin. Le Roi de Prude le gratifia d’un canonicat.

Chap. id. pag. i}o. ( »8 ) D'un libelle intitulé: Vie privée du Roi de Prujfe.

D’ Arget , qui connaiflait la véritable vie privée de ce monarque , dont il avait été le fecrétaire , voulut réfuter ce libelle : il en demanda l’agrément , & le Roi de Prude répondit :

}i Mon cher à' Arget , les calomnies de cet ouvrage ne » méritent pas que vous preniez la peine de les détruire : „ ç’eft à moi à faire mon devoir , & à laîfler dire les médians”.

C'eft d Arget lui-méme qui nous avait conté ce fait.

Chap. XVIII. pag. 142. (19) Du philofophe Diderot.

En 1 74 ç , fur la dénonciation du procureur-général Gilbert des Voijîns , le parlement fit brûler les Penfées philofophiques \ & Diderot , l’auteur de cet ouvrage , fut , par ordre du Roi , mis dans le donjon de Vinceanes.

Lorfque le philofoplie fe vit enfermé, il f:. fl! à devenir fou. Le danger était grand : pour le détourner , on fut obligé de le laifler fortir de fa chambre , & de lui permettre de fréquentes promenades.

Le malheur que Diderot fut fur le point d’éprouver, eft à craindre pour tout homme qui ayant , comme lui , des partions ardentes & la tête fort exaltée, fe voit tout à coup privé de fa liberté & de toute relation avec les humains. Ce donjon n’eft plus une prifon d’état ; & c’eft à M. le baron de Brctcuil qu’on en doit rendre grâce. Quoiqu’il foit ouvert depuis trois ans à la curiofité publique , on ne parle point de le détruire. On eft , dic-on , effrayé des frais énormes qu’occafionnerait fa démolition. Loin d’être coûteufe à l’Etat , elle fera d’un grand produit, fi l’on permet à tout particulier qui voudra des pierres , d'en prendre là , à tant la toife.

CruP. id. pag. 145. ( 20 ) Du Cantique des Cantiques ; du Procureur-général Orner Joly de Fleury , de l abbé Terray & de l’abbé Cotin.

Tout homme qui ignorerait que le Cantique des Cantiques eft dicté parle St. Efprit, & qui ne connaîtrait que Théocrite & Virgile , dont les penfées font exprimées naturellement avec grâce , précifion , clarté & décence , dirait que le Cantique des Cantiques eft un galimatias ordurier.

En 1749, Voltaire fit, fous le titre de Prc'cis , un petit poème de cette chanfon 'hébraïque : fous fa plume on vit difparaitre l’obfcurité , l’incohcrence des idées, & fur-tout cette obfcénité que beaucoup de critiques ont reprochée à cette chanfon. Le Parlement trouva fort mauvais que Voltaire l’eut mlfe en bons vers français, & fit brûler fon poème.

Une fingularité remarquable , c’eft que monfieur Orner Joly de Fleury , en demandant la condamnation de -ce poème , dit qu’ï/ était évident que Voltaire ne T avait compofé qite dans un efprit oppofé à celui de la religion. i •

NOTES

if©

Meffieurs Xih Chambres crurent fur la parole M. de Fleury , ils ne réfléchirent point qu’il eft très-difficile de juger de l’intention d’un autre : ils oublièrent même qu’ils s’arrogeaient un droit qu’ils contenaient alors au fouverain Pontife , celui de décider en matière de religion de l’intention des écrivains en théologie. Il paraît pourtant ridicule de prendre pour foi ce qu’on refufe à fon fupérieur.

Autre Angularité. L’abbé Terray , chargé de donner fon avis fur le Précis du Cantique des Cantiques , dit qu’il était une tradudion licencieufe. Ce mot licenaeufe fefait un plaifant effet dans la bouche d’un abbé confeiller , dont la vie était un fcandale , qui élevait fes bâtards dans fa maifon , & qui vivait publiquement en adultéré avec deux femmes.

Quittons vite cet abbé Terray , qui finit par être le fléau de la France, & parlons d’un autre abbé , à qui on ne reprocha jamais que d’être un prédicateur ennuyeux & un mauvais poète ; c’eft l’abbé Cotin , aumônier du Roi & prédicateur du Roi. Il mit en comédie pajlorale le Cantique des Cantiques. Les vers & la comédie étaient déteftables, & meme peu honnêtes. Nous en avons en ce moment un exemplaire fous les yeux. Le parlement ne le fit point brûler. Et c’eft ce qui fit dire à un plaifant à qui j’en parlais , que les confeillers n’aimaient que les mauvais vers & les mauvaifcs comédies. C’eft auffi ce qui fait, ajouta-t-il , qu’on les voit rarement au théâtre français & très - fouvent aux théâtres d’Audinot , de Nicolet, & aux Fantoccini.

Chap. id. pag. 146 (2O De l’abbé de Chauvelin , & de fon , confeffeur. . .

C’eft de plufieurs de fes confrères que nous favons le propos qu’il tint à la buvette au fujet de Voltaire . Il ne rendit pas , ainfi qu’il l’eut défiré , juftice à M. de Pompignan , mais il la rendit bientôt aux Jéfuites.

C’eft lui qui dénonça leurs ftatuts. Il verfait des larmes en

NOTES

parlant du mal affreux que leur dodrine avait fait à la religion , à l’état & aux bonnes mœurs,

Lorfque les Jéfuites furent écrafés, l’abbé aux bonnes mœurs prit une loge à la comédie , & tomba malade peu de tems après à quelques lieues de Paris. Le danger devint pretlant ; on lui parla des facremens , mais pour cela il ne voulut ni du curé de la paroiffe , ni de ceux du voifinage ; il demanda le confeffeurde M. le procureur-général ; & pendant qu’on alla à Paris aux enquêtes, pour favoir quel était cet honnête confeffeur, M. l’abbé de Chauvelin mourut; c’eft ainfi que partit l’abbé Dubois , pendant que conformément à fes ordres , on alla à Paris s’informer de la maniéré d’adminlftrer l’Extrême - Ondion à un cardinal.

Chap. id. pag. 1 4.9. (22) De Mlle. Corneille.

C’eft d’après fon pere , que nous avons beaucoup connu, que nous parlons à fon'fujet, & nous ne l’avons même fait que fur la permilHon que ce pere en a donnée.

Au refte , ce n’çft point la pauvreté qui déshonore , c’eft la baffeffe & la fainéantife.

Chap. XX. pag. 174. (2;) De la ftatue de Voltaire. Qu’eft-elle devenue cette ftatue? Les étrangers qui arrivent à Paris demandent à la voir, iis ne favent où la trouver. Les Français eux-mêmes ignorent où elle eft confinée. On dit qu’elle eft chez M. le préfident d'Hornoi. Mais qui la lui a léguée? Elle n’cft point un effet de la fucceffion de ce grand hpqime , qui aujourd'hui n’a pour famille que tous les hommes de lettres. Elle lui eft, dit*on, confiée à titre de dépôt ; mais ce dépôt,en attendant mieux, ne ferait-il pas plus convenablement placé à la bibliothèque du Roi ou à l’Académie Franqaife? Pour

delà il n’y aurait aucun obftacle , les foufcripteurs n’ont point donné leur argent, pour que cette ftatue refte cachée & ignorée. L’Académie Franqaifç refufe , drt-on , de la recevoir , attendu

1 fl NOTES.

l'embarras de l’expofer aux regards publics. La nudité du corps delà (iatue la rend hideufe.cetinconvénienteftfacile à réparer, il s’agit de la faire draper par un artifte habile.

Chip. id. pag. 176.(24) Conduite de Louis XV envers

Voltaire.

Cette conduite fut fouvent un problème. En voici la folution. Louis XV confidérait-il Voltaire tenant en main le burin de l hiftoire ? Il pouvait le craindre comme tout Prince , qui, placé fur le trône, n’aurait pas conftamment dans la :hofe publique , agi en Roi. •

En parlait-on en fa préfence comme d’un écrivain dont les productions avaient nui à la religion? Louis XV, qui avait le la religion & de grands préjugés , était courroucé contre lui.

Mais en parlait-oh comme d’un grand homme , qui hon». raie fon régné par fon génie, dontlaphilofophie avait émouffé le poignard du fanatifme , & guéri les Français de la folie de troubler l’état pour des billevefées.Il était enchanté, il lui en favait gré , il accordait des privilèges à fes terres , il ne voulait point qu’ort le perfécutât. .

Chap. XXII. pag. 189- (2ç) DeM. Pafquier & du comte dè

Lalty.

’ Voltaire a parlé du caraétere de Lally : on aurait auffi ! voulu qu’il eût fait mention de celui de foa rapporteur. Il a > dit que Lalty était violent. Mais , répond-on , Pafjuier ne l’était pas moins. On en appelle à tous ceux qui l’ont cOrtnu , qui tous le dépeignent comme un magiftrat éclairé, mai' colere , paffionné , emporté , intégré , à la vérité , mais d’un ’ jugement que la prévention offufquait facilement.

Un fait fort connu à la Baftille, eft qu’entre le rapporteur & l’accule , 9 y eut de fréquentes querelles. Us ne fe parlaient ‘ qu’avec aigreur. Ils en vinrent fouvent à des paroles outra. •

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