CHAPITRE VIII
I‘ Académie Française refufe de recevoir Voltaire. Mort de Mlle, le Couvreur. Divers ouvrages de Voltaire et diverfes perfécutions. De la Pucelle d’Orléans. Ordre de l'arrêter.
ANNÉES
M essieu Rs de la Afotte , d e la Faye , et l’Evêque d'Angers , laifferent en peu de tems trois places vacantes à l’Académie Françaife. On ne parla de l’Auteur d’OSdipe , de Mariamne , de Brutus , du chantre de Henri IV, et de l’Hiftorien de Charles XII , que pour dire qu’il n ayait
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rien d'académique. On pouflà l’honnêteté jufqu’à dire à lui-même, qu’il n’était pas propre à la tragédie. A la vérité , on admirait les beaux vers de Brutus ; mais en même-tems on avouait qu’il en avait pillé les ptnfées dans une tragédie de Mlle. Bernard..
Le vœu public était pourtant qu’il remplaçât la Motte , dont il venait de recueillir les derniers foupirs. Cet acte d’humanité parlait en fa faveur ; mais les hommes médiocres , toujours les plus nombreux , à l’Académie Françaife comme dans tous les corps , parlèrent encore plus haut , et Voltaire ne fut point reçu. .
L’office d’humanité qu’il avait rempli à l'égard d'un philofophe mourant , et prefqu’aban donné , il le remplit encore envers Mlle, le Couvreur , l’une des plus grandes actrices qui aient paru fur la fcene. Sa mort fut une grande perte pour le théâtre français. Voltaire l’aimait et l’eftimait : elle avait dans l’efprit et le caractère , tout ce qui peut concilier ces deux fentimens : c’eft elle qui abolit les cris et les lamentations mélodieufes. Elle n’avait ni taille , ni voix , ni beauté ; lame lui tenait lieu de tout. C’était , difait-on, une véritable reine qui jouait avec des comédiens. Au théâtre, fon talent lui valut tous les fuffirages du public, et dans la fociété fes vertus lui gagnèrent tous les cœurs. Elle eut des ennemis , parce qu’elle avait un grand talent. On la furnomma la Couleuvre , quoiqu’on n’eut rien à lui reprocher qui pût lui mériter cet odieux fumom. Les prêtres lui refuferent la fépulture eccléfiaftique , cérémonie qui n’eft d’aucune néceffité pour l’autre monde, mais dont le refus eft un outrage en celui-ci. On l’enterra fur les bords de la Seine , à l’entrée de la rue de Bourgogne.
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Voltaire qui l'avait affiliée à Ton agonie, et qui accompagna fon convoi, la vengea de l'infamie d'une pareille fépulture, par une apothéofe en vers* Il eft peu d'hommes inftruits qui ne penfent comme Voltaire , et qui ne répètent d'après lui , qu’il faut être barbare pour flétrir ce qu’on admire*
Cette apothéofe d’une fille de théâtre palfa pour une impiété horrible. Les dévots en pourfuivaieut la vengeance auprès du Garde-des-fceaux , et Voltaire fut encore forcé à fuir. On le croyait en Angleterre , retiré près de Cantorbéry , chez fon ami Falckner , et il était dans un village de Normandie , vivant dans une profonde retraite, ne 1 paraiflait à Rouen que fous un nom Anglais , et fous le titre de Milord. C’eft dans cette ville qu’il fit imprimer un ouvrage , auquel il donna le titre de Lettres philo fopkiques , et qui fut pour lui un nouveau fujet de perfécution. Lorfque l’édition de l’ouvrage fut achevée , Voltaire revint à Paris. Madame de Fontaine-Martel lui donna un appartement dans fon hôtel. Il fe crut moins expofé chez cette Damé que chez lui , rue du Long - Pont.
Tous ceux qui aiment à s’inftruire , lui furent gré d’enrichir notre littérature de la littérature Anglaife. <
Jufqu 'alors on avait ignoré en France le nom d eShakefpeare t l
Celui de N<.wton , et fes découvertes n’étaient connus que t de quelques géomètres. On parlait fans doute de ce , t
fameux Locke , dont les doutes et les idées ont fi fort ; c
contribué aux progrès de la philofophie. On avait uns ; ( traduction de fon Fjfai fur l’entendement humain ; mais la gloire d’en faire connaître le prix , d’ea infpirer la méditation et l'enthoufiafme , était réfervée à Voltaire.
Les Français n’avaient alors que des idées faulîès ou
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confufes du peuple Anglais } de Tes religions et de Ton gouvernement : ce fut encore lui qui leur donna une idée jufte et vraie de la liberté et de la législation de ce peuple fmgulier et fouverain. En outre, il leur fit connaître les avantages de l'infertion de la petite-vérole , qu'ils regardaient comme une nouveauté barbare , et qu'ils ont enfin adopté après l'avoir calomniée pendant quarante ans. Il apprit de plus à fes compatriote^ ce qu'étaient les Quakers, qu'ils ne calomniaient pas moins que l’inoculation ; et par le récit qu’il fit de leur fimplicité et de leurs vertus, il convertit en admiration le mépris dont jufqu'alors les Français avaient honoré leur fecte.
Le clergé de France et le Parlement de Paris , l’un et l’autre toujours oppofés aux progrès des lumières , Ce fouciaient fort peu de tout ce que Voltaire pouvait leur apprendre. Leur zele s’était borné à quelques murmures, lorfque parurent les Lettres Perfannes , où l'on peint le Pape comme un vieux magicien , qui fait croire aux Français que trois ne font qu’un , et que du pain , avec quelques mots facramentaux , ceflè d'être du pain. Les Lettres Philosophiques étaient fans contredit , plusinftructives que les lettres de Montefquieu ; elles étaient auflï moins dangereufes pour la religion -, mais elles le parurent davantage à l’ignorance. Le clergé obtint un édit du confeil , qui en ordonna la fuppreffion , et le Parlement les fit brûler : c’eft un honneur qu'il fait quelquefois à de très-bons ouvrages. Quant aux édits du Confeil , en ce genre prefque toujours fans conféquence et fans effet , ils font une de ces condefceudançes que la Cour a encore pour le Clergé.
L’arrêt du Parlement portait que l'Auteur des Lettres philofophiques ferait recherché. Cette menace força Voltaire à fe tenir caché ; mais une tragédie nouvelle , qu’il fie annoncer, et qui n’était point achevée , diflipa l’orage. Tous fes amis ne parlaient que à' Eryphile,céiak le titre de la tragédie. On la mettait au rang des chef-d’œuvres de Corneille. Les comédiens députèrent à Mrs. de l’Académie Françaife , pour lorr offrir l’entrée de leur théâtre , car ce n'eft que de cette *oque qu’ils jouiflènt de cet avantage.
Le bruit qu’on fit au fujet de cette tragédie , les éloges qu’on prodigua à fon auteur , en impofêrent , et le Parlement s’en tint à la brûlure de fés Lettres. Le fuccès à’ Eryphile , fi prônée , fut très-médiocre , Voltaire eut la prudence de la faire difparaître après la troifieme repréfentation.
Depuis long-tems , on lui reprochait de ne point traiter des f u jets vierges. J’ignore s’il fut fenfible à ce reproche de la médiocrité , mais quatre mois après la difgrace d’Eryphile , il donna Zaïre. Le fujet de ce chef-d’œuvre , qu’il fit en dix-huit jours , était entièrement de fon invention. Dès ce moment , l’art de Sophocle devint entre fes mains un art entièrement nouveau. Il eut un but moral qu’il n’avait point eu chez les Grecs , ni chez aucune autre nation. Voltaire en fit un cours d’inftruction : des noms illuftres , et chers à la France, ajoutèrent au plaifir et à l’enthoufiafme avec lequel ce nouveau chef-d’œuvre fut reçu.
On avait reproché à Voltaire de ne pas traiter des fujets vierges ; après le fuccès de Zaïre , on l’accufa d’avoir mis la tragédie en roman. Pour l’en punir ,
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on joua , à la foire , la tragédie des Enfans - Trouvés , qui était une parodie auiTî place qu'indécente de Zaïre , Voltaire , excédé de tant de petites méchancetés qui Ce reproduifaient journellement , publia le Temple du goût, C’eft là qu'il rend juftice à qui il appartient , aux vivans comme aux morts. Ce Temple eft une critique auiïï agréable qu'ingénieufe , allai fonnée de préceptes et de leçons , et dans laquelle on ne voit rien d’amer , rien d’injurieux , pas même contre fes ennemis les plus déclarés.
Toute la république des lettres fut en mouvement , pour demander vengeance contre Voltaire. Le plaifir le plus doux de l'homme de lettres eft de juger fes contemporains » comme fon tourment le plus cruel eft d’en être jugé. Adélaïde du Guefdin qui parut quelque tems après , fe fentit beaucoup de cette vengeance. Elle fut reçue au bruit des fiiffiets. Les beaux noms de Couci ,
' de Vendôme , de "Nemours , et des fituations déchirantes, ne purent la fauver d’une chute qu’elle ne méritait pas. On fait qu’un petit maître , entendant Vendôme dire , es-tu content Couci ? s’écria , coujfi , couffi. Cette bouffonnerie excita des éclats de rire, et Voltaire retira cette Adélaïde , qui aujourd’hui eft au nombre des chef, d’œuvres de la Icene françaife.
La mort de Jules-Céfar , en trois actes , fans femme» et fans aucun mélange d’amour, lui confirma la réputation de grand poëte tragique. Tous les caractères y font fortement prononcés. Pour les fentimens , c’eft le grand Corneille fans enflure , et pour le ftyle , c’eft la magie des vers de Racine. Elle fut repréfentéè chez piadaoaf
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la marquife de Sajfenùge , enfuite au college d’Harcourt. Quelques colleges étaient alors dans l’ufàge de jouer des pièces dramatique;. Ces jeux exerçaient les jeunes gens à bien parler , à s’exprimer avec grâce , à penfer noblement : leur ame fe nourriflàit de grands fentimens , tandis que leur mémoire s’empliftàit de chofes agréables et utiles. Ces jeux formaient le gout 3 et ne nuifaient aucunement aux mœurs.
La tragédie de la mort de Céfar déplut fort à la Cour. On y prétendit que les maximes républicaines, dont elle eft remplie , étaient dangereufes dans une monarchie. Les janféniftes, de leur côté , accuferent Voltaire d’avoir érigé le tyrannicide en acte de vertu , et d’avoir mis en action , fur le théâtre , la morale des Jéfuites.
Toutes ces clabauderies de courtifans et de fanatiques fatiguaient cruellement Voltaire. On ne comptait pour rien l’honneur qu'il fefait à la nation , et le plaifîr qu’il procurait aux honnêtes gens , tantôt par des chefd’oeuvres , et tantôt par ces petites poéfies qui alimentent la curiofité , qui entretiennent le goût , l’exercent et l’épurent.
On voyait fouvent écîorre de ces pièces fugitives : on ne pouvait s’en raftafîer. Il n’en donna aucune , dont on ne dit : cela eft bien court. On reproche d’ordinaire à ces bagatelles un défaut tout contraire. Elles font toutes trop longues. Leurs auteurs croient que le public , qu’ils mettent dans leur confidence, doit prendre à ces bagatelles, autant d’intérêt que les perfonnes auxquelles elles font adreffées , ou les fociétés pour lefquelles elles ont été faites. Ces fociétcs font indulgentes, et doivent l’être»
mais le public fe croit difpenfé d'indulgence , lorfqu’oa lui préfente des pièces incorrectes ou trop frivoles, et dans lefquelles la pureté du langage eft blefféé.
Parmi ces pièces fugitives , il y en eut une qui compromit fortement le repos deVoltaire : ce fut cette même Epitre à Uranie , faite depuis douze ans , pour l'inftruction de madame de Rupelmande. L'archevêque de Paris , Vintimille, qui paffaic pour aimer les femmes , & qui n’aimait pas les philofophes , s'en plaignit amèrement ; & Voltaire eut ordre de fe rendre chez M. Héraut , Lieutenant- général de police. Il fe défendit en difmt que l’épître était de l’abbé de Chaulieu. Lé Magiftrat fît fêmblant de le croire , & l’affaire én refta là. Ce mcnfbnge ne fJait aucun tort à la mémoire de l'abbé de 'Chaulieu. L’ouvrage renfermait en effet fes fentimens , ainfi que ceux de la fociété des princes de Conti et de Vendôme , dans laquelle cet honnête Eccléfiaftique partait fa vie.
L’orage était à peine diflîpé qu’il s’en éleva un autre, mais beaucoup plus dangereux. Dans cent brochures , on avait refufé à Voltaire le génie du poëme épique: fon amour propre s'en îrrita, et il en efquiflà un qui, par la richefle de fes détails , par la variété , le coloris et la fraîcheur de fes tableaux , ainfi que par l’art avec lequel il eft conduit , fera peut-être mis un jour audeflus de Y Iliade , de Y Enéide , de Roland , et de la Jérufalem délivrée. Ce poëme fut d’abord un grand fecret parmi fes amis. Ce fecret tranfpira. On en montra des vers à M. de Chauvelin, Garde des fceaux , homme févere , n’aimant ni la poéfie , ni la philofophie , ni même la bonne plaifanterie.
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Il pafle pour certain que ce M. de Ckauvelin , qui tenais fa place d’un grand homme , du célébré chancelier d'AgueJfeau , fit à Voltaire des menaces terribles. Ofons tout dire , et l’odieux de la perfécution ne peut tomber que fur celui qui la fit ; ce Garde des fceaux le menaça d’un cul de baffe- forte. Il eft douloureux de penlèr que la liberté , la vie même d'un citoyen qui honore fa nation , dépendent de l’ignorance ou des préjugés d'un homme qui louvent ne lui fait aucun honneur. Dans tous les tems, et non dans tous les pays , la fottife en rochet , et l’ignorance en fimarre j ont voulu étouffer le génie.
Nous ne prendrons point le parti de cette Pucelle. Des chofes refpectables dans l’opinion du peuple , comme dans l’opinion de beaucoup d’honnêtes gens , y font , diton , tournées en ridicule. Nous en fommes fâchés ; et nous confclfons que c’eft toujours avec un véritable plaifir que nous voyons les hommes de lettres refpecter ce qui , aux yeux des fages , mérite de l’être. Nous confeflons aufll que le poème de la Pucelle. eft au rang des chef-d’œuvres de l’efprit humain , et nous ne croyons pas que ce chefd’œuvre ait fait le Aoindre tort à notre fainte religion , que toute la malice des hommes et de l'enfer ne pourra renverfer. Si c’eft là une erreur de notre part , nous prions nos maîtres en théologie de nous en délivrer charitablement: nous ne demandons qu’à être inftruits. La raifon et les lumières nous feront toujours cheres , de quelque part qu’elles nous viennent, d’un docteur de Sorbonne, ou d’une jardinière de BagncJet.
Nous penfons au contraire que les querelles qui divifaienc l'Epifcopat dans le tems que Voltaire travaillait
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à nous faire une Pucelle , firent un très-grand tort r.u chriftunifme. En effet, ce qui lui a beaucoup nui , ce n’eft point le combat de Saint-Denys et de Saint-George ; ce combat n’eft que plaifant ; mais ce font ces combats interminables fur la grâce et l'amour de Dieu que les gens deglife fe font livrés; cYft cet acharnement fcandaleux à fe calomnier , à s’excommunier et à Ce damner réciproquement.
Ce qui a fait une plaie fanglante à la religion et peutêtre incurable , ce n’eft point certainement le récic que fait en enfer Gribourdon de fes aventures fur la terre , mais c’eft l’extravagance des convulfions ; ce font ces fcenes abominables qui Ce jouaient alors dans les cimetières et les galetas de Paris , où un ramas de gueux foudoyés par les janféniftes fe fefaient tantôt crucifier et tantôt mettre à la broche, pour prouver que les Jéfuites étaient des hommes dangereux , et leur bulle Unigenitus une fottifè. On favait tout cela fans les fâuts , les gambades et autres farces du fanatifme qu’on appellait miracles ou oeuvre^ de Dieu,
Une fiction qu’un poëte donne pour une fiction , n’* jamais nui à la vérité ; mais ce qui lui a fait un* tort irréparable , ce font tant de fables et de menfonges , qu’avec le fceau et l’approbation des docteurs en théologie, on a voulu faire paflèr pour des vérités , et les perfécutione qu’on a fait éfTuyer à tous les honnêtes gens qui ont voulu douter de ces menfonges.
Ce qui a porté un coup terrible à la religion dé nos peres , ce ne font ni les amours de Charles F// avec la belle Agnès Sorel 0 ni les amours du beau la Trimàuitle et de U
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belle Dorothée ; mats ce font les amours inceftueux du jéfuite Girard , qui, „ ayant fait accepter un brevet ,, d'obfefïton à Mlle. Cadiere , jeune Provençale , âgée de ,, dix-huit à dix-neuf ans, lui écrit qu’il a une grande „ faim de tout voir , „
Qui enfuite , tout en lui levant les jupes , lui dit , que Dieu permet que pour parvenir à la plus haute perfection , il fe paffe certaines chofes dans notre corps fur lefqucl'.es nous ne devons pas faire attention.
Que pour les âmes qui marchent dans les voies intérieures, ces horreurs ne font que de Jimples épreuves ; que l’cn fait trls-jaintement de ne pas s'en confejfer , parce que par-là on confond le démon qui voudrait nous donner des fcrupules fur les voies particulières par lefquelles Dieu nous fait marcher.
Et qui enfuite , en fouftlant dans la bouche de fa belle pénitente , lui dit , que Dieu exige fouvent des âmes parfaites les facrifices extrêmes et les renoncemens dans les matières mêmes qui font le plus de peine aux perfonnés du fexe ; et que cefl la voie la plus courte pour fe dépouiller de V attachement qu’on peut avoir à fon innocence et à fa pureté, (il)
Voilà des excès , des abominations. Et les ennemis les plus intrépides de la philofophie , ne peuvent nier que ces excès n'aient porté un très-grand préjudice à la religion. Ils doivent encore convenir que l’Etat n’a jamais été troublé rji par la Pucelle , ni par aucun ouvrage de Voltaire ; mais qu’il a été ébranlé par les écrits et les haines des théologiens. • \
. La Pucelle a fait rire quelques défœuvrés et les Moliniftes, par leurs opinions, ont fait gémir des milliers
de familles. Ce poëme a fai: honneur à la France , et les janféniftes en ont été l’opprobre. Ce font eux qui pendant trente ans mirent en démence , avec leurs miracles de grenier , la populace de Paris.
Voltaire après les menaces du Garde des fceaux, Chauvelin , voulut quitter fa patrie. L’amitié de madame la marquife du Châtelet l’y retint ; mais la défenfe que lui fit encore ce garde des fceaux de rendre publique la tragédie de la Mort de Jutes-Céfar , qui était déjà imprimée,, le pouffa à bout. La patience a fes bornes. Voltaire brave le garde des fceaux et fa défenfe , publie fa tragédie , et part pour Montjeu , où fe fefait le mariage de M. le duc de Richelieu .
Un ange tutélaire veillait à fon lalut , et cet ange était M. le comte d’ Argentai. Il apprend de M. Chauvelin. luimême l’ordre qu’il a ligné pour l’arrêter ; et fans délai, par un courrier extraordinaire, il en donne avis à fon ami, qui quitte précipitamment les fêtes de Montjeu , et va avec madame du Châtelet s’enterrer à Cirey , où l’un et l’autre vécurent pendant cinq ans dans la retraite et l’étude, abandonnant Paris aux farceurs de Saint-Médard , à leurs dangereux protecteurs et à leurs adverfaires moins ridicules , mais peut - être encore plus dangereux pouf les hommes de lettres.