F É CAMP - CABOURG-DIVES
Si tout n'était pas dit sur cette charmante route qui mène de Paris à la mer par la splendide Neustrie, l'occasion serait belle d'en tirer de nouveau quelques crayons éclairés par la chaude lumière de l'été, glacés de tons d'argent par les miroitements de la Seine qui étincelle, rafraîchis par la verdure de ses îles et des glauques pommiers dont les groupes, vus à distance, forment dans leurs tortillements comme autant d'épaisses forets. Tout cela passe comme un rêve et comme les plaisirs de ce monde. J'aime cette rapidité, cette grande vitesse poussée aujourd'hui jusqu'aux limites du possible. De Paris au Havre, quatre heures, et encore le train n'est-il vraiment express quelle Parisjusqu'à Rouen, après laquelle ville il s'arrête aux principales stations.
Même pour un vieux baigneur, c'est toujours fête d'aller à La mer, et je ne revois jamais sans grand plaisir cette imposante flotte commerciale que le Havre enferme perpé-
tueilement dans ses beaux et profonds bassins. Voilà de vrais navires au moins; voilà des trois-màts américains et anglais qui peuvent donner une idée de ce qu'est un vaisseau de ligne. On loge à l'aise là dedans; mille, quinze cents hommes s'y abritent sans peine, et la majesté de l'Océan se peint dans ces formidables agrès. Auprès de ces colosses, c'est chose bien chétive, je vous jure, que ces Limandes et ces Soles que nous voyons mouiller depuis quelque temps le long du quai, aujourd'hui si maritime, des Tuileries. Je crains nonobstant qu'il ne s'écoule du temps avant que Paris devienne, je ne dis pas un grand, mais un médiocre port de mer.
Le Havre présente de plus en plus cette physionomie affairée qui est son vrai caractère. Cependant la plupart des grands commerçants se retirent le soir et le dimanche sur leur côte palatine d'Ingouville et de Graville. Les Havrais, comme les Lyonnais, comme les Hollandais, les Anglais, et toutes les populations vouées au négoce, sont liès-fidèlement adonnés aux plaisirs de la campagne, goûtés dans un enclos resserré, mais où l'art du jardinier parvient à faire illusion au propriétaire lui-même sur les dimensions de son empire. La maison de campagne n'est pas seulement un délassement commercial, elle est un porte-respect ; elle donne la mesure du crédit ou de la richesse, ce qui est tout un dans l'étiage du négoce. Il y a beaucoup de commerçants à villas sur la place du Havre, où Ton ne se pique pas d'ailleurs des habitudes parcimonieuses, des errements un peu mesquins des villes de l'intérieur. On participe du laisser-aller et des mœurs fantaisistes de ces colonies avec lesquelles on entretient tant de rapports. Il est très-positif qu'au Havre la pièce de cinq francs n'a pas la môme valeur que dans le reste de la