DUNKERQUE
gnol Jayan, qui signifie qéant.ftn retrouve aujourd'hui aux îles Baléares, dans la Péninsule môme, et particulièrement dans les provinces formant l'ancien royaume d'Aragon, ces exhibitions de géants libérateurs. Il parait que grande taille obligeait autrefois, à moins que ce ne soit la gratitude des peuples qui ait grandi à celle de leur vénération les citoyens ou les illustres chevaliers dont ils ont reçu quelque bien. Quoi qu'il en suit, Gayant d sa femme font au lieuse une l'on aimable révérence; celui-ci, en bote bien appris, la leur rend aii<sitùt; puis tous trois, en vertu d'une motilité des plus simples dont nous n'aurons garde de vous révéler le secret peu poétique, exécutent un menuet, aux applaudissements enthousiastes d'un peuple immense. Ils se rangent ensuite cote a côte, h1 lieuse entre Gayant et sa femme, lés enfants devant, pour voir le défilé de la grande procession, qui déjà s'avance en bon ordre.
Il ne faudrait rien moins qu'un chant épique pour faire le dénombrement homérique de toutes les merveilles de ce cortège, et le célèbre défilé de la Juive nous a paru singulièrement distancé.
Un corps imposant de musique ouvre la marche.
Apparaît ensuite un grand char, ayant la forme d'une dunette de navire, et portant Jean Bart, chef d'escadre, et non chef de câpres, comme le répétèrent à L'envi cent journaux sur ta foi d'une bévue typographique; Jean Bart, dis-je, entouré de sa famille et de son équipage valeureux, historiquement revêtus des costumes du temps de Louis XIV, époque demeurée particulièrement chère à la population de Dunkerque.
Ce char est suivi des pêcheuses de crevettes grises, vulgairement nommées dans le pays grenades. Leur bande
m LA VIE DES EAUX.
joyeuse, parée de ses plus beaux atours, est facilement reconnaissante aux divers attributs ou instruments de pêche que chacune tient à la main.
Sur un autre char, voici une tabagie flamande au grand complet [panne kuke huys, maison de crêpes), avec son hôtelier en bonnet de coton, ses brocs, ses choppes et ses buveurs intrépides, entre lesquels brille, de tout l'éclat d'un tricorne imposant, dont la vue seule doit glacer d'épouvante les maraudeurs, le garde champêtre ou gardé-ebasse de la commune, — nous ne saurions dire précisément lequel. Pendant qu'on boit dans la taverne, qu'on fume, rit et fait des crêpes magnifiques, la poule caquetant au haut du toit de chaume, le dindon qui glousse, le pigeon qui roucoule, complètent l'illusion de ce tableau animé de Van Ostade ou de Brauwer.
Voici venir maintenant les bazennes, matelotes, c'est-àdire femmes de matelots, avec la jupe retroussée du temps de Louis XV, et tout le joli petit costume rococo de la Permission de dix heures.
Un autre char s'avance, portant une embarcation moderne montée par des matelots bayonnais en costumes et bérets basques.
Puis c'est une noce normande, la mariée et le marié grimpés sur le même cheval, et tout le cortège en culottes courtes, cols de chemise démesurés, habits vert-pomme et ohapeaux-tromblons fabuleux formant à leur suite la plus brillante cavalcade à ânes.
Voici maintenant une compagnie de grenadiers consulaires dans une tenue irréprochable.
Plus loin, remorqué par une locomotive, le char de la France el de la ville de Dunkerque réunissant leurs attributs et leurs emblèmes. Ce char est en forme de conque ;
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il est immense et contient un grand nombre de personnages, entre autres des groupes d'Amours et deux allégories vivantes qu'on nous d'il être V Unité et la Fraternité commerciales... Accipio ôrtien... Je n'en veux point médire; mais convenez que ce sont là des divinités nées d'hier.
Un autre char plus petit contenait trois statues grotes ipies, trois tableaux plastiques affectant les poses les plus ridicules, le tout dédié au musée par une inscription votive qui provoquait l'hilarité universelle. Pour bien saisir le sel attique de cette épigramme flamande, il faut savoir que le musée de Dunkerque ne brille pas précisément par ses richesses artistiques.
Item, les armesfnarchantes de Dunkerque, portées derrière le char de Jean liai t par un chevalier à queue de sirène et en pantalon quadrillé, formant tout à la fois le support et le cimier de IVcu. Dunkerque porte, si je ne me trompe, parti d'une mer d'argent à un poisson nageant de couleur naturelle, chef de gueules au lion d Or I lassant.
Devant le char de la \ille, on voyait sa bannière portée par un capitaine de pèche du dix-septième siècle, et celles des quatorze amiraux qui ont vu le jour à Dunker*|ue. Enfin, tout le cortège, entrecoupé de dix corps de musique, tous excellents, tous très-nom breux, était précédé d'un héraut en costume splendide qui tenait à la main la bannière bleue et blanche ou, pour parler la langue héraldique, mi-partie d'argent et d'azur, de la bonne ville de Dunkerque.
Cette procession mémorable et tous les épisodes burlesques ou bachiques qui en furent l'accompagnement obligé remplirent à peu près le premier joor de la let
Le lendemain, il y eut de fort belles régates; mais elles n'offrirent aucun caractère particulier. Puis, le soir, un grand bal donné à rétablissement des bains termina les réjouissances. Cette réunion fut brillante et les danseuses n'y parurent point inférieures au grand renom de beauté dont jouissent les dames deDunkerque; mais un intermède non prévu et une illumination naturelle curent pour effet d'en effacer, à nos yeux du moins, les splendeurs. Du coté de la grève, une lueur rougeâtre, une sorte d'aurore boréale, se reflétait à l'horizon. Aussi, à cet aspect imprévu, courûmes-nous au bord de l'Esplanade, d'où l'œil embrasse le rivage. Nous vîmes alors, non point une mer, mais une lave. Une immense traînée de feu léchait la plage, et, ça et là, des lames impétueuses moutonnaient en soulevant des gerbes enflammées qui se détachaient sur le fond noir de ce magnifique tableau. Maintes fois, dans une autre mer, nous avions vu la quijle d'un navire tracer un sillage lumineux sur le flot, et des milliers d'étincelles jaillir le long de ses bordages, mais rien qui pût se comparer à ce débordement igné, à cette éruption liquide. On apercevait distinctement la blanchâtre fumée du phosphore se dégager au-dessus de la lame brillante, comme la vapeur du soufre et du salpêtre autour d'une pièce d'artifice; Combien pauvres sont les étoupes et la limaille des Ruggieri, auprès de celte nappe ruisselante d'or et d'argent qu'allume à la cime des flots, en certaines nuits mystérieuses, la nature, ce grandiose et poétique artificier !