‹ La vie des eaux [electronic resource]Chapitre 23 sur 50 · AIX EN SAVOIR · texte numérisé non relu

AIX EN SAVOIR

disposition du public; chacune d'elles desservie par trois conduits et trois robinets d'eau de soufre, d'eau naturelle et d 'eau d'alun; ceei soit dit, puisque l'usage a perpétué ce solécisme scientifique. Mais la plupart des malades préfèrent, avec grande raison, le bain des piscines à celui des baignoires. Ils peuvent s'y livrer à toutes les fantaisies gymnastiques et natatoires, et joindre au stimulant du bain les bons effets de l'exercice. Il y a deux piscines, une pour chaque sexe; elles sont fort vastes; l'eau y arrive par le fond; la température s'y maintient avec beaucoup d'égalité entre trente et trente-cinq degrés centigrades. Elles sont éclairées parle haut; et la lumière, en s'y jouant sur les carreaux qui en revêtent le pourtour, contribue à en faire ressortir la parfaite limpidité.

L'établissement contient un vaporarium construit sur le modèle de ceux d'Ischia, ou salle circulaire de quinze à seize pieds de diamètre, que surmonte un dôme vitré e1 qu'entourent de petites étuves isolées.

Ce qui distingue surtout Aix de tous les autres établissements thermaux, c'est la perfection avec laquelle sont organisés les appareils à douches de vapeur, et, mieux encore, d'eau minérale. Parmi ces dernières, il en est de toutes les sortes, de toutes les directions et de toutes les températures. Il y en a de verticales, d'ascendantes ou d'obliques, de chaudes, de froides, de mitigées ou écossaises, c'est-à-dire alternativement chaudes et froides, de générales, de partielles, etc., etc. On en varie le volume et le choc suivant toutes les exigences et selon tous les cas possibles. Les doucheurs et masseurs auxquels est confit'' le soin de les administrer sont d'une adresse sans égale. Après la douche, le baigneur est plongé dans le bouillon ; lieriez pas, on nomme ainsi une certaine pièce — j'allais

dire une certaine marmite — à la surface de laquelle l'eau thermale, arrivant violemment par le fond, se manifeste effectivement par des bouillons peu rassurants pour le baigneur encore novice.

Après le bouillon, la chaudière, et, après l'étuve, Yenfer! Il y a l'enfer des hommes et l'enfer des femmes. 11 n'y a pas de purgatoire. L'enfer est une série de cabinels noirs que leur gisement souterrain et leur température... comment dire? infernale ont fait baptiser de ce nom. Deux jets très-forts viennent s'y briser contre le sol, en répandant des tourbillons d'une vapeur diabolique. Pendant que le malade reçoit cette douche de senteur, ses pieds sont plongés dans l'eau minérale. L'enfer est une médication énergique, mais il n'en faut point abuser. Perseverare diaboliaim...

Les Thermes Berthollet, spécialement affectés à la source d'alun, se composent d'un vaste cabinet voûté destiné aux douches et étuves gratuites, de plusieurs cabinets secondaires poUr les douches locales de vapeur, et d'un grand bassin, autrefois bain public, aujourd'hui divisé en plusieurs compartiments employés soit aux bains des pauvres, soit à des usages vétérinaires.

L'action des eaux d'Aix est énergiquement excitante ; elle porte à la peau, accélère le pouls et convient spécialement au traitement des rhumatismes, notamment de ceux dont l'espèce, commune dans les pays humides, tels que l'Angleterre et la Hollande, est dite gommeuse ou spongieuse, pour les maladies de la peau, les anciennes blessures, les paralysies partielles, etc., etc. Elle fait merveille sur les constitutions lymphatiques et scrofuleuses, favorise l'action musculaire par les bains de natation, et, aidant au développement de la cavité pectorale, peut prévenir la

AIX EN SAVOIE. 191 formation des tubercules pulmonaires, funestes accidents si à craindre chez les sujets de ce tempérament.

Le service thermal est dirigé à Aix par MM. Despine père et fils, auxquels sont adjoints, pour cette grave tâche, MM. Vidal père et fils, Forestier père et fils, Dardel, Davat, Verrat, Blanc, Bertier et Guillaud. Il y a peu d'eaux minérales desservies par des médecins non-seulement aussi nombreux, mais en môme temps aussi capables.

C'est un docteur français, M. Constantin James, spécial en matière d'eaux thermales, qui rend cette haute justice au corps médical d'Aix-les-Bains.

Le même docteur constate que les exercices fatigants et l'abondante transpiration, inséparables de la cure, nécessitent une nourriture substantielle et tonique, qui n'exclut nullement le concours d'un vin généreux; et il ajoute que, « sous ce rapport, les malades se montrent d'une parfaite docilité. »

Ce trait d'union va nous servir à aborder la vie mondaine, gastronomique et de plaisirs que le malade mène à Aix, et qui n'est pas sans influence bienfaisante sur les résultats de la cure, bien que les affections qui s'y traitent ne soient pas, en général, de cette nature où le moral a grande part. Un traitement dont les premières conséquences sont de contraindre le malade à une hygiène succulente, à un régime vigoureux, suffirait seul pour expliquer la haute prospérité d'Aix. Nulle part, d'ailleurs, une telle ordonnance ne saurait être mieux ni moins chèrement suivie qu'au bord des lacs allobroges. Tout abonde dans ce plantureux et bon pays de Savoie. Les lacs et les rivières y fournissent les plus beaux et les plus fins poissons d'eau douce: le lavaret, la truite, F ombre-chevalier, la perche, le brochet, l'anguille. Depuis la perdrix et le

lièvre jusqu'à l'ours et au chamois, toutes les variétés de gibier fournissent en foule Tune des plus solides bases de la médication locale. On sait assez la grande supériorité du bétail des montagnes savoyardes ou suisses sur les autres produits des races similaires. Le reste à l'avenant : légumes, fruits parfaits, le tout arrosé d'un gros vin haut en couleur, vermeil, un peu âpre d'abord, mais plein de feu et de jeunesse, comme les mâles populations qui le produisent.

Cette excellente vie matérielle à un bon marché remarquable, bon visage d'hôte et affable, ponctualité dans le service, discrétion, cordialité sans effusions loquaces, voilà ce que le baigneur est assuré de trouver, comme complément de la cure, dans les auberges d'Aix et de Savoie en général. J'ajoute que ce n'est pas seulement dans les services et les rapports stipendiés qu'il trouvera cette bonté et cet empressement natifs; et mon cœur se dilate encore au souvenir de ces bonnes, larges et ouvertes physionomies, images de la sincérité et de l'excellence de l'âme, qui sont le type saillant, je dirai presque universel, de cette franche et forte race transalpine.

Bien qu'il n'en fût aucun besoin, on a introduit à Aix, par subrogation, un luxe de jouissances mondaines et de civilisation, qui ne le cède aux splendeurs raffinées d'aucune capitale. Bals et soirées, concerts, spectacles, se succèdent sans interruption. C'est ici le lieu d'entr"ouvrir les portes de ce lieu féerique que Ton nomme le Casino. Les bâtiments du Casino, élevés sur les plans corrects et élégants de M. Pellegrini, architecte savoyard, menaçaient de rester interrompus faute de fonds, lorsqu'un étranger. Bias, non celui de Priène, mais un Bias français, offrit de terminer la construction à ses frais et de se charger de

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