‹ La vie des eaux [electronic resource]Chapitre 24 sur 50 · A1X EN SAVOIE · texte numérisé non relu

A1X EN SAVOIE

l'exploitation ; ce qu'il fit, à la grande satisfaction delà Savoie et des baigneurs. Comme son homonyme antique, il apporta tout avec lui, et le Casino d'Aix est aujourd'hui l'un des plus magnifiques de l'Europe. On y trouve salons de danse, de jeu, de conversation, de concert, de lecture; restaurants somptueux et cabinets particuliers à l'instar de nos boudoirs gastronomiques les plus dorés. L'ameublement de ces divers lieux de plaisir est d'un grand faste. On ne pourrait se croire au pied des Alpes, dans un pays rude et primitif, si le premier des décorateurs, la nature, d'un coup de son pinceau magique, ne transformait, l'instant d'après, aux yeux des malades et des touristes réunis pour humer la brise des montagnes sur la terrasse du palais, le spectacle de tant de fêtes et de luxe en une autre scène non moins digne d'admiration, bien que gratuite : le diorama d'une belle plaine couverte de longs peupliers, que terminent dans un horizon rapproche plusieurs étages d'âpres sommets dentelés, au faîte, de pics et de pitons neigeux.

Deux bals et deux grands concerts sont offerts chaque semaine aux abonnés de ce splendide établissement. L'orchestre y est placé sous la direction de M. Simon Lévy, l'ancien associé de Strauss, qui, lui-même, a tenu plusieurs années le sceptre ou le bâton musical aux eaux d'Aix. Il est bien inutile d'ajouter que ces fêtes sont assidûment suivies. On entend aussi fréquemment, soit au Casino, soit sur la promenade de la ville, un excellent corps de musique, celui des chevau-Légers de Piémont. Entendre des chevau-légers et en voir! 11 faut se hâter» comme disait le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel IV, au moment de la Révolution française : « Ceux qui ont envie de régner ri ont qu'à se dépêcher! »

J'ai parlé (rime promenade de la ville : j'ai regret de dire quelle se nomme le Gigot. Elle règne dans des prairies et des marécages émaillés de haricots en plates-bandes. Le Gigot est, du reste, ombragé de platanes et de superbes marronniers.

Au Gigot ou ailleurs, on assure que beaucoup d'aventures se nouent et se dénouent à Aix. Je le crois fort : rien m; s'accorde, bien que l'on en ait dit, comme le feu el l'eau. Le lieu inspire.

« Aimons donc! aimons donc! De l'heure fugitive,

Hàlons-nous, jouissons!

L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;

Il coule, et nous passons!

Je demande pardon au lecteur de passer, sans transition, d'un sujet à l'autre. J'y suis forcé par l'étendue de la matière. L'une des curiosités d'Aix est, avec le temple de Diane, Tare de Campanus et le château du marquis d'Aix, un personnage illustré, je ne sais pourquoi, par la verve touriste de M. Dumas. Sur la place d'Aix, à droite en venant de Genève, est un petit café, de modeste apparence, intérieurement décoré d'un papier à personnages représentant des épisodes quelconques de la vie mexicaine ou péruvienne. La première fois que j'entrai chez ce Procope savoyard, je me trouvai en face d'un personnage long et mince, fort curieux, d'un empressement taciturne, qui me parut être à la fois maître et garçon de l'officine. On me dit :

— Voilà Jacotot I

Page 1