‹ La vie des eauxChapitre 10 sur 58 · CALAIS · texte numérisé non relu

CALAIS

De Lille à Calais, on traverse successivem< ut Pérenchiès; Armentières , Steenweck, Bailleul, Hazebrouck, Eblinghem, Saint-Omer, près duquel l'œil s'arrête sur une église gothique en ruines qui fut admirable, à en juger par ses débris; "Walter. Audruick et Ardres, dont le nom se lie inséparablement au souvenir de celte royale débauche de plumes, de velours, de joyaux, de passementerie et de riches anoures que les contemporains et la postérité, après eux, ont nommée le Camp du drap (Y or. De la station d' Ardres, on n'aperçoit pas malheureusement la vaste plaine située entre cette ville et Guines, où, le 1er juin 1520, Henri Vill et François Ier se rencontrèrent pour faire assaut, un mois durant, de courtoisie chevaleresque et de magnificence ruineuse; mais, par compensation; voici une merveille plus actuelle : c'est le fameux pont sans pareil, assis précisément au point d'intersection de deux rivières qui se coupent, à telles enseignes que ce

pont n'est pas un pont, mais une eroix. Le train s'arrête enfin au bord de la Manche, après un parcours de cent quatre kilomètres.

Il était temps, à notre sens, et grand temps qu'un tel auxiliaire, qu'un tel deus ex machina (à vapeur) vînt en aide à l'antique ville d'Fustache de Saint-Pierre et de M. Dessein. Depuis longtemps Calais était malheureusement tombée en voie de décadence, et j'en gémissais à part moi [tour cette historique cité.

C'est entre Boulogne et Calais, et à quelques lieues en deçà de celte dernière ville, que disparaissent tout à coup les falaises remplacées par les tristes dunes, et que commence la grande plaine des Pays-Bas, qui va abaissant son niveau jusqu'en Hollande, pour, au delà, s'abîmer sous la mer du Nord. De par la circonscription géographique, on est encore en Picardie, mais. déjà paraissent les Flandres, Flandres légèrement pouilleuses, il est vrai, ternes et crayeuses, surtout dans le voisinage de la mer.

c Que l'on m'ouvre le cœur après ma mort, disait en soupirant Marie ïudor! on y trouvera gravé le nom de Calais. » Certes, le voyageur aurait quelque peine à s'associer à cette passion romanesque. En sa qualité de place forte, Calais ne peut avoir l'ambition de compter parmi les séjours de plaisance. Une grande place centrale d'où divergent comme les rais d'un astre héraldique toutes les rues aboutissant uniformément au rempart, tel est le plan fort simple de cette ville sans air, sans mouvement, suis perspective. Cercléeet comprimée dans son étau mural, elle a depuis t\c> siècles cessé de respirer, et la vie s'csl échappée d'elle, ou, pour mieux dire, c'est la ville même qui, lasse de son oppression, a peu a peu rompu ses chaînes et a déserté son cachot. Connue ces demoiselles

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