‹ La vie des eauxChapitre 11 sur 58 · CALAIS · texte numérisé non relu

CALAIS

que ni barbons de tuteurs, ni grilles, ni verrous, ne sauraient retenir, elle^ ♦ * 1 1 j . 1 1 1 1 1 » « - les remparts1, et s'esl égrenée dans la plaine, autour du hameau de Saint-Pierre qui de village devenait ville et grande \ille, t;mdi> que, de cité florissante et peuplée, Calais passail graduellement à l'état de véritable solitude. Tout dernièrement, il est vrai, on s'est avisé que le régime claustral et stratégique un peu trop prolongé pouvait bien offusquer les poumons délicats de la prisonnière et lui insuffler cet ardent désir d'émigration. Vite alors on s'est empressé de démolir un pan de muraille du côte de terre pour introduire un peu de lumière et d'oxygène dans la geôle. Mais il était trop lard : la ville fugitive s'était envolée, et dans un avenir prochain, si le chemin de fer n'y met ordre, Calais menace d'être complètement absorbée par l'ex-village de Saint- Pierre, lequel, du reste, n'est rien moins qu'un lieu de délices et a besoin de toute la puissance de l'antithèse pour justifier une telle vogue.

Il restait à Calais son port et ses bassins: mais un malheur amène l'autre. Voyant que la ville même abandonnait la ville, le commerce et la marine n'ont eu garde de ne pas suivre cet exemple : ils ont appareillé et cinglé, vent arrière, qui ù Boulogne, qui à Dunkerque. Aujourd'hui, bien que touchant, pour ainsi dire, à l'Angleterre, dont la sépare un unique pas, assez raisonnable, il est vrai, c'est à peine si elle se survit à elle-même comme point de transit, et retient à son profit une certaine porlion de l'immense mouvement qui chaque jour s'opère entre le continent et la (iiamle-Bretagne. Boulogne, Dieppe, Dunkerque, déshéritent ou du moins déshéritaient naguère son port, de même que Saint-Pierre dépeuple ses maison^ et confisque ses habitant-.

En lemps ordinaire, de longues rues où l'herbe menace de pousser, quelques passants silencieux, de vieux logis inanimés qui ne conservent même plus la physionomie gothique, une unique promenade, plantée d'arbres sur les remparts, où les habitants vont parfois respirer l'air, comme les prisonniers des époques féodales sur la plateforme d'une tour, nul commerce, nulle activité dans le port, et peu ou point de monuments : voilà Calais.

Après avoir franchi la magnifique porte de Richelieu, on arrive à la grande place. Elle est vaste et rappelle assez bien les forums municipaux de Belgique. Voici le beffroi, dont la tournure sarrasine annonce les Flandres espagnoles, et la maison de ville d'un style renaissance original et élégant, au-devant de laquelle un portique fleuri et délicatement ouvré supporte les bustes de plusieurs hommes illustres et chers à la mémoire de la ville. C'est d'abord ce noble citoyen dont s'enorgueillit la potence, Eustache de Saint-Pierre, portant, en guise de cordon de Saint-Michel, cette corde fameuse dont il ceignit son cou avant de s'offrir en victime propitiatoire à Edouard 111; puis le grand cardinal fondateur de la citadelle de Calais, et enfin Henri le Balafré, qu'une inscription surnomme le libérateur de la ville, et qui en fit lever le siège en 1558.

Le monument principal est. après le beffroi et la maison commune, l'église Notre-Dame, qui remonte aux premiers temps de l'art gothique, I époque de la force et de l'austérité, où les maisons divines, criblées de meurtrières, flanquées de tours et de donjons sans cesse retentissant sous le pas des archers et des hommes d'armes, semblaient autant de forteresses. Elle ne renferme à l'intérieur aucun objet d'art qui mérite d'être cité, si ce n'est toutefois un bel autel de marbre blanc, volé, disenl le» Belges, il \ a

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