CALAIS. III
quelque cent ans, àun chapitre rie Naïuur, qui s'en plaiul encore amèrement. Voici comment j'ai ouï conter par les Namurois eux-mêmes le larcin commis à leur préjudice. L'autel, commandé à un marbrier de Gênes, avait été chargé surun navire qui devait le rendre à destination par la Meuse, mais qui, passant devant Calais, eut le malheur de faire naufrage. Le droil d'aubaine, si bien stigmatise par Sterne, était alors dans toute sa force. Le dépôi sacré du navire belge l'ut considéré comme épave par le chapitre de Notre-Dame, qui se l'attribua, malgré les instantes réclamations des jésuites de Namur, lesquels en furent réduits à faire confectionner, sur le modèle du naufragé, un joli autel de bois blanc fort proprement pèinl que j'ai vu depuis dans leur église. Ils gémissent encore de cet événement, bien que leur autel postiche fasse une certaine illusion à distance. C'est la seule contrefaçon belge à laquelle on ne puisse décemment refuser un bill d'indemnité.
On visite ensuite l'établissement de bains. Hélas! l'autorité fait des efforts louables; mais couronnés de peu de succès, pour attirer la foule aux plages sablonneuses pla-
i sous son édilité. Elle pratique l'annonce et lance des programmes avec un courage digne, non d'une meilleure cause, mais d'un meilleur sort, et répand en vain des al'licbes où elle proclame que Calais n'est inférieur à nul autre établissement thermal de la Manche. La foule n'a garde de contredire à cette assertion ; mais elle passe mitre. Nous n'avons pu résister au désir de nous baigner, sous un ciel et par une mer admirable-, dans les Ilots jaunes que soulève la lame en ^'imprégnant de sable sur cette plage habituellement solitaire, et nous avons trouvé fort peu d'imitateurs. Il est vrai qu'il faul aller chercher le flot à une
grande distance, car <>u dirait que la mer trempe dans la conjuration ourdie contre les Calàisieris, etque, elle aussi. prend à cœur d'en abandonner les parages. La côte, pourtant, mérite une meilleure fortune : la grève est douce, très-étendue et d'une pente presque insensible, bien qu'un peu trop accidentée : il y règne malheureusement un assez fort courant vers l'ouest; mais c'est chose si ordinaire s\iv toute cette ente, que les mariniers de la plage ne songent même pas à vous en prévenir.
L'établissement des bains, situé sur la dune même, en avant (\e^ bassins de la ville, parait assez considérable, et ne manque pas d'élégance. Les habitués seuls y font défaut, malgré les séduisantes provocations de l'autorité municipale. Néanmoins il s'y donne chaque mercredi un grand bal, tant que dure la saison i\o^ bains. Quelque restreint que soit le nombre d'étrangers qui réponde à l'appel de l'impressario, ils sont toujours les bienvenus, et ces occasions trop rares de plaisir tirent la ville de sa torpeur.
Nous avons admiré ensuite, parmi les nombreux ouvrages du port, un très -beau phare de près de cent pieds de hauteur, construction toute récente que nous avions vu fonder il y a peu d'années, et que nous retrouvons aujourd'hui entièrement achevé et vraiment remarquable; la jetée, les bassins à flot, et enfin l'écluse de chasse, trèsbeau travail dont ceux de nos lecteurs peu experts dans les usages maritimes nous sauront gré de leur apprendre en peu de mots l'utilité et. l'emploi.
Une écluse de finisse, et particulièrement celle de Calais, est un vaste bassin communiquant avec la mer par quatre portes, A marée haute, le bassin se remplit par ces quatre issues, qu'on a soin de laisser ouvertes. Mais aussi-