OSTENDE. I
avirons, de leurs bras el de leur barque, toujours tout à votre service, prêtsà vous transporter au la|ge, le long des côtes, en Hollande, en Angleterre même, partout où le caprice de monsieur {'étranger voudra foire tourner la barre. Il i*. tut être doué d'un rare entêtement on redouter singulièrement le mal de mer pour ne pas, tût ou tard, amener pavillon et se laisser traîner en dérive par ces oautoniers pins qu'obstinés, .l'avais victorieusement résisté à leurs offres si engageantes et je me flattais déjà d'achever sans nausées ma saison de bain; mais cette confi an ce ne fut pas de longue durée, et tout mon héroïsme faiblit devant les instances câlines, burlesques et surtout pressantes d'un vieux loup de mer aux mains duquel je déûe plus habile que moi d'échapper, et qui pourrait certes chantera bon droit, comme le vieux Caron, le célèbre refrain de l'opéra d Orphée : Il faut passer dans ma barque!... Le fait est que, bon gré, mal gré, je dus passer dans celle du brave Antoine Schalcher : c'est le nom de mon matelot.
Ce digne homme, qui a servi dans la marine hollandaise quelque vingt ans, et a par conséquent beaucoup vu, se pique d'avoir encore plus retenu, et prétend particulièrement posséder la langue française, qu'il manie, au reste, avec une verve de loquacité peu commune. J'ignore si je dois aux souvenirs du flamand, sa langue maternelle , ou aux réminiscences de la vie maritime, l'extrêmç el affectueuse familiarité dont il m'honore. Toujours est-il qu'il me tutoie avec toutes les formes du plus profond respect et sans cesser do m'appeler monsieur ;i toute occasion, ce qui ne laisse pas de former une assez plaisante antithèse et donne à son jargon un tour original et imprévu.
— Allons, viens, monsieur, me dit-il en m'attirant amicalement par l'habit du côté de sa barque; viens l'aire une promenade en mer; le temps est beau; tu ne peux pas souhaiter une meilleure brise.
Je me défends, ou, pour mieux dire, je m'excuse d'accepter son aimable proposition, étant sujet au mal de mer.
— Alors, puisque tu crains les maux de cœur, viens tout de môme, dit-il sans se déconcerter, nous n'irons pas en mer aujourd'hui.
— Et où donc?
— Sois tranquille! je vais te mener voir le port, les bassins, les écluses, le canal, le brick, le parc aux huîtres, le parc aux homards, etc., etc. C'est fort curieux, cela, au moins! Je te montrerai tout; allons, viens!
Impossible de résister à un programme si tentant. Nous partons donc : Schatcher défait ses avirons, et nous cinglons à petite vitesse vers les bassins, le port, et toutes les curiosités annoncées.
Nous abordons d'abord à Tune de ces huitrières fameuses en possession de défrayer les déjeuners fins de l'Europe, et qui à elles seules portent si haut la popularité d'Ostende. Il est remarquable, au surplus, que les parages de cette ville ne produisent pas une seule huître. C'est d'Angleterre qu'on extrait ces mollusques si estimés, qui, pour atteindre à tout leur degré de saveur et d'embonpoint, ont besoin, comme le vin de Bordeaux, d'être dépaysés et de passer la mer. Quand elles arrivent d'Angleterre, les huîtres sont chétives, malingres: elles ont le spleen apparemment. Après un court séjour dans les parcs d'Ostende, elles recouvrent la santé, l'appétit et la belle humeur. C'esl le triomphe de l'hygiène dans ses rapports avec le genre iutéressant de la conchyliologie. Rien n'est simple, au sur-