OSTENDE
livre qui contient, je pense, tous ceux «les étrangers qu'a attirés la plage d'Ostende êtpuis trente ;ms. J*ai l'honneur il'\ signer entre un membre de la députation des Flandres accompagné de su famille, et un bon abbé brabançon qui voulait absolument voir une défense de licorne dans L'épée d'un simple narval. Je cherchais des yeux les serpents de merannoncés par Antoine Scbatcher, et ne les trouvais pas, si ce n'est sous la forme de longues anguilles appendues aux lambris, quand mon ami, lui-même, parut inopinément, traînant avec lui à la remorque toute une compagnie de baigneurs que, plus heureux cette fuis, son éloquence persuasive est parvenue à entraîner sur la route du fameux Slykens.
Du plus loin qu'il me voit, il court à moi, et, sans m.' témoigner aucun ressentiment de me rencontrer là après mon refus de la veille :
— Eh bien, me dit-il. tu es content? tu vois Slykens. .l'étais bien sûr que tu finirais par y venir! Regarde-moi tous ces serpents, et ces gros poissons... C'est beau cela! Dis-moi, ajoute-t-il en se penchant mystérieusement à mon oreille, situ veux retourner à Ostende tout à l'heure, tu as une belle occasion !
Cette occasion, c'est son bateau, que j'ai le cœur, cette fois encore, de refuser, mais malgré moi, ayant une vigilante à l'heure. Je promets, en revanche, à Schatcher de me confier le lendemain à son canot, pour la promenade en mer dont il m'a inutilement convié la veille, et qu'il déclare être une des plus impérieuses obligations de ma qualité de baigneur. Je me hâte d'ajouter que j'ai tenu parole; notre course, favorisée par un soleil splendide et une jolie brise, a été admirable, et elle a cimenté l'étroite intimité établie dés l'abord entre Schatcher et moi, ami-
ti.; qui n'a fait que se resserrer durant tout le reste de mon séjour aux bains d'Ostende. Chaque jour j'ai dû résister aux instances de mon matelot, qui, à toute force, voulait me reconduire en mer (Y amitié, en reconnaissance de quelques insignifiants pourboires dont jel'avais gratifié quand il venait faire, avec moi, la conversation sur le port. Quand il a fallu se quitter, nous avons échangé les adieux les plus tendres, les poignées de mains les plus rudes, et la promesse de nous revoir l'été suivant. Si j'ai le malheur de ne pouvoir remplir cet engagement sacré, je m'acquitterai du moins, autant qu'il dépend de moi, en recommandant mort ami aux baigneurs de la saison prochaine. (.'est un vieux matelot estropié à la suite d'une chute qu'il fit, du haut des barres de perroquet, sur le pont d'un navire de guerre où il servait comme gabier, chute qui lui valut son congé de réforme, avec une fracture à la cuisse, dont il est demeuré boiteux. Ils le reconnaîtront sans peine à cette infirmité, à son air d'enjouement, et surtout à ce tutoiement agréable qui donne tant de charme à son entretien, et dont le souvenir m'esl resté, comme on le voit, profondément gravé dans l'âme.
MARIUTS
Ce havre océanique, à l'heureuse latitude des plages méditerranéennes, joint, ce qui leur manque, l'avantage réel de la marée el de la lame.
Biarrits, situé dans le pays de Labour, et à sept kilomètres seulement de Bayonne, est un bourg maritime auquel sa spécialité comme place de bains donne de l'importance, bien que la population n'en soit pas considérable (deux mille habitants environ). Il est jeté sur des bancs de rochers, surplombant à plus de quarante mètres au-dessus du niveau de la mer. La sinuosité très-profonde que décrit la côte sur ce point y appelle les vagues et la marée, qui montent très-haut dans cet enfoncement rocheux, et qui, poussées par les vents du nord et de l'ouest, se brisent contre les écueils avec un bruit prodigieux : mais, en revanche, ce combat tumultueux a l'avantage de provoquer et d'entretenir une légère brise qui rafraîchit cette cote sans plantations et sans verdure. Ce ressac furieux et continuel a pratiqué, avec le temps, dans le roc des excavations nombreuses, dont la plus vaste, présentant un demi-cercle de trenUj-si\ à quarante pas de diamètre, sur une hauteur de \<>ùte de cinq ou six mètres, a reçu ^le la tradition le nom de Chambre d'amour. G'esl
la pitoyable aventure du berger Oura et de la bergère Ederça, surpris par la marée montante dans cette grotte, où ils oubliaient les instants, qui a valu à cette redoutable caverne son erotique surnom. La mer, en battant le roc, y a formé d'autres trous que l'on appelle Bains d'amour. Vraie succursale de Cythère que ce beau pays de Labour! Les Bains (V amour présentent, comme hChambre d'amour, des dangers à qui ose affronter les fureurs de ce terrible golfe de Gascogne ; et l'on cite nombre de belles et jeunes baigneuses emportées par le reflux, malgré le dévouement des plus hardis nageurs. On y revient, malgré ces funèbres légendes ; mais il est fort prudent de fuir les Bains d'amour, et de s'en tenir à la plage commode et exempte de tout péril du Port-Vieux, petite anse munie de barques pourvues de tout le matériel des bains, et au besoin pouvant sauveter les nageurs qui se risqueraient trop avant ou seraient pris de faiblesses. C'est là que tout le monde se baigne pèle-mèle, et c'était plaisir de voir arriver de la ville, à certains jours de la semaine, les nombreuses caravanes de Bayonnais qui venaient naguère participer aux plaisirs de la saison d'été, en cacolets, c'est-à-dire sur des mulets supportant des bats à double compartiment, et de chaque eut»'1 desquels se placent, sur une ebaise ou sur un tabouret ad hoc, le voyageur et son conducteur; quant au poids, on l'équilibre au moyen de lest ajoute à la plus légère des charges. C'étaient les Qacres île Bayonne, où on les trouvait stationnant au coin des principales rues ou places : et il e>t Ih.d de dire que les conducteurs de ces cacolets étaient, pour l'ordinaire, déjeunes et jolies Basquaises, ce qui n'ajoutait pas peu au charme original de ces faciles véhicules.
Depuis nombre d'années déjà, la plage de liiarrih est
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ni possession d'une vogue irès-méritée. L'établissement thermal n'\ est pas fixe; mais c'est dans l'anse du P<>i i- Vieux qu'on se baigne de préférence. Là la grève est douce, le (lot moins agité, le site pittoresque, et |e hautes murailles naturelles coupées à pic dans le rocher protègent ce point contre les vents d'est et de nord. L'air est toujours tiède; et, en s'arracbant aux embrassements de la naïade, on n'a point à craindre ces passages subits du chaud au froid qui, ailleurs, compromettent souvent l'effet du bain, et nécessitent des réactions laborieuses. Un service de surveillance très-bien organisé a mission de suivre tous les mouvements des baigneurs, de leur porter secours a la première alerte, si bien que tout sinistre est impossible. Sou> l'oeil dés excellents maîtres nageurs qui veillent à la sécurité de tous, un enfant même peut se livrer aux caresses et aux bercements de la vague.
Dans les lianes du rocher de Port-Vieux on a pratiqué des chemins spacieux et commodes d'où la vue domine le bourg, la mer. la plage et la colonnade dorique du vaste établissement des bains chauds, situés en travers et à peu de distance de la principale ansedeBiarr'iK En suivant le sentier de droite, on arrive par une pente insensible a VAtalaye (au cap), d'où l'œil embrasse tout un panorama immense : d'un côté, le phare à éclipses et à feu tournant, qui surmonte la point'- de Saint-Martin d&Biarrits; l'embouchure de l'Adour, et des llottilles de chasse-maive> et de navires à hautes manœuvres gouvernant vers la pleine mer; la côte du Marencin, que Ton voit se confondre à l'horizon avec la mer : de l'autre côté, et a gauche, les dunes de Ridart: le beau village de Guéthary, dont les maisons blanches sont disposées en amphithéâtre: Soroa et sa tour crénelée, Pontarabie et toute la oôle
d'Espagne. Sous ses pieds, on a les vagues qui se brisent sur les rochers et retombent en cascades; devant soi, enfin, le vaste Atlantique.
Du côté opposé à TAtalaye, s'étend une superbe plage couverte d'un sable fin et moelleux : c'est la côte dite du Moulin; c'est le rendez-vous des nageurs émérites. Là s'engagent des luttes parfois téméraires contre le flot tempétueux; mais l'administration a redoublé de soins et de précautions sur ce point spécial pour en écarter tout péril: des chaloupes, montées chacune de plusieurs hommes d'équipage, croisent continuellement de distance en distance, toutes prêtes à recueillir les baigneurs imprudents qui se lieraient trop en leurs forces, ou s'égareraient dans les brisants. On trouve d'ailleurs, sur la côte du Moulin, plusieurs bassins où les personnes inexpertes en l'art de la natation peuvent s'immerger sans péril.
Bianits est, cela va sans dire, la belle saison venue, un congrès cosmopolite de célébrités en tout genre, tranchant, à la manière des portraits, sur un fond de nombreuses obscurités. On sait, en particulier, le séjour qu'j font depuis deux ans l'Empereur et l'Impératrice. Il n'est pas de résidence d'eaux qui ne se puisse vanter, bon an, mal an, d'au moins quatre douzaines d'illustrations, ••— de çaxYÂlmanach national. Les sommités sociales sont, à ce qu'il paraît, plus particulièrement sujettes que la plèbe aux maux de l'humaine nature... Ferit sublimia fulmen. Mais ce qui donne un caractère particulier à Biarrits, c'est la réunion* la fusion, si tant est que le mot soit encore du vocabulaire, des nationalités française et espagnole, quelques aimables misses, néanmoins, brochant naturellement sur le tout. San< parler des merveilleux des départements voisins et 9es Parisiens, espèce rare encore,
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dm prouve là le Béarnais à l'œil brillant et vif, à la physionomie expressive et spirituelle; le Basque de (Juipuzeoa, alerte, dégagé, vrai descendant de ces vaillants Cantabres qui soutinrent si longtemps la lutte à outrance, contre les aigles romaines; la Catalane, la Navarraise, dont nous n'entreprendrons pas de redire le signalement, tant de fois fait voir, pour renseignements, VAndalouse de M. de Mu-set, el toutes les séguidilles passées et présentes); el enfin, parmi cel essaim de beautés brunes ou blondes, à l'œil bleu ou noir, au teint de lait ou de bistre, une simple grisette, la jeune Bayonnaise, tient honorablement son rang, et justifie le renom de sa race, où la laide est un phénomène, où la grâce et l'élégance naturelle courent exactement ies rues.
Les salons de conversation occupent le premier étage d'un hôtel nouvellement construit sur la place principale. On y trouve journaux, brochures, publications de toute espèce, partitions, romance-, instruments de musique., etc., etc.
Bien que la côte de Biarrits soit fort aride, ce qu'explique sa composition géologique, il ne paraît pas que le souffle des vents d'ouest apporte sur ce point un obstacle invincible à la culture, comme on le croit communément. In peintre, un élève de Girodet, M. Feillet, qui s'est fixé à Bayonne, a eu l'heureuse idée de combattre et de vaincre le préjugé ou la nature. 11 s'est construit, au haut «le la côte f\\\ Moulin, un ermitage qui, grâce à ses soins habiles, s'entoure déjà d'une brillante végétation, et qui un jour sera, pour les baigneurs de Biarrits, le pendant du Chalet de M. Ulric Guttinguer, Tune des ressources et des promenades favorites des habitués de Trouville.
L'une des grandes distractions contemplatives de la vie de Biarrits, c'est, avec le spectacle éternellement varie dans son apparente monotonie de l'Océan, de la mar grande , comme disent nos amis les Arabes, c'est celui des flottilles de chaloupes et barques plus ou moins pontées qui reviennent du large ou y vont tenter les rudes aventurcs de la pêche. Le pittoresque pêle-mêle de l'arrivée et du départ offre aux artistes et aux amateurs un sujet d'observations qui doit être inépuisable, puisque, après tant d'études, pochades, croquis, toiles de tout genre, il n'est pas encore épuisé. La soirée, commencée sur les plages île l'anse d'embarquement, s'achève au bal ou au concert.
11 y a sur toute cette' côte force légendes que le lecteur nous permettra de confisquer. On tient ici débit de légende-, comme à Waterloo de reliques de la grande armée. (1 y en a sur tous les trous, sur toutes les pointes et sur tous les récifs de la plage. On a soin de vous raconter ces choses-là. qui, pour la plupart, sont à porter le diable en terre, lorsque la rafale commence à gronder sur la côte, la lame à blanchir et le vent à siffler. La mise en scène alors est complète. Fuyons ! j'ai aperçu un vieux marin que je soupçonne de vouloir nous narrer la légende de l'Àtalaye. 11 y a une croix sur ce terrible pic: j'imagine qu'on l'a plantée à la dixième légende. Allez à Biarrits, niais déliez-vous des croix et des vieux marins : c'est le conseil que vous donne un baigneur vétéran qui a déjà subi force légendes, pour avoir expéiïmente en baigneur la Méditerranée, la mer du Nord, la Manche et mie partie de l'Océan.