LES EAUX THERMALES
Depuis quelques années la moue prend sous son fantasque patronage une multitude d'eaux thermales que nos pères ignoraient profondément et que nos fils ne connaîtront pas mieux sans doute. Du Rhin à l'Océan, de Belgique en Espagne, le caprice promène tout un monde blasé, plantant sa tente sur chaque plage, s' asseyant au hord de chaque source; improvisant, comme Potemkin, des villages de carton-pierre et de bois peint, là où naguère il n'existait qu'une lande stérile, que quelques misérables huttes, et à des maux fictifs offrant des remèdes imaginaires. C'est le similia similibus d'Hahnemann ; c'est toute une homœopathie pittoresque et locomotive.
Bien différentes sont de ces eaux de fortune les ondes célèbres de Vichy, qui ont. assurent les médecins, la quadruple propriété de rendre les jambes aux^goutteux, l'appétil et la digestion au* estomacs débilités, une libre
sécrétion de la bile aux foies souffreteux, et eutin de dissoudre certains calculs fort onéreux à leurs iristes propriétaires. Ce sont là des eaux de vieille roche, de bonne source, qui comptent maints quartiers de noblesse. Dès le siècle de Louis XIV, elles étaient en grand renom.
Mais, depuis quelque temps surtout, l'établissement thermal de Vichy suit une progression rapidement croissante, comme le budget et tout ce qui touche à la prospérité publique. Tant de chemins y conduisent, que cette vogue s'explique de reste, et ces chemins sont la goutte, la gravelle, la pierre; puis l'hépatite, l'entérite, l'ictère, la phlegmasie chronique du tube digestif ; tristes sentiers trop fréquentés! Si tous ces maux et beaucoup d'autres n'existaient pas, je ne pense pas qu'il fallût les inventer; mais le Bourbonnais n'est peut-être pas de cet avis : il vit, ou peu s'en faut, sur ses ondes thermales; il a la gloire, qu'il ne paye pas, bien au contraire, de posséder, outre les sources de Vichy, les plus importantes de toutes, celles de Néris, de Bourbon-l'Archambaut et de Bourbon- La ncy.
Tous les ans, le reste de la France se rend tributaire de ce fortuné département de l'Allier pour deux ou trois petits millions d'eau minérale, dont la plus forte partie est attribuée à Vichy, sans contredit aujourd'hui le premier établissement thermal de France, et qui sera bientôl sans doute l'un des premiers de l'Europe.
Ses ondes gazeuseset alcalines étaient parfaitement connu, isdes Romains, ces grands amateurs d'eaux thermales : c'est ce qu'attestent des médailles, des restes d'anciennes constructions et des débris de poterie découverts dans le voisinage de ces sources, qu'on trouve désignées sous le nom ÏÏAqux caUdas, dans la carte théodosienne, avec le
petit carré indiquant la présence d'un établissement thermal. One voie romaine partant de Clermont traversait Vichj pour se rendre à Vourroux, et «I»- là à Roanne; et l'on voit encore sur l'Allier quelques vestiges de l'arche d'un ponl sur lequel on suppose que César toujours César!) traversa cette rivière au retour de son expédition contre la GergoviedesArvernes. Pardon de l'archéologie !
Longtemps les eaux thermales de Vichy, qui font aujourd'hui toute la richesse de la contrée, furent dédai-* gnées, abandonnées, et leurs qualités méconnues. Deux couvents, l'un de Célestins, l'autre de Capucin-, établis près îles sources, prenaient seulement à tache de les utiliser, en recevant les religieux de leur ordre, malades ou infirmes, qu'ils entreprenaient de guérir par l'action des eaux minérales. Plus tard, la source dite du Grand puits fut seule recueillie dans un petit bâtiment qu'on nommait la maison du roi. et ce ne fut que vers la fin du siècle dernier qu'on songea sérieusement à mettre rétablissement thermal de Vichy en harmonie avec son importance réelle. Le voyage de santé qu'y firent mesdames Adélaïde et Victoire de France, en 1787, fut le signal de cette instauration si nécessaire. Toutes princesses qu'elles étaient, elles participèrent au malaise dont se plaignaient amèrement les buveurs d'eau. Sur le rapport qu'elles en firent, un nouvel établissement thermal fut élevé, et elles-mêmes arrêtèrent les plans de grandes constructions qu'il ne leur fut pas donné de voir exécuter. En 1814, la première visite de la ducbesse d'Angoulême, rentrée en France, fut pour Vichy, où l'absence de confort dont elle eut à souffrir put lui faire dire, cette fois à juste titre,
que rien n'était changé pour elle, et qu'il n'y avait à Vichy qu'une malade de plus. » Ce fut elle qui posa la
première pierre du vaste établissement actuel, pour lequel elle fournit des fonds, et où elle prenait de nouveau les eaux en 1830, au moment même où Charles X signait, avec l'arrêt de sa chute, celui de l'exil de cette princesse malheureuse.
Malgré le peu de soin apporté à l'aménagement de ses sources avant la fin du dix-huitième siècle, Vichy reçut, dès le dix-septième et dans celui qui le suivit, de nombreuses visites de personnes du rang le plus élevé ou illustres à divers titres, parmi lesquelles madame de Sévigné, dont on montre encore la maison dans la vieille ville, el Fléchier, l'éloquent et sage Fléchier, qui, ivre d'enthousiasme et de carbonate de soude, rima sur cette douce nature bourbonnaise les seuls vers qu'il ait composés, nous aimons du moins à le croire. La pièce est rare et curieuse; elle mérite d'être transcrite :
C'est pour voir ces lieux à loisir,
Où la nature a pris plaisir
A réunir dans l'étendue
Tout ce qui peut plaire à la vue:
Les villaires et les chàleaux,
Et les vallons et les coteaux ;
La perspective des montagnes,
Couronnant .le vastes campagnes;
Le beau fleuve qui, dans son cours,
Forme à leurs pieds mille détours;
La verdure émaillée des piailles,
Le cristal de mille fontaines,
Les prés, les ruisseaux et les bois :
Toutes ces beautés à la l'ois
Rendent le pays admirable;
El, dans ce séjour délectable, r à jamais préférable
.1 celui i/n /m1 itent les dieux.
• in l't'u-r. cl c'est chose croyabh . Que, pour l'utile et l'agréa Janidis mi ne put trouver mieux.
Tous 1rs efforts que la peinture Fail pour imiter lu nature N i -nui que '!<■ faibles crayons Des beautés que nous y voyons.
Auprès de toutes i es merveilles, Qui sont peut-être sans pareilles.
Je n'estimerai» pat un chou l.e paysage de Saint-Çloud, Non plus .|uc celui do Surfine, Arrosé «ies eaux de la Seine:
Et qui vante Montmorency Se tairait s'il eut eu ceci.
Que dites-vous il»' ce petit morceau dans le goût de Bachaumont et de Chapelle, nu moins parla prose descriptive qui le précède et qui le suit? Pour moi, j'avoue que j'en raffole : le séjour à jamais préférable à celui qu'habitent les dieux me semble bien un peu risqué, surtout pour qui connaît le nom du poëte. L'idée de déporter l'Olympe en Bourbonnais, et de substituer l'eau de Vichy au nectar que boivent les dieux, est téméraire, j'en conviens. Il \ a bien aussi quelque part un vers faux : ce sont licences poétiques. Mais en revanche l'utile et l'agréable est on trait fort heureux. Je n'estimerais pas un chou le paysage de Saint-Cloud, me semble du dernier galant; et, quant au Quos ego fulminé contre l'enthousiaste ignare qui ose nniter Montmorency , je ne sache pas de [dus belle inspiration poétique; <[ui mate Montmorency est un trait de génie. 11 est évident que les malavisés qui prônent l'asile de Jean-Jacques commettent une bourde impardonnable. L'm1 seule circonstance peut atténuer leur tort: les malheureux n'ont pas vu ceci!
IGfi LA VIE DES EAUX.
Pour madame de Sévigné, en vingt lettres diverses (nous en avons cité une déjà), elle célèbre les vertus de Tenu de Vichy M trace à sa fille le portrait le plus enchanteur des jolies rives de l'Allier. « Je crois, dit-elle, q«e si l'on \ regardait bien, on y trouverait encore des bergers de l'Astrée. » Tout l'avait séduite dans cette et riante calme nature bourbonnaise, hors le goût des eaux, qu'elle n'hésite pas à proclamer bouillantes et détestables; elle voulait dire apparemment bouillonnantes. « Je me porte fort bien , écrivait-elle encore; je bois tous les matins; je suis un peu comme Nouveau, qui demandait : Ai je bien du plaisir? Je demande aussi : Rends-je bien mes eaux? la quantité, la qualité, tout va-t-il bien ? On m'assure que ce sont des merveilles, et je le crois, et même je le sens: car, à mes mains et à mes genoux près, qui ne sont point guéris, parce que je n'ai encore pris ni le bain ni la douche, je me porte aussi bien que jamais. La beauté des promenades est au-dessus de ce que je puis vous en dire: cela seul me redonnerait la santé. »
Les piquantes descriptions de madame de Sévigné joignent au mérite du pittoresque celui d'être encore parfaitement exactes, à quelques nuances près, surtout en ce qui touche l'emploi de la matinée, le moment capital, l'heure solennelle où l'on prend et l'on rend ses eaux. Seulement, madame de Sévigné, de même qu'elle exagère les délices des sites bourbonnais, calomnie ces mêmes eaux, qui sonl chaudes, niais non bouillantes, et n'ont jamais eu le goûl de salpêtre.
De nouvelles el considérables améliorations ont été apportée-en 1846, et depuis, à l'établissement thermal: nous en rendions compte ci-après.
Jetons d'abord un coup d'œil général sur Vichy, pur-
dous entreprendrons de donner au lecteur une idée de la \ ie qu'on mène en ce lieu cher à Esculape.
Il y a deux Vichy contigus : l'un vieux, tortueux et mal bâti, jadis fortifié, prisel repris pendant les discordes civileesjle la fin «lu règne de Charles VI CI les guerres de religion, relégué à l'extrémité de la vaste et belle promenade qui l'ait face à l'établissement, et exclusivement affecté à la demeure des indigènes; l'autre, jeune, pimpant, désert huit mois de l'année; niais les quatre autres. en revanche, peuplé et animé comme la rue Richelieu, caravansérail dédié à la France buveuse dVau, agrégation sans grossissante d'hôtels, petits et grands, dont quelques-uns rappellent les gigantesques proportions des gasthaus de Suisse et d'au delà du Rhin, les archétypes en ce genre, de l'aveu de tous les touristes. Heureux si, dans ce labyrinthe hospitalier (et pendant deux mois de la saison au moins, c'est plutôt inhospitalier qu'il faudrait dire!, vous pouvez, à votre arrivée obtenir une chambre; que dis-je? une mansarde, un coin quelconque où reposer votre tête et vos reins brisés par les odieuses pataches qui ont le privilège d'importer le malade de tous les points de l'horizon. Plus heureux si vous parvenez à vousglisser subrepticement dans l'un des trois ou quatre grands hôtels qui sont en possession de la faveur publique, chez GuiUermeti, à Y Hôtel de Paris ou à V Hôtel Cornil. Mais au mois de juin ou de juillet, c'est là, hâtons-nous de le dire, une ambition démesurée. N'entre pas qui veut là dedans: il faut faire un surnumérariat préalable, comme dans les douanes ou les contributions directes. Il faut aller provisoirement occuper un cabinet de toilette dans quelque maison du voisinage, en attendant que les départs Vous permettent l'entrée du sanctuaire à votre tour d'inscription.
Mais enfin je suppose que, par un coup du sort inespéré, vous avez le raie bonheur d'être admis d'emblée clans la placei Vous voilà installé dans une jolie petite chambre qui donne vue sur un grand jardin ou sur une cour ombragëe d'arbres. Votre premier soin, en homme bien appris, est de remettre vos cartes à l'un des garçons de service pour les faire distribuer à tous vos commensaux, en échange de quoi, l'heure d'après, le mêmeLafleur vousrapporte quarante ou cinquante noms précieusement gravés sur porcelaine, quelques-uns illustres, d'autres obscurs, mais exhalant, [tour la plupart, un parfum très-aristocralique. Je ne sais comment il se fait, mais j'ai rencontré en un mois plus de comtes et de marquis à Vichy que je n'en croyais exister sur toute la surface du globe; pour les bannis et les vicomtes, ils sont à remuer à la pelle. Le moins qu'on puisse se passer, à défaut du plus léger titre, c'e>t la particule nobiliaire. Si vous ne l'avez pas, on vous l'octroie généreusement séance tenante. Vous aurez beau vous en défendre, vous serez M. de Martin ou M. de Gros-Jean, bon gré, mal gré, et je pourrais citer tels ou tels gentilshommes qui se le sont tenus pour dit et n'ont eu d'autre investiture que le baptême des eaux thermales.
Maintenant que vous êtes citoyen d'un hôtel et dûment enregistré au livre d'or, il ne vous reste plus qu'à aller prendre place à la table d'hôte, où vous occuperez le bas bout, suivant l'usage des eaux, en attendant que les départs successifs de vos prédécesseurs vous mènent à monter en grade. Puis, il faut rendre votre visite à l'un détruis médecins inspecteurs en possession de délivrer les ordonnances et les permis, sur le vu desquels seuls on est admis à prendre les bains minéraux. D'autres médecins peuvent sans doute pratiquer leur art à Vichy: mais les
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inspecteurs peuvent seuls autoriser l'usage des bains, ce qui annule toute concurrence et assure aux titulaires des bénéfices considérables. Il faut donc passer par leurs mains; et, comme Vaffluence est grande, qu'ils ont à donner certains jours des consultations par centaines, il en résuite que les malades sont, dans notre opinion du moins, ob- 51 rvés trop légèrement.
' •• n'est pas le tout que se faire délivrer un ordre de bain : reste à obtenir une baignoire; et c'est ici que commence une nouvelle série de manœuvres diplomatiques, qui n'est le plus souvent couronnée de succès qu'après une semaineau moins. En attendant, on est baigneur surnuméraire, de même qu'on a été commensal aspirant de Guillermen ou de Cornil. 11 faut saisir au vol une baignoire vacante par suite de l'inexactitude de quelque malade en pied, jusqu'à ce que le chef baigneur, touché de vos peines et de votre persévérance; daigne vous conférer enfin le grade et le peignoir de baigneur titulaire. Dès ce jour, vous avez une heure et un numéro de baignoire Homme heureux : Il est vrai qu'il vous faut d'ordinaire acheter cet avantage inappréciable par la vigilance du coq. a A demain matin trois heures, » vous dit le chef baigneur avec son plus gracieux sourire.
— Trois heures! grand Dieu!
— Eh! oui, sans doute! si l'on ne commençait pas avant l'aube, jamais, avec les quatre-vingts baignoires que possède l'établissenlfent, on ne pourra^ suffire à abluer tout le monde.
Il importe donc au plus haut degré d'être matinal à Vichj . A trois heures, une partie de la population exotique est déjà sur pied : les paresseux se lèvent à cinq. Le bain du matin étant spécialement recommandé comme plus
actif, c'est par là d'habitude que commence la journée. Il dure une heure, montre en main. Un coup de cloche vous ordonne d'avoir à vous déshabiller; à un second coup, il faut s'arracher aux tièdes embrassements de la naïade thermale, et faire place nette pour la série suivante.
Après le bain, il s'agit déboire, dedemi-heure en demiheure, trois, quatre, cinq, six, et quelquefois jusqu'à dix ou douze verres d'eau minérale, en arpentant dans l'intervalle la promenade qui conduit de rétablissement à la fontaine Rosalie, ou de celle-ci aux Célestins. La marche et l'inspiration de l'air matinal, voilà deux puissants auxiliaires de l'action des eaux. Aussi, est-ce un curieux spectacle pour un indolent citadin que l'animation quotidienne de cette promenade, à l'heure indue où les laitières et les porteurs de journaux peuplent seuls, parmi nous, le Paris géant qui sommeille. De jeunes et frais visages, qu'envient non sans raison les mystérieuses alcôves, battent déjà l'estrade en capotes de satin et en robes de poultde-soie. C'est qu'il s'agit de supporter l'inspection des gentilshommes, qui abondent à Vichy, nous Lavons dit plus haut, et qui, eux aussi, ont arboré le négligé galant à la dernière mode, Lhabit à carreaux dénué de basques, la veste et la culotte du même, le tout couronné par le l'entre gris à larges bords que portaienl les raffinés du temps de Louis XIII. Ce mélange mi-parti Bassompierre et Mabille ne laisse pas d'être réjouissant.
A dix heures précises, nouvelles cloches agitées dans tous les hôtels, c'est-à-dire dans toutes les maisons. C'est un carillon qui éclipse singulièrement celui de Dunkerque. Tout V i ! • 1 1 \ déjeune comme un seul homme: et Dieu sait quel- crotoniens appétits se donnent carrière, aiguisés par la promenade, l'air du matin et l'action singulièrement
stimulante des eaux thermales. On oe mange pas, on décore. Les médecins font des efforts incroyables pour modérer la fougue gastronomique de leurs malades; mais ils j réussissenl bien mal.G'esl là un écueil contre lequel il esl bon toutefois de prémunir les néophytes. L'appétit insatiable, développé par le gaz et le bi-carbonate de soude, n'est salutaire et profitable qu'à la conditii se de
ne pas l'user jusqu'au bout. Experto crede...
Après le déjeuner, on va faire un boutde toilette pour se produire au salon ou à la promenade. bis exercices hygiéniques étant à peu près terminés, il faut songer un peu ;uix plaisirs. C'est ce dont chacun a l'habitude de s'acquitter consciencieusement. La distraction est nécessaire : il v a ordre de s'amuser comme chez le sultan Schababaham. Les joueurs font dresser la table de whist. Là-bas, on se rassemble en rond sous prétexte d'ouvrages à l'aiguille, et un s'occupe du prochain. On va faire une partie de billard, ou fumer un cigare sous les grands arbres, il y a un tir au pistolet. On trouve à rétablissement tous les journaux et les revues. Si l'on a quelques louis de trop, on peut prier madame Strauss de vous montrer son cabinet de peintures et de curiosités: et il est rare qu'on ne trouve : as l'occasion de se séparer, avec un plaisir tout philosophique, de cette superfluité. Vers midi ou une heure, on monte en calèche, en landau, en tilbury, à cheval, à âne. pour aller visiter les sites et les châteaux du voisin On improvise dans chaque hôtel des cavalcades générales; il y a des chevaux de manège: mais, le plus souvent, on se contente de la monture de Balaam, fort en crédit dans la contrée.
eaux de Vichy sont certainement les eaux les plus polkantes de France. Il faudrait graver sur l'antique
porte de la ville ce que Ton écrivit jadis sur les ruines de la Bastille : Ici Von danse. Le cotillon-morbus y semble la seule maladie régnante. Nous n'avons pas mémoire d'avoir jamais assisté, même en plein temps de carnaval, au cœur des plus fougueux hivers, à pareille dansomanie. Ce n'est point assez do danser chaque soir au salon de conversation et dans les principaux hôtels; des matinées polkantes sont instituées aussi : le quadrille, relégué au nombre des vieilleries antédiluviennes, voit pâlir son avant-deux et sa classique pastourelle devant les danses plus vives et plus accentuées qu'a vu naître le dernier règne.
Vichy, toutefois, diffère de beaucoup d'eaux thermales, en ce que le nombre des malades y est assez considérable et la nature des affections assez grave pour motiver dans le régime de ce séjour une certaine sévérité hygiénique. Les malades sont tenus de se lever matin pour aller prendre et rendre leurs eaux, absolument comme au bon temps de madame de Sévigné. On n'y passe point les nuits au bal, mais seulement la moitié des nuits; on n'y joue point un jeu d'enfer : les princesses parisiennes, si nombreuses à Spn et à Bade, ne se risquent point à Vichy et n'y seraient point tolérées. En un mot, les eaux de Vichy sont honnêtes et recommandables entre toutes : si l'on n'y goûte point les jouissances effrénées des salons d'oulre- Hhin, on y savoure des voluptés plus délicates, assaisonnées par la morale et couronnées parla santé.
Quoique le pays soit assez plat, mal boisé, assez peu pittoresque en somme, n'en déplaise à l'enthousiasme de madame de Sévigné et aux épanchements lyriques de Fléchier, quelques points sont dignes d'être vus et méritent une mention spéciale.
Il faut citer d'abord le château d'Effiat, berceau de