‹ La vie des eauxChapitre 20 sur 58 · VIC1IV · texte numérisé non relu

VIC1IV

Cinq-Mars, dont les propriétaires actuels oni eu le bon goût de conserver et de restaurer les vieilles tentures, les lambris de chêne sculpté et le >é\ are ameublement ; et celui de Elandan, admirable résidence de madame la princesse Adélaïde, entouré d'un parc princier et situe à l'er trée de cette belle Limagne que couronnent et dominen • lu fond de l'horizon, les montagnes du Puy-de-Dôme, à croupe arrondie et bosselée comme celle d'un gigantesque dromadaire.

Randan, qui fut dans l'origine un monastère bénédictin, a appartenu successivement aux maisons de Polignac, de la Rochefoucauld, de Foix, de Lorges, et enfin au duc de Choiseul, de qui la sœur du dernier roi l'acquit en 1822. Cette princesse a ci>n>idérablement embelli et augmenta ce domaine, où elle avait l'habitude de passer, tous les étés, quelques semaines. Le château, tianqué d'une gi tour ronde, ne manque pas de caractère; il est très-simplement meublé, mais il renferme des tableaux de prix. On voit dans la chapelle, attenante au château par un - lerie découverte, une assez curieuse peinture : c'est un Martyre de sainte Dorothée, pour lequel ont posé madame de Genlis et ses truis augustes élèves, le due de Chartres (Louis-Philippe , alors âgé de douze ou quinze ans, et ses deux frères puînés. La sainte, un peu dou-

- . se présente sous les traits de l'auteur des Annales île la vertu.

Il y a encore les vieux châteaux de Billy, de Bussel et de Maumont. On gagne ce dernier par un pont suspendu sur l'Allier, qu'à sa pile et à ses piliers gothiques on serait tenté de prendre d'abord pour un ouvrage du treizième siècle; mais il n'y a que les architectes modernes pour faire des ponts si moyen Age. Celui-là porte le millé-

sime de 1845 : spn auteur est M. Adolphe Boulland, ingénieur civil, au talent et au goût duquel cette Construction fait honneur. C'est un joli petit pastiche, qui s'harmonise on ne peut mieux avec le château de Maumont. auquel il donne accès, et dont il est, pour ainsi dire, le pont-levis sur un fossé qu'on nomme l'Allier.

La côte Saint-Arnaud, la Montagne-Verte, les bords dn Sichôn, délicieuse petite rivière, le Saut de la chèvre et la • i-.ade du Jour saillant offrent d'autres buts de promenade aux buveur^ avides d'excursions. Enfin, quand on a tout épuisé, reste la ressource première et dernière d'aller à Cusset, sous prétexte de renouveler sa provision de cigares ou tout autre, ou même sans prétexte. On va de \ ichy à Cusset comme de Londres à Greemvich ou de Paris à Saint Germain. Il n'y a pas de chemin de fer; mais il y a des ânes, ce qui égalise les distances. Cusset. est l'un des chefs-lieux de l'arrondissement de la Palisse, qui a le malheur d'un compter deux, La sous-préfecture et la recette particulière sont à la Palisse; mais Cusset, jaloux, a réclamé et obtenu le tribunal. Cusset est une petite ville endormie au fond d'un vallon, qui se Ggure qu'elle existe mais, en réalité, ne s'éveille à la vie que pendant les trois mois de la saison ^< eaux. Alors Cusset est envahi par Vichy; et réciproquement. Les élégantes, du lieu, intrépides danseuses, toujours les première.-, au bal et les dernières, l'ont feu dp toutes Heurs et de toutes guipures pour lutter, au salon de conversation, avec les lionnes de pas- Quelques-unes le font sans trop de désavantage. 1 1 * - — u n'en peut dire autant des cavaliers. Puis, à la lin d'août, quand les derniers baigneurs apprêtent la malle du départ, quand le dernier trio de la dernière polka a 1 îrliet de Strauss, Cusset remet son bonnet

(le nuit el sommeille de nouveau jusqu'à l'année suivante, four Cusset, la saison thermale esl un conte de3 Mille et mu' Nuits, qui se termine par celui de la Belle au bois

donnant.

Retournons à Vichy, où nous rappéllenl d'ailleurs les mille cloches du dîner. A cinq heures précises, sonl ser\ ies des tables pantagruéliques, dans d'immenses salles à manger où se pressenl jusqu'à cinquante, soixante, et même cent convives. L'appétit du soir ne le cède aucunement à celui du matin. On mange trop et trop vite : il semble (fu'ou soit sur un radeau de la Méduse. La nourriture esl peu recherchée, peu variée, mais abondante. Le déjeuner

se sert en ambigu ; au dîner, il n'y a qu'un seul servii t

les assiettes de dessert, nombreuses comme en un repas de noces. En trois quarts d'heure, tout est dit. Après le dîner, il faut aller s'habiller pour la promenade, en attendant le concert du soir, ou l'un des bals qui se succèdent sans interruption, soit au salon, soit dans les principaux hôtels.

C'est ici le lieu de constater les embellissements importants et les améliorations qu'a reçus, depuis peu, l'établissement. Les cabinets de bain, repeints, remis à neuf, revêtus de lambris de porcelaine qui les mettent à l'abri île- concrétions salines, munis de parquets, au lieu d'un humide carreau, ont reçu, avec un mobilier plus approprié aux habitudes élégantes des buveurs d'eau, des baignoires en cuivre étamé, à la place des auges sordides en bois ou en pierre où coulait précédemment l'eau minérale. C'esj là un ,urrand progrès sans doute : mais le nombre di-> baignoires a surtout besoin d'être augmenté, en l'ace d'un»' affluence de malades qui suit une progression inouïe. Faute d'une quantité' suffisante d'eau thermale, on est

obligé de couper, par tiers ou par moitié, les bains d'eau de rivière, et cependant on laisse se. perdre toute la nuit les eaux du grand puits, parce qu'on manque d'un réservoir pour l'approvisionnement du jour.

Il y a quelques années, le salon de l'établissement étail à peu près abandonné. Au sortir des eaux d'Aix, M. Strauss en a pris la direction; il a y rappelé la foule, et voilà que peu après il a fallu agrandir ce même salon, insuffisant à loger tous ses habitués.

Un cabinet de jeu, un autre pour les journaux, un salon pour les dames, une salle de billard, et une vaste galerie ouvrant sur la façade du jardin et servant de salle de bal, voilà de quoi se composait naguère encore le salon de l'établissement. Au milieu de cette galerie, où naguère nous avons vu des réunions si brillantes, et qui, aujourd'hui, n'est plus, pour ainsi dire, qu'une salle des Pas- Perdus, s'ouvre une suite de nouveaux salons percés dans le bâtiment intérieur, et pouvant être réunis ou séparés à l'aide de cloisons mobiles. Toutes ces salles sont reliées entre elles par une vaste rotonde destinée aux liais cl aux concerts, au delà de laquelle ont été établis une bibliothèque et un salon d'exposition permanente pour les tableaux et objets d'art.

L'agrandissement du salon a entraîné l'accroissement du personnel harmonique de M. Strauss, qui, de six musiciens dont il se composait dans l'origine, s'est élevé à quinze ou vingt. Tout le monde connaît ce merveilleux orchestre de danse qui concourt chaque hiver à faire polker tout Paris. Tout le inonde connaît aussi le talent de compositeur de M. Strauss, et pourrait au besoin chanter ses valses pour les avoir cent fois dansées. Nous n'ajouterons donc rien à sa renommée, en disant qu'il esl le digne

frère et émule en Euterpe de son homonyme de Vienne. Soit comme musicien, soit comme imprésario, il a bien mérite de Vichj .

La vaste et belle promenade, plantée de tilleuls et de platanes, qui iVu face à rétablissement et conduit à la source de l'hôpital, appelle aussi de considérables et néires embellissements; elle n'a d'un jardin que le nom. Ses plates-bandes n'offrent à l'œil qu'un fond sablonneux hérissé île mauvaises herbes; et ses pelouses dépour- \ h.- de clôtures, outrageusement foulées aux pieds par les promeneurs, présentent, à peine juillet venu, l'aspect rechigné et incongru d'une immense perruque de chiendent.

Le nécessaire résultat des améliorations orchestrales et autres apportées au salon de l'établissement a été dédoubler l'ardeur de danse, la frénésie de plaisir qui possèdent cette réunion maladive et aristocratique qu'on nomme le- baigneurs de Vichy. Strauss et Cellarius, — qui prend depuis quelques années son quartier d'été dans cette véritable capitale du Bourbonnais, où il a ouvert un coins de mazurka et de valse suivi avec assiduité par les grandes dames et les gentilshommes buveurs d'eau, — ont, il faut le dire, beaucoup contrecarré les ordonnances de la faculté. Aussi chaque jour de nouveaux bals s'organisent-ils par souscription dans les quatre ou cinq grands hôtels qui se partagent l'élite des baigneurs. Comment se concilie ce système de veilles et de fatigues quotidiennes avec l'obligation impérieuse d'être matinal? Je ne sais trop : ce genre de vie se supporte encore assez bien, du moins en apparence, grâce à la surexcitation du plaisir et surtout à la tonicité des eaux; mais, comme tout se paye ici-bas, je crains fort que plus d'un brillant coryphée des fêtes de

Vichy ne quitte les eaux un peu plus malade qu'il n'y était

venu.

Il est temps de donner au lecteur quelques détails sur les diverses sources minérales, leur composition et leurs principales vertus, en tenant compte des controverses auxquelles donnent lieu quelques-unes de leurs diverses propriétés, et dont nous n'avons pas qualité pour nous faire juge.

Les sources de Vichy sont au nombre de cinq principales. La plus considérable est celle du Grand-Puits carré, qui est située sous la galerie nord de rétablissement, dont la température est la plus élevée, et qui alimente en grande partie les baignoires et les douches.

La Grande-Grille, située à l'extrémité de la même galerie nord, concourt aussi à l'alimentation des réservoirs. C'est, avec la source de l'hôpital, celle dont il se consomme el expédie au dehors la plus grande quantité d'eau.

A côté de la Grande-Grille, on voit s'élever les eaux du Petit-Puits ou Puits Chomel, qui ne s'emploient qu'en boissons, et dont la température est assez élevée.

La Fontaine Rosalie ou Source de l'Hôpital est située près du vieux Vichy, sur la place de l'Hôpital, à l'extrémité du jardin que domine l'établissement. Ses eaux sont s dans un bassin circulaire entouré d'une grille, el c'est là que se porte habituellement la plus grande aflluence de buveurs. Cette fontaine dessert l'hôpital, où il a été établi quelques baignoires et quelques appareils à douches. Ses eaux conviennent particulièrement pour le traitement di^ maladies de foie <it des inflammations chroniques de l'intestin.

Eniin, près des bords de l'Allier, suf k'emplacen <|i! occupait l'ancien couvent de ce nom, on \<>it sourdre à la base d'un grand rocher calcaire un minci' filcl d'eau, <|iii est la source des Célestins. C'est celle à laquelle s'abreuvenl presque exclusivement les goutteux et les ealculcn\, pour lesquels cm pavillon d'attente a été élevé près delà source, les malades de cette catégorie pouvant difficilement se livrer à la locomotion que les médecins recommandent de pratiquer, à titre d'entr'acte, pendant l'absorption des eaux.

Deux antres source- sont situées sur la mute deCusset : l'une est la Source des Acacias, à laquelle on donne le uom peu noble de Fontaine des Galeux. La si ci i. reçu le nom de M. Lucas, prédécesseur de M. Prunelle dans le poste de médecin inspecteur des eaux. Ces deux sources sont peu abondantes, et on en fait rarement usage.

Les eaux de toutes ces sources présentent, avec une base et un caractère communs, des variations assez importantes de volume, de température et même de composition.

C'est ainsi que, quant au volume, le Grand-Puits carré fournit ou fournissait du moins, il y a quelques années, cent soixante-douze mille mètres cubes de liquide par beure, tandis que le produit des Célestins n'était que de cinquante mètres cubes. Depuis peu, les frères Brosson, propriétaires du domaine d'Uanterive, près Vichy, avant l'ait forer sur leurs terrains des puits qui ont fourni une eau minérale identique à celle dont nous venons de parlel . le volume des sources de Vichy a notablement diminué, et on a supposé, non sans de grandes apparences de fondement, que ce déchet ne pouvait être attribué qu'aux

sondes artésiennes employées par les frères Brosson. L'administration s'est émue, et une instance en suppression des puits forés dans le voisinage a été engagée contre MM. Brosson, qui, de leur côté, sans nier absolument l'inlluence qu'aurait pu avoir ce forage sur la diminution des sources de Vichy, et en l'absence de toute législation spéciale, se prétendent dans leur droit, en ce que le sondage a <;té effectué sur leurs terrains. Une ordonnance de référé a ordonné la fermeture provisoire des puits Brosson, par l'apposition d'une bonde. L'affaire en reste là, et dans ce conflit il est bien urgent qu'une loi intervienne enfin pour régler l'aménagement des eaux thermales et le périmètre dans lequel il sera interdit de percer les terrains a voisinants.

La différence de température entre les diverses sources n'est guère moindre que celle du volume. Ainsi la chaleur moyenne des eaux du Grand-Puits est de près de quarante-cinq degrés centigrades, tandis que celle des Célestins n'est que de dix-neuf degrés soixante -quinze centièmes.

Toutes ces sources, qui sont limpides, incolores en sortant de terre, prennent à l'air une teinte verdâtre, trèssensible dans le bassin de l'Hôpital, où les eaux sont en grande masse, et qui paraît due à la présence d'une matière verte organique en suspension. Elles dégagent toutes, par bulles plus ou moins abondantes, suivant leur degré de température, un gaz acide carbonique, mêlé d'une certaine quantité d'air atmosphérique plus oxygéné que l'air ambiant. C'est sans doute à ce mélange gazeux que les eaux minérales de Vichy doivent une grande portion des qualités stimulantes qui les rendent si énergiques. Aussi remarque-t-OD une bien grande différence dans l'effet des

eaux bues surplaee,ou transportées au loin, à des prix qu'il n'est malheureusement pas donné aux modiques bourses d'atteindre.

La composition de ces eaux est uniforme, sauf quelques variations de quantité dans les différentes sources. Le carbonate de soude, qui en fait la base, leur donne ces prupriétés alcalines qui les distinguent entre toutes. La substance qui v prédomine le plus ensuite e-t le muriate de soude, ou sel marin, commun à la plupart des eaux minérales. Le sulfate de soude, ou sel de Glauber, s'y montre également en quantité notable. Viennent ensuite le carbonate de chaux, le carbonate de magnésie, ce dernier à dose peu élevée. Enfin les eaux contiennent, sans parler du mélange d'acide carbonique, d'azote et d'oxygène qu'on voit bouillonner à leur surface, de ['oxyde de fer, du silice, et quelques autres matières en quantités insignifiantes.

On voit que l'alcalinité est la qualité dominante de ces eaux. Elles agissent à la manière des remèdes altérants. c'est-à-dire qu'en se mêlant au sang et en pénétrant nos tissus elles modifient profondément, bien que d'une façon lente et à peine sensible d'abord, toutes les humeur- de l'organisme. C'est ainsi qu'elles neutralisent les acides de l'estomac et des diverses sécrétions, rendent le sang plus alcalin, c'est-à-dire plus fluide, et activent sa circulation. presque toujours très-ralentie sous l'empire des maladies chroniques.

C'est au traitement de ces maladies que conviennent particulièrement les eaux de Vichy, alors surtout qu'elles ont revêtu dans l'origine une forme plus ou moins intlammatoire. Il est reconnu que les affections de cette dernière nature entraînent toujours la tuméfaction et répaississe-

nient des parties quelles ont envahies, c'est-à-dire ce <|ue, dans l'ancienne médecine, on appelait des obstructions, faute de pouvoir définir le caractère de ces obstacles. Or l'albumine et la fibrine, qui forment la base de ces engorgements, étant solubles dans l'alcali, et le sang acquérant d'autre part une plus grande activité, on conçoit sans peine que, saturées sans cesse de liquide alcalin, les parties indurées finissent par s'amollir, diminuer de volume et se résoudre sous la simple action des eaux. 11 ne faut donc pas s'étonner que celles de Vichy fassent merveilles contre toute une catégorie de maladies presque toujours accompagnées d'engorgements, telles que les affections du foie, pour lesquelles elles sont spécifiques, celles de la rate, des ovaires, les métriïes chroniques, les tumeurs du mésentère, et, enfin, les inflammations de l'estomac et des intestins, où, sans qu'il y ait d'engorgement proprement dit, on remarque toujours, après un certain temps écoulé, une induration des tissus subjacents à la membrane muqueuse. 11 importe au plus haut degré que ces dernières maladies soient bien décidément passées de l'état aigu à l'état chronique : autrement, loin de les guérir, les eaux occasionneraient les plus graves désordres chez les malades qui en sont atteints et qui ne doivent, dans tous les cas, les prendre qu'avec mesure et circonspection.

Les eaux de Vichy réussissent encore contre le catarrhe vésical, les affections scrofulevses et la chlorose ou pâles couleurs, dont tant de jeunes filles sont atteintes à l'époque de la puberté.

Enfin, les alcalis corrigeanl les acide.-, les eaux de Vich) conviennent aussi parfaitement au traitement de iâgravelle, notamment de la graveïïe rouge, qui se composé d'acide urique* Sur ce point, pas de contestation. Mais M. Petit,

aujourd'hui médecin inspecteur, ayant remarqué une trèsgrande analogie entre la formation et les causes déterminantes de la gravelle el celles de la goutte, a pensé que les eaux de Vicb) pourraient également opérer la cure de cette dernière maladie, et d'heureux résultats sont venus corroborer cette opinion. C'est sur ce point que M. Prunelle était spécialement en désaccord avec son ancien inspecteur adjoint. M. Prunelle concédait que les eaux peuvent apporter quelque soulagement aux malades qui souffrent d'une goutte interne; mais il les jugeait plus nuisibles qu'utiles dans les cas de goutte articulaire. Placés entre ces deux avis, les malheureux goutteux ont élevé leurs supplications jusqu'à l'Académie de médecine, à laquelle un de ses membres, If. Pâtissier, a fait un rapport favorable à l'opinion de M. Petit; mais qui, ne jugeant pas encore la question suffisamment étudiée, a évité de se prononcer, en déclarant seulement que « les faits observés permettaient au moins d'établir que les eaux de Vichy étaient plutôt utiles que nuisibles pour le traitement de la goutte. »

M. Petit pense également qu'il est possible, facile même, dans presque tous les cas, de guérir la pierre par le seul usage des eaux de Vichy prises en boissons et en bains; et il cite, à l'appui de cette opinion, diverses cures et expériences qui la rendent au moins très-plausible.

Telles sont les diverses maladies, bien différentes de nature et d'origine, auxquelles les eaux salines et alcalines de Vichy peuvent apporter, sinon toujours une guéridon radicale, au moins un grand soulagement.

La durée de la saison des eaux, qui varie naturellement suivant la gravite des cas, est généralement de vingt à vingtcinq jours. Ce temps passe bien vite: à peine a-t-on formé quelques relations pleines de charme, que l'heure du dé-

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part arrive, et il faut brusquement les rompre. Un est amis intimes : on se quitte pour ne se revoir jamais, sans doute. Gela vaut peut-être mieux ainsi : on conserve toute la fraîcheur, toute l'illusion du souvenir; on évite les désenchantements tristes, amers ou prosaïques, que trop souvent l'avenir ne fait qu'apprêter aux gens de revue.

ATX EN SAVOIE

Il y a trois Aix fameuses, toutes trois thermales, lune en Prusse, la capitale et le tombeau de Charlemagne : l'autre en Provence, illustrée par les naïves réjouissances d'un vieil enfant couronné et les dynastiques douleurs de la veuve de Henri VI; la troisième, Aix en Savoie.

De ces trois, comme ville, la moins considérable est, sans contredit, la dernière. Aix la savoyarde ou la savoU sienne (euphémisme prétentieux et de nouvelle introduction, que je repousse au nom de la vérité des origines et des langages-, qui nommera jamais l'admirable épisode du philosophe de Genève le vicaire savoisien?), Aix la savoyarde, dis-je, malgré sa filiation romaine, ses quartiers de noblesse antique, n'est qu'une petite ville, ou plutôt un gros bourg de trois ou quatre mille habitants tout au

plus, dont l'importance a cependant plus que triplé depuis

Mais, comme établissement thermal, nous ne craignons pas de le dire, Aix en Savoie prime et Aix-la-Chapelle et surtout Aix en Provence, qui n'offre, à dire vrai, que des sources d'eau chaude dépourvues de principe minéralisateur, et de magnifiques piscines, reste des thermes construits sab proconsule Sextio.

A douze ou quinze kilomètres de Chambéry, sur la route qui lie Genève à la première de ces deux villes, à l'extrémité d'une pittoresque vallée, profondément encaissée à droite par une chaîne non interrompue de collines au flanc desquelles s'étagent de gros hameaux ou des villages de la meilleure apparence, on trouve, sur une éminence, et à l'endroit où le vallon, s'élargissant, forçant sa ceinture rocheuse, se contourne et se transforme en une façon de cirque ou de plaine mouvementée, bornée par les silhouettes lointaines de sommets déjà grandioses, on trouve, dis-je, à mi-sommet d'une colline, la ville d'Àix en Savoie.

Elle n'est, à vrai dire, qu'une longue rue formant les limites de la grande route, à part toutefois quelques appendices latéraux et voies bâties adjacentes. On laisse à droite le Casino, où nous entrerons tout à l'heure; on arrive au grand trot sur une place oblongue et trapézoïde, le cœur et le centre de la cité, the heart ofmid-Lothian, garnie de cafés et d'hôtels d'assez avenante apparence. Une rue débouchant de la place conduit sur un plan ascensionnel à l'établissement des bains, où nous ferons une visite. A l'autre extrémité de la place, celle par où se continue la route tic Ganève, on passe sous une arche semblable aux deux arceaux dont l'Odéon ("tait autrefois accoté sur les rues Corneille et Molière. Là, une descente assez rapide

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