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dont huit d'eau sulfureuse, et une d'eau Froide et ferrugineuse qui offre de L'analogie avec celle du Pouhon de Spa, ei que, par cette cause sans doute, on a nommée Spau-Brurm.
Les Imit sources sulfureuses et alcalines sont divisées en deux groupes : les supérieures, c'est-à-dire les plus richi - • •h principes minéralisants, les plus fortes; et les inférieures, enest-à-dire les plus faibles
Les sources supérieures sont celles de ['Empereur, de la Heine de Hongrie, Saint-Quirin et le Bain-Neuf. Leur température varie de quarante-cinq à cinquante-cinq degrés centigrades. Le Bain de l'Empereur, on Charlemagne pour avoir pris de fréquents bains est situé sur le Bûchel et alimente la jolie Fontaine-Elise, ainsi nommée de sa marraine la princesse Élise de Prusse, et décorée sous le porche d'un buste de cette princesse. La Fontaine- Élise, qui est un monument considérable d'ordre dorique et de proportions assez gracieuses, est en même temps un restaurant élégant avec vins fins, salons, cabinets et le reste. On y peut illico, au sortir de la douche ou du bain, dépenser le regain de santé dont un vient .le faire emplette.
La composition chimique de ces quatre sources supérieures offre peu de variations.
Le groupe des quatre sources inférieures se compose «le- bains de la Rose, Saint-Corneille, Saint-Charles, et du Compkhausbad, ou bain des pauvres, comprenant deux grandes piscines, et une plus petite, avec douche, pour les particuliers plus aisés.
La température de ces quatre dernières sources est uniforme^ ne variant que de quarante-quatre à quarante-cinq degrés.
Les eaux sont prises en boissons, en bains, en douches, en étuves, en pédiluves, en collyres, selon les cas particuliers que, seule, la pratique locale peut discerner et diriger.
Non loin d'Aix-la-Chapelle, au sud de cette ancienne capitale dont la sépare le magnifique viaduc du chemin de fer de Cologne à Liège, est la ville ou plutôt le gros bourg de Borceite (Butscheid) , également favorisé de plusieurs sources minérales qui ne le cèdent point en valeur à celles d'Aix. Lne seule de ces sources est, comme ces dernières, sulfureuse et alcaline à la lois : c'est celle de la Hose. Les autres, qui se nomment la Fontaine bouillante, la lointaine à boire et la Fontaine des Galeux, sont alcalines et gazeuses, et alimentent les bains de YEcrevisse, de YEpée, du Moulin d'or, du Prince de Liège, de {'Empereur, du Serpent, de Saint-Jean, enfin le Bain-Neuf. Il y a de plus une source ferrugineuse pour laquelle a été construite la Fontaine-Guillaume, du nom de Son Altesse le prince de Prusse, frère du roi régnant, qui en a posé la première pierre.
Bade, ou Baden-Baden, ainsi nommé pour le distinguer irmie multitude d'autres Baden, a été si complètement et si bien peint par un spirituel écrivain, versé dans toutes les élégances de la vie !, que je juge inutile de reprendre après lui une tâche si bien faite, et que je me bornerai, en conséquence, à donner ici un aperçu pris au vol, un simple crayon de ce séjour plus célèbre par les jeux et les plaisirs que par les vertus curativesde ses eaux, bienheureux prétexte d'une vogue aujourd'hui inouïe.
Le lecteur veut-il bien, en compensation, me permettre de lui décrire rapidement l'itinéraire le plus direct qui le conduira à Baden? S'il feuillette en route le livre, et si l'esquisse, contrairement au modeste espoir de l'auteur, ne réussit pas à tromper une minute son ennui, il saura du moins où il passe, ce qui n'est pas toujours chose facile dans la grande vitesse du parcours.
En quittant Paris pour se rendre à Strasbourg par le
1 M. Eugène Guinot J'aurais dû faire la mùino observation sur lc-> ■lux i\'\\\ en Savoie, <l»'ci îles, avec tout l'esprit qu'on lui connaît, par M Amédce Achard.
>25i LA VIE DES EAUX.
chemin de fer, jusques et au delà de Vitry-le-Français, on côtoie, ou franchit incessamment la Marne ; et les travaux d'art consistent principalement, dans cette section, en ponts jetés sur cette rivière molle et bourheuse d'aspect, qui justifie si bien son nom. Les grands spectacles naturels sont également rares dans toute retendue de la paisible Champagne; et c'est seulement en approchant de la Lorraine que les terrains commencent à se mouvementer, les collines à se dessiner en profil et les forets à épaissir. Bar-le-Duc et son site pittoresque en étages sur les sommets vineux qui bornent le col de la vallée de l'Ornain inaugurent cette nouvelle partie du chemin, faite surtout pour frapper le sens artistique. A Liverdun, l'avant-dernière station en avant de Nancy, le chemin, après avoir franchi la Meuse et la Moselle une première fois, traverse de nouveau cette dernière rivière sur des ponts élevés hardiment au-dessus du pont-canal, et ajoutant par leurs belles lignes aux splendeurs d'un magnifique paysage. A Nancy, le débarcadère est placé sur les terrains jadis marécageux où périt Charles le Téméraire. (Lue double croix de Lorraine indique la place où fut trouvé son corps.)
Avant d'arriver à la grande ville, embellie, on peut même dire créée par son dernier duc Stanislas, on a- traversé Meaux, la Ferté-sous-Jouarre, Eperiwu . Châlons, Vitry-le-Français, Bar-le-Duc, Commercy et Toul, le toul sans grand caractère. C'est à partir de Nancy, c'est à l'approche de la traversée des Vosges, que la nature et les travaux d'art s'élèvent à des proportions grandioses. Les Vosges lorraines sont percées de .six tunnels, dont l'un, celui de Hommarting, mesure près de unis mille mètres. Toute cette portion de la ligne offre, au reste, un coup d'oeil des plus admirables. Dans les gorges de Lutzelbourg,
notamment, et au débouché du troisième souterrain, le coup d'œil est irrésistible. Non- n'avons jamais regretté plus vivement de ne pas être paysagiste à la plume. Tout ce que la nature peut enfanter, dans ces prodigieuses combinaisons; de plus accidenté, de plus sauvage, se trouve
ici accumulé comme à souhait [ r la volupté des yeux,
pour l'émotion de la pensée. La première fois que je i là, la bruine <|ui fondait sur le paysage contribuait à lui donner je ne sais quoi de vaporeux, d'invraisemblable et de féerique, dans 1»- goût des sombres forets, des monts aUiers de Guillaume Tell, d'Oberon et du Freyschiitz.
C'était un jour de fête, et, comme pour ajouter à ('illusion, partaient de dessous les ramées épaisses des fusillades et des pétards, iroe tiraient des mains invisibles. Le* gnomes, lutins «lu feu, semblaient avoir élu, à notre intention, ces belles horreurs pour domicile. C'étail une vraie ballade allemande, un»' vraie chasse fantastique, où ne manquait que la musique de Weber.
On passe ensuite à Saverne, dont le magnifique château touche, pour ainsi dire, au chemin de fer; à Mommenheim, à Brumatb, et enfin on entre à Strasbourg. Le changement de costumes et de physionomies n'a été ni moins complet ni moins frappant, au sortir des Vosges, que celui des pay- 5, à l'entrée. Les hommes, encore tout germaniques d'éc iree, sont coiffés du grand chapeau de feutre retroussé par derrière, ornes du gilet rouge à deux rangs de boutons de métal, et de l'habit à la française; les femmes, en bonnets et en corsages d'or, et coiffées en chauve-souris, c'est-à-dire le haut du Iront surmonté du nœud de ruban à grandes coques qui, de loin, leur donne une certaine ressemblance avei ce petit mammifère ailé.
A Strasbourg, si vous voulez étudier de plus près ces types si candides et si «accentués de la vieille Alsace française, évitez, pour cette fois du moins, les grands hôtels qui, personnel et hôtes, sont les mêmes partout, et faites ce que nous avons fait. Risquez un dîner médiocre, mais cependant très-supportable, et allez le demander à quelque humble auberge du faubourg, à la Charrue, par exemple, où descendent, avec leurs grands chariots, beaucoup de cultivateurs des environs. Là, vous aurez, comme je Teus, le plaisir, curieux du moins et nouveau, de prendre un repas en commun avec ces bonnes, simples et patriarcales familles au grand complet, depuis le knàbe de sept ou huit ans, déjà grave et silencieux comme père et mère, jusqu'au chef respectable, au grossvater, à la tête carrée, aux longs cheveux blonds grisonnants, à l'œil bleu plein de bonté méditative, à la physionomie sérieuse et douce qu'anime parfois, après deux ou trois coups d'un tout petit vin blanc du Rhin ou de .Moselle, un éclair d'honnête gaieté.
.l'aurais beaucoup de choses à dire, si je voulais, sur Strasbourg et sur le Munster, sur Guttemberg, sur Kléber, sur la maison d'Erwin, sur la Robertsau, sur le tombeau du maréchal de Saxe, et sur d'autres beautés encore. .Mais le nunc non erat hic locus m'interdit cette proxilité de cicérone. En route donc pour Rade !
Pour aller au Rhin, au vrai Rhin, et prendre le chemin de fer, il faut franchir, en sortant par la porte d'Austerlitz, une distance d'environ trois quarts d'heure, à pied, que l'on parcourt, au reste, sous une double rangée de beaux arbres, et qui rappelle le chemin de la Haye à la mer. En omnibus, il faut un peu plus longtemps : Chi va piano va sano est un faux proverbe italien qu'on a traduit de l'allemand. La flegmatique inertie de ces Germains francisés
démonte el exaspère ces machines nerveuses que uous sommes, plus ou moins, tous, machines dont le Parisien est naturellement le type le plus exquis et le plus irritable. Il \ avait un peu plu- de monde que de coutume, le jour où je me mis eu route, à la station de la place Kléber, où l'on délivre les billets pour le chemin de Fer de Bade, ensemble l'omnibus de Kehl. Six personnes étaient réunies au bureau : l'employé en perdait la tête mais de cette façon tranquille qui n'appartient qu'aux Bis des Germains en émoi; et, sou? prétexte qu'il avait infiniment trop à (aire, ce modèle des scribes calmes ne Faisait absolument rien.
— Il y a tant de monde! disait-il d'un air placidement éploré; je ne sais pas, monsieur, si vous pourrez encore trouver des places.
— liaison de plus, je crois, monsieur, pour me bâter.
— C'est juste!
Cependant mon homme continuait une conversation paisible avec un voisin de quartier. A la fin je me fâche. je tire ma bourse, et je demande impérieusement une Eisenbalhn erste Classe. Mon homme alors devient plus attentif: il me prend sans doute, sur cette demande, pour un empereur déguisé, la erste Classe étant à jeu près inconnue sur les chemins de fer d'Allemagne, où la seconde (zweite) est excellente, contrairement à ce qui se pratique en France. On part enfin; mais, comme nous sommes en retard, ce sont des stations;» tous les carrefours et à chaque quart de kilomètre, sans parler de la ha'te obligée au pont de Kehl et à la douane badoisc. Bien que partagé en deux branches sur ce point, et enfermant dans ces deux bras une île immense, le Rhin, à Kehl. est magnifique. L'écartementde ses deux bords est magnifique; sa masse bouillonnante et rapide a de quoi défier à la lutte les bras du
nageur le plus exercé. Son eau, fortifiante et salubre, n'a
[•as cette teinte noirâtre et bourbeuse qui fait de la Seine, en été, non un chemin, mais un marécage qui marche;
cela est frais, pur et tonique comme la neige même des Alpes.
Les douaniers badois, avec leurs casques en cuir bouilli, paies d'une chenille rouge, nous ont expédiés poliment et avec une certaine promptitude, ce qui doit être chez eux le comble de l'urbanité. Nous sommes libres, désormais d'aller et de venir sur le territoire de Bade. Nous nous mettons en route, et nous courons à petite vitesse sur Bade, où deux heures et demie de trajet dans le plus fertile et le plus riant pays du monde suffisent généralement à conduire de Kehl le voyageur, distance d'environ cinquante kilomètres : cela fait une vitesse que l'on ne saurait évaluer consciencieusement à moins de cinq lieues à l'heure; c'est joli pour des Allemands. Au reste, du moment où le vortl (en avant!) du machiniste a retenti, l'impatience cesse et fait place à un charme indéfinissable et croissant, que romprait tristement l'heure de l'arrivée, si le but du voyage n'était pas Bade. De Kehl à cette ville, près de dix stations, \ compris Steinbach, la patrie du grand Erwin l'architecte de la cathédrale de Strasbourg, ralentissent la marche aussi fréquemment qu'entre Paris et Versailles : je n'en voudrais pas rabattre une: j'en ajouterais, >i je pouvais. Je ne puis me lasser de la contemplation de ces adorables villages allemands, qu'on dirait extraits, tout fraîchement vernis, pour les souhaits de nouvelle année. ,1c quelque gigantesque boite à joujoux de Nuremberg. Le clocher, brillant, élance, est à chaque hameau ce qu'est la cathédrale aux toits pointus de Strasbourg. Les maisons sont petite», propres et bien peint-; la vigne
folle, le houblon, le lierre et la clématite s'élancent au haut de leurs auvents. I n verger d'arbres Fruitiers, des saulées, des bouquets d'ormes, de pins, de chênes, accidentent, en l'ombrageant, la vaste plaine qui s'étend, verdissante, heureuse, parée de tous ses trésors naturels (ce n'esl point une métaphore), depuis la rive gauche du Rhin jusqu'au pied de la forêt Noire. Seulement — à toute médaille se trouve fatalement attaché le revers — ce délicieux pays, coupé en plein été d'innombrables canaux et rigoles qui eu développenl et en <\[>liquent l'étonnante fécondité, doit être dans l'hiver fiévreux et aquatique. Mais nous sommes en juillet.
Les maisons des cantonniers sont de petits chalets suisses gracieux, propres et enjoués : c'est à donner l'envie d'y descendre, de se fixer dans le premier venu, et d'y briguer de l'emploi.
Quant à Bade, où nous voici, c'est quelque chose comme le paradis terrestre, moins l'innocence toutefois. Adieu, Paris : adieu. Londres ; adieu, tout le reste du monde ! Une fois enfermé dans ce pli de terrain façonné de la main des fées, on sent qu'on a trouvé enfin le port, l'asile, le salut, la douce quiétude de l'esprit et dc> nerfs. Hic finis terrx. . . et cuVcC. La triple colline, le Parnasse teuton, qui l'ait face au palais des huveurs et à la maison de Conversation, où, comme dit M. Isidore Bourdon, on converse moins qu'on ne joue, en défend l'entrée aux soucis, aux malais tous diables noirs ou bleus. C'en est fait, c'est ici qu'on veut finir ses jours, si l'on pouvait mourir ;i Bade! Vous avez beau venir ici moins échauffé que prévenu par des récits enthousiastes, et parfaitement décidé à n'admirer rien, tant les voyageurs ont abusé de l'inexpérience confiante du public, en ne lui montrant la femme borgneque
de profil, et toujours du côté du bon œil, comme dit le gai président de Brosses, le parti pris est cette fois déconcerté : l'imagination, ce peintre ardent et fantastique qui toujours dépasse le but, a enfin rencontré plus fort ou plus fou qu'elle, et le mirage est distancé.
Irai-je vous ënumérer après eela, avec le jaspe, le porphyre, les dorures et les fresques des deux palais de bains et de conversation, les châteaux, les ruines, les sommets, les cascades, les vallées ombreuses et pleines de mystères, les allées de parc sablées, douces au pied des élégantes comme les grèves de Trouville, qui font de ces beaux lieux un Eden, un séjour de véritables délices? Franchement non. Le siège est fait, et bien fait. De tout cela, je me borne à vous transmettre l'impression comme je l'ai reçue : en bloc.
Inutile de vous dire aussi, je pense, que Bade est endémiquement peuplé d'illustrations et de sommités de tout genre. C'est là une habitude invétérée et, dès longtemps, européenne dans ce séjour princier et pourtant accessible, par la modicité du prix de la vie, par l'abondance de toutes choses, aux fortunes les plus modestes.
Le jeu, composé d'une seule table de roulette, et d'une autre de trente-et-un. n'est pas habituellement animé dans le jour. C'est le soir, surtout, qu'il s'allume aux chutes du gaz. Puis, il fait si beau, si splendidement beau, sur la vallée et les trois collines de Bade, que passer à jouer ce temps béni de Dieu, ce serait bien perdre à coup sûr. Les joueurs ont d'ailleurs, comme le jeu, leurs caprices, leurs tergiversations, leurs boutades, leurs trêves... Habent sua fata... paroli.
La musique est endémique à Bade. Le matin, le soir. ;'i midi, c'est un perpétuel concert. On s'y lève en cadence,
mu >'\ promène en trille; ''t. si l'on n\ perdait quelqueas mesnn trouverait trop heureux. Trois ou quatre rois par semaine, les corps il»' musique des deux i igiments prussien et autrichien en garnison à Rastadt, ville «If la Confédération germanique, située à trois lieues de là, viennent jouera Bade, engagés ad hoc pai les propriétaires de la ferme J'ai quitté cette ville â la nuit tombante, au son d'une admirable harmonie militaire exécuir I»'- virtuoses en habit blanc du régiment impérial de Benedek, et qui, me poursuivant au loin, répercutée par les échos de la vallée, me rendait plusamèreet semblait comme me reprocher ma triste fuite- Je fais ce que je peux pour garder sain et saufmon amour-propre national : je ne professe pas une amitié immense pour les sujets autrichiens; mais, toutefois, je dois confesser humblement qu'ils sont nos maîtres en musique.
Rien, même à Paris, ne peut donner idée du gai tumulte, du brio, du désordre pimpant, pittoresque, coquet, de la radieuse mêlée dont le café en plein vent et les abords du Kursaal sont le théâtre, à cette heure avancée du jour où la mélodieuse bande prussienne, badoise ou autrichienne, prend possession de son kiosque pour la sérénade du soir. On sort de table; on a partout superlativement dîné ila vie à Bade, sans distinction de prix, est un festin continuel). Les aimables fumées de la bonne chère font s'épanouir tous les visages, luire tous les yeux. On n'entend que joyeux propos; on ne voit que sourires, provocations, œillades et élégances raffinées. A Paris, il est de [•lus grandes foule- sans doute, mais non homog comme celle-ci : car la plupart des tristes humains qui les composent ont mal ou point dîné, et trop de malheureux y coudoient le riche repu. A Bade, rien de tel ; tout
Wï LA VIE DES EAUX.
Je monde est heureux, puisque tout le monde est à Bade. Quand on cesse de l'être, de par le râteau du croupier ou de par une séduction tarifée, on s'en va — ce qu'on a de mieux à faire — porter sa gueuserie ailleurs. La seule disparate consiste dans l'immixtion fréquente de l'élémentcamellia parmi les quartiers de noblesse ou de haute bourgeoisie qui foulent d'un pied verni et opulent ce gazon aristocratique. Mais on ne s'en plaint pas: il faut de l'amour pour panser les plaies que fait le jeu; il faut un déversoir aux bénéfices qu'il procure.
La nuit venue, il y a bal assez souvent; il y a roulette toujours. La séance s'engage et se poursuit, fiévreuse, entre le banquier et les pontes. Les hétaïres, qui suivent d'un œil passionné les péripéties de la veine, ici faisant le vide, et, là, amassant l'or et les billets à ne savoir plus où les mettre, communiquent l'ardeur et l'encouragement de leurs brûlants désirs aux joueurs, qui redoublent d'audace, et cela dure ainsi jusqu'à médianoche; après quoi, heureux et malheureux vont, en dues compagnies, qui célébrer leurs triomphes, qui oublier leurs pertes, clans un frénétique souper qu'interrompt seule l'alouette.
« Et les bains, et les eaux? h direz-vous. Mon Dieu, les bains, les eaux, on les prend — quand on a le temps. Il y a tant de choses à voir autour de Bade, tant d'admirables promenades le long de l'Oos et sur les collines bénies qui gardent ces beaux vallons boisés, tout de frais gazonnés : à peine est-on rentré en ville, tant de toilettes strictement obligatoires, tant de plaisirs, tant de conversations, honnêtes ou non, tant de passions ébauchées, tant de martingales entamées, qu'en vérité la vie ne serait pas tenablc s'il fallait avec tout cela, s'occuper de prendre ci dé rendre des «'aux, régulièrement, comme à Vichy. En se
promenanl devant la Trinkhalle, par exemple, ou >ous le péristyle illustré a fresco de cette colonnade italico-grecoteutsche, on entrera bien lire un peu les journaux, marchander les objets d'art, contempler les aquarelles el vider an petil gobelet. Mais, d'abord , est-ce bien de l'eau, de l'eau minérale s'entend? C'est ici où la Faculté diverge un peu. Selon les uns. l'onde quasi bouillante de l'Ursprung est divine pour redonner du ton aux énervés, guérir les névroses et soulager les rhumatismes. Suivant d'aunes, les eaux muriatiques de Bade sont de vraies eaux de fantaisie, excellentes aux gens en saute, souveraines contre tmis les maux — qu'on n'a pas. Je pense qu'il y a de l'exagération de part et d'autre. Les eaux de Bade (l'ancienne civitas Aurélia) ne peuvent être absolument destituées de valeur, puisque les Romains, qui s'y connaissaient, avaient fondé là un établissement thermal dont on a, en creusant, retrouvé la piscine toute parée en marbre et le vaporarhim. Mais il est certain que ces eaux, peu chargées de sels, ne seraient pas à conseiller dans les affections bien graves, et s'approprient merveilleusement à la situation de ces demi-malades dont l'exercice,, la distraction, l'air vif, corroborés de quelques bains, seront le meilleur, si ce n'est le véritable remède.
On trouvera aux Notes un peu plus de détails sur la composition de ces eaux.