‹ La vie des eauxChapitre 32 sur 58 · NICE · texte numérisé non relu

NICE

Là, poinl d'hiver: la poétique fiction du printemps éternel de l'île de Calypso est une réalité. Aussi Nice est-elle devenue dès longtemps la maison de santé il»' L'Europe languissante, spleenétiquê ou poitrinain . Les Anglais qotamment, cette brumeuse tribu particulièrement sujette aux maux vagues el Innommés pour lesquels un beau ciel el une douce atmosphère sont le meilleur des curatifs, affectionnenj el recherchent la jolie ville piémontaise; ils \ ont môme accaparé tout un quartier : c'est le faubourg de la Croix-de-Marbre. Voilà plus décent ans en çà qu'ils y ont élu domicile. Ils y possèdent leur chapelle, leurs médecins et leurs pharmacies spéciales, trois viatiques sans lesquels les errants citoyens du Royaume-Uni ne se transplantent nulle part. C'est à eux que ce quartier, originairement composé d'une seule rue, doit sa beauté et le développement qu'il a pris. La plupart des habitations qu'ils y occupent se prolongent par des jardins jusqu'à la mer; et le joli chemin qui longe le rivage, l'une des plus délicieuses promenades de la ville dans les belles soirées d'été, est, il faut se hâter de l'ajouter, leur œuvre. Ce fut la colonie anglaise qui, durant les hivers de 1822 à 1824, le fit exécuter à ses frais pour donner du pain aux ouvriers sans travail. Voilà une hospitalité noblement reconnue; voilà un de ces traits qui honorent et distinguent la généreuse Angleterre.

Non loin de là s'étend, sur une ligne de quai monumentale, semée de magnifiques hôtels, le beau quartier du Poiit-Xeuf. Les trois arches de cet élégant ouvrage sont jetées sur le lit très-souvent desséché du Paillon, fleuve torrentueux dont Nice occupe l'embouchure, et qui, dans I"- saisons d'automne et de printemps, apporte le tribut de - )$ neiges fondues et ecumeuse aux flots de l'immense

nappe azurée. Un peu plus loin est le Pont-Vieux, dans le voisinage duquel s'élève, au milieu d'un quartier tumultueux, un sombre édifice, autrefois le collège des Jésuites; au delà, une belle rangée de platanes conduit, sur un chemin espacé de villas, à la plus neuve et à la plus belle église de Nice, qui en compte un grand nombre : les couvents de diverses invocations et confréries n'y sont pas moins multipliés. Les deux principaux sont ceux de Laghetto et de Saint-Pons, tous deux occupant d'admirables sites, but quotidien des promenades et des pèlerinages de l'étranger.

Mais la partie la plus curieuse et la plus pittoresque de la cité, sans contredit, bien qu'elle en soit aussi la moins régulière et la plus incorrecte, est ce qu'on nomme la vieille ville, resserrée entre le promontoire rocheux qui domine tout l'amphithéâtre de Nice et les rives du Paillon. C'est un écheveau de rues et de ruelles très-difficiles à débrouiller, et dont les constructions tout italiennes remontent au temps gothique le plus pur. Là, en toute saison et en plein midi, règne un demi-jour moins qu'obscur; et les maisons sont tellement resserrées, qu'à peine deux personnes peuvent s'y croiser sans se heurter. Si par hasard un muletier s'avise, peur abréger sa route, de pousser sa bête de somme au milieu de ce dédale inextricable, heureux sont les passants qui trouvent, pour s'y réfugier, une porte ouverte ou un asile temporaire entre les paquets de chandeJle^ et les balais d'un épicier. C'est dans ce noir quartier qu'est, du soir au matin, le grand mouvement de la ville. C'est là qu'est le marché aux fruits et aux légumes; c'est là ([lie les bouchers contentent leurs pratiques, et que les magasins de troisième ordre, alignés en deux longues files, appellent de toutes les séductions de

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