‹ La vie des eauxChapitre 39 sur 58 · LES BAINS MAUDITS · texte numérisé non relu

LES BAINS MAUDITS

Digne fils de ces poètes conteurs dont la prestigieuse imagination créa les Mille et une Nuits, l'Arabe du Maghreb ou nord de l'Afrique aime à chercher et trouve, pour tous les phénomènes de la nature, de merveilleuses explicitions dont l'admission le dispense d'étudier les lois de la physique, et dont le côté pittoresque sourit bien plus à son esprit que les pédantesques et arides démonstrations de la science. Tout lui est matière à légende; il voit partout l'intervention d'une puissance surnaturelle émanée du ciel ou de l'enfer. De là cette multitude de contes, de fables, de mythes, de traditions, qui circulent dans le Maghreb, et font, le soir à la veillée, ou le jour durant les longues heures dépensées à fumer la pipe et à humer le café noir dans l'échoppe du barbier maure, les

délices de l'Arabe africain, toujours aussi avide de récits

que ses devanciers des temps poétiques d'Haroun et d'Al-

manzor.

Il existe sur toute la surface de l'Algérie, et particulièrement dans la province de Constantine, un très-grand nombre d'eaux thermales; mais la plus célèbre et la plus remarquable de ces sources est, sans contredit, celle de Ilammam-Meskhoutin (les Bains Maudits), située à peu de distance et à l'ouest de Mjez-Ammar. Les eaux de cette source sont hydro-sulfureuses ; elles tiennent en dissolution, dans de l'acide carbonique, de la chaux et du fer carbonates. Leur température varie entre soixante-seize et quatre-vingts degrés Réaumur ; et leur composition chimique, assez conforme à celle des eaux de Guagno en Corse, et de Baréges, renferme des propriétés thérapeutiques qui n'avaient point échappé à l'attention des Romains, ces grands étuvistes de l'antiquité. De notables ruines des thermes qu'ils avaient construits en ce lieu se voient encore sur le plateau inférieur de la montagne où s'élève Ilammam-Meskhoutin. On distingue parfaitement la roche calcaire conique, percée dans la longueur de son axe, et de laquelle s'échappait la source mère aménagée pour l'alimentation des thermes, ainsi que les vestiges de l'aqueduc partant jadis du sommet de cette roche, et décrivant autour des bains des courbes sans doute calculées pour l'abaissement hygiénique de la température des eaux transmises par ce conduit au réservoir de l'établissement principal.

Outre les ruines de ces thermes, qui ont dû être considérables, on remarque celles de piscines particulières et une construction demeurée presque entière debout, et qui, selon toute apparence, servait à la fois de défense ;i Péta-

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blissement el de logement aux employés. Le nom antique de ces bains el l'époque de leur fondation sont encore în~ connus; mais il est hors de doute que des fouilles exécutées avec quelque habileté amèneraient la découverte d'inscriptions et de médailles propres à fournir des données positives à cet égard.

De ce qui précède, on inférera sans doute que les bains de Hammam-Meskhoutin, possédant les mêmes vertus médicinales qu'au temps de la conquête romaine, ont continué d'être fréquentés parles habitants du littoral africain, spécialement sujets aux maladies de peau et à toutes les affections que l'on combat avec succès par les eaux dites de Baréges. On se tromperait; car. complètement abandonnés sous le régime musulman, les anciens thermes de Mjez-Ammar >ont la terreur des indigènes, qui n'osent s'en approcher, et ont donné à ces bains le nom de maudits (meskhoutin).

Pourquoi cette terreur et cette réprobation? C'est ce que le lecteur ne saurait comprendre sans une description préalable des Bains Maudits. Lorsqu'on approche de ces eaux, qui sourdent en mille jets au fond d'une étroite vallée, dominée par la roche calcaire d'où jaillit la source principale, on y découvre une multitude de pyramides coniques, blanchâtres, d'inégale hauteur, et qui, séparées entre elles par des intervalles presque réguliers, ne ressemblent pas mal de loin à autant de pierres tumulaires. Quelques-unes, vues de plus près, affectent, tant bien que mal, les formes humaines, et reproduisent dans de grossiers et gigantesques modelés la roide stature de religieux drapés dans le froc, ou, ce qui diffère peu, de Bédouins encapuchonnés de leurs burnous. Aux yeux de la science, ces blancs fantômes et ces mausolées qui couronnent les

divers oriliees do la source ne sont autres que des sédiments calcaires déposés par les eaux à la surface du sol au fur et à mesure de leur vaporisation, et accumulés, avec le temps et en proportion de la force d'impulsion de chaque jet, à une hauteur qui varie entre quatre et dix ou douze pieds. En un mot, ces concrétions, dont la hase est d'un blanc de neige, qui plus loin tire sur le gris, et sont enfin légèrement teintées de rouge aux extrémités, offrent à l'œil de véritables stalagmites, semblables, sinon d'origine, au moins par leur forme et les principaux caractères de leur composition chimique, aux cristallisations qui hérissent le sol de quelques grottes bien connues, celles d'Antiparos, par exemple, ou de la Balme en Dauphiné.

Telle est l'explication, plausible, si Ton veut, mais singulièrement prosaïque, que donne de ce phénomène le naturaliste positif. Écoutons maintenant l'Arabe : il n'a que faire de vos stalagmites et de tous vos grands mots empruntés à une aride technologie; il ignore jusqu'aux premiers éléments de la chimie inorganique et ne s'en trouve pas plus mal. Ces cônes blanchâtres, qui se dressent comme autant de spectres menaçants, sont, dites-vous, des concrétions, des sédiments, des sucs calcaires. — Que signifie tout ce jargon? et qu'est-il besoin de tant d'idiotismes barbares pour expliquer le châtiment providentiel et la fin tragique de Hassan le Maudit et de ses adhérents?

Oui, ces sources, dont le vrai croyant doit détourner ses pas et jusqu'à son regard, sont autant de bouches empoisonnées de quelque autre lac de Gomorrhe. L'enfer seul peut donner aux eaux qui s'en échappent et cette odeur de soufre, et celte chaleur sinistre trahie par le bouillonnement perpétuel de ces ondes mauvaises, et l'épaisse vapeur qui s'en dégage. Ainsi fut et demeure marqué du sceau

ut

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le la réprobation ce lieu funeste on 1 >i«« i rrappa Hassan l'impie et ses complices. Nous avons sons dos yeux les restes de ces maudits. Mais, avant de raconter leur déplorable fin, disons quel fut leur crime: et quant à ta veracité du narrateur, si vous en doutez, informez-Vous dans tous les campements arabes à cinquante lieues à la ronde; entrez à Constantine, à Bone, chez le premier barbier venu ; interrogez qui bon vous semblera, et, si tous ae vous répètent pas, mot pour mot, l'horrible histoire • pu va suivre, je consens à subir le sort de Hassan et de ses compagnons.

Dr ce Hassan vivait, il \ a bien des années, dans un lieu que la tradition ne nomme pas, mais qui était situé, ditelle, à une heure de marche de Mjez-Ammar, sur la route de Bone à Constantine. Il était né d'une mère turque et d'un Maure que le Seigneur avait dès longtemps rappela à lui, au moment où son indigne fils commit l'abominable crime que nous avons à raconter. Quant à la mère, elle était allée, après la mort de son mari, visiter ses parents à Stamboul, et avait emmené sa jeune fille, sœur de Hassan, le seul enfant qu'elle eût, outre ce dernier.

Hassan donc, resté seul au logis paternel, et posse>M-ui d'immenses richesses, ne tarda point a mésuser de sa liberté et de ses biens; il devint l'effroi et le scandale de la contrée, où on le surnomma d'une commune voix cl Meskhout (le Maudit); et certes, on peut dire que jamais titre ne fut mieux appliqué, car chacun le détestait et le maudissait dans son cœur. Plutôt que d'employer une partie de ses grands revenus en aumônes, en bonnes œuvres, en fondations pieuses, telles que santons, chapelles et fontaines publiques, comme doit le faire toute personne désireuse de gagner le ciel , il aimait mieux gaspiller le tout

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en compagnie de filles perdues et d'une bande de mauvais sujets dont il était l'âme et le chef. Ce ramas -de gens sans aveu, qu'il avait en quelque sorte pris à sa solde, ne le quittait pas plus que son ombre, lui prêtait main-forte pour toutes ses criminelles entreprises, et eût tué au besoin père et mère, pour peu que la chose l'eût diverti.

Or, un jour qu'il était occupé comme la veille, et comme l'avant-veille, et comme tous les jours qui avaient précédé, à rire, à jouer, à voir danser des courtisanes et à boire des liqueurs fortes avec ses compagnons de débauche, en menant un bruit infernal, voici qu'une jeune fille, montée sur un chameau et modestement enfermée dans une sorte de palanquin recouvert d'une double gaze, apparut à l'entrée de la ville, suivie de deux serviteurs à cheval, et prit le chemin qui conduisait à la demeure de Hassan. A cet aspect inattendu, grand fut l'étonnement des honnêtes citadins accroupis et fumant sur le pas de leurs portes. Jamais on n'avait vu femme ni fille s'engager en pareil sentier sans y être menée par force, si ce n'est peut-être quelques-unes de ces misérables créatures avec qui Hassan passait sa vie; et encore la plupart se souciaientelles peu de hanter la maison de ce libertin brutal et effréné; car, bien qu'il les payât largement, elles recevaient de lui, tout compte fait, plus de coups que de stUtanis, sans parler des injures et de la transe mortelle où elles étaient sans cesse en sa présence qu'il ne leur arrivât cent fois pis.

— Par la barbe du saint prophète! dit un bourgeois en voyant la petite caravane faire halte précisément devant la demeure de Hassan, voilà ce qui s'appelle courir à sa perte de gaieté de cœur! Comprenez-vous cette donzel le

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qui va d'elle-même trouver le diable en son repaire e! prend un chameau, l'innocente, comme pour arriver [dus viteî

— Une innocente? Vous vous moquez, dit un second. El «jui donc, si ce n'est une effrontée coureuse, oserait venir en tel Lieu?

— Elle n'a pourtant point les allures ni l'équipage des femmes de cette condition, objecta bonnement un troisième. Elle se fourvoie peut-être, qui sait?

— Holà! Sida, où allez-vous?

— Dans le nid du vautour, colombe!

— Dans l'antre du lion, gazelle!

— Dans

Mais la jeune Bile, sans tenir compte de ces interpellations menaçantes, fit signe à l'un de ses serviteurs, qui; descendant de cheval et s'armant d'une pierre, frappa à la porte du Maudit. Peu d'instants après, l'huis massif roula sur ses gonds, et les trois voyageurs furent introduits dans la maison. Les bourgeois les virent disparaître d'un œil stupéfait, et non sans marmotter machinalement un bout de prière. lis étaient bien loin de soupçonner que cette jeune fille, à laquelle ils s'intéressaient malgré eux, serait l'instrument de leur ruine: mais le livre du Destin est recouvert d'un voile, et l'homme, dans sa faiblesse. ne peut ni en prévoir ni en infirmer les arrêts.

Cependant Hassan et ses compagnons étaient au plus fort de l'orgie, lorsqu'on vint annoncer au premier qu'une jeune fille demandait à être conduite en sa présence.

— Qu'elle entre, qu'elle entre! vociférèrent aussitôt vingt voix avinées. N'est-ce pas, Hassan?

— Oui, qu'elle entre ! dit à son tour le maître du logis.

Excellente aubaine, sur ma loi ! .1(3 suis curieux de voir si cette visiteuse est aussi belle que hardie.

Presque aussitôt la jeune fille parut sur le seuil de la salle basse où buvaient Hassan et ses amis, mollement couchés sur des divans et déjà plus qu'à moitié ivres. Pudiquement coiffée d'un voile dont la gaze flottait jusque sur ses genoux, elle demeura tout interdite près de la porte, où elle attendit qu'on lui adressât la parole, et visiblement effrayée par tous les visages rébarbatifs qui peuplaient ce Pandémonium.

— Approche! lui cria Hassan du haut d'un trône ou divan élevé de plusieurs marches en face de la porte, et d'où il présidait à ces quotidiennes saturnales. Qui es-tu? que demandes-tu?

— Je désire voir Sidi-Hassan, répondit la jeune fille d'un son de voix si doux, que ni la vibration mélodieuse du rebeb, ni môme le murmure de la flûte du roseau, n'y pouvaient être comparés.

— C'est moi ; mais d'abord sache, la belle, qu'aucune femme n'entre ici voilée. Allons, vite, conforme-toi à nos usages I

Et, comme la jeune fille, au lieu de déférer à cette injonction, rajustait vivement son voile et reculait épouvantée :

— Obéis, te dis-je! s'écria-t-il d'une voix de tonnerre. Et, s'élançant du bas de l'estrade où il trônait, il arrêta

la jeune fille dans sa fuite en la saisissant par un bras, tandis que, de l'autre, il lui arrachait violemment la gaze qui la protégeait.

Un long cri de surprise et d'admiration sortit du sein de ces ivrognes et de ces débauchés endurcis à l'aspect de la visiteuse; belle comme une rose épanouie du matin

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leur apparut la jeune fille. Sa taille, flexible el déliée, était droite comme une branche de myrte. Sa bouche vermeille n'était que perles et rubis; ses grands yeux noirs avaient l'éclat du diamant; ses beaux, sourcils, dans leur contour, imitaient la courbe gracieuse du noun (1); et quant à ses joues, on ne pouvait mieux les comparer, suivant l'expression d'un poëte arabe, qu'à a deux roses dans une coupe d'albâtre, a Elle sortail à peine de l'enfance, et pouvait avoir quatorze ans.

Que devint cette vierge timide, lorsqu'elle se vit ainsi livrée, sans voile et sans défense, aux insolents regards de tous ces libertins? Un incarnat plus vif encore que d'habitude colora son visage, qui ressemblait alors, comme dit un monal, j au vase transparent où pétille le vin. » Elle inclina la tête sur sa poitrine-, et de ses yeux coulèrent deux larmes, deux gouttelettes de rosée, comme celles qu'une nuit de printemps sème dans le calice des fleurs.

— Hélas! je suis perdue, déshonorée! dit-elle en tordant ses beaux bras de désespoir. Où trouverai-je maintenant un époux? Et comment oserai-je seulement supporter les regards de mes jeunes compagnes? C'est fait de moi, Hassan! ajouta-t-elle. Savez-vous qui vous venez d'outrager ainsi? Je suis Yamina, votre sœur.

— Yamina ! répéta en tressaillant le Maudit, qui, depuis qu'il avait aperçu l'étrangère, la dévorait des yeux en silence, plongé dans une sorte d'enchantement. Ma sœur! non, ce n'est pas possible! Tu mens, jeune fille. Ma sœur Yamina est à Stamboul avec ma mère...

— Votre sœur Yamina est devant vous ; et quant à votre mère, apprenez que le Seigneur l'a prise à lui. Voilà

1 Lettre arabe de forme elliptique.

bientôt deux lunes qu'elle me fut enlevée, et c'est pourquoi je venais à vous, pleine de confiance et d'espoir. Nos parents de Stamboul, me voyant orpheline, ont cru sagement en user en m'embarquant à bord d'un navire qui faisait voile pour mon pays natal. Ils ont pensé qu'après sa mère une fille ne pouvait avoir de meilleur appui que son frère. — Hélas! que ne m'ont-ils plutôt précipitée dans le Bosphore !

Pour la première fois de sa vie, Hassan se sentit troublé, interdit. La candeur, les reproches, les larmes de cette jeune fille, lui causaient une émotion neuve, profonde, dont il ne pouvait se rendre maître. Il balbutia, par forme d'excuses, quelques phrases brisées, quelques protestations à peu près inintelligibles. — « Je ne savais pas... Pardonnez-moi... Et comment aurais-je pu deviner?... Vous que j'ai quittée autrefois si petite, et que je retrouve aujourd'hui si grande, si... belle... » — Et d'autres paroles sans suite. 11 termina en disant :

— Reprenez votre voile, ma sœur. Je tacherai de justifier la confiance de nos parents. — Et quant à vous, ajouta-t-il en se tournant vers ses compagnons, oubliez ce que vous venez de voir; oubliez-le, entendez-vous!

Au ton sec et tranchant dont ces dernières paroles furent prononcées, les amis de Hassan comprirent que le maître voulait être obéi : ils s'inclinèrent en signe de soumission et de déférence, et portèrent la main à leur bouche, voulant marquer par là qu'ils resteraient muets. Puis le frère remit sa sœur aux mains d'une esclave femelle, en lui ordonnant de la conduire dans un appartement du haut, et d'avoir en toute chose pour elle les égards les plus empressés, les soins les plus respectueux. La fête bachique continua alors, mais sans animation ni gaieté : Hassan,

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silencieux, préoccupé, distrait, semblait ne boire que par un reste d'habitude. Son altitude morne eut promptement

glacé l'entrain de ses compagnons de plaisirs, qui se levôrenl un à un et prirent congé de lui longtemps avant l'heure accoutumée.

En se retirant, ils se disaient les uns aux autres : — Que signifie ce sombre nuage répandu sur le visage du maître? Est-ce que, par hasard, il se serait laissé émouvoir par les momeries et les larmes de cette petite fille.' Allons, il parait qu'il faudra songer à nous pourvoir d'un autre gîte et chercher un chef digne de nous, dont l'unie, mieux trempée, soit à l'épreuve des scrupules et du remords; car ce Hassan, avec ses airs de rodomont, n'est qu'une pauvre tête, il n'en faut plus douter : nous Pavions toujours jugé tel !

Mais, en parlant ainsi, ils calomniaient Hassan, qui n'avait certes nul dessein de se repentir, coin me la suite le prouva trop bien.

Demeuré seul, Hassan passa le reste de la journée et toute la nuit dans une agitation extrême. Le lendemain, dès qu'il lit jour, il demanda à voir sa sœur : on la lui amena; et, du plus loin qu'il l'aperçut, il courut à elle, se précipita à ses pieds, et, lui prenant la main, qu'il couvrit de baisers, la supplia de lui pardonner sa grossièreté ue la veille. La chaste et douce Yamina, toute confuse de cet excès d'humilité et joyeuse de voir son frère revenu à de si bons sentiments, s'empressa de lui accorder son pardon.

— Je vous jure, dit-elle, que je ne conserve aucun souvenir de votre vilaine action d'hier. Je ne l'attribue qu'à l'influence des boissons fortes que vous avez l'habitude de boire avec excès : vous n'aviez plus votre raison. Renoncez donc, mon frère, à suivre ce fatal penchant qui vous pousse à l'oubli de toutes les bienséances et que réprouve la loi de Dieu.

— Eh bien, oui, s'écria Hassan impétueusement, j'y renoncerai, puisque tel est votre désir, ma sœur. Pour vous être agréable, aucun sacrifice ne me coûtera ; mais promettez-moi de m'aimer.

— N'est-ce pas mon devoir? reprit Yamina, surprise de celte véhémence.

— Ne parlez point ainsi, dit Hassan avec feu. Je ne veux point que vous m'aimiez par devoir : plutôt votre haine!

— Eh bien, répondit la jeune fille avec un sourire anrelique, soyez toujours bon comme maintenant, et je vous proteste que je n'aurai pas de plus grand bonheur que vous chérir.

Ces douces paroles semblèrent un peu calmer la lave qui bouillait au sein du Maudit; mais bientôt l'exaltation reprit le dessus pour faire place à une mélancolie sombre. Au mépris de la promesse qu'il avait faite à sa sœur, il lui arriva plusieurs fois de s'enivrer pendant les jours et les semaines qui suivirent; ses compagnons, qu'il rappelait par boutades, crurent avoir ressaisi leur proie on le voyant s'abandonner à des excès plus effrénés que de coutume; mais, à chaque scène de débauche, après quelques éclats d'une joie frénétique, succédait chez lui une humeur noire contre laquelle venaient échouer les gais propos de ses amis et les caresses «les aimées conviées a fis fûtes orgiaques. Il congédiait alors ses hôtes avec

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brusquerie, et courait s'enfermer dans son appartement, ou il demeurait plusieurs heures, quelquefois même des jours entiers, se promenanl à pas précipites el heurtant sa tête conjre les murailles, comme une bête fauve mise en eage. Il changeait et dépérissait à vue d'œil; sa maigreur, son teint pale, sa barbe hérissée, lui donnaient l'aspect d'un fantôme, et son œil cave, maladif, lançait de sinistres éclairs.

Un jour enfin, n'y tenant plus, il monta chez sa sœur et lui dit :

— Va mina, il faut que vous soyez à moi.

La pauvre jeune fille ne comprit pas d'abord le sens de cette terrible déclaration, et lui demanda naïvement ce qu'il entendait par ces mots.

— J'entends, reprit Hassan, que vous serez ma femme, et moi votre mari. Et périsse, continua-t-il en tourmentant d'une main crispée le manche de son kandjiar, qui voudrait m'en empêcher! — Oui, ajouta-t-il, l'œil ardent, la poitrine haletante, c'est trop me maîtriser, je vous aime, non parce que vous êtes ma sœur, mais parce que vous êtes belle, plus belle en un seul de vos charmes que toutes les autres femmes ensemble! — Ne vois-tu pas que je me consume? Depuis ton arrivée en ce lieu, ai-je l'air d'un spectre ou d'un homme? Je ne puis vivre ainsi : il faut que ces tortures cessent. Dès demain, Yamina, si tu m'aimes, si tu as pour moi cette tendresse que tu m'as promise, oui, dès demain, nous serons unis !

Muette d'effroi d'abord à ces mots, la jeune fille ne recouvra ensuite la parole que pour repousser avec horreur cette indigne proposition. En vain Hassan, pour la fléchir, eut recours aux prières, aux promesses, aux menaces : la vertueuse fille resta inébranlable, même lorsque son frère.

furieux de cette résistance, lui eut signifié, avec force blasphèmes, qu'elle mourrait dans sa virginité si elle persistait dans son refus; car jamais il ne souffrirait qu'elle fût à un autre que lui.

— J'aime mieux, lui répondit-elle, vivre sans époux et voir se dessécher la fleur stérile de ma jeunesse que d'offenser Dieu , notre maître , par une union si coupable. Avez-vous songé à lui, mon frère? Ne savez-vous donc point par quels affreux supplices il punit l'impiété et l'inceste?

— Eh! que m'importe Dieu! s'écria le Maudit. Qu'ai-je à faire de ses houris? En est-il une qui te vaille? Et, dussent les flammes de l'enfer me dévorer, je ne les crains pas : que sont-elles auprès de ce feu intérieur qui brûle mon sang et me calcine jusqu'aux os? Encore une fois, veux-tu nfaccepter pour époux?

— Non, non ! dit Yamina avec force.

— Eh bien donc, fille opiniâtre, s'écria le Maudit avec rage, non-seulement tu vieilliras dans une amère solitude, mais une prison perpétuelle sera ton lot; el, à l'heure même, si tu ne rétractes ton refus, je t'entraîne dans le donjon qui doit te servir de demeure, et là tu auras pour compagnes les cigognes, et le pain et l'eau seront ta seule nourriture!

— Allons-y donc ! reprit la courageuse enfant, car jamais je ne souscrirai à votre coupable demande.

Aussitôt le Maudit conduisit sa sœur dans le bordj (château fort), dont on voit encore les ruines près de la source, et là, ainsi qu'il le lui avait annoncé, elle fut confinée seule dans une étroite cellule, où pour lit elle eut un peu de paille, et du pain et de l'eau pour aliments. Chaque jour, Hassan venait voir si la captive, dont il était plus

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violemment épris que jamais, voulait enfin céder à ses désirs infâmes ; mais elle le repoussait avec indignation, affirmant quelle endurerait plutôt la faim et les tortures que de souiller son innocence. Cela dura ainsi deux ans.

Au bout de ce temps, la pauvre Yamina, fort affaiblie de corps et d'âme par le cruel emprisonnement et les dures privations que lui infligeait le Maudit, perdit courage et se rendit aux vœux impurs de son geôlier. Elle eût mieux fait de persister et d'avoir pleine confiance dans la miséricorde divine; mais les efforts qu'elle avait faits surpassaient déjà ceux qu'il est permis d'attendre de son sexe ; car la femme est un être faible, qui n'apporte guère de suite dans ses actions, et n'est que peu propre a discerner le bien du mal *.

Transporté de joie, Hassan se rendit aussitôt chez le cadi et lui fit part de son projet de mariage, en le priant de vouloir bien en dresser le contrat. On imagine sans peine quel fut le saisissement du magistrat à l'audition de cette effroyable requête. Il crut n'avoir pas bien entendu, et lit un tel bond sur son siège, que ses lunettes faillirent par contre-coup délaisser le nez vénérable qui les portait.

— Épouser ta sœur ! Y songes-tu , mon fils? dit-il au Maudit, qu'il désignait de ce nom affectueux, bien qu'il le d^estât cordialement; mais il le craignait au moins au. tant, et n'avait pas tout à fait tort. — Sais-tu bien qu'une pareille union serait un crime abominable? Tu me demandes de sanctionner un inceste, presque un sacrilège I Tu te joues donc, audacieux, des lois divines et humaines ?

Et, la-dessus, il lui cita : 1° le Koran, 2° diverses exé-

1 Réflexion qui appartient en propre au conteur arabe, et dont nous lui laissons, à ce titre, toute la responsabilité.

gèses toutes très-formelles sur la question de casuistique soulevée par la demande du Maudit, 3° trois ou quatre sunnas non moins décisives dans l'espèce , 4° une glose de Beïdawhi qui ne pouvait laisser aucun doute sur l'illégalité de l'hymen projeté, 5° et une foule d'autres gloses ou commentaires du livre saint, tous plus précis les uns que les autres, et s'accordant unanimement à réprouver le mariage entre frère et sœur, ou môme entre parents à des degrés plus éloignés.

Hassan le laissa dire ; puis, lorsque le cadi eut fini sa dissertation, il reprit tranquillement :

— A Dieu ne plaise que je veuille me rendre coupable d'un inceste! Si j'eusse été assuré que cette Yamina fût ma sœur, je n'aurais certes jamais songé à la rechercher en mariage; mais c'est ce qui ne m'est nullement démontré. Un jour cette fille frappe à ma porte, venant je ne sais d'où ; elle arrive, dit-elle, de Stamboul, où elle aurait rendu les derniers devoirs à notre mère : elle se prétend ma sœur, fort bien; mais où est la preuve de .tout ceci? Non-seulement je ne puis en elle reconnaître ma sœur, dont je suis séparé depuis longues années; mais j'ai tout lieu de croire que cette dernière a péri avec ma mère dans un naufrage ou par quelque autre mort violente; car jamais ni l'une ni l'autre ne m'a donné de ses nouvelles depuis que toutes deux ont quitté ce pays. Tu vois donc, ô seigneur cadi ! que je n'ai nullement l'intention d'offenser Dieu en épousant cette Yamina qui m'a trompé, j'en suis certain, et n'a si longtemps refusé d'être ma femme que par ruse et pour mieux soutenir son rôle.

En disant ces mots, le Maudit laissa négligemment tomber aux pieds du cadi une bourse pleine d'or, dont le son retentit plus agréablement (jue la musique la plus douce

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a l'oreille du magistrat, bien connu [joui1 son avarice. Il lit donc taire ses scrupules, feignit de croire à la nfenterie de Hassan, et promil de sanctionner le mariage.

Le mufti, que Hassan alla trouver ensuite, se montra plus récalcitrant. C'était un magistrat intègre, du sens le plu* droit, et nullement accessible à l'appât du lucre. Il repoussa donc avec mépris l'or du Maudit; mais celui-ci l'attaqua par son côté faible, en le menaçant du poignard de ses acolytes; et, comme les belles qualités du mufti étaient malheureusement ternies par une pusillanimité et un attacbement à la vie indignes d'un ministre du Très- Haut, il céda comme son confrère.

Il ne restait donc plus qu'à prendre jour pour la célébration du mariage : il fut décidé qu'elle aurait lieu dès le surlendemain, tant Hassan était impatient de consommer l'œuvre criminelle. La veille des noces, il fit porter à sa sœur de riches présents en bijoux, robes, essences de rose, henné, et autres parures ou parfums propres à la toilette des femmes. Il y joignit, suivant l'usage, divers aliments que Yamina lui renvoya apprêtés de ses mains, dans les plats d'argent sur lesquels ils lui avaient été apportés. Cest ainsi que, par cette coutume symbolique, la femme mauresque apprend a vaquer elle-même aux soins de son ménage, et à ne se considérer que comme la première esclave de son mari.

Le jour du mariage, de grand matin, le cadi, avec ses adonis (assesseurs . et le mufti, accompagné des autres prêtres de la mosquée , se rendirent au palais de Hassan pour y dresser l'acte nuptial et unir les deux fiancés. Le consentement mutuel exprimé (Yamina articula le sien d'une voix à peine distincte, et quelques-uns même prétendent qu'elle prononça un non timide au lieu du oui su-

cramentel), on rédigea le contrat, on en donna lecture: puis les deux conjoints échangèrent leurs bagues, et une courte allocution, prononcée par l'un des adouls, termina la cérémonie.

On procéda alors, avec profusion et apparat, aux réjouissances de la journée. Le marié retint les magistrats à la fête, et ils n'osèrent refuser. Par son ordre, les portes du palais furent ouvertes à deux battants, et une foule immense, accourue non-seulement de tous les points de la ville, mais encore des environs, s'y précipita en grand tumulte. Dès la veille, Hassan avait fait publier qu'il conviait chacun à ses noces, et s'engageait à héberger splendidement quiconque viendrait. Or celui qui promet de régaler le peuple, fut-il pire qu'un démon, est toujours sûr de voir chez lui grande affluence. Dien que le palais fût très-vaste, tous ne purent y trouver place, tant le> convives étaient nombreux; les derniers venus en furent quittes pour s'installer sous le porche couronné de feuillage et aux abords de la maison, où on leur servit à manger avec le même soin qu'aux autres. Aussi ces mêmes gens, qui naguère n'avaient pas assez de malédictions pour Hassan, commencèrent de lui donner des louanges pour sa munificence; et si la noce eût seulement duré trois jours, selon l'usage, il est à croire qu'on l'eût vu devenir aussi populaire que jusqu'alors il avait été honni et exécré. Ainsi va le monde; mais celte coupable légèreté devait être cruellement punie.

Cependant le bruit du tambourin, du rebeb et de la aorna retentissait dans tout le pak.is , et portait chacun à l'allégresse. Au milieu de la cour, les esclaves avaient allumé d'immenses feux sur lesquels cuisaient à bouillons, dans d'immenses chaudières, le m'hem.sa et le

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cowscoussoti aational, sans cesse renouvelés pour être distribués indistinctement à tous ceux qui venaient en demander, attirés par l'odeur des mets et les doux sons de la musique. Bientôt un groupe d'aimées ou bayadères mauresques, qui sont V ornement obligé de tontes les fêtes nuptiales, \iut exécuter, devant les époux et les principaux personnages de rassemblée, des danses lascives réglées par le jeu, tantôt grave, tantôt précipité des instruments, tandis que d'une voix frémissante, le sein haletant, l'œil enflammé, elles chantaient \\v> vers erotiques appropries, dan- leur brûlante expression, à la pantomime des danseuses, ('.ouverte de bijoux et assise, selon la coutume du pays, entre deux vénérables matrones, Yamina contemplait tristement cette fête avec le tumulte de laquelle contrastait sa grave attitude, et, sans le voile qui la couvrait, on eût été effrayé de la pâleur mortelle répandue sur tout son visage.

Quand vint le soir, de nombreuses torches furent allumées, et leur clarté, unie à celle des lanternes dont chaque convive était muni, produisit une splendide illumination qui pouvait presque rivaliser avec l'éclat du jour. Toutes les invitées se réunirent alors autour de la fiancée, qu'elles conduisirent, au son d'une musique joyeuse, jusque dans la chambre nuptiale. Les danseuses les précédaient; mais elles s'arrêtèrent sur le seuil pour laisser entrer Yamina suivie de toutes les autres femmes. Hassan vint au-devant de sa sœur, lui prit le pied qu'il posa sur le sien, et la lit asseoir auprès de lui. L'esclave coiffeuse entra alors, tenant une aiguière pleine d'eau de Heur d'oranger, dont elle versa quelque- gouttes dans la main de l'épouse. Celle-ci, d'après les instructions de l'une des matrones présentes, offrit ce breuvage à son mari; mais, au moment

où ce dernier taisait mine d'y porter les lèvres, elle écarta vivement ses doigts et le liquide tomba à terre. L'époux répéta ensuite ce simulacre; puis les femmes, se pressant autour de la mariée, procédèrent à sa toilette de nuit et la conduisirent processionnellement a une couche luxueuse, enfin, elles se retirèrent : Hassan et Yamina restèrent seuls.

Mais à peine les invitées avaient-elles franchi le seuil de l'appartement nuptial, qu'un épouvantable coup de foudre éclata sur leurs tètes et fit trembler le palais dans ses fondements. A l'instant même, les époux, les matrones, les danseuses, les prêtres, le cadi et les autres magistrats sont changés en statues de pierre, chacun d'eux dans la position qu'il occupe en ce moment fatal, et que la vengeance de Dieu le voue à garder éternellement. A cette vue, la foule des esclaves et des conviés s'enfuit éperdue ; elle s'élance, dans un désordre inexprimable, hors de la maison maudite et se sauve au hasard. Vain effort! Le doigt divin poursuit cette multitude, l'atteint... Tout est métamorphosé en pierres. Ce sont ces malheureux qu'on voit encore épars sur l'emplacement des bains Maudits et tout le long du petit ruisseau (YOned-Meskhout) qui s'en échappe et va mêler son onde impure aux eaux transparentes de la Seybouse. Dans sa colère, Dieu frappa sans distinction tous ceux qui avaient commis le crime, ou qui, par leur présence s'en étaient en quelque sorte rendus complices. Sa main vengeresse s'étendit même sur les chaudières où le festin avait été apprêté el qui furent condamnées à bouillir jusqu'à la lin des siècles : c'est l'eau contenue dans ces vases qui frémit sous nos pas, quand nous foulons le sol maudit de Hammam-Meskhoutin : c'est cette eau qui produit les vapeurs méphitiques et suffocantes que nous

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voyons se dégager à Qeiir de terre; enfin, c'esl le feu de l'enfer qui chauffe perpétuellement cette «nui el lui communique l'odeur de soufre dont notre odorat esl saisi à rapproche de ce lieu lugubre. Toute- ces choses, en nous avertissant de oe point offenser Dieu, nous apprennent que nous encourrons, nous aussi, son ressentiment, si nous avons l'impiété de goûter à ces ondes maudites1.

En dépit de ce redoutable enseignement et de l'anathème lancé contre Hammam-Meskhoutin, M. le maréchal Bugeaud arrêta, en 18ii, la formation d'un établissement thermal à l'orifice de ces sources. La tradition romaine l'a emporté sur la légende musulmane; et, aujourd'hui, les soldats malades dont le traitement comporte l'usage de certaines eaux minérales sont dirigés, non plus sur la France, mais sur Hammam-Meskhoutin, dont les eaux peuvent suppléer, avons-nous dit, celles de Guagno et de Baréges; selon d'autres, celles de Bourbonne et de Baden- Baden. C'est un point médical à éclaircir ; nous ne sommes point en mesure de résoudre cette question thérapeutique. On espère, d'après cet exemple, qu'un établissement civil ne tardera point à se former dans le même lieu pour l'usage tout à la fois sanitaire et récréatif des malades et des désœuvrés d'Algérie, et qui sait'.' peut-être de ceux d'Europe. Cette idée ne semble point dénuée de chances de réalisation. La faveur publique est changeante : voila déjà bien des années que l'élite de la fashion européenne [«rend, chaque été, avec une constance méritoire, si elle ne tient pas quelque peu de la résignation, le chemin des

1 En effet, les Arabes s'abstiennent non-seulement de boire l'eau :1e ces sources, comme nous l'avons dit plus baut, mais même de goûter à celle de la Seybouse, qui reçoit, par le ruisseau de l'Uued-Meskhout, les ondes si fatalement sulfureuses de Hammam-^icsklioulin.

inévitables bords du Rhin uu de la frontière d'Espagne.

Quelques postes de plus, la Méditerranée à franchir en une enjambée, et voilà toute Yhigh-life intronisée à Mjez- Ammar, sur les rives de l'Oued-Meskhout, dans l'un des [dus beaux pays du monde. De bonnes hôtelleries, des bals, des concerts, un salon de conversation, un Opéra quelconque, voire, s'il le faut absolument, la ferme de M. Bénazet, tout cela s'improvisera à Hammam-Meskhoutin, comme à Bade, pour recevoir, fêter et ruiner dignement l'illustrissime réunion. Un coup de baguette suffira pour évoquer tous ces prodiges : l'Afrique n'est-elle pas une terre d'enchantement? Donc , nous ne désespérons point de voir prochainement l'Europe baigneuse honorer de son patronage particulier les eaux Maudites, et toute la volée des don Juan touristes s'abattre gaiement, pour y poursuivre ses galantes déprédations (ne serait-ce pas digne d'elle'.')., au pied même des formidables statues de Hassan le Meskhovi et de la belle Va mina.

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