‹ La vie des eauxChapitre 40 sur 58 · A VERTU CUR.VNYE DES EUX · texte numérisé non relu

A VERTU CUR.VNYE DES EUX

DES BAINS CHEZ LES ANCIENS HT CHEZ LES MODERNES, ET DE L INFLUENCE MURALE El HYGIÉNIQUE DU DAIX.

L'art du baigneur, il faut le dire, est, hélas! dans l'enfance, ou plutôt i! revient à ses rudiments primitifs à force de décrépitude. Qu'est-ce que nos baignoires, disgracieuse et mesquine invention, digne du roi Procuste, auprès de l'appareil compliqué, raffiné, dont usaient les peuples anciens? Mais n'anticipons pas sur cette démonstration : elle se déduira suffisamment de la comparaison des faits.

J'aime à supposer, pour l'honneur de nos premiers pères, que l'art et l'usage du bain remontent à une antiquité aussi lointaine que possible. Dés les temps héroïques, on les trouve introduits chez les Grecs par les Orientaux, et déjà singulièrement perfectionnes au siècle d'Homère : témoin plusieurs passages de l'Odyssée et entre autres celui-ci, ou Ulysse, racontant l'hospitalité de Circé, s'exprime en ces termes : « Une nymphe apporta de Peau, alluma du feu et disposa tout pour le bain.

J'y entrai quand tout fut prêt : on versa l'eau chaude sur ma tête, sur mes épaules; on me parfuma d'essences exquises; et lorsque, ne me ressentant plus de tant de peines et de maux que j'avais soufferts, je voulus sortir du bain, on me couvrit d'une belle tunique et d'un manteau magnifique. »

11 y a loin de ce peignoir au linge grossier que nous jetons, après le bain, sur nos épaules grelottantes.

Le bain n'était toutefois chez les Grecs qu'une annexe obligatoire du gymnase. L'usage de la palestre et des jeux corporels l'avait répandu ; mais ce besoin ne dégénéra point en luxe. Au sortir de l'arène où, quotidiennement, ils exerçaient leurs membres et préparaient leurs forces, en vue des luttes olympiques, les jeunes hommes passaient dans le balanéion, et s'y purifiaient de la sueur et de la poussière dont leur corps était ruisselant ou imprégné. Aucun établissement n'était affecté aux ablutions des femmes. Aspasie, Lais et Lamia étaient contraintes de se baigner à domicile. Il est indubitable que leurs palais offraient tous les moyens de pratiquer dans leur personne, sinon dans leur vie, la pureté exquise dont Aphrodite marine leur avait fourni la leçon ; mais de même qu'il n'était pas donné à tous de visiter Corinthe, le faste des bains privés ne pouvait convenir qu'aux somptueuses demeures ou aux fortunes royales des hétaïres : aussi l'absence de bains publics accessibles aux honnêtes femmes contribue-t-elle peut être à jeter quelque jour sur le prodigieux succès de ces immortelles courtisanes.

La science du bain , comme tous les arts et toutes les mollesses de la vie, fut empruntée des Romains aux Grecs. Elle ne tarda point à atteindre dans Rome son plus haut point de perfection. Les enfants de la Louve sont les grands ëtuvistes et les grands baigneurs de l'antiquité. Ce n'était pas seulement du pain et des spectacles qu'il fallait au peuple, mais des bains: el ce qui le prouve, c'est que les empereurs les plus impopulaires, le plus justement décriés, cherchaient à se gagner la faveur du public par la construction de thermes somptueux : témoin Néron, qui en bâtit un tivs-graiid nombre, et eut l'attention ,

aussi délicate qu'originale, de faire venir dans ceux dits à' Agrippa l'eau de mer, afin que la canaille de Rome pût, à son choix, se détremper dans l'eau salée ou dans l'eau douce.

Grâce à Vitruve, à Athénée et à Pline surtout (voir la description tlf sa princière maison de campagne), on possède des notions fort exactes sur le mode d'ablution du peuple souverain. La science thermale était poussée à Rome à un raffinement inouï et qui doit nous faire grande honte, à nous autres peuples spiritualistes.

Voici ce qu'en Tannée du Christ 80 ou 100 la plèbe infime, le dernier portefaix de Rome, pouvait obtenir de jouissances et de confort pour un quadrant, une menue monnaie imperceptible, à peu près comme le iiard, dont tout le monde parle et que personne n'a jamais vu.

Les thermes, ainsi qu'a Paris même on en peut avoir une idée fort affaiblie par ceux de Julien, construits, il faut s'en souvenir, pour une petite ville de province, occupaient une immense superficie, nécessaire au vaste développement de toutes les salles et appareils qui composaient un bain public.

Le baigneur, s'il le jugeait convenable, était d'abord introduit dans le sphéristère, lieu consacré aux exercices gymnastiques, et notamment au jeu de paume. Après s'y être récréé, il entrait au vestiaire, nommé apodytère, et y dépouillait ses vêlements, confiés aux mains de gardiens particuliers nommés capsaires.

Du vestiaire, le baigneur passait dans Yonctuaire, salle affectée aux frictions et au dépôt d'huiles de tous genres ; puis de là au bain proprement dit, ou callida lavalio.

Un vaste bassin (lavacrum), rempli d'eau chaude sans cesse renouvelée, occupait le centre de la salle. Les baigneurs s'y introduisaient au nombre de douze ou de quinze. On leur versait de l'eau sur la tête, les épaules, et, au sortir de là, on les frictionnait avec le strigile (brosse, étrille).

Ils entraient de là dans l'étuvepour s'y offrir à la vapeur [concamerata sudatio); puis ils passaient au tépidaire, où on les

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abluait d'eau tiède; puis euiin ils pouvaient, suffisamment préparas par cette gradation savante, affronter sans inconvénient lf1 frigidaire, où les recevait une piscine d'eau froide, assez vaste pour que l'on pût commodément s'y livrer à la natation. 11 y avait dans la même salle le baptistère, destiné aux ablutions partielles, puis des rennetores, employés qui massaient de nouveau les baigneurs et leur enduisaient le corps d'essences. Dans les thermes bien organisés, il y avait jusqu'à trois onctions. On y trouvait aussi, outre les bains communs, des baignoires d'airain et de marbre, dont quelques-unes balancées et suspendues par des esclaves, afin que le baigneur eût le double plaisir du bercement et de l'immersion. Je passe sous silence une multitude de vases et d'ustensiles répartis dans les diverses salles, attestant le soin minutieux et la recherche précieuse qui présidaient à toutes les phases du bain, tour à tour chaud, tiède, froid.

Après l'immersion dans la dernière piscine et la réonclion , le baigneur était enveloppé dans le sindon, ample étoffe de laine qui séchait et réchauffait son épiderme. Puis il rentrait pour s'habiller au vestiaire, d'où il lui était loisible de retourner à la salle des jeux et des exercices, afin de compléter par le mouvement physique la réaction qui rend salutaire, le bain.

Tout ce vaste appareil était porté au degré de chaleur convenable par Vhypocaustum, immense four chauffé de toute espèce de bois, excepté celui d'olivier, et dans lequel, pour attiser une flamme égale partout, les fornacatores (chauffeurs) faisaient rouler des globes de métal enduits d'une couche de térébenthine.

Les esclaves chantaient en frictionnant le public, comme l'ont encore en Orient les baigneurs de profession; mais il n'était pas de bon ton de chanter soi-même dans le bain , ainsi que nous l'apprend Théophraste.

Les principaux thermes étaient d'une grande magnificence : les empereurs y prodiguaient le marbre, le bronze, les peintures. Les femmes y étaient admises, séparément des hommes d'abord; mais plus lard, el malgré les défenses d'Adrien el au-

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