‹ La vie des fleursChapitre 20 sur 21 · VINGT-QUATRIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME TABLEAU

Les décors antédllaviens du globe*

Quand oii songe combien de fois la terre a été ébranlée par des commotions souterraines , combien de fois i en des temps éloignés , de longues chaînes de montagnes surgissant tout à coup , ont changé la forme des continents en émergeant les uns et en submergeant les autres , on se demande d'abord si déjà des végétaux ornaient la terre ^ et si ces plantes ^ de créa-' tion primitive , ont traversé les époques géologiques pour arriver jusqu'à nous?

Des savants distingués ont ouvert le grand livre de la nature ^ ils ont lu dans les entrailles du globe , et ils ont répondu par une affirmation à la première de ces questions et par une négation à la seconde.

Ainsi Dien a pourvu, dès le commencement du monde , à la parure de la terre , mais il n'a pas voulu qu'elle offrit toujours les mêmes décors. Il a send^ partout des germes que les siècles devaient faire éclore, et des végétaux , appropriés aui climats et aux vicissitudes de chaque époque de la nature , ont précédé sur la terre l'homme qui devait assister au plus beau et an plus paisible de ces spectacles.

Les terrains de sédiment les plus anciens nous montrent ^ en effet, les traces d'une végétation primitive dont les empreintes ont été conservées. Ils nous offrent les types dont plusieurs familles sont dérivées. « Ce sont f dit M. Unger , en parlant des empreintes des anciennes couches de la Thuringe , des choses que je n'aurais pu me figurer avec la plus vive imagination , et qui , dans ces fossiles , sont prononcées et développées de la manière la plus claire et la plus distincte. » N'est-il pas remarquable de voir , avant le départ dichotomique des principales formes végétales , ces types qui réunissent les caractères dans une souche corn-* mune , comme nous voyons groupés , dans les grands Sauriens de l'époque jurassique, les types et les ten-> dances du règne animal , dont les derniers embranche-* ments ne s'étaient pas alors montrés sur la terre«

H est naturel de croire que les premières plante^ furent des plantes aquatiques. Gomment ces plantes purent-elles s'établir sur un océan sans rivage? La mer

couvrait alors la terre entière ; les soulèvements n'avaient pas encore ébauché les lies ni formé les continents; mais peut-être avaient-ils suffisamment eihaussé 9 sur quelques points , le fond des bassins pour que la lumière , traversant la couche de liquide , vint aider par sa présence le développement des premiers êtres du règne végétal.

Nul doute que plus tard les rivages ne soient devenus y comme ils le sont encore, les lieux les plus fertiles de la terre. Alors seulement les végétaux terrestres ont décoré les campagnes, ils y ont formé d'épaisses et ténébreuses forêts. Les espèces qui recherchent l'ombre et les abris n'ont pu se montrer avant le feuillage qui devait les protéger , et les plantes volubles ainsi que les parasites n'ont apparu sur la scène du monde qu'après la naissance des espèces qui devaient les soutenir ou leur accorder l'hospitalité.

Eu effets les premiers vestiges d'animaux , les premières traces de plantes que l'on remarque dans les plus anciens terrains sédimentaires , sont toujours des débris d'espèces aquatiques. Quant aux premiers végétaux terrestres , ils devaient vivre sur un sol encore privé d'humus. La terre végétale ne s'est formée qu'à la longue , par suite de la décomposition lente et successive d'êtres vivants dont la matière organique se mélangeait aux détritus des roches primitives. Aussi les premiers végétaux ^ ceux des périodes de transition et

des houilles ^ vivaient plus par leur feuillage que par leurs racines , brillaient bien plus par leurs feuilles que par leurs Qeurs» et dans ces conditions, devaient se reproduire plus souvent par la multiplication gemmipare que par la génération sexuée.

Mais leur développement n'a pas tardé à prendre un grand essor, et leurs débris , accumulés au milieu des assises de grès et d'argiles endurcis, ont formé des couches puissantes de combustible. Peu de rapports existent entre ces anciens végétaux , qui peut-être contenaient les germes de toutes les flores futures ^ et les plantes actuelles qui leur ont succédé; La terre , en grande partie recouverte par les eaux , ne devait offrir que des lies ou des archipels peu étendus. L'uniformité de température ordonnait l'unité de végétation , et les grands tableaux de l'époque houillère durent se res« sembler sur la terre entière.

La végétation avait alors une incroyable activité ^ et si nous avons encore sur la terre quelques points où le paysage puisse nous rappeler les sombres forêts de l'époque carbonifère , c'est à la Nouvelle-Zélande ou dans les tles de l'Océan antarctique qu'il faut les chercher.

La végétation de cette période^ la plus remarquable des époques de la terre , a laissé dans toutes les parties du monde d'énormes couches de charbon. Des houillères existent même dans des régions très-rap-

prochées des pôles où la glace vient aujourd'hui s'opposer au développement du feuillage. On trouve des houilles au Spitzberg , au Groenland ^ à Ttle Melville , et d'immenses dépôts occupent aussi les zones tempérées de l'Europe et surtout de l'Amérique.

Nous pourrions rechercher , à un autre point de vue , l'influence qu'exerce sur l'époque actuelle cette ancienne période pendant laquelle la terre était couverte de ces forêts élégantes et monotones qui ont formé les houillères. L'avenir de là civilisation dépend peutêtre de ces charbons souterrains qui animent aujourd'hui nos machines et nos vaisseaux. Etait-il dans les décrets de la Providence d'employer à la conquête du monde cette première parure de là terres et de couvrir l'Océan actuel de ces vaisseaux rapides qui ne doivent leur puissance qu'aux dépôts d'une époque dont tant de siècles nous séparent?

Espérons qu'un jour les haines et les discordes des nations s'effaceront comme les barrières qui les entourent, comme les préjugés qui les trompent. Les peuples , rapprochés par la suppression des distances > s'uniront aussi par la paix et par une mutuelle affec-* tion. Nous reverrons encore l'âge d'or! Que l'on jette alors un regard en arrière , bien loin avant l'existence de l'homme ^ et que la pensée reconnaissante pénètre sous les sombres et silencieuses forêts de l'époque carbonifère et sous les frondes aériennes et verdoyantes

de ces Fougères et de ces Equisétacées gigantesques dont la Providence s'est servie pour préparer l'avenir de ses desseins secrets.

A cette période géologique , pendant laquelle les houilles et leurs grès ont été déposés , en succède une autre dont la végétation en changeant ses espèces et même ses genres, conserve encore les mêmes types sous l'influence de conditions analogues. C'est l'époque des terrains pénéens et du grès rouge , laquelle n'est peutêtre qu'une continuation de la précédente. La terre était encore en très-grande partie recouverte d'eau , et rien, pour ainsi dire, n'indique dans ces temps reculés, la présence des eaux salées qui , plus tard , occupent la majeure partie du globe. Des eaux douces ou saumâtres couvrent de vastes terrains , et la végétation si singulière qui existait alors se trouvait dans des conditions entièrement différentes de celles auxquelles elle est actuellement soumise. Non-seulement la chaleur et l'eau devaient contribuer à son activité , mais encore la présence dans l'atmosphère d'une grande quantité d'acide carbonique qui, selon toute proba* bilité , provenait des masses énormes de calcaires qui se formaient alors, et que d'abondantes émissions d'eaux minérales amenaient à l'état de bicarbonate.

Il n'est donc pas étonnant que, sous l'influence de conditions géologiques si différentes dé celles qui existent sous nos yeux y la flore de ces temps reculéii

ait été si spéciale et si originale pour nous qui sommes habitués aux formes actuelles. Toutefois, cette végétation n'est pas sans quelques rapports avec la nôtre , et , comme nous l'avons dit déjà , dans les tles de la mer tropicale, où les plantes peuvent retrouver encore une partie de cette chaleur et de cette humidité qui leur donnaient autrefois une si grande puissance d'accroissement , nous rencontrons une certaine analogie avec la flore de cette époque reculée.

Ces types de la végétation primitive que nous venons d'indiquer, n'ont pas été immédiatement détruits; ils ont traversé en modifiant leurs formes et leurs espèces, souvent aussi leurs genres, des âges géologiques trèsdifférents , et nous les retrouvons encore dans la période triasique. Pendant que les grès bigarrés et les marnes irisées déposaient lentement dans les eaui leurs couches régulières, de magnifiques Fougères agitaient encore leurs frondes légères et découpées. Divers Protopteris et de majestueux Neuropteris s'associaient en forêts étendues où végétaient aussi des. Crematopteris , des Ànomopteris et le joli Trichoma" niles myriophyllum. Les Conifères prennent dès cette époque un développement plus considérable ; les Mai" dirigera f les Voltzia forment de gracieuses forêts d'arbres verts (dont les Araucaria de l'hémisphère austral peuvent seuls nous donner une idée. D'élégantes monocotylédones, rappelant les formes des con^

trées éqoatoriales , semblent se montrer pour la première fois. Elles sont analogues à nos Yucca ^ et forment des groupes serrés et étendus, fuis le type des CycadéeSy réunissant en partie l'organisation des Conifères è la majesté des Palmiers, vient orner la terre 4]ui révèle dans ces formes nouvelles toute sa fécondité.

Des plantes herbacées s'étendent sur le sol dès forêts, ou se baignent dans les marais attiédis. Ce sont des jEtheophyllum dont l'organisation se rapproche à la fois des Lycopodiacées et desTyphacées. Puis com*? mence l'apparition des dicotylédones qui s'associent aux Cryptoganies cellulaires. Celles-ci, quoique aboq^ dantes encore , paraissent en voie de décroissement, Les Cycadées se montrent aussi avec timidité ; mais bientôt elles prendront une large part dans les brillantes harmonies du règne végétal.

 la suite des grès bigarrés dont la végétation n'a été étudiée que sur des points très-restreints , vient une . autre flore qui appartient encore géologiquement au dépôt du trias , c'est la flore des marnes irisées , de ces terrains qui précèdent les formationsjurassiqueset qui renferment de trèsrgrands dépôts de sel gemme. Les Cryptogames cellulaires y dominent comme dans le terrain houiller , mais les espèces sont changées et beaur coup de genres sont différents. Les Equisétacées sont plus développées que dans tous les autres terrains.

Une des plus belles espèces est le Calamités arenaceus, qui devait constituer de grandes forêts. Ses troncs cannelés simulaient d'immenses colonnes , an sommet desquelles des branches feuillées ^ disposées en gracieux verticilles , devaient montrer les formes symétriques de notre Equisetum sylvaticum. Ailleurs naissaient en société desEquisetes singuliers dont une espèce {E. columnaris) élevait à une grande hauteur ses tiges herbacées aux articulations stériles.

Quel aspect singulier présentaient alors ces terres anciennes , si Ton ajoute à leurs forêts les Pterophyllum et les Zamiies de la famille des Cycadées et les ConiT fères qui vivaient en même temps sur ces terrains humectés !

C'est à cette époque qu'il faut rapporter le Prmleiria antiqua , aux longs pétioles » qui suspendait , en grimpant sur les vieux troncs , ses grappes de baies colorées» comme le font aujourd'hui les Smilax, à la famille desquelles le Preisleiria parait appartenir.

On voit que pendant longtemps la terre a conservé sa végétation primitive , et c'est avec lenteur que des formes nouvelles s'y introduisent et peuvent se multiplier. Mais si nos types actuels font défaut à ces époques reculées , nous devons reconnaître aussi que les plantes qui y parmi nous , représentent la végétation du monde primitif, sont souvent déchues de leur grandeur. Nos Presles et nos Lycopodiacées sont de faibles images

des Lepidendroti et des Calamités, et les Asterophyllées avaieiît déjà quitté le monde avant Tépoque que nous décrivons.

Nous arrivons à une grande période géologique qui est celle des terrains jurassiques , immense dépôt de grès et de calcaires ^ pendant lequel il semble que la terre n'ait pas éprouvé de grandes convulsions. Une température plus élevée que la nôtre régnait sous les zones actuellement tempérées , de vastes mers et de grands lacs occupaient partout d'immenses étendues de terrain , et l'atmosphère , encore obscurcie de vapeurs et chargée d'acide carbonique qu'y versaient les sources calcarifères , devait offrir à la végétation les circonstances les plus favorables à son développement.

£lle prit , en effet , un grand essor ; on y voit en abondance encore ces belles Cryptogames cellulaires , si variées de formes et d'aspect , ces magnifiques Fougères de l'ancien monde et ces curieuses Equisétacées ; les Conifères s'y montrent toujours , mais les Cycadées sont les plantes qui acquièrent la prépondérance ^ surtout à la fin de cette longue période.

Indépendamment de ces espèces qui ornaient les rivages des grandes mers jurassiques , le paysage prit un aspect singulier par l'apparition du groupe des Pandanées. Le fruit globuleux du Podocaria Bucklandii appartenait sans doute à des arbres au large feuillage disposé en spirale, et à racines aériennes comme celles

des Pandanées qui habitent nos contrées tropicales. Une antre famille , qui fait aujourd'hui le plus bel ornement de la terre ( celle des Palmiers ) , venait ombrager de ses larges palmes les eaux tièdes où nageaient les IctyosauruSf les Plésiosaure ^ et cette foule de hideux reptiles dont les races sont éteintes. Ainsi apparaissent successivement , dans les Ages du monde ^ les types qui existent encore à l'époque où nous vivons, et qui n'ont occupé la terre qu'aux temps fixés par le sublime Auteur de la création.

A mesure que nous nous éloignons des temps de la création primitive pour nous rapprocher lentement de l'époque actuelle , les sédiments se retirent des régions polaires et se restreignent dans les zones tempérées ou équatoriales. Les grandes couches de sables et de calcaires qui constituent la formation crayeuse, annoncent un état de choses bien diiïérent du précédent. Les saisons ne sont plus masquées par la chaleur centrale; il existe déjà des z^ônes de latitude et les conditions bio*^ logiques des êtres se rapprochent de celles que nous éprouvons.

Malgré cela la végétation est très-différente , et nous pouvons dire même que cette période pendant laquelle la craie se déposait , est une de celles qu4 ont offert le plus d'intérêt. Que l'on se figure des mers immenses dont les lies et les rivages étaient ornés de végétaux nouveaux , et sur lesquels les dicotylédones préludaient

à la variation de leurs formes. Que Ton réfléchisse an instant à ces milliards de milliards de Foraminifères, de ces êtres microscopiques ^ si petits , si abondants , que souvent un kilogramme de craie renferme les débris de vingt millions de ces atomes vivants! Nos animaux, nos végétaux actuels ^ s'établirent sur les débris des générations antérieures , et la terre végétale elle-même n'est formée que des restes mortels des plantes et des animaux mêlés aux débris séculaires des roches décomposées par le temps.

C'est dans cette période que les véritables dicotylédones prennent possession de la terre. Des arbres analogues à nos Saules ^ à nos Érables , se penchent sur le bord des eaux. Alors paraissent aussi les Crednaria aux feuilles à trois nervures dont la craie compte déjà huit à dix espèces , et qui appartenaient certainement à des arbres.

Les siècles s'écoulent et les âges du monde se succèdent , en se rapprochant de l'époque où Dieu a permis à rhomme d'exister. Après ces grands dépôts de craie formés dans les eaux marines, de nouveaux continents s'élèvent, et leurs surfaces, encore imbibées, sont bientôt ravinées par de nouveaux torrents. La période tertiaire est arrivée , cette époque des sédimentations locales , qui dut être si longue , et pendant laquelle la terre a dû nous oiïrir ses plus riches créations. Notre globe devait alors présenter, entre la terre et les eaux,

une disposition analogue à celle qu'il a conservée de nos jours. Quelques bras de mer s'avançaient encore sur les continents ; quelques portions des terres , aujourd'hui réunies y étaient alors des tles, mais l'ensem^ ble était sensiblement le même , quant aux grandes masses de terrains.

Ce qui caractérise surtout cette période , c'est là présence d'une multitude de lacs , maintenant dessé^ chés pour la plupart ; c'étaient souvent des bassins éta^ gés dont les vallées actuelles nous montrent les traces les plus évidentes ; c'étaient des courants puissants qui les alimentaient , et dont les lits , alors indécis , laissaient h leurs eaxi^ un parcours irrégulier et chan^ géant.

La température de l'époque tertiaire était assez élevée pour donner à la végétation une grande activité. Tous les êtres vivants pullulaient sur la terre, sous l'influence des heureuses conditions qui existent encore sous la z6ne tropicale.

Plusieurs formes du monde primitif perdent la vie dès l'apparition de cette période , et ces végétaux modernes qui y pendant le dépôt de la craie , essayaient de se multiplier sur la terre, y dominent pendant tous les temps qui nous restent à parcourir. Des familles nouvelles apparaissent , celle des Palmiers devient prépondérante et se mêle à des Conifères nouvelles. Des familles 4e dicotylédones et de monocotylédones , dont

les formes étaient jusque-là inconnues , apparaissent successivement pendant les diverses périodes de l'époque tertiaire. Les Algues qui déjà à la fin de la période crayeuse , peuplaient les eaux marines , se présentent sous des formes encore plus variées au commencement des dépôts tertiaires quand ils ont lieu sous des eaux salées. Des Hépatiques et des Mousses croissent dans les lieux humides ; de jolies Fougères vivent encore dans les lieux frais et humectés. Les eaux douces sont remplies de Naïades, de Zosteriies^ A'Halochloris, etc. Leurs feuilles nageantes ou submergées comme celles de nos plantes aquatiques , recèlent des légions de mollusques dont les débris sont aussi arrivés jusqu'à nous. Des plantes grimpantes enlaçaient leurs tiges autour des troncs ligneux de Malvacées ou de Légumineuses ; les familles des Bétulacées et des Cupulifères se présentent avec les formes nouvelles des Chênes et des Bouleaux ; des Noyers et des Ormes se mêlent aux singulières Protéacées reléguées aujourd'hui dans l'hémisphère austral.

Ajoutons à ces types les Lauriers , les Platanes , de nombreuses Rubiacées et iine foule d'autres végétaux que nous ne pouvons énumérer dans cette esquise rapide.

A cette époque qui a précédé la nôtre , les zones tempérées étaient encore embellies par des formes équatorialçs qui déclinaient lentement, chassées par un cli-

mat refroidi et par l'envahisseinent d'espèces plus vigoureuses. Les grandes commotions terrestres ont eu lieu f les montagnes ont recueilli des neiges éternelles, les continents offrent leurs formes actuelles ^ mais de grands lacs » aujourd'hui desséchés , existent encore ; des rivières puissantes promènent majestueusement leurs eaux sur de riantes campagnes.

Le théâtre oii se joue le grand drame du monde, a donc changé plusieurs fois de décors avant que l'homme ait pu en saluer l'auteur de ses respectueuses acclamations. A son apparition sur la terre, il a levé les yeux vers le ciel, et les merveilles des cieux l'ont ébloui ; il les a baissés sur la terre , et la beauté de sa parure l'a pénétré d'admiration. Tou$ les éges de la nature ont tracé leur empreinte sur ce globe qui est devenu son séjour. La singulière végétation du monde primitif a laissé son image dans les tles du grand Océan. Les Palmiers et les Gycadées forment encore une ceinture équatoriale autour de la terre ; les Conifères sont répandues partout ; les Araucaria , les Casuarina , le Ginkoy les Balanophorées et même les intéressants Sphagnum nous semblent d'un autre monde, et sont c()mme les restes vivants des plantes qui embellissaient les anciens paysages de la terre avant que l'homme ne pût les contempleré

Une variété extraordinaire de types essentiellement modifiés est le caractère de cette flore contemporaine^

où le nombre des espèces est en rapport avec la diver-site des sites et des climats.

Lorsque la température était uniforme, lorsque la terre ne possédait encore que des îles ondulées et des mers sans rivages , les formes des êtres vivants, et surtout celles des végétaux terrestres, soumises aui mêmes influences , oflraient partout de l'uniformité.

Quand , plus tard , les montagnes soulevées amenèrent sur les continents des différences de niveau ; quand la chaleur centrale « comprimée par une couche épaisse de terrains refroidis , laissa aux saisons une légère prépondérance sur son action; quand l'atmosphère > par suite de l'émission des sources calcarifères, changea de composition et peut-être de densité, la variété des flores augmenta comme celle des lieux , comme celle des causes alors agissantes.

Plus tard encore , de grandes chaînes de montagnes ont surgi , en élevant leurs cimes au-dessus des mers; les continents existent et s'étendent au loin ; les eaux, douces ou salées, emplissent des bassins, l'atmosphère est épurée , la chaleur centrale est refoulée , et les saisons indépendantes exercent tout leur empire. Jamais , avant l'époque actuelle , il n'y eut sur notre planète autant de diversité ; des glaces aux deux pâles, des sommets neigeux sous la zone torride ^ une ceinture brûlante entourant la terre , et des zones tempérées offrant aux végétaux des stations aussi diversifiées qu'ils

le sont eax-mémes. Les plantes se saccèdent , augmentant en nombre à chaque période jusqu'à la nôtre, où sans doute les limites des caractères ne sont pas encore fixées pour toutes les plantes qui croissent sous DOS yeux.

Ainsi y les grandes scènes du monde ont changé avec les époques et les longues périodes géologiques. Les paysages de la terre se sont succédé comme les êtres vivants qui les ont animés. Chaque période a eu son caractère , ses plantes , ses animaux > et alors sans doute, comme aujourd'hui, des associations diverses ; des groupes déterminés , donnaient à la contrée un ensemble que nous ne pouvons plus reproduire , mais dont notre imagination mobile , aidée des anciens débris des êtres organisés , peut nous retracer le tableau.

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