QUATRIÈME TABLEAU
I^a JenneBse et l'uppel 4ii printemps.
Toutes les plantes ^ après avoir montré leur feuillage et leurs fleurs , s'endorment pour quelque temps ou pour toujours , mais en léguant à la saison nouvelle de petits amas de cellules serrées les unes contre les autres j, et protégées par des membranes. Ce sont ces amas de cellules que nous appelons vulgairement des graines. C'est à peine si ces cellules contiennent quelques sucs ; on les croirait mortes et desséchées ; mais déjà elles sont prédestinées. Les unes doivent constituer une racine , ou former le premier bourgeon de la plante. D'autres vont fournir les aliments à l'être faible et débile qui va déchirer le voile de son berceau.
Privées d'humidité et protégées par plusieurs en- Si.
veloppes , ces groupes de cellules, ces végétaux en miniature sauront résister au froid des hivers^ à la chaleur des étés , et conserver, jusqu'au printemps et quelquefois pendant plusieurs siècles , cette vie latente des cellules.
De la vie latente à la vie active des graines il n'y a pas loin. Le printemps et la chaleur dans nos climats, la saison des pluies dans les régions tropicales, déterminent ce changement d'existence.
Alors commence cette longue séri6 de métamorphoses dont nous allons essayer de suivre rapidement les phases et qui s'interposent entre la naissance et la mort, entre le berceau et la tombe.
Le phénomène qui fait passer la graine de l'inertie à la vie active s'appelle germination; la cause c'est le printemps , c'est-à-dire , l'influence de l'air et de l'humidité jointe à une douce température.
Cet instant de réveil pour toutes lés régions septentrionales et tempérées s'annonce aussi par l'apparition des feuilles des arbres, par le développement de tous ces groupes de cellules dispersés sur les branches , enfouis dans le sol , ou protégés par le terreau des forêts, que l'on désigne sous le nom général dé bourgeons.
Les bourgeons sont des graines qui , au lieu d'être détachées de la plante , y sont restées fixées , qui , au lieu de s'être conservées dans le soi, vont germer suc les rameaux des arbres.
Véritables berceaai de tout ce qui doit naître , les graines et les bourgeons ont été entourés de mille précautions pour assurer leur existence : épidermes endurcis , enduits résineux , écailles imperméables » feutres et tissus variés , vêtements superposés , tout a été rois en œuvre pour préserver ces germes des accidents de la vie , de la fragilité de la jeunesse.
La jeune plante enfermée dans la graine est toujours disposée de manière à occuper le moins de place possible ; tantôt Torgane qui doit former la racine se rapproche du jeune bourgeon ^ tantôt il s'en éloigne ou bien vient l'entourer ; une ou plusieurs feuilles , bien différentes de celles que la plante adulte doit posséder, accompagnent pour le nourrir et le protéger le jeune embryon caché sous les enveloppes de la graine et souvent aussi un dépôt d'aliment est en réserve près du germe engourdi. ^
Dans les bourgeons, la structure est aussi compliquée ; des enveloppes superposées y des écailles de formes variées garantissent » dans les pays froids » les jeunes feuilles qui , pendant l'hiver, reposent sous leur protection. Souvent des fleurs en miniature dorment à côté des feuilles dans le même berceau , et , selon les espèces , elles s'éveillent plus tôt ou éclosent plus tard, si toutefois la plante n'offre pas à la (ois le coloris de ses corolles et le vert transparent de son feuillage.
{.es feuilles dans les bourgeons sont placées dans
IWre le plus admirable : plissées , ployées j contournées ^ enroulées, courbées , infléchies , appliquées ou rentrantes y selon que cette position occupera moins de place et s'arrangera mieux avec le nombre et la forme des écailles.
Dans les pays froids , ces dernières sont souvent colorées en dehors, vernissées ou enduites d'une sorte de résine qui résiste à la pluie et à la neige ; en dedans des tissus soyeux, cotoneux ou un simple duvet tapissent la partie qui doit s'appliquer sur la jeune «feuille et constituer la dernière porte de sa prison.
An printemps ^ le soleil fond la résine balsamique des écailles ; ces dernières, libres de s'étendre, s'écartent et se désarticulent; l'axe de la branche naissante s'allonge , comme la tige de la jeune plante qui a brisé les enveloppes de la graine , ces abris protecteurs sont abandonnés pour toujouA.
Cette époque de l'année où les plantes s'éveillent dans leurs berceaux» où elles se dépouillent de leurs vêtements d'hiver, est certainement celle qui produit sur nous la plus vive impression. Nous contemplons alors cette force de vie répandue sur tous les points de la terre. Le règne organique est partout, depuis la ceinture ornée qui entoure les tropiques jusqu'au milieu des glaces polaires et des neiges des montagnes ; le monde entier est animé. La vue des organes qui se déroulent et s'étendent , le bruit confus de tous, ces
êtres vivants qui courent et s'agitent en poursuivant leur destinée, ce cercle éternel de vie et de mort dans lequel tous ces grands phénomènes sont enfermés ; tout nous frappe et donne à nos sens une impulsion qui les excite et nous conduit ensuite à de profondes méditations.
S'il existe encore dans la pure atmosplière du printemps des êtres aériens qui se nourrissent d'ambroisie, qu'ils daignent s'abaisser sur la terre à l'appel des feuilles naissantes , qu'ils viennent de plus près contempler les œuvres du Créateur, qu'ils s'abritent sous l'ombre des forêts , qu'ils viennent partager les riantes espérances et les plaisirs d'amour de la prairie.
Qui sait si , dans la suite des Ages, Dieu perfectionnant son œuvre , n'accordera pas à l'homme des sensations nouvelles pour son intelligence et pour son cœur ; peut-être alors sera-t-il encore plus impressionné des beautés de la nature et des charmes du printesips? Son âme élevée par la prière et moins soumise à ses liens matériels , sentira plus directement les merveilles qui l'entourent ; la nature , plus belle à ses yeux , lui montrera , sous des couleurs plus pures , le songe de la vie , le repos du tombeau et le réveil de l'éternité.
Si votre cœur est endurci , si les maux de vos semblables et les souffrances des animau:^ n'excitent ni votre générosité ni votre pitié , ne venez point respîrçr
dans les CQUopagnes Tair parfumé du printemps. L'égoïsme a desséché votre àme. Vous ne jouiriez pas des sites enchanteurs que la lumière du matin colore de ses teintes les plus pures ; vous ne verriez ni les pompes du soleil couchant , ni ses rayons de pourpre , ni ses franges dorées ; le concert des oiseaux ne réveillera pas chez vous le sentiment du bonheur , ni les doux souvenirs» ni le gracieux espoir ; la fleur sera terne et décolorée, la verdure sans fraîcheur; le bleu d'un ciel sans nuages ne vous conduira pas aux douces rêveries de Tâme; le printemps ne vous appartient pas.
Mais vous dOvi le cœur généreux a soulagé les infortunes de l'hiver, vous dont les seuls regards portent à l'affligé la consolation ou l'espoir, vous qui partagez les souffrances de tout ce qui est malheureux , vous ne resterez pas insensibles aux splendeurs du printemps ; c'est pour vous que la brise agite le feuillage et transporte l'encens des fleurs; c'est pour vous que le ciel est azuré , que le soleil émaille les prairies de fleurs nouvelles ; à vous s'adressent les hymnes et la mélodie des oiseaux: jouissez en paix, c'est le bonheur des anges , la volonté de Dieu !