‹ La vie des fleursChapitre 8 sur 21 · NEUVIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

NEUVIÈME TABLEAU

Les fniiu» p%v9ÂmMwU — hem graUies »'^i 4§cAi«M«iit»

Vous avez vu toasces apprêts d^bymM^^cestei»*» pies parfumés » ces féeriques palais desliaés m mariage des fleurs ; tous avez va ces mseetes légers, massagtrs d'amour, naître avec elles et disparaître comme elies^ quand leurs destinées sont aceompiies. Quel est doue le but de toutes ces magnificences ? C'est la reprodoe» tion de l'espèce , l'apparitioii des graines et de leur berceau.

Vous croyez avoir assisté k toutes les métamorpboseis, à toutes les fonctions des vitaux , vous n'avez pas vu encore les phénomènes les pkis curieux et lés piM variés.

Qu'importe à la nature de consenor ces draperies

brillantes dont elle compose les corolles? Ne doit-elle pas, tous les printemps, revêtir les fleurs d'étoffes fraîches et nouvelles ; ne doit-elle pas les abreuver d'un nouveau nectar, et laisser émaner de ces tissus des senteurs que des cellules récentes sont chargées de composer?

Aussi tout périt à l'instant , les corolles se décolo^ rent, se dessèchent; le vent les enlève, la pluie les détruit et les époux inutiles sont entraînés sous les ruines du temple qui , quelques jours, quelques heures auparavant, consacrait leur bonheur.

Les organes de protection persistent presque toujours; souvent même ils se développent, et le berceau de la graine est entouré de tous les soins qui peuvent assurer sa conservation.

La graine est l'œuf végétal ; elle éclôt dans le sein delà terre, sous l'influence d'une douce chaleur, comme i-œuf de l'oiseau s'anime sous le duvet de sa mère. La jeune plante perce et déchire les téguments qui l'entourent, comme le jeune oiseau, pour naître, brise la coquille qui le tenait captif.

L'oiseau pour placer ses œufs , pour les préserver de tout accident, construit d'admirables berceaux que Ton appelle des nids. Dieu lui a donné l'instinct et rintelligence nécessaires pour s'acquitter de ce devoir; mais il a voulu créer lui-même les berceaux des fleurs, protéger leurs graines , jusqu'à l'époque de leur disse-

- os-

mination , et nous donner le spectacle de toutes ces merveilles.

Le fruit qui succède à la fleur est donc formé de deux parties essentielles , de la graine et de ses enveloppes protectrices , comme Tœuf de Toiseau est contenu dans un nid. Ici le nid précède Tœufqui n'arrive qu'à répoque où son palais est terminé. Dans les plantes , la graine et son berceau croissent ensemble , restent proportionnés et quelquefois même ne se séparent jamais.

Il n'eiiste au monde aucune série d'objets où l'on puisse trouver une structure aussi intéressante que celle des fruits , des loges , des cloisons , des supports , des membranes, des enveloppes mieux appropriées aux besoins de la plante j à la sécurité de la graine, que dans les fruits.

Les uns sont couverts d'une simple membrane qui tombe avec eux comme dans le Blé et l'Avoine ; d'autres, quoiqu 'ayant des graines solitaires, s'ouvrent pour les laisser sortir.

Il en est qui n'ont qu'une seule chambre à Tlntérieur, d'autres en ont deux, trois, quatre, cinq ou un plus grand nombre , et ces chambres sont habitées par des graines solitaires ou plus souvent réunies. Les parois qui les séparent sont solides , ligneuses , ou bien elles offrent les diverses nuances de solidité des différents tissus. L'intérieur est lisse, lustré, soyeux ou ta-

pissé de laiiie^ de velours ou de duvet ; rextérieuroiïre les formes les plus variées, les appendices les plus siogttliers et parfois les couleurs les pins vives.

Il y a des fruits qui , en mûrissant , se dessèdient et finissent par s'ouvrir; il en e&t d'autres qui se ramol-* lissent, dont la chair se colore et se parfume et^ui seoH blent nous inviter à les cueillir»

Dans un de uies voyages dans les hautes nnontagnes de rAuvergnOt j'avais rencootré une misérable au-* berge où j'espérais trouver un gtte ; j'y avais passé déjà la moitié de la nuit , qwiid la lumière nacrée de la lune vint frapper le aeul carieau qui éelairati mm ^nier* C'était uu appel à ma v^ilance et le prélude de toutes les beautés de l'aurore. Je partis avant le jour^ et bientÀt j'entrais dans un bois où de nombreuses clairières étaient habitées par des fleurs endormies^ Les premières lueurs parurent avec la brise du matin» pasdant que j'admirais les frondes légères de cbar-^ mantes Fougères iiabitantes des forêts. Les parfums qui s'élèvent avec la rosée se répandaient dans l'air, mais l'un d'eux dominait tous les autres ; c'était le parfum de la Fraise. £n eflet , je vis bientôt ces petits fruits vermeils qui semblaient se cacher sous les palmes de U Fougère* Les uns, d'un rouge vif et foncé, allaient bientôt se détacher et prévenaient par leurs douces éma-^ nations qu'il était teoif^ de les cueillir; d'autres, roses d'un côté où le soleil les avait surpris , conservaient

encore sur un point la preuve de leur jeunesse , et des fleurs épanouies au sommet de la plante ajoutaient l'espérance à la réalité. De petits gazons de mousses verdoyantes s'étendaient jusqu'au pied du Fraisier, et le fruit reposait quelquefois sur ce charmant tapis où j'osais à peine le cueillir. Des Framboisiers formaient aussi près de moi des groupes au joli feuillage ; et le Sureau à grappes me montrait ses branches inclinées sous le poids de ses baies de corail. Un Géranium (G. Rober^ tianum) avait étalé sur le bord d'un filet d'eau vive ses feuilles découpées et ses fleurs striées de pourpre. Les pompes de la terre m'avaient fait oublier les splendeurs du ciel. Des nuages légers flottaient dans l'atmosphère : ils resplendissaient des couleurs de pourpre et d'aurore, signes précurseurs de la beauté du jour, et l'astre radieux, qui s'élevait sur l'horizon, effaçait jusqu'aux dernières traces de ces étoiles brillantes qui parsemaient la nuit de leurs flambeaux. Je ne regrettais pas le gîte que j'avais volontairement abandonné ; les magnificences du matin , dans les vieilles forêts du Mont-Dore , sont un des plus beaux spectacles de la création , et les fraises étalées sur la mousse gazonnante sont les présents que la nature offre libéralement à ceux qui viennent admirer ses œuvres.

Le nombre des pièces qui composent les fruits n'est pas le même pour tous. Une simple feuifle pliée suffit pour quelques-uns, à d'autres il en faut deux, trois ou

un plus grand nombre ; et si vous ajoutez à toutes ces variétés les soudures des uns, les avortements des au* très, la solidification ou l'accroissement des calices, le développement des bractées et la confusion apparente de tous ces organes » vous resterez émerveillés de tant de précautions et d'une si grande diversité appliquées aui berceaux des fleurs.

Vous pourrez y avec quelque attention, suivre le développement de ces fruits ; vous verrez dans la poire le calice se souder à l'ovaire et faire corps avec lui , et la pulpe du fruit durcir lentement près de la graine, pour l'enfermer daos une boite cartilagineuse.

Vous verrez dans le jeune fruit du Chêne trois chambres destinées chacune à deux enfants; mais le premier qui reçoit la vie , non content de prendre pour lui seul la loge que deux doivent occuper, détruit encore les cloisons et prend seul possession des trois chambres à deux lits. De plus , le fruit lui-môme, le gland, est encore protégé à sa base par de petites bractées qui aiX^omf agnaient la fleur femeUe , et qui , plus tard , se sont accrues , se sont soudées et ont donné naissance à cette élégante cupule dans laquelle le gland du Chêne est filé. Qu'y a-t-il aussi de plus intéressant que le fruit du Noisetier. Ces légers pinceaux pourpres que les botanistes seuls ont remarqué à l'extrémité des bourgeons ont à peine reçu la poussière de ces longs chatons secoués parle vent des hivers, qu'ils disparaissent;

mars au fond de ces bourgeons , aa milieu des jeunes feuilles chaudement enveloppées de toutes les écailles de ce bourgeon » sommeillent ^ entourés de quelques sépales à peine visibles , les germes dont Thiver a signalé la vie ; ils dorment jusqu'au printemps. Quand les feuilles paraissent , les enveloppes des fleurs grandissent en même temps ^ et au lieu d'entourer seulement la base comme dans le fruit du Chêne » un sac vert élégamment découpé enveloppe et dépasse la noisette ; celle-ci, durcie à l'extérieur, s'entoure d'une coque ligneuse , et l'amande , dont la germination doit faire un Noisetier, dort séparée de son lit endurci par une couverture douce et spongieuse.

La noisette mûrit ; que de scènes ravissantes et mystérieuses se passent alors dans les* bosquets. Si les Noisetiers avaient souvenance et s'ils savaient parler

mais il vaut mieux qu'ils ne parlent pas. Ils auraient trop de choses à dévoiler, depuis l'époque où Virgile réunissait sous leur ombrage les bergers Ménalque et Mopsus pour chanter les vertus de Daphnis, jusqu'aux scènes pastorales de notre époque.

Les fruits ont mille moyens pour semer les graines qu'ils renferment. Ils s'ouvrent, ils éclatent avec bruit et lancent au loin comme des projectiles les semences symétriquement rangées dans leur intérieur. Des ouvertures qui ne sont libres qu'à l'époque de la maturité se présentent au sommet des capsules des Pavots,

à la base de celles des Campanules. Aillears, comme dans les Caltha, les Chrysosplenium , etc. , les fruits s'ouvrent et s'étalent avant la maturité, se transforment en corbeilles élégantes où les graines reçoivent du soleil toute leur perfection avant de tomber sur la terre.

Les arêtes dont quelques graines ou quelques fruits sont pourvus , contribuent souvent à des mouvements répétés qui leur donnent une certaine impulsion. On peut citer ces longs filets qui attachent les graines des Géranium au sommet allongé du pédoncule , et qui , se roulant en spirale par la sécheresse , et se déroulant par l'effet de l'humidité, changent la graine de place sur le sol. Les arêtes de plusieurs Graminées sont plus remarquables encore par l'action que l'air humide exerce sur eHes. La torsion des barbes de plusieurs AvoinQS, et notamment de VAvenafatua, suffit lorsque la sécheresse succède rapidement à la pluie pour leur faire exécuter des mouvements et des soubresauts rapides.

Dans le Trifolium globosum les feuilles inférieures de chaque glomerule sont seules fertiles et munies de corolles. Les supérieures se changent en un tissu laineux qui recouvre les gousses des fleurs fertiles d'un chaud vêtement.

N'est -il pas plus admirable encore de voir les violettes incliner leur pédoncule et placer elles-mêmes leurs a^raences sur la terra , de voir les Cyclamen aux

pédoncules allongés rouler ces organes en spirales , en rapprocher lentement les spires à mesure que les graines mûrissent» et placer ainsi leurs enfants près d'eux dans les conditions les meilleures pour leur développement. La mère ne se sépare pas de sa famille.

Dans le Trèfle souterrain , la spirale devient impossible ; mais à peine la fleur est-elle fécondée ^ que son support se recourbe» et le jeune fruit, muni d'une pointe endurcie » s'enfonce dans le sol où il mûrit et où sa graine n'a plus qu'à germer.

Des fruits légers courent sur les eaux» et sont déposés par elles sur de lointains rivages. Les grands fleuves des Indes nous offrent» entr'autres merveilles» les berceaux flottants des Nelumbo. Ce sont des disques creusés de fossettes assez larges dans chacune desquelles» la jeune plante endormie» recouverte des tissus qui constituent l'enveloppe de la graine » est doucement balancée. Chaque graine a son berceau dans lequel ses mouvements sont libres. A l'époque de leur maturité» les graines et les parois endurcies se heurtent sous l'impulsion des vagues et sous l'action du vent» et le choc retentit au loin sur les rives du fleuve. Puis la graine tombe de son premier asile et va germer au fond des eaux«

Page 1