PORNESND EE LA"CROYANCE
cru pouvoir enseigner l'Évangile sans montrer aux populations des images peintes. Le christianisme concilie la pensée sémite qui se refuse à concevoir un Dieu corporel et la pensée européenne qui ne peut se représenter Dieu sans lui prêter les apparences de la vie physique. Le Sémite obéit à la volonté d’un législateur invisible: l'Aryen s'adresse directement à la personne divine. On dirait que le dogme s’est façonné en vue de rendre cette conciliation possible ; l'invisible Jéovah pouvait bien régner sur l'Asie ; pour régner sur l'Europe, il lui fallut s’incarner dans la personne de Jésus. Saint Paul enseignait que Jésus avait été l’image visible de Dieu invisible. C’est par Jésus et plus tard la Vierge Marie que le Christianisme à pénétré dans les cœurs ; ce fut ce lien avec l'humanité qui lui a donné la chaleur et la vie ; le reste, le dogme de la Trinité, ne fut jamais qu'un système théologique auquel la foi populaire est restée tout à fait indifférente et que l’art a presque ignoré. Par son origine juive, le christianisme était iconoclaste ; par la conception du Dieu fait homme, il offrait un champ à l’art plastique ; les Juifs n’ont jamais vu leur Jéovah ; quand Ezéchiel a tenté de le décrire, il
Fig. 292 et 293. — VIERGES ROMANES, — Les statues les plus anciennes et les plus nombreuses de l'art chrétien sont celles de la Vierge à l'enfant. L'art roman, qui n'a guère connu d'autre sculpture que les bas-reliefs de ses tympans etde seschapiteaux, a pourtant toléré l'éclosion de mille statuettes de la Vierge à l'enfant. Les provinces les moins ravagées par les révolutions comme l'Auvergne en conservent encore un grand nombre, comme cette VIERGE EN BOIS D'ORCIVAL, comme cette VIERGE EN ARGENT DE CONQUES. Toujours et partout le sculpteur conserve encore la rigidité symétrique de l'icone byzantine ; mais fatalement, ét, comme malgré lui, il est obligé d'interpréter dans le sens naturaliste bien des détails indiqués seulement par des lignes abstraites dans le modèle oriental.
Fig. 294. — LE SERMON DE PHIDIAS. Encore une figure qui nous fait connaître le type du Zeus de Phidias.
Comme pour l'Athéna cicontre, comme pour le Beau Dieu d'Amiens, l'influence de la plastique sur le sentiment religieux et la culture morale apparaît ici avec évidence. Si l'on pouvait douter de l'action des images sur la pensée de qui les contemple, iln'y a qu'à se représenter le même fidèle devant le dieu-hippopotame d'Egypte et devant ce noble visage.
Ce sont des caractères très différents que l'on peut leur attribuer et des sentiments très opposés qu'ils enseignent.
D'un côté, toutes les ruses qu'inspire la terreur; de l'autre, la sereine confiance en la justice.
n'a trouvé dans sa mémoire que des souvenirs d'images assyriennes. Mais les chrétiens savent que Jésus fut un homme ; rien ne pouvait s'opposer raisonnablement à ce qu'il devint un modèle pour les portraitistes et les peintres d'histoire. Les pires préventions ont dû céder aux tendances profondes du christianisme européen.
Il serait long de suivre ici les relations de la croyance et de la plastique à l’intérieur du christianisme occidental, mais un regard sur cette histoire fait deviner que, bien souvent, les images sont à l’origine de sentiments dont on les croît le résultat. On peut dire en somme que nous connaissions quatre systèmes iconographiques successifs : 1° l'iconographie primitive des catacombes et des premières basiliques ; 2° l’icoïographie romano-byzantine des miniatures bénédictines et byzantines, des peintures et des bas-reliefs romans ; 3° l’iconographie gothique, la statuaire du XHII° au XVI siècle, la peinture de Giotto à la Renaissance; 4 enfin, l'iconographie issue du concile de Trente ei ses savantes combinaisons de merveilleux et de naturalisme. Et, pour les quatre périodes, nous ne manquons pas de remarquer la concordance de la religion et de l’art et combien les artistes ont su exprimer les sentiments de leur temps ; mais remarquons aussi que ces images s'inscrivent exactement dans la continuité de l’histoire plastique, et il faut bien admettre, si contraire que cette méthode soit à nos habitudes, que, dans cette union de la pensée et de l’image, l'image donne au moins autant qu'elle reçoit.
Quand le christianisme s’installe dans la société païenne, il lui faut pendant de longs siècles vivre d'images bien
misérables ; elle fait pauvre figure, l’iconographie des catacombes, quand on sort du Musée des Thermes. Il ne suffit pas d'apporter des espérances nouvelles et même une conception du monde pour que ces pensées trouvent des images dignes de les exprimer. Il faut en pareil cas se contenter de signes d'emprunt ; les images sont des produits de lente culture. En attendant donc, on utilise des formes toutes faites auxquelles on attache un sens conventionnel. C’est le temps de l’art symbolique ; on nous montre un objet ou une attitude, notre esprit fait le reste. Ainsi les premiers chrétiens, sans inventer une nouvelle langue plastique, ont-ils exprimé avec des ancres, des colombes et des navires, leur attente de la résurrection : avec de petites figures parfaitement inexpressives, ils ont rappelé quelques miracles de l'Évangile ou épisodes de la Bible, non pour nous émouvoir par la vue d'un drame, mais pour évoquer une pensée, une espérance. Ces images parlent comme des mots, indifférents par la forme de leurs lettres ou la sonorité de leurs syllabes, et riches seulement de tout le sens que notre esprit leur prête. Le symbolique dans les arts plastiques résulte d’un effort pour associer des pensées nouvelles à des images anciennes ; il révèle toujours l’artifice qui relie l’idée et la forme ; il est un mode artistique peu viable ; son mécanisme est tout conventionnel ; nous ne comprenons ce langage qu'à la condition
de savoir d'avance ce qu'il contient. Mais les images
)] LC A)
DZ
Fig. 295 et.296. — LA VIERGE SOURIANTE. C'est le sculpteur français
du XIIIe siècle qui a imaginé ce dialogue entre la Vierge et l'enfant. La ViERGE
DORÉE D'AMIENS, la VIERGE DE GIOVANNI PISANO au Campo Santo de Pise,
ne présente plus l'enfant-Dieu au fidèle ; elle cause tendrement avec son fils
et lui sourit, et l'enfant Jésus n'est plus un Dieu qui bénit, mais un bébé qui
joue. La prière qui monte vers cette maternité est peut-être moins humble, . moins timide; elle est certainement plus tendre et plus confiante.
ÉNONERE DES
IMAGES
portent une signification propre qui rayonne spontanément de leur aspect ; celui qui les regarde ne manque jamais de les interpréter, même à son insu. Il emporte dans sa mémoire des formes qui parlent Si cette iconographie chrétienne primitive eût vécu de longs siècles et se fût propagée largement, nul doute qu’elle n’eût porté, développé, propagé une forme particulière de la sensibilité chrétienne. Plus d'une de ces compositions : la multiplication des pains, le changement de l’eau en vin, etc. et beaucoup d’autres qui ne sont que métaphores illustrées, se sont affirmées plus tard en récits ; l’histoire s’est fondée sur le symbolique. Qui nous dira jamais le rôle des images dans ce passage de la parabole au récit du miracle? Sur les parois des sarcophages du v° siècle, nous sommes loin encore du moment où les images se donnent pour des tableaux d'histoire ; les épisodes de la Bible et de l'Évangile se mêlent sans chronologie ; l’art n’est pas encore une reconstitution de la vie ; il n’est que le signe d’une prière ou d'un sermon: on le lit comme des mots, sans trop prendre garde à l'aspect des lettres.
La pensée chrétienne n’a pu exterminer la Fable : il eût fallu effacer Virgile, Ovide ; il eût fallu vider la mémoire humaine. Ce qu'elle n’a donc pu détruire, elle l'a balayé et jeté dans son enfer. Quand apparaissent les images de l'enfer, chez les peintres, les sculpteurs et les poètes, nous ÿ retrouvons les anciens faunes et satyres avec leurs oreilles et leurs pieds de boucs : chassés des bocages et des fontaines, ils ont fui dans les régions infernales dont ils réstent les maîtres ricaneurs et méchants. Et lorsque Dante se promène, sous la conduite de Virgile, parmi les suppliciés, il reconnaît les monstres de l'antiquité : Géryon, le Minotaure, les Centaures, les Géants sont, comme Lucifer, punis de leur rébellion. Cependant que les images restaient païennes dans l’art et dans les esprits, les théologiens ne pouvaient échapper au scrupule. Ces mythes païens qui survivent au paganisme, quelle place leur laisser dans la pensée chrétienne? Les rejeter? Impossible. Ils tiennent à la substance même de notre esprit. Les accepter? Impossible. Ils ne sont que mensonges. Alors, les théologiens les tolèrent à titre de symboles. Toute cette mythologie n’est que tradition, défigurée par l'esprit diabolique. C’est surtout dans le christianisme italien que les croyances antiques se sont maintenues avec les images qui les portaient. Là, les formes de la Fable restaient partout présentes; alors, on y logea l'esprit du mal. Devant le cortège de la fuite en Égypte, on voit crouler les statues païennes. Elles ne disparurent