‹ La Vie Des ImagesChapitre 106 sur 155 · LA CROYANCE INTERPRÈTE LES' FORMES DESE ARE · texte numérisé non relu

LA CROYANCE INTERPRÈTE LES' FORMES DESE ARE

L nous paraît naturel de chercher dans l’iconographie l'illustration fidèle de la pensée religieuse ; les figures peintes ou sculptées ne nous semblent contenir d'autre

sentiment que ce qu'elles en ont reçu du dogme révélé et de la croyance populaire. Nous ne réfléchissons pas assez que, dans cetté vie commune que mènent les croyances et les images, c’est bien souvent que les croyances viennent se modeler sur les images, alors que nous croyons logiquement à une action inverse. Sans doute le monde des formes dans lequel tient l’activité des artistes est aussi celui de la théologie et de l’histoire : on est donc amené à affirmer que l'iconographie est une dépendance de l’écri-

ture et de la mythologie : le lien est évident. Mais dans combien de cas l'analyse ne nous amène-t-elle pas à conclure que si, en général, l'image semble dérivée de la légende, il arrive aussi qu'une nouvelle légende a des racines dans une image? Quand on suit la formation d'une tradition hagiographique, combien de fois ne fautil pas faire intervenir l'iconographie comme élément actif? C’est que l'artiste est obligé d'inventer. La narration la plus riche ne fournit pas toutes les circonstances matérielles dont il a besoin pour composer son œuvre; il ajoute nécessairement et beaucoup au récit abstrait de la tradition orale ou écrite, et l’iconographie va ainsi enri-

chissant la légende de détails ignorés d'une hagiographie sans image. La fameuse Légende dorée de Jacques de Voragine a-t-elle été un répertoire pour les sculpteurs et les peintres? ou bien résume-t-elle une longue activité iconographique de la peinture? Il semble bien qu'elle ait tenu les deux rôles.

Nous ne devons jamais oublier que, jusqu’au XVI° siècle, la grande majorité des hommes a ignoré le livre. Les religions, aussi bien dans l'antiquité que pour le christianisme médiéval, ne connaissaient guère que deux modes de transmission spirituelle : la tradition orale et l'image. La tradition orale — l'enseignement, le sermon — compte moins qu’on ne pense en face d'une image — statué, vitrail, tableau — toujours présente, semblable à elle-même, et dont la mémoire conserve d'autant plus l'aspect que les successives impressions qu'on en reçoit se superposent exactement. Nous ne saurions donc nous exagérer le rôle des images dans l'enseignement religieux. Les témoignages des docteurs confirment d’ailleurs combien cette action fut efficace, acceptée et recherchée. Quelques-uns, comme saint Augustin, ont bien manifesté un peu de crainte à voir se matérialiser cette figure de Dieu qui devait, d’après eux, rester dans les cœurs ; mais Grégoire le Grand, saint Basile, les conciles ont proclamé qu'ils acceptaient la collaboration des arts plastiques comme un bon moyen de faire pénétrer les

Fig. 309. — LA FÊTE DES RAMEAUX. Le thème des Rameaux ou de l'entrée à Jérusalem est né du désir de justifier la prophétie: «Ne crains point, fille de Sion; voici ton roi qui vient, monté sur le poulain d'une ânesse. »

Il apparaît donc de bonne heure dans la symbolique des sarcophages. Puis l'image symbolique devient drame, épisode historique. Cette entrée triomphale est accompagnée de manifestations d'allégresse; on jette des rameaux sous les pas du cortège. Mais le thème a vécu longtemps avant qu'on eût imaginé le rôle des enfants dans cette entrée triomphale. Il n'en est pas question dans les évangiles, et voici, parmi beaucoup d'autres images, un bas-relief où ce sont encor des grandes personnes qui coupent les rameaux pour faire fête à Jésus. (Détail de la CHAIRE DITE DE L'ÉVÊQUE MAXIMIEN, à Rome. Coll. Stroganoff.)

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