EAN ET ER DES
PNA GES:
vérités chrétiennes dans les esprits et de les défendre contre l'oubli.
Alors, les images se sont chargées de cette force religieuse que l’adoration attentive donne à tout objet auquel elle s'adresse. De formes matérielles il peut rayonner une puissance morale ; une figure qui est l’objet d’un large culte devient pour chaque fidèle un ardent foyer de sentiment ; on dirait qu'elle rend la chaleur qu’elle a reçue. Et l’on sait assez que, dans le domaine de la foi, le sentiment domine la raison. Ce n’est pas la vérité qui fait la croyance, mais la croyance qui fait la vérité. L'Église reconnaît un saint quand les miracles commencent à fleurir sur sa tombe. C’est la foi qui désigne les saints, les lieux sacrés : le Dieu vrai, celui qui agit, est le Dieu qui a des fidèles, car c'est la foi qui accomplit les miracles dans lesquels on le reconnaît. Nous assistons assez souvent à la naissance de légendes, c’est-à-dire à la formation d'un grand sentiment collectif. On voit alors des croyances naître, pour ainsi dire, spontanément de ces passions populaires, ce qui prouve bien que le sentiment est ici à l’origine des faits dont il passe pour être le reflet. Quand un personnage historique devient l’objet d'un culte, l'imagination sociale enrichit sa biographie de circonstances nouvelles : la popularité et l’impopularité sont génératrices de légendes. Ces passions collectives, pour mieux s’entretenir et se justifier, se donnent toujours des raisons nouvelles d'aimer ou de haïr. Tant que le culte est vivace, le mythe continue à travailler ; Roland est de plus en plus héroïque ; Ganelon de plus en plus traître. La foi ne se propage qu’en s’affrmant ; à mesure qu'elle doit illuminer plus loin, la flamme doit monter plus haut et elle consomme davantage. Les Évangiles canoniques et les actes des apôtres, en fixant une histoire officielle de la vie de Jésus et de ses disciples, n'ont pu empêcher l'imagination populaire d'enrichir les récits sacrés de mille circonstances jusqu'alors ignorées ; rien ne pouvait arrêter la poussée de croyances nouvelles que ces vastes champs que l'imagination découvrait autour des jardins évangéliques. C’est dans la psychologie de la croyance qu'il faut aller chercher les raisons profondes de la religion ; le chapitre le plus important de cette psychologie devrait traiter de l'influence des images sur notre sensibilité.
Cette influence est telle que les premiers chrétiens euxmêmes, qui necroyaiént pourtant pas aux divinités païennes, ont, dans leur guerre contre les statues, fini par penser que ces faux dieux étaient beaucoup plus que des images de pierre ; ils n'auraient pas montré tant d'acharnement
ÉROPRNPE SwD.E CE "ART
contre des blocs de marbre s'ils ne les avaient cru habités par des divinités mauvaises, des forces malfaisantes, les puissances d'enfer. Dans la Légende dorée, les destructeurs d'idoles ne sont pas seulement des briseurs d'images: ce sont des chasseurs de démons qui savent les dénicher dans toutes les formes où ils se cachent.
Aussi, à plus forte raison, l'Église, qui n’a pu se passer des images peintes, a-t-elle dû accepter leur intervention active, tolérer leur influence jusque dans le domaine le plus réservé du dogme et du culte ; elle a donc admis par prétérition, et parfois même elle a sanctionné dans ses conciles, bien des idées, bien des croyances qui étaient nées de la contemplation des formes sculptées ou peintes. Léonard de Vinci, qui cependant vécut en un temps où l'esprit critique commençait à s'éveiller, écrivait que, lorsqu'on découvre certains tableaux, (le peuple se prosterne, adore et prie, car ces tableaux passent pour rendre la santé perdue et donner le salut éternel, comme si la divinité y était vivante et présente ». Mais alors, est-ce que, quelques siècles plus tôt, la Madone de Cimabué ou le Beau Dieu d'Amiens ne devaient pas aussi apparaître comme la personne réelle de la Vierge ou de Jésus? Et Vinci, pour bien nous convaincre de la noblesse du métier de peintre, conclut que Dieu se sert de son intermédiaire pour accomplir ses miracles ; car (par ces traits, il fait grâce et donne le salut, selon la croyance de ceux qui sont venus en pèlerinage ».
Si la contemplation des images a pu se confondre avec la vénération religieuse, on ne peut s'étonner que de simples œuvres d'art — parfois même médiocres — saient venues se mêler et se faire admettre parmi les témoignages des livres saints et que, pour quelques détails du credo, il ne faille soupçonner à l'origine guère plus qu’une habitude iconographique. Les images gravées ou peintes sur les parois des catacombes ont toutes une signification symbolique et, tant qu'elles se sont bornées à figurer des ancres, des navires, des colombes ou des poissons, elles ont échappé à toute interprétation réaliste et historique. Mais il n’en est déjà pas de même pour les bas-reliefs des sarcophages qui nous montrent les miracles de Jésus — guérison du paralytique, de l’aveugle, résurrection de Lazare, multiplication des pains, etc. Ces images, malgré le réalisme inhérent à toute sculpture, n'en sont pas moins des symboles de la prédication évangélique. L'absence de tout détail pittoresque, la monotonie des attitudes et des figures, et enfin le désordre parfait de ces compositions, l'indifférence chronologique, interdisent