‹ La Vie Des ImagesChapitre 109 sur 155 · D EP · texte numérisé non relu

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Dar 2 des pensées de ce genre chez AYZ > D . B D LC les galopins qui polissonnaient

aux porches des églises.

tiques. Il n’y a pas de foyer de légende plus ardent que les monuments de l’art humain, car ils éveillent la curiosité et l'amour et, en même temps, ils laissent toute liberté à l'imagination.

Parmi ces images symboliques des premiers sarcophages chrétiens, il en est une qui était destinée à une fortune particulière : l’adoration des mages. Ce thème mérite de retenir l'attention, justement parce qu'il précède et dépasse l'usage symbolique qu’en ont fait les peintres et les sculpteurs du christianisme primitif.

La vie du Christ contée par saint Mathieu commence par le merveilleux épisode ; jusqu’à la fin, elle restera localisée en Palestine et de couleur galiléenne ; mais elle prend son point de départ dans un de ces récits qui traversent le désert avec les caravanes et apportent au monde méditerranéen la poésie, la couleur et le mystère de l'Orient. Comment cette anecdote étrange est-elle venue se rattacher à la Nativité? Elle ne s'explique par aucune prophétie qu'il faille justifier, comme la naissance à Bethléem ou la fuite en Égypte. Elle paraît simplement une adaptation à la vie de Jésus de coutumes empruntées à des rites monarchiques, et la voie la plussûre pour remonter vers les origines de cette adoration des Mages, c'est sans doute de prendre pour points de repère les monuments de la plastique. Comme il arrivera si souvent dans l’art chrétien, les images sont plus expressives et plus claires que le texte dont elles donnent l'illustration.

La composition sur les plus anciens monuments qui nous sont parvenus porte les traces de son origine. Que

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signifient donc ces trois hommes qui s’approchent de la Vierge et de l'Enfant, avec des gestes parallèles et des présents dans leurs mains tendues? Le sens n’est pas douteux : ce sont des souverains qui, par l'hommage de leurs offrandes ou plutôt le paiement du tribut, viennent reconnaître une royauté plus puissante, à laquelle ils se soumettent. L'idée qui a suscité cette image est trop conforme à tout l’enseignement du christianisme pour que l'on puisse hésiter à la reconnaître. Un roi vient de naître, devant qui les rois de la terre sont comme des vassaux, et un jour le christianisme se plaira au contraste de cette gloire et de cette humilité ; mais, plus près de son origine, le thème nous montre la royauté de l'enfant plus que sa pauvreté et les Byzantins ont volontiers entouré la Vierge d’anges qui se tiennent auprès d'elle comme des gardes autour d’un trône.

Ces rois ne montrent pas seulement la signification de leur hommage : ils laissent voir leur origine ; leur costume, leur bonnet rond, leurs pantalons rappellent qu'ils viennent de la Perse. Lorsqu'ils s'emparèrent de Jérusalem, en 615, les Perses furent étonnés de voir à la façade de l’église de la Nativité de Bethléem une grande mosaique où figuraient les rois mages dans leur costume national ; ils reconnurent des compatriotes et respectèrent l'édifice. C’étaient bien, en effet, des gens de Perse, ces rois qui, plus tard, pour mieux représenter toutes les

Fig. 312. — LA REINE PÉDAUQUE. Cette figure, placée sous une des statues du porche royal de CHARTRES, reste d'un symbolisme obscur.

Elle comparaît ici pour montrer que les statues féminines pouvaient se montrer pieds nus dans cet art roman tout comme le saint Paul cidessus. Alors, rappelons-nous qu'une reine de Saba, à Saint-Bénigne de Dijon, passait pour montrer sous sa robe un pied palmé à la manière de l'oie. Une gravure du XVIIIe siècle, citée par M. Mâle dans son livre sur l'art roman, a même précisé ce détail. Et cela ne prouve point que le sculpteur avait doté la belle reine d'extrémités aussi monstrueuses, mais que l'œil des classiques même qua 1d ilsétaieni graveursnesavail pas toujours lire les textes romans Fe et d'ailleurs les interprétations fantaisistes sont plus amusanles et plus fécondes que des constatations plus exactes.

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nations du monde, deviendront l’un Européen et l’autre Africain, tandis que le troisième reste d'Asie. Ils étaient encore de Perse parce que la légende était près de son origine et que cette origine est persane.

À Suse, parmi les ruines du palais des princes achéménides, la royauté de Cyrus ou d’Artaxerxès est symbolisée en bas-reliefs par la procession des tributaires qui viennent apporter au Grand Roi les produits de leur pays ; les uns tendent des dents d’éléphants ; d’autres, des peaux de lion, des tissus, des vases de parfum et des bijoux ; les uns sont de race indo-européenne; d’autres montrent un profil de Mongols : d’autres sont des nègres. L'artiste a pris soin de bien spécifier la différence des races, pour rendre plus sensible aux yeux l'étendue même de l'empire, par la diversité de ses sujets. L'inscription fameuse de Béhistoun commente une telle cérémonie : (Darius le roi déclare : voilà les provinces qui me sont échues, sous la protection d'Ahura Mazda ; elles m'étaient soumises, elles m'apportaient leurs tributs ; mes ordres y étaient exécutés la nuit et le jour». La phrase sur les tributs fournit à la plastique le thème qui permettra de traduire pour les yeux l’idée de domination. Il est bien probable que cette cérémonie ne s’accomplissait point simultanément, comme le montre le sculpteur, pour tous les princes assujettis au Grand Roi. C’est justement dans la simultanéité de ces nombreux hommages que l’art a trouvé un symbolisme expressif. Une telle image était certes plus frappante pour les yeux et pour les esprits qu’une longue inscription en caractères cunéiformes. Il n’est pas

surprenant qu'elle soit devenue comme un symbole de la toute-puissance et que ce symbole aitété un jour employé par la religion du Christ quand il fallut enseigner à tous les hommes que le pauvre enfant qui venait de naître à Bethléem était le roi des rois.

La place même que l'adoration des Mages occupe parmi les thèmes primitifs chrétiens signifie déjà clairement que cet épisode n’est pas une anecdote de la vie de Jésus parmi les autres moments de son existence. Ce n'est pas l'existence du Christ qui nous est contée. Cette iconographie est encore toute symbolique. L'’adoration des Mages apparaît entre deux miracles, la multiplication des pains ou la résurrection de Lazare. Chacune de ces compositions a pour but de bien mettre en évidence la divinité du Christ. Et c'est cette divinité que reconnaissent les Mages lorsqu’à la naissance de l'enfant, ils viennent lui apporter leur hommage. L'Adoration des Mages a été un symbole, avant de devenir une histoire. Dans l'Apocalypse, Jésus est appelé à plusieurs reprises le prince des rois de la terre.

Ne semble-t-il pas, en face d'images aussi claires, que le récit de Mathieu soit d’une signification bien indécise? On incline volontiers à penser que le texte de l'Évangile serait, comme il arrive souvent, un commentaire de l'image, et un commentaire qui a un peu laissé se perdre le sens profond de l'épisode, dans les circonstances de son récit. Combien pourrait-on en citer, de ces apologues, qui ont oublié leur moralité? Jamais les monuments ni les

textes ne sont assez nombreux pour nous permettre de

Fig. 313à 315. — OANNÈS'ET iJONAS. Les Assyriens ont essayé plusieurs combinaisons pour figurer le Dieu-poisson, OANNS.f Parfois, l'élément poisson

compte moins que l'élément humain. Ailleurs (bas-relief du palais de Sargoun, Louvre), un torse d'homme desinit in piscem. Quelle interprétation un ob-

servateur naïf peut-il donner d'une telle image ? Un homme que vomit un poisson. Telle est bien l'aventure qui a illustré Jonas. Elle a plus fait pour sa popularité

que loules ses prophéties. Naturellement, les symboles ont fleuri sur ce phénomène ; une théologie spirituelle reconnaîtra dans cet accident une image de la mort et

de la résurrection. Mais la fiction première, qui en expliquera l'aspect saugrenu? Je ne connais pas d'explication plus plausible qu'une naïve interprétation du

poisson à torse humain. Des circonstances sont naturellement sorties de la croyance pour composer un récit plausible de l'étrange aventure. À droite, la BIBLE DE SOUVIGNY nous montre comment Jonas fut avalé par la baleine.

suivre, dans toutes ses étapes, la marche des rois mages à travers l’art et l’histoire. Mais comme il paraît plus naturel, le récit merveilleux, quand on se rappelle combien les images sont choses tenaces dans l'esprit des hommes et le travail des artistes! Ce thème monarchique de l’art persan, l'offrande du tribut, est devenu l'expression plastique de la toute-puissance, et c'est à ce titre qu'ila embelli de détails magnifiques la naissance de Jésus. Cette reconnaissance de la royauté de l’enfant par les rois de la terre était pour l'imagination orientale la preuve visible de la divinité du Christ.

Au temps de l'ivoire Barberini, — peut-être à l'époque de Justinien, et plus vraisemblablement sous le règne de Constantin, — le thème des rois mages qui apportent le tribut n'était point encore pleinement christianisé ou,

Fig. 316. — SAINTE GENEVIÈVE. La patronne des Parisiens tient un

cierge que le démon éteint et qu'un ange rallume. L'image se rattache naturelle-

ment aux processions qui se faisaient sur la colline de la sainte. Le motif initial

provient de quelque statue, couronnée par deux anges, dont les gestes suscitèrent

la spirituelle interprétation de cette bataille entre puissances ennemies. Les

combattants suivent sainte Geneviève jusque dans son intimité. La voici tra-

vaillant à une tapisserie, cependant que l'ange allume la lampe que le démon cherche à éteindre avec un soufflet.

du moins, il n’était pas encore exclusivement réservé à la vie du Christ. Sur l'illustre plaquette se reconnaissent bien des rois mages barbus, bonnetés, pantalonnés, qui apportent l’un un collier (2), l’autre un seau de grain, et deux autres imberbes, dont l’un présente une défense d’éléphant. D'ailleurs, trois d’entre eux sont accompagnés d’un lion, d'un éléphant, d'un tigre, animaux qui font partie du tribut et qui, en même temps, rappellent l’origine des mages tribuütaires. Et cependant ces hommages s'adressent à un empereur que bien des signes présentent comme un chrétien. Une image du Christ figure parmi d’autres symboles. L'annexion du thème des rois mages à l'usage évangélique n'était pas encore achevée.

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À quel moment ces trois rois ont-ils oublié leur origine persane pour devenir l’un Européen et l’autre Africain? Saint Mathieu n’avait pas pensé à cette extension ethnique ; mais les peintres du Xv® siècle, qui connaissaient mieux la géographie, ont trouvé là une occasion de varier les types des trois personnages, d'y placer même un prince nègre en même temps que l’on rassemblait auprès de la crèche des représentants des trois continents, l'Europe, l'Asie, l'Afrique, tout ce que l’on connaissait alors de la terre.

Quand ils arrivèrent à Jérusalem, les Mages de saint Mathieu demandèrent : « Où est le Roi des Juifs qui est né? car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l’adorer ». Et le roi Hérode leur demanda en quel temps ils avaient vu l'étoile. Et, quand ils reprirent leur route vers Bethléem, l'étoile allait devant eux, jusqu’à ce qu'étant arrivés sur le lieu où était le petit enfant, elle s'y arrêta, comme pour leur dire : « C'est là ».

Cette étoile n’est pas une invention biblique, elle ne répond à aucune prophétie. Il est facile ici encore de reconnaître l'Orient. C’est dans les nuits claires de Chaldée que les bergers et les Mages ont contemplé les étoiles, qu'ils ont appris à les reconnaître, qu'ils ont groupé les constellations, qu'ils ont cherché des correspondances entre le ciel et la terre et demandé à l'observation des astres le secret de la destinée des hommes. La naissance de l’homme-dieu sur terre devait nécessairement être annoncée par l'apparition d’une étoile au ciel.

Dans l’iconographie orientale, les fresques et miniatures byzantines suspendent au-dessus de la crèche un astre qui projette verticalement sur l'enfant une gerbe de clarté : dans l’art occidental, l’un des rois mages, levant les yeux, indique du doigt, à ses compagnons, l'étoile miraculeuse qui vient de resplendir au ciel. Sur les pierres sculptées que l'archéologie fait maintenant sortir du sol de la Chaldée, nous retrouvons cette goutte de lumière que les Mages voyaient autrefois perler sur la voûte sombre du firmament : sur les blocs de diorite où les rois Hammourabi ou Goudéa, vingt ou trente siècles avant la naissance de Jésus, faisaient graver leur code en caractères cunéiformes, le sommet de la pierre conique montre en basrelief le roi législateur, recevant la loi de la bouche même de son dieu ; et, au-dessus du dieu assis sur son trône, une étoile est suspendue, signe céleste qui révèle l'essence surhumaine dans ce personnage à la mitre cornue. C'est le même dieu qui brille là-haut dans le ciel et qui prend ici-bas une forme humaine pour parler aux prêtres et aux rois. Ainsi l'art chrétien accepte-t-il dans l'héritage oriental

UN GESTE MAL INTERPRÉTÉ (Corrège, Antiope, Louvre).

Cette admirable peinture de Corrège, inspirée par une gravure du Songe de Poliphile, représente Vénus endormie. Un Satyre tient une draperie au-dessus de sa

tête pour la protéger. À la suite de circonstances variées, la pensée de Corrège a été méconnue et le sens du tableau tout à fait transformé. L'opinion générale a

prêté des intentions irrespectueuses à ce bon satyre et a voulu reconnaître en lui un Jupiter en travesti galant. Vénus est devenue Antiope, et le mythe de cette princesse a été gravement modifié par cette interprétation à contresens d'une peinture de Corrège. (CI. Hachette.)

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