FORMES /U'D-E"E A /CROYANCE
cette union de la théophanie et de l'astrologie. Depuis, les images sont allées se multipliant autour de ce thème initial et les artistes ont oublié les mages contemplateurs d'étoiles.
Et pourtani une immense poésie, venue du fond des siècles, anime encore les mannequins desséchés de l'art chrétien primitif. Maigres bonshommes des miniatures byzantines et bénédictines, petites marionnettes des chapiteaux romans, qui marchez avec une étoile sur la tête, ne vous souvenez-vous pas confusément avoir cheminé en de vagues déserts, à la lueur des étoiles? Combien de générations de mages et de pâtres faut-il compter derrière vous? Votre art a pris une signification appropriée à une religion nouvelle ; mais, dans ce geste millénaire, comment ne pas reconnaitre cette astrologie chaldéenne qui a peuplé le ciel de personnalités divines et découvert leurs volontés dans le rayonnement des astres ?
Les guides des pèlerins pendant tout le moyen âge s'accordent pour nous signaler auprès de la grotte de Bethléem un puits dans lequel descendit l'étoile qui avait conduit les rois Mages dans le désert et dans la nuit. Ainsi, la croyance populaire persistait à travailler sur le thème de l'Épiphanie et continuait l’histoire de l'étoile au delà du récit de saint Mathieu. Ce sont les peintures des moines byzantins qui apportèrent au récit évangélique des circonstances supplémentaires. Jamais elles ne manquaient de placer dans la composition de la Nativité l'étoile apparue à la naissance de l'enfant et, pour mieux en préciser la destination, les peintres traçaient un rayon bien visible descendant perpendiculairement de l'astre sur la crèche. C’est évidemment ce rayon indicateur qui parut être la trajectoire d'une étoile qui tombe ; l'imagination qui ajoute aux récits de l'Écriture ne fait bien souvent qu'interpréter des images et parfois même les interpréter à contresens.
Pour avoir si longtemps cheminé de compagnie, les images et les récits se sont pénétrés, modifiés, enrichis mutuellement. Durant cette existence commune pendant des siècles, il n’est jamais possible de saisir le moment où l'un reçoit l'inspiration de l’autre. Mais, comme la parole ou l'écriture sont, à nos yeux, le mode d'expression le plus spontané, il nous paraît aussi remonter plus haut vers la source de la tradition ; ainsi, l'expression par l'image nous semble-t-elle toujours dérivée de l'expression verbale. Et nous oublions tout ce que ces images doivent ajouter au récit pour être complètes et viables et combien de ces inventions plastiques vont naturellement s’incorporer dans
le récit, ajoutant mille circonstances et nous offrant des occasions nouvelles de nous émouvoir. Déjà le mode de narration des Évangiles ne ressemble-t-il pas à une succession de tableaux? On dirait que chacun de ces épisodes est le développement historique d’une parabole ou d’une image ; dans ce passage du symbole au réait, le rôle des arts plastiques est certainement considérable. Dans l'Annonciation, l'ange byzantin se présente muni d’un bâton comme le messager, l’angelos de la tragédie grecque ; que l’on suive ce bâton dans l’histoire iconographique et
Fig. 317 et 318.— LES SAINTES ET LA MODE. À [a fin du moyen âge, le cours naturel de la sculpture et de la peinture amena les artistes à copier la réalité pour raconter l'évangile et les saints. Chaque personnage se précisa, affirma son type, spécialisa un ( emploi » dans la troupe autrefois uniforme de l'iconographie. Certaines saintes, la MADELEINE, SAINTE BARBE (les figures ci-dessus sont à CLUNY et au LOUVRE) représentèrent l'élégance et la beauté féminines, les recherches de la mode. Elles sont beaucoup plus jolies, plus parées que les riches « donatrices » qui se montrent, dans les tableaux ou bas-reliefs, agenouillées devant la Vierge. On imagine aisément comment ces saintes changèrent de caractère en devenant des reines de ia mode.
l’on verra comment il se transforme, suivant les âges, jusqu'à devenir enfin une tige de lys et un symbole de pureté. Dans la scène de la Nativité, l'âne et le bœuf qui
se penchent sur l'enfant comme pour le réchauffer de leur