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momie de Lazare est aussi de taille exiguë ; le paralytique guéri qui emporte son lit est un nain, et aussi l’hémorroidesse et les Hébreux qui boivent au désert et l’aveugle de Jéricho et bien des personnages que Jésus ressuscite ou guérit. Et, le plus souvent, ces figures apparaissent ainsi pour de simples raisons de composition ou de mise en page ; devant une rangée de personnages à taille normale, l'aveugle de Jéricho ou Marthe agenouillée doivent se faire bien petits pour s’insérer dans l'intervalle des grandes figures. Les grimpeurs de la fête des Rameaux ont subi cette nécessité. L'arbre qui les porte ne peut être qu’un arbuste et, pour s’y blottir, il faut être nain. Il suffit d'examiner les bas-reliefs, les miniatures et les ivoires des premiers siècles pour constater que les compositions peintes ou sculptées de l’art chrétien oriental ou occidental ont accepté également les conventions inhérentes à ce thème. Pour les corriger, il eût fallu des préoccupations de perspective à la Paolo Uccello. Ces images nous montrent donc, au-dessus et au-dessous du groupe des hommes de taille normale, les petites figures qui grimpent aux arbres ou qui gambadent sous les pas de l’ânesse. Et très vite, ces petites figures ont dû être interprétées comme étant des enfants. On l'a pu, parce que les Évangiles n’y contredisent point, et même, ailleurs, rappellent les Hosannah que les petits Hébreux entonnèrent en l'honneur de Jésus. Et c'est ainsi que les illustrateurs des Évangiles contribuèrent à les enrichir de circonstances nouvelles.
L'interprétation erronée d’un dessin douteux peut ainsi se prolonger en des conséquences indéfinies. Le paralytique et l’aveugle de Jéricho ont échappé à des contre sens de ce genre, parce que les textes évangéliques sont formels à leur égard et ne permettent pas de les transformer en enfants ; mais, quand l'image n’est pas commentée avec précision par l'écriture, elle autorise bien des déviations. Un de ceux qui ont le plus hardiment recherché la source évangélique, au milieu des broussailles d’une interprétation touffue, Giotto, malgré la vigueur de sa pensée, a pourtant conservé dans la Résurrection de Lazare de Padoue deux personnages absurdes : les deux manœuvres qui remuent la dalle du tombeau de Lazare sont encore presque des gamins, et ce n’est point là métier d'enfants. Mais les innombrables compositions — miniatures ou fresques — qui l'ont guidé donnaient à ces deux valets, comme aux deux suppliantes, Marthe et Marie, des tailles exiguës. Pour le dessin des deux femmes, il a naturellement rectifé l'erreur ; mais, pour les porteurs de la dalle funéraire, 1l l'a maintenue.